00:00L'épidémie de burn-out qu'on vit actuellement là, elle ne va pas s'arrêter.
00:03Donc, elle va continuer.
00:04Donc, ça veut dire qu'il y a des gens qui ne vont plus travailler.
00:06Là, aujourd'hui, on pense qu'il y a 11% de la population active française
00:09qui a déclaré un burn-out en 2024.
00:12Donc, c'est quand même 10 ans.
00:13Tout le monde aura fait un burn-out.
00:14Il faut quand même réaliser que ça ne peut pas durer très longtemps l'économie.
00:17Il y a encore plein de pétrole.
00:18Si tout le monde a un burn-out, on ne va pas le forer, ce pétrole.
00:27Je disais en introduction que tu es biologiste.
00:30Que donc, tu étudies le vivant.
00:32Est-ce que tu peux nous expliquer concrètement ce que tu as observé dans le vivant
00:37qui peut aujourd'hui nous apprendre à être robuste ?
00:40Alors, c'est ça qui est extraordinaire.
00:41Et c'est vrai que le vivant est un livre ouvert de robustesse
00:44parce que c'est ça qui domine dans les écosystèmes.
00:45La plupart des écosystèmes sont très fluctuants
00:47avec des grandes pénuries chroniques de ressources.
00:50La mauvaise saison chez nous en raison d'entempérer, par exemple.
00:53Donc, ça n'arrête pas.
00:54Donc, ça fluctue beaucoup.
00:55Et donc, les systèmes vivants, en général, sont des systèmes robustes.
00:59Et donc, qu'est-ce qu'on voit quand on dissèque un être vivant ?
01:03Donc, que ce soit un réseau métabolique, un réseau physiologique, un réseau de neurones,
01:06à peu près n'importe quel réseau du vivant.
01:08Eh bien, on va trouver des lenteurs, de la redondance, des hétérogénités,
01:13des incohérences, des erreurs, des imprécisions.
01:14En fait, c'est ça qu'on voit en premier.
01:16Donc, ce ne sont que des contre-performances.
01:18Et ces contre-performances, qu'est-ce qu'elles font ?
01:20Elles ajoutent du jeu dans les rouages, des marges de manœuvre.
01:23En fait, c'est autant de capacités supplémentaires à encaisser les chocs.
01:27Un exemple simple, c'est l'arbre.
01:29Quand on regarde un arbre, le nombre de feuilles qu'il y a sur un arbre.
01:32Les arbres sont hyper redondants.
01:34On peut très bien imaginer que si un arbre n'avait qu'une feuille,
01:36ce serait très fragile.
01:37Parce qu'il a moins de bourrasques devant, il perd sa feuille, il meurt.
01:40Donc là, il a plein de feuilles, il va pouvoir résister.
01:42Nous, c'est pareil.
01:42On a plein d'avéoles pulmonaires, on a plein de vilosités dans l'intestin,
01:45de globules rouges dans le sang.
01:47On est hyper redondants.
01:48Enfin, quand je dis on, biologiquement, on est hyper redondants.
01:50C'est ça qui nous permet d'encaisser les chocs.
01:53Il y avait aussi un truc que tu as développé au début de notre échange
01:55qui m'intéresse, c'est le fait que les plantes sont les mêmes
01:59alors que les ingrédients de départ ne le sont pas.
02:01C'est d'accepter la différence, en fait.
02:03D'accepter le fait qu'on n'est pas pareil,
02:04mais qu'on a tous une condition humaine en commun.
02:07Il y a presque le sujet de la fraternité derrière.
02:10Oui, oui, j'aime bien.
02:11Absolument.
02:11En fait, c'est uni dans la diversité.
02:14C'est le slogan de l'Europe, d'ailleurs.
02:15Ça, c'est un des leviers essentiels de la robustesse.
02:20C'est redondant, c'est diversité.
02:22Donc, redondant, ça veut dire qu'on est capable de...
02:24C'est des choses qui se ressemblent, qui sont un peu dans le même champ,
02:27mais par contre divers.
02:28Où on essaie quand même d'explorer des choses un petit peu différentes.
02:31Ça, c'est très riche.
02:32En fait, c'est la polyvalence dans une organisation, etc.
02:34Tout ça, c'est des arguments de robustesse.
02:36Moi, aujourd'hui, je nous écoute
02:39et je me demande si mon organisation, là où je travaille,
02:42est robuste ou performante.
02:44Comment je peux le savoir ?
02:45Alors, le test ultime, c'est le stress test.
02:48Donc, il faut prendre son organisation et puis la secouer,
02:51alors virtuellement, évidemment,
02:52mais en tirant, par exemple, une fluctuation aléatoire.
02:54Donc, si par exemple, l'année prochaine,
02:56il y a plus d'internet pendant six mois sur toute la planète entière,
02:59enfin, sur toute la planète,
03:01qu'est-ce qui se passe ?
