00:00Il existe depuis 2019 sur internet une légende qui a terrorisé toute une génération.
00:05On ne sait pas ce qu'il y a dedans, tout porte à croire qu'en gros c'est un
00:07univers assez flippant.
00:08Des aéroports vides, des bureaux vides, ça crée un sentiment d'étrangeté.
00:11Cette légende, c'est celle des backrooms, mise en scène dans le très attendu film de Ken Parson qui sortira
00:17le 17 juin au cinéma.
00:19Où est-ce qu'on est ?
00:21J'ai été sidéré par exemple par le nombre d'images.
00:25Je pense qu'il y a 400 ou 450 images de pièces vides, c'est du cinéma qu'on n
00:29'a jamais vu.
00:30Alors, pour bien comprendre pourquoi ce film est un succès, il faut revenir en 2019.
00:35A cette époque, une photo assez mystérieuse fait son apparition sur la très controversée plateforme en ligne 4chan.
00:414chan c'est vrai qu'il est un peu en perte de vitesse mais il reste un symbole de la
00:44culture internet en général
00:45puisque c'est là-dessus que sont nés les premiers mèmes notamment.
00:46Il n'y avait pas de pseudonyme, il n'y avait pas de profil, il n'y avait rien contrairement
00:49aux réseaux sociaux d'aujourd'hui.
00:50Ce qui fait qu'on pouvait avoir du trash extrêmement violent, du racisme, de la misogynie extrêmement forte
00:54mais aussi une créativité énorme parce que les gens se disaient
00:56« si je fais un truc qui n'est pas très bien, ça ne marchera pas, et tant pis, les
00:58gens passeraient autre chose. »
00:59Et donc en effet, bien sûr, là aussi on peut imaginer des histoires d'horreur.
01:01Des gens disent « il m'est arrivé ça, on ne sait pas si c'est vrai ou faux »
01:04mais ça occupe des gens qui scrollent sur internet.
01:06Cette photo, postée par un utilisateur anonyme, intrigue les internautes car elle est dépourvue de sens.
01:12On ne peut définir ni le lieu entièrement vide, ni les dimensions qui semblent infinies.
01:17Il y a un nom pour ce type de cliché, c'est ce que l'on appelle en anglais les
01:21liminal spaces.
01:22Les objets liminaux en anglais, c'est en gros des objets ou des lieux qui procurent une inquiétante étrangeté.
01:28Tout ça avec des sons extrêmement étranges, des bruits bizarres.
01:35Il y a un anthropologue français qui s'appelle Marc Auger qui avait travaillé sur ce qu'il appelle les
01:39non-lieux.
01:40Et finalement c'est ça, c'est les lieux qui ne servent qu'à passer.
01:42Évidemment quand on les voit de manière posée, on n'est pas en train de passer dedans, ça crée un
01:46effet étrange.
01:46Et quand on les voit vite, ça fait un écrit-écran.
01:47On a tous peut-être connu un couloir d'hôpital, un couloir d'aéroport, parce qu'on est là tôt
01:51le matin, etc.
01:52Ou le tard le soir, qui est vite.
01:53Et d'un coup on se dit, on pourrait faire un film d'horreur là-dedans.
01:55Finalement c'est s'emparer de ça.
01:56Face à ce cliché, l'engouement s'installe sur internet.
01:59Les théories fusent sur le site 4chan.
02:02Notamment parce que cette photo, elle est accompagnée à l'époque d'une description
02:05qui indique que ce lieu se nommerait les backrooms.
02:08Si vous ne faites pas attention, vous finirez dans les backrooms.
02:11Où il n'y a rien d'autre que la puanteur des vieilles moquettes humides, la folie du monochrome jaune,
02:15le bruit de fond incessant des néons au maximum de leur intensité,
02:19et environ 1,5 milliard de pièces vides segmentées au hasard pour vous piéger.
02:25À cause de cette photo-là, certains ont commencé à créer justement une creepypasta, une histoire autour.
02:31Creepypasta, ça vient d'où le mot déjà ?
02:32Creepy, c'est parce que ça veut dire étrange, bizarre en anglais.
02:34Pasta, c'est un jeu de mot en fait avec copypasta.
02:36Copypasta, c'est en anglais, donc copier-coller.
02:38Parce qu'en gros, c'est des images ou des textes qui sont faits pour être partagés, copier-coller, comme
02:43un mème finalement.
02:43Ces creepypastas, vous en avez sûrement déjà entendu parler,
02:46sans même avoir mis les pieds sur ces plateformes de discussion.
02:49Puisque certaines de ces légendes ont fait beaucoup parler d'elles,
02:53comme celle du Slenderman ou des animatroniques de Five Nights at Freddy's.
02:57Des récits très populaires en France, notamment grâce à des youtubers comme Felddupe ou encore Squeezie.
