00:01Vincent Derosier, RTL Matin.
00:03Et l'invité de RTL est le patron de Renaissance, candidat à la présidentielle et ancien Premier ministre.
00:08Bonjour Gabriel Attal.
00:09Bonjour Vincent Derosier.
00:10On va parler de votre tour de France politique, mais d'abord vous êtes le troisième prétendant à l'Elysée,
00:16à avoir été visé par une ingérence en provenance de la Russie.
00:20On est à huit mois de l'élection présidentielle.
00:22C'est ça la campagne qui nous attend ? Les candidats sont condamnés à réagir et à faire retirer des
00:26vidéos ?
00:27D'abord, il faut dire concrètement aux Français ce que veut dire le mot « ingérence ».
00:31C'est une intervention directe d'une puissance étrangère pour manipuler l'élection.
00:36Et donc ça veut dire que si on ne fait rien pour s'en protéger,
00:39c'est une élection qui peut être faussée, qui peut être en réalité volée aux Français.
00:44Alors moi je vais vous le dire, pour moi ce n'est pas une surprise.
00:47Évidemment que je m'attendais à ces manœuvres de déstabilisation.
00:50Elles ne sont pas nouvelles.
00:52On s'y est préparé avec mon équipe, évidemment.
00:55On a renforcé nos dispositifs de sécurité, on a changé nos messageries internes,
00:59on fait preuve de la plus grande vigilance.
01:03Mais il faut être clair, vous l'avez dit, je pense que c'est des opérations de déstabilisation
01:07qui vont se multiplier tout au long de la campagne.
01:10On parle beaucoup par ailleurs de l'ingérence contre les candidats,
01:13et j'en suis victime aujourd'hui.
01:16Mais je pense qu'il y aura aussi de l'ingérence pour les candidats.
01:19Je l'ai vu à l'époque où j'étais Premier ministre, pendant la campagne des Européennes.
01:23Il y avait eu une ingérence déjà du Kremlin contre certains candidats,
01:26mais aussi en faveur de certains candidats, notamment le Rassemblement national.
01:30Il faut probablement s'attendre à la fois à ce qu'il y ait une ingérence du Kremlin
01:34contre certains candidats comme moi, mais aussi pour certains candidats comme Marine Le Pen,
01:40parce qu'elle a toujours défendu les intérêts du Kremlin et de la Russie.
01:43Ces publications disent bien que vous avez la maladie de Parkinson
01:46et que vous êtes favorable à des squatteurs ou squatteurs pour les logements vides.
01:50C'est ça que dit cette publication.
01:51Oui, entre autres, vous avez d'autres publications aussi totalement mensongères,
01:55diffamatoires, calonneuses, qui reprennent en réalité tous les codes
01:59et les logos de médias français pour véhiculer des fausses informations.
02:03Et il faut s'attendre à ce que ça se multiplie,
02:05il faut s'attendre à ce qu'il y ait potentiellement des cyberattaques également.
02:09Et encore une fois, tout ça, ce n'est pas des choses qui sont totalement artificielles,
02:12c'est très concret, puisque ça veut dire concrètement
02:15que vous avez en l'occurrence une puissance étrangère,
02:17en l'occurrence ici la Russie, qui veut voler l'élection aux Français
02:21en les empêchant de faire un choix démocratique et éclairé.
02:25Hier, à votre place, l'eurodéputé Raphaël Glucksmann a dit
02:27qu'il fallait s'en prendre aux grandes plateformes, notamment X et TikTok.
02:32Oui, il faut que les plateformes puissent retirer de manière quasi instantanée
02:37les contenus qui sont des contenus de fausses informations
02:40et qui sont relayés par des puissances étrangères pour fausser la campagne
02:43et fausser l'élection, évidemment.
02:46Alors, Gabriel Attal, la campagne vous l'a menée cet été sur le terrain.
02:49Pas de vacances pour vous, tournée estivale.
02:51Les gens que vous rencontrez, ils ont vraiment envie de parler de l'élection dans huit mois ?
02:55Oui. Moi, effectivement, j'ai décidé de passer mon été auprès des Français.
03:00J'étais hier en Vendée, avant ça dans les Yvelines,
03:03encore avant en Haute-Savoie, dans le Morbihan, en Finistère.