03:02Quelles sont les conséquences pour mon organisation ?
03:04Et surtout, qu'est-ce qu'il faut que je fasse en amont
03:07pour que je sois capable de passer cette fluctuation ?
03:10Alors, on va tout de suite voir si l'organisation est robuste
03:12et qu'est-ce qu'il faut faire pour qu'elle soit plus robuste ?
03:15Donc, ça, c'est le stress test.
03:16Alors, il y a plein de jeux qui existent en ligne.
03:18La métropole de Lyon a créé Tumult,
03:19qui est un jeu à destination des entreprises
03:21pour tester leur robustesse.
03:22Donc, il y a des outils pour ça.
03:24Un mot encore là-dessus.
03:25J'aimerais que tu puisses nous dire peut-être,
03:27est-ce qu'aujourd'hui, il y a déjà des organisations,
03:29des institutions qui ont fait cette évolution,
03:32ce switch,
03:32qui sont en train de passer de la performance à la robustesse ?
03:35Tu vois, est-ce qu'on peut s'inspirer d'exemples ?
03:37Alors, c'est ça qui est super.
03:38C'est qu'il y a...
03:40Alors, c'est un mot, la robustesse.
03:41Après, il y a plein d'organisations
03:42qui ne m'ont pas attendu pour faire de la robustesse
03:43et qui n'ont peut-être pas utilisé le mot robustesse,
03:45mais qui font de la robustesse sans le savoir,
03:47j'ai envie de dire.
03:48Mais, alors, c'est extraordinaire.
03:50En fait, il y a de plus en plus d'organisations
03:51qui basculent ou qui revendiquent cette robustesse-là.
03:56Alors, si c'est des entreprises qui vont faire...
03:58qui vont basculer dans le réparable,
04:00ça, là, je porte un pull Royal Mer,
04:02c'est un pull garantie à vie.
04:04Donc, réparable à vie.
04:05Voilà, c'est par exemple une boîte basée ARN.
04:06Il est trois fois plus cher que les autres ?
04:08Alors, il est beaucoup plus cher qu'un...
04:09Enfin, il est plus cher qu'un pull de la fast fashion,
04:11c'est sûr, mais sur le à durée,
04:13il est beaucoup moins cher, évidemment,
04:15puisqu'il est garanti à vie.
04:16Mais c'est donc, voilà, des vêtements.
04:18Donc, il y a ça.
04:19Mais il y a le Fairphone,
04:19il y a les ordinateurs Framework.
04:21Donc, tout ça, c'est des ordinateurs,
04:22enfin, des objets, quoi, qui sont réparables.
04:24On en voit de plus en plus.
04:24L'atelier paysan pour l'agriculture,
04:27pour aider les paysans à réparer,
04:30reconditionner ou inventer des nouveaux outils
04:32dans le monde agricole.
04:32Donc, tout ça, ça existe actuellement.
04:34Donc, il y a des entreprises comme ça.
04:36L'agroécologie, c'est pareil,
04:37c'est en 20 ans, en Europe,
04:39l'agroécologie augmente chaque année.
04:40Les surfaces agricoles en agroécologie
04:41augmentent chaque année.
04:42C'est quoi l'agroécologie ?
04:43Donc, l'agroécologie, c'est quand son agro-système,
04:45on le conçoit comme un écosystème.
04:47C'est qu'en fait, on remplace les engrais,
04:49les pesticides par la biodiversité cultivée
04:51dans la parcelle,
04:52qui va en fait fournir des services écosystémiques
04:53qui remplacent tous ces intrants extérieurs.
04:56Donc, ça, c'est de l'autonomie territoriale,
04:57toujours pareil.
04:58Ça a plein de vertus.
04:59Donc, tout ça, c'est en train de monter
05:01de plus en plus fort.
05:02Et ce n'est pas parce que je parle de robustesse
05:04que ça arrive.
05:05C'est juste parce que le monde devient
05:06de plus en plus fluctuant
05:07que les entreprises, les organisations,
05:09les territoires basculent dans ce monde-là.
05:11Mais j'ai encore l'impression parfois
05:12qu'il y a deux mondes.
05:13Il y a le monde des gens
05:14qui sont en train de basculer
05:15dans ce que tu dis.
05:16On pourrait dire qu'ils sont presque éclairés
05:17sur le sujet.
05:18Et ils sont pris par des gens
05:22complètement fêlés et rétrogrades
05:24et à côté de la plaque
05:25et qui ne donnent pas envie
05:28par les autres qui sont dans le système
05:29de performance.
05:30C'est comme encore deux TGV,
05:32pour reprendre ton exemple,
05:33qui se croisent sans se parler.
05:36Pourquoi il y a encore
05:38ces espèces de silos
05:39qui ne communiquent pas ensemble
05:40et pourquoi chacun pense
05:41que l'autre est complètement
05:42à côté de la plaque ?
