00:01En portefeuille, c'est avec Pascal Kiry. Bonjour Pascal.
00:04Bonjour Nicolas.
00:05Merci d'être avec nous, vous êtes le président de l'ANDP-CCI,
00:08l'Association Nationale de Défense des Porteurs de CCI du Crédit Agricole.
00:11On va faire une émission un petit peu particulière aujourd'hui,
00:13puisqu'on va revenir sur ce principe des CCI,
00:16ces certificats coopératifs d'investissement.
00:19Ce sont des outils financiers cotés en bourse,
00:21qui donnent droit à des dividendes, mais pas à des droits de vote.
00:24Et vous contestez deux choses en ce qui concerne les CCI du Crédit Agricole.
00:29Vous constatez et contestez d'abord une différence de traitement
00:34parmi différentes typologies de détenteurs de ces CCI,
00:37que ce soit Crédit Agricole SA, les salariés des caisses régionales
00:41de ces certificats coopératifs d'investissement
00:43et les petits porteurs que vous représentez,
00:45mais aussi la non-redistribution sur ces titres
00:49qui pénalise les détenteurs, mais aussi plus largement
00:51les flux de capitaux sur les marchés.
00:53Est-ce que c'est bien résumé le combat que vous menez aujourd'hui
00:56au sein de l'association, Pascal ?
00:57C'est un sujet complexe, mais vous l'avez parfaitement bien résumé.
01:01Alors, quel est le problème aujourd'hui
01:02sur ces certificats coopératifs d'investissement, Pascal ?
01:05Écoutez, le problème est extrêmement simple.
01:07Vous avez une banque qui n'a plus de croissance de ses encours.
01:11C'est les caisses régionales, les 13 caisses régionales du Crédit Agricole
01:13qui sont cotées en bourse à travers les CCI.
01:16Et plus de croissance des actifs.
01:19Néanmoins, on distribue moins de 10% des résultats.
01:21D'accord.
01:22Donc, on accumule des capitaux propres pour savoir quoi en faire.
01:24Et ces capitaux propres sont placés sur le marché monétaire.
01:28Deux conséquences.
01:29Une conséquence microéconomique pour les porteurs de titres.
01:32On a un titre qui décote de 70% par rapport à l'actif net comptable.
01:37C'est la décote la plus forte sur les 185 banques cotées en Europe.
01:41D'accord.
01:42Deuxième conséquence au niveau macroéconomique, cette fois-ci,
01:45vous avez des caisses régionales qui thésaurisent des capitaux propres
01:48en quantité pharaonique et qui ne sont pas prêtées à l'économie française.
01:53Je vous donnerai juste un exemple.
01:54Vous prenez la caisse de Loire-Haute-Loire.
01:57Cette caisse a un rapport entre les capitaux propres et les actifs de 34%.
02:03D'accord.
02:03Là où la BCE demande 11%
02:05et là où le monde mutualiste est à 17%.
02:07Ce qui voudrait dire que cette caisse régionale,
02:10elle pourrait faire deux fois plus de crédits,
02:1313 milliards, dans ces deux départements.
02:16Évidemment, quand on a une part de marché de 33%, c'est plus possible.
02:19Donc, qu'est-ce qu'on fait de ces capitaux propres excédentaires
02:22qui ne sont pas prêtés à l'économie française ?
02:24Et pourquoi est-ce qu'ils ne sont pas redistribués, selon vous, aujourd'hui,
02:29alors que des outils financiers comme les certificats coopératifs d'investissement
02:33permettent quand même la distribution de dividendes ?
02:34Oui, je pense qu'il y a un problème culturel au sein du monde mutualiste
02:38coté en bourse, si vous voulez, dans lequel le dividende est un gros mot.
02:41D'accord.
02:41Toutes les banques cotées des deux côtés de l'Atlantique
02:43se fixent un objectif de ratio prudentiel,
02:4613-14%, et au-delà, reversent 100% des résultats
02:51pour que les investisseurs, ensuite, aillent allouer ces capitaux
02:54dans d'autres entreprises, dans d'autres activités.
02:57Ce n'est pas fait pour des raisons historiques,
02:58pour l'instant, au sein du crédit agricole.
03:00Donc, c'est un manque à gagner pour les marchés financiers
03:02que ces sommes d'argent restent, du coup, dans les capitaux propres
03:06de ces certificats coopératifs d'investissement,
03:09enfin, au sein des caisses mutualistes.
03:10Oui, je continue avec mon exemple de Loire-Haute-Loire.
03:13C'est 900 millions d'euros qui sont bloqués,
03:15qui rapportent du 2% qu'est le taux du marché monétaire,
03:18alors que s'ils étaient investis dans le capital de TI, de PME,
03:21vous auriez un taux de rentabilité de 8 à 10%, aisément.
03:25Donc, effectivement, il y a une destruction de valeur pour l'économie française.
03:27Vous-même, en tant que président de cette association de défense
03:31des porteurs de CCI du Crédit Agricole,
03:33je ne l'ai pas dit en introduction,
03:34mais vous êtes également quand même auteur du Vernimen,
03:37l'ouvrage de référence des professionnels de la finance,
03:39vous êtes professeur de finance à HEC,
03:41vous avez acquis des certificats coopératifs d'investissement,
03:45vous en détenez une part importante sur votre patrimoine financier.
03:48Aujourd'hui, c'est des titres qui ne valent que 30% de leur valeur, c'est ça ?
03:51Et la question, c'est quand est-ce qu'on peut sortir
03:53avec la réelle valeur de ces titres aussi, quand on est petit porteur ?