03:07Et je suis aujourd'hui à Château-Renard, dans le Sud,
03:10sur l'un des plus gros marchés de gros en matière de fruits et légumes,
03:14parce que je considère que quand on sollicite le suffrage des Français,
03:18quand on est candidat à l'élection présidentielle,
03:20il ne peut pas y avoir de vacances.
03:22On doit être en permanence au contact des Français,
03:24pour les écouter, évidemment, mais aussi pour leur dire ce qu'on veut pour le pays.
03:28Et donc, je suis depuis 6 heures ce matin sur le marché, ici, de Château-Renard,
03:33à échanger avec des agriculteurs, à échanger aussi avec des commerçants,
03:36avec des acheteurs, sur tous les sujets,
03:39et notamment, évidemment, sur la question des salaires et des rémunérations,
03:43qui est l'une de mes grandes priorités dans mon projet.
03:46J'ai fixé 4 chantiers capitaux, l'école, les salaires, les frontières,
03:51et l'IA, c'est-à-dire l'intelligence artificielle.
03:54Si on réussit sur ces 4 chantiers et ces 4 défis,
03:57la France peut redevenir la première puissance d'Europe en 10 ans.
04:00On va parler des salaires et de votre réforme des institutions dans un instant,
04:03mais d'abord, si vous partez aussitôt en campagne,
04:05c'est parce que vous êtes, dites-vous, frustré par 2022,
04:08lorsqu'Emmanuel Macron avait attendu le dernier moment et avait empêché toute campagne.
04:12Encore une pique au chef de l'État, ça, non ?
04:15Moi, ce que je constate, c'est qu'en 2022, il n'y a pas eu de campagne.
04:18Le président s'est représenté très tard, ce qui a empêché d'avoir de vrais débats.
04:22Il y a eu, par ailleurs, la guerre en Ukraine,
04:23qui mobilisait beaucoup l'actualité et l'information.
04:26Or, cette élection présidentielle de 2027, elle est totalement décisive pour le pays.
04:31Regardez ce qui se passe dans le monde.
04:33La réaffirmation des puissances avec les États-Unis et la Chine,
04:36le défi de l'intelligence artificielle, le dérèglement climatique,
04:40tout ça a un impact très concret sur la vie des Français
04:42et aura un impact sur la capacité de la France à rester un pays libre à l'avenir.
04:47Et donc, les choix qu'on fera en 2027 seront des choix totalement décisifs pour l'avenir.
04:51Moi, ce que je veux, c'est que les Français aujourd'hui puissent à nouveau avoir confiance dans leur pays
04:56pour que leurs enfants et leurs petits-enfants aient une meilleure vie que la leur.
05:00Malheureusement, aujourd'hui, cette confiance, elle est très largement entamée,
05:03voire elle est perdue chez beaucoup de Français.
05:05Et donc, c'est ça l'enjeu de cette élection de 2027.
05:07C'est pour ça, effectivement, que je veux que la France ait la campagne présidentielle qu'elle mérite
05:11et un vrai débat en vue de 2027.
05:14Et ce n'est pas en partant en vacances qu'on permettra qu'il y ait un vrai débat pour
05:17ces élections.
05:17Alors, vous parlez sûrement d'Edouard Philippe qui, lui, a pris trois semaines de vacances.
05:20Si vous êtes sur le terrain, c'est parce qu'il n'y a qu'un fauteuil pour deux.
05:24Ce sera vous, Edouard Philippe, et vous êtes en retard dans les sondages pour l'instant.
05:28Moi, je suis sur le terrain pour, encore une fois, entendre les Français, les écouter,
05:32leur dire ce que je veux faire pour le pays et construire les solutions avec eux.
05:35Ensuite, quand vous regardez les sondages, je suis le seul candidat en dehors des extrêmes
05:39à avoir aujourd'hui une dynamique dans les sondages.
05:41Dans tous les sondages qui sont réalisés par rapport à ceux qui étaient faits
05:44avant ma déclaration de candidature, je suis en progression et même en nette progression.
05:49Je vais reciter l'exemple d'Edouard Philippe, qui est évidemment un compétiteur
05:53pour ce qu'on appelle le centre, le bloc central.
05:55Il y a un sondage récent qui montre que l'écart entre nous,
05:59avant ma déclaration de candidature, était de 10 points.
06:01Il n'y a plus que de 3 points aujourd'hui, c'est-à-dire la marge d'erreur.