05:43Alors, c'est normal.
05:44On vit un basculement de civilisation.
05:47On est en train de quitter le néolithique.
05:48Parce qu'en gros, le néolithique,
05:49c'est quand les humains
05:50voulaient contrôler la nature.
05:51Et là, on est en train de se rendre compte
05:52qu'on a perdu le contrôle.
05:54Et que c'est la nature
05:54qui va nous contrôler ?
05:55Voilà, exactement.
05:55En fait, c'est ce que disait
05:57Denis Spédoze.
05:58Nous nous préoccupons
05:59des changements globaux.
06:00Les changements globaux
06:01ne se préoccupent pas de nous.
06:02Pourquoi tu es si sûr de ça ?
06:03Pourquoi dans 30 ans,
06:04je ne t'accueille pas ici
06:05et tu me dis
06:05« Bon, ben, j'ai cru
06:07qu'on était sur un basculement.
06:08Et en fait,
06:09tous les mecs
06:09qui étaient en train de dire ça
06:10sont complètement à côté de la plaque.
06:11On a trouvé une nouvelle manière
06:12d'avoir de l'énergie.
06:13On a trouvé une nouvelle manière
06:14d'avancer.
06:15D'ailleurs, la baisse démographique
06:16nous a permis
06:17de passer cette étape-là.
06:18Et nous allons en fait
06:19très bien, Jonathan.
06:20Bien sûr.
06:21Alors, on a des arguments.
06:24Par exemple,
06:24si je prends le cuivre,
06:25le pic de cuivre,
06:26on devrait le passer en 2040.
06:27Le pic de phosphate marocain,
06:29on devrait aussi le passer
06:30vers 2040.
06:31Donc, il y a des tas de pics
06:33comme ça, de matière
06:34qu'on va passer,
06:35qu'on est en train de passer.
06:36Ça, c'est ce que disait...
06:37Pic, ça veut dire
06:37qu'on n'a plus après ?
06:38En gros, il en reste,
06:40mais la demande en consommation
06:42dépasse les capacités de production.
06:43Donc, en fait,
06:44on a des tensions
06:44et ça devient trop cher
06:45et après, ça s'emballe.
06:46Donc, en fait,
06:46en effet, ça fait des pénuries.
06:48Donc, ça, c'est vrai
06:49pour plein de matière.
06:50Mais avant ça,
06:51il y aura le pic humain.
06:52C'est-à-dire que
06:53l'épidémie de burn-out
06:54qu'on vit actuellement,
06:54là, elle ne va pas s'arrêter.
06:56Donc, elle va continuer.
06:57Donc, ça veut dire
06:58qu'il y a des gens
06:58qui ne vont plus travailler.
06:59Là, aujourd'hui,
07:00on pense qu'il y a 11%
07:01de la population active française
07:02qui a déclaré un burn-out
07:03en 2024.
07:05Donc, c'est quand même...
07:06Enfin, 10 ans,
07:06tout le monde aura fait un burn-out.
07:08Il faut quand même réaliser
07:08que ça ne peut pas durer
07:10très longtemps l'économie.
07:10Il y a encore plein de pétrole.
07:12Si tout le monde a un burn-out,
07:12on ne va pas le forer,
07:13ce pétrole.
07:14Donc, en fait,
07:15ça, c'est des limites physiques,
07:16mais on peut même
07:17des limites financières.
07:18On peut prendre cet exemple-là.
07:19Ça, c'est l'exemple
07:20du magazine Challenge
07:23qui disait qu'en 2010,
07:25les 500 plus grandes fortunes
07:26de France
07:27avaient 8% du PIB national
07:29dans leur fortune patrimoniale.
07:318% du PIB national,
07:33ce qui est quand même énorme.
07:34C'était en 2010.
07:35En 2022,
07:35c'est 40%.
07:37X5 en 12 ans.
07:38Bon, ils ne vont pas faire
07:39X5 les 12 prochaines années.
07:40En fait,
07:40c'est physiquement pas possible.
07:41Vraiment,
07:42on arrive au bout
07:43pour des tas de raisons.
07:44Donc, en fait,
07:44je ne crois absolument pas
07:45que ça va prendre
07:45beaucoup de temps.
07:46Je suis peut-être
07:47trop optimiste,
07:48mais pour moi,
07:48c'est une question
07:49de 5 à 10 ans
07:50parce que tu es optimiste.
07:51Alors,
07:52il est trop tard
07:52pour être pessimiste,
07:53quelque part.
07:54La situation est tellement dégradée
07:56que là,
07:56on peut y aller
07:57et les résistants
07:58sont tous des optimistes,
07:59finalement.
07:59C'est qu'en fait,
07:59on se projette
08:00dans le monde d'après
08:01et d'ailleurs,
08:01tous ceux qui font des projets
08:02à la marge
08:02dans la robustesse
08:04sont joyeux.
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