03:03Aujourd'hui, trois histoires d'horreur comme d'habitude.
03:04On commence avec une assez longue, puis une moyenne courte, puis re-une longue.
03:08On a envie d'y croire, c'est comme une histoire qu'on se raconte au coin du feu le
03:10soir,
03:11pour se faire peur entre cousins ou en gros copains pour s'en revenir le soir.
03:14Sauf que là, c'est transformé à l'échelle d'Internet.
03:16Évidemment, ça prend une dimension massive parce que la viralité, le côté partage.
03:20Et justement, si l'histoire des backrooms devient aussi virale,
03:23c'est grâce à la participation massive des internautes
03:25qui imaginent et partagent leur version des backrooms référencées par Level sur le site internet Wikidot.
03:31Des niveaux qui possèdent chacun une fiche d'information, des archives, des niveaux de risque
03:36et parfois même son entité diabolique.
03:38Il y a tout qui est décrit mot pour mot,
03:41enfin vraiment chaque petit détail dans les différents niveaux.
03:44Après, c'est les youtubers qui ont mis en avant ces écrits-là.
03:47Mais le deuxième plus grand danger de l'étage 2,
03:49c'est la présence d'entités hostiles,
03:51inconnues de la plupart des humains se rendant pour la première fois dans les backrooms.
03:54Ce qui est intéressant, c'est que l'idée d'Internet,
03:56c'est que c'est une intelligence collective qui est créée autour de ça.
03:58Donc même si vous créez un truc moyen,
03:59quelqu'un va le corriger, va ajouter des choses.
04:01Et à nous tous, ça crée un truc extrêmement fort.
04:03C'est surtout aussi une question d'outils.
04:05C'est-à-dire que de plus en plus,
04:07c'est facile de faire des trucs qui sont très, très, très bien finalisés
04:12grâce à des logiciels comme Blender en particulier.
04:15Cet outil, Blender, c'est une révolution
04:18permettant de rendre concrets les histoires les plus sordides d'Internet.
04:21Ce logiciel gratuit, créé en 1994,
04:24est utilisé pour de la modélisation 3D sur ordinateur
04:27et permet de donner vie à des personnages de jeux vidéo,
04:31des personnages de films,
04:32ou bien peut permettre de représenter des lieux fictifs.
04:35Et justement, en Californie,
04:37un jeune homme va donner vie à l'univers des backrooms grâce à Blender.
04:40Et le 7 janvier 2022,
04:43Ken Parson, alias Ken Pixel,
04:45sort ainsi la vidéo YouTube
04:46qui va changer sa vie.
04:57À cette époque,
04:58Ken Pixel est loin d'être le réalisateur
05:01qu'il va devenir.
05:02Mais son premier court-métrage bluffe Internet
05:04et très vite,
05:05il est considéré comme le créateur des backrooms.
05:08La première vidéo, il faut rappeler qu'elle a été vue 85 millions de fois.
05:11C'est phénoménal, en fait.
05:13Ça a fait découvrir à plein de monde un peu ce qu'étaient les backrooms,
05:16l'univers un peu flippant,
05:18de ces murs jaunes,
05:19qu'est-ce que c'est,
05:19d'où ça sort, etc.
05:21Ainsi, Ken Parson va sortir de plus en plus de vidéos
05:24et créer sa propre histoire,
05:26dont l'esthétisme va fortement inspirer d'autres univers,
05:29comme par exemple celui de Séverance.
05:39Et en 2023,
05:40les studios A24 annoncent se lancer
05:42dans la production d'un film sur les backrooms
05:45avec pour réalisateur
05:46Ken Parson.
05:47Depuis plusieurs années,
05:49ils ont du nez, eux aussi.
05:50C'est le studio des jeunes, vraiment.
05:52C'est-à-dire qu'en fait,
05:52ils s'adressent quand même à un public plus jeune
05:54que les autres studios traditionnels.
05:56Je trouve ça très intéressant
05:57que cette nouvelle génération arrive à pouvoir faire des films.
06:00Ça montre aussi la puissante Internet
06:03qui était déjà présente avant dans l'industrie
06:04parce qu'il y avait souvent cette idée
06:05que si les fans sur Internet
06:07approuvent notre projet et notre film,
06:09ça va déjà être un bon point.
06:10C'est pour ça qu'ils montrent en premier
06:11maintenant les films au Comic-Con,
06:12dans les conventions de fans,
06:13plutôt que dans des projets qu'on teste,
06:14ils en font aussi,
06:15mais c'est moins important.
06:16Pour le coup, j'ai hâte de voir le film, forcément.
06:18On voit que les YouTubers commencent un peu plus
06:20à mettre en avant ce concept de faire des films,
06:23même en France,
06:24avec Willem, Inokstag, etc.
06:26La vision de gens qui parlent de rien
06:29peuvent amener tout un univers
06:31et je trouve ça incroyable, tout simplement.