03:56Je pense qu'un jour, oui, mais la main est entièrement du côté du Crédit Agricole
04:00et le rôle de notre association, c'est de faire de la pédagogie
04:05en direction des ayants droit, des décideurs,
04:09pour leur expliquer que la passivité n'est plus possible.
04:13Dans le monde économique, tout problème appelle, tôt ou tard, une solution.
04:17Et il existe des solutions.
04:19Et surtout que, si je suis bien renseigné, il y a déjà eu des rachats d'un certain nombre de
04:25ces titres
04:25à 100% de leur valeur, voire un petit peu plus.
04:28Exactement.
04:29Vous avez eu deux opérations.
04:31En 2009, en plein milieu de la crise financière,
04:33deux caisses régionales qui étaient cotées à l'époque sont sorties de bourse.
04:37Et puis, une opération en 2016, dans laquelle Casa,
04:41qui détenait 25% du capital de toutes les caisses régionales cotées en bourse du Crédit Agricole,
04:47s'est fait racheter à trois fois le cours de bourse,
04:50CCCI, par les caisses régionales elles-mêmes,
04:53à un prix de 105% des capitaux propres.
04:55Donc c'est possible, mais les petits porteurs n'en bénéficient pas aujourd'hui.
04:58Est-ce que vous avez des discussions peut-être avec Crédit Agricole et ça
05:02pour, j'ai envie de dire, régler le sujet pour les petits porteurs
05:06qui voudraient potentiellement vendre leurs titres
05:08ou bénéficier de la valeur réelle de ces titres ?
05:11J'en ai eu pendant deux ans et demi derrière des portes closes.
05:14Factuellement, elles n'ont mené à rien.
05:15Donc j'ai accepté de prendre la direction de l'Association nationale de défense des porteurs de CCCI
05:20pour porter le débat sur la place publique,
05:23pour faire de la pédagogie,
05:24pour expliquer aux uns et aux autres que la situation n'est pas tenable.
05:28On ne peut pas, dans l'économie française actuelle,
05:31continuer indéfiniment à accumuler des capitaux propres qui sont stérilisés.
05:36Vous représentez combien de petits porteurs aujourd'hui
05:39ou quelle part des détenteurs de CCCI Crédit Agricole ?
05:44On représente à peu près de l'ordre de vendeur du tiers des CCCI en circulation.
05:49Comment est-ce que le sujet pourrait se régler selon vous et sous quel horizon ?
05:53Écoutez, vous avez deux grandes solutions.
05:57C'est-à-dire, on se met à adopter au niveau des caisses régionales
06:00la politique de distribution de dividendes que toutes les banques cotées dans le monde adoptent.
06:04Et on fait disparaître du jour au lendemain la décote,
06:07puisqu'on arrête de surinvestir dans le marché monétaire.
06:11Et puis, deuxième solution, ce que je peux comprendre aussi,
06:13je suis mutualiste, mais en fait, qu'est-ce que je fais en bourse ?
06:16Il faut quand même comprendre que c'est le seul groupe mutualiste bancaire dans le monde
06:21à être coté en bourse.
06:23À ce moment donné, j'en tire les conséquences.
06:25Je n'ai pas envie de suivre les règles, de suivre toutes les sociétés cotées.
06:28J'en tire les conséquences et je me retire de cote.
06:30Et avec aussi ce sujet peut-être de mettre d'accord des caisses régionales indépendantes,
06:35globalement, le principe d'un groupe mutualiste ?
06:37Bien sûr, c'est toute la difficulté du dossier.
06:39Vous avez 13 patrons de caisses régionales qui ne sont pas tous exactement dans la même situation
06:45et qui peuvent avoir des objectifs qui peuvent être différents.
06:48Et le consensus, parfois, met du temps à être atteint.
06:52Et sur ce sujet, d'ailleurs, vous vous êtes déjà exprimé dans la presse.
06:54Vous dites notamment que parfois, la hausse des fonds propres serait liée directement
07:01au bonus de certains directeurs généraux.
07:04C'est clair que les 13 directeurs généraux ont la moitié de leur variable
07:07qui est indexée sur la progression du montant des capitaux propres comptables.
07:10Donc, c'est assez unique dans le monde financier
07:13d'avoir un bonus qui est indexé sur un montant de capitaux propres
07:18et non pas sur la rentabilité ou d'autres critères.
07:22Et donc, leur incitation à court terme n'est effectivement pas
07:26de restituer ces capitaux propres pour les mettre au travail dans l'économie,
07:29mais plutôt les thésauriser et de les congeler.
07:31Un dernier mot de clôture.
07:33Qu'est-ce que vous demandez concrètement,
07:35si vous deviez vous adresser au petit porteur ou à Crédit Agricole directement ?
07:39Le sujet est entre les mains du Crédit Agricole.
07:41Le Crédit Agricole est l'un des fleurons de la finance européenne.
07:45Il est un sujet de fierté pour notre pays.
07:46Mais sur ce dossier-là, il faut tourner la page et savoir le faire.
07:51Merci beaucoup, Pascal Quiry, de nous avoir accompagnés.
07:54Je rappelle que vous êtes auteur du Vernimen, professeur de finance à HEC,
07:58mais vous êtes également président de la NDP-CCI,
08:00l'Association Nationale de Défense des Porteurs de CCI,
08:04de Certificat Coopératif d'Investissement du Crédit Agricole.
08:08Merci beaucoup de nous avoir accompagnés.
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