06:33J'ai hâte d'aller le voir.
06:34Ce pari, il semble porter ses fruits
06:36puisqu'avant même sa sortie en France,
06:38Backroom s'a déjà rapporté
06:39plus de 250 millions d'euros.
06:41C'est phénoménal
06:42parce que le budget, c'est 10, en fait.
06:45C'est pas rien dans plus de 10 millions de dollars
06:47comme pour le budget d'un premier film
06:48pour un réalisateur de 20 ans
06:50qui n'a pas fait de cinéma avant.
06:51Mais à l'arrivée, c'est un très beau pari de la 24
06:54vu le succès absolument dingue.
06:56Mais A24 n'est pas le seul studio
06:58à avoir parié sur un réalisateur
07:00issu de YouTube.
07:02Les studios Blue Mouse
07:02ont aussi donné une chance
07:04à Curry Barker,
07:05connu pour ses courts-métrages horrifiques
07:07sur la plateforme
07:07avec son long-métrage
07:09sorti en mai dernier, Obsession.
07:10Tu lui as acheté un ça ou quoi ?
07:18Un nouveau film d'horreur
07:20qui a généré plus de 200 millions de dollars
07:22de recettes
07:23alors qu'il avait coûté moins d'un million de dollars
07:25à produire.
07:26Le film d'horreur est toujours un truc très rentable
07:28pour les studios hollywoodiens
07:30parce qu'il y a un public
07:33déjà acquis à la cause.
07:34Les jeunes ont envie d'aller voir des films d'horreur
07:36et ça coûte en général pas cher à faire
07:37donc on peut expérimenter avec ça.
07:38C'est le marketing qui coûte pas cher
07:40sur les films d'horreur
07:42et les films de gens
07:43parce qu'en fait,
07:44ça se fait beaucoup sur les réseaux,
07:46le marketing.
07:47Donc ça veut dire
07:47pas de campagne d'affichage,
07:49pas de grosses promos télé,
07:51il n'y a pas des milliards,
07:52des millions de dollars
07:53à dépenser
07:53contrairement aux autres films.
07:56Ça se fait tout seul
07:57via le bouche-à-oreille,
07:59via des influenceurs
08:00sur les réseaux.
08:01Donc ça, ça coûte rien en fait.
08:02Là-dedans, on retrouve parfaitement
08:03la culture internet
08:04puisque la culture internet,
08:05c'est des youtubeurs,
08:06c'est des gens qui ont commencé
08:06dans leur chambre
08:07avec des caméras pixelisées,
08:09qui ont fait des sketchs
08:10pour rien du tout
08:10dans un décor très pauvre
08:12avec deux perruques.
08:13Donc évidemment,
08:14c'est des gens qui sont prêts
08:15à cette économie extrêmement faible
08:17du film
08:18et on leur ajoute
08:19quelques centaines de milliers
08:20en plus
08:20et une bonne promotion.
08:21Ils savent faire,
08:22ils ont le savoir-faire.
08:23Quelques milliers d'euros en plus,
08:24mais aussi et surtout
08:25des acteurs de renom à diriger.
08:27Pour son premier film,
08:28Kane Parson a eu la chance
08:29d'avoir pour acteur principal
08:30Chiwetel et Joffor,
08:32connu pour son interprétation
08:33dans le film
08:34Twelve Years a Slave
08:35et qui lui a valu
08:36une nomination à l'Oscar
08:37de meilleur acteur en 2013.
08:39De quoi donner envie
08:40aux spectateurs
08:40de se rendre
08:41dans les salles de cinéma
08:42pour découvrir Backrooms,
08:44qui trône en tête
08:45des plus gros succès
08:46au box-office
08:47avec obsession
08:47devant des superproductions
08:49hollywoodiennes
08:50comme le dernier Star Wars,
08:51Le Mandalorian
08:52et Gros Goût.
08:53C'est vrai qu'il y a eu
08:53ces sorties concomitantes,
08:55c'est-à-dire que
08:56Le Mandalorian,
08:56il est sorti
08:57à peu près au même moment.
08:59Là, pour le coup,
08:59le public jeune,
09:00il a préféré aller voir
09:01les deux autres.
09:02C'est peut-être un signal.
09:03Ce que je pense surtout
09:04que Hollywood a besoin,
09:05c'est d'aller puiser
09:05de nouvelles expériences,
09:06de nouvelles références
09:07parce qu'en fait,
09:07il tourne un peu en rond.
09:08Tout le monde le dit,
09:09il n'y a besoin
09:09de dépiloguer là-dessus.
09:16parce qu'ils vont aussi
09:17essorer tout ça.
09:18Probablement.
09:18Mais il y aura,
09:19j'espère,
09:19quelque chose de nouveau
09:19après qui va arriver.