06:05Et donc, moi, je continue, tout au long de l'été, au contact des Français,
06:08à aller les convaincre, leur dire ce que je veux faire pour le pays,
06:11les écouter, évidemment, en vue de cette élection présidentielle.
06:14Il n'y a pas une minute à perdre pour réveiller cette campagne
06:17et pour convaincre les Français.
06:18Donc, il faut vous distinguer, le dépasser, mais sans trop le critiquer,
06:21parce qu'il y aura un rassemblement inévitable après.
06:24Mais vous savez, moi, plutôt que de passer mon temps à critiquer les autres,
06:27à parler des autres, je veux parler de ce que je veux faire pour le pays
06:29et parler des problèmes des Français.
06:31J'étais hier en Vendée sur un problème majeur,
06:33qui est celui des occupations illicites de terrain par des gens du voyage.
06:38J'ai été au contact des agriculteurs, de gestionnaires de camping,
06:41d'élus locaux qui sont victimes de ces occupations illicites
06:44pour construire avec eux des solutions,
06:46pour leur dire ce que je veux faire avec des solutions très radicales
06:49pour lutter contre ces occupations illicites par des gens du voyage.
06:52Ça me semble plus intéressant et correspond davantage aux attentes des Français
06:56que d'aller critiquer les uns et les autres
06:57et parler en permanence des autres candidats.
07:00Moi, ce n'est pas ma manière de faire.
07:01Parlons-en quand même, parce que Jean-Luc Mélenchon a dit à ce propos
07:03que vous découvriez le problème et que vous mettiez de l'huile sur le feu.
07:06En fait, pour Jean-Luc Mélenchon, il n'y a pas de problème.
07:10Effectivement, on a échangé sur les réseaux sociaux et sur Twitter ces derniers jours.
07:13Pour lui, ce n'est pas un problème qu'il y ait des agriculteurs
07:16qui voient leur terrain envahi par des personnes issues des gens du voyage
07:20de manière totalement illégale.
07:21Ce n'est pas un problème que vous ayez un gestionnaire de camping
07:23qui voit son camping totalement envahi avec tout ce que ça implique.
07:27Pour lui, c'est circulé, il n'y a rien à voir.
07:29Vous vous rendez compte ?
07:30Moi, je lui ai dit qu'il aille, qu'il ait le courage
07:32d'aller devant les agriculteurs, d'aller devant les élus locaux,
07:36d'aller devant les chefs d'entreprise qui sont victimes de ces occupations illicites,
07:40leur expliquer qu'il n'y a pas de problème.
07:42Alors, vous parliez dans votre programme du salaire,
07:45rapprocher le net du brut.
07:47Vous promettez aussi la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958.
07:52Alors, référendum, réduction du nombre de parlementaires,
07:54faire du maire l'élu le plus puissant.
07:56Vous avez voulu faire plaisir à tout le monde ?
08:00Non, ce que je constate aujourd'hui, malheureusement,
08:02c'est que la France glisse d'une démocratie vers une vétocratie.
08:07Je m'explique.
08:08Aujourd'hui, quand vous êtes un porteur de projet,
08:10que vous êtes un artisan, un chef d'entreprise,
08:13un élu local, un agriculteur,
08:15que vous avez un projet,
08:17malheureusement, il y a toujours des procédures administratives à n'en plus finir,
08:20toujours des recours qui vous bloquent.
08:21Et je vais vous le dire de manière très claire,
08:23un des grands échecs des dernières années,
08:26des deux quinquennats qui viennent de s'écouler,
08:28c'est de ne pas avoir réussi à sortir la France
08:30de son état de démence normative,
08:33dans lequel elle est malheureusement plongée.
08:35Et ce matin, à Château-Renard,
08:36depuis 6h du matin, j'échange avec des agriculteurs,
08:39avec des situations totalement ubuesques.
08:42Quand vous êtes un agriculteur,
08:44c'est un exemple qui m'a été donné ce matin,
08:46et que vous avez un salarié sur un marché
08:48qui vend des fruits et légumes,
08:50il fait 40 degrés,
08:51il y a l'inspection du travail
08:52qui vient verbaliser parce qu'il ne porte pas
08:54des chaussures de sécurité.
08:56Évidemment, quand il fait une chaleur comme celle-là,
08:58vous avez plutôt envie d'être en tongs.
08:59Ça prend deux heures ensuite pour l'agriculteur
09:01pour répondre à des formalités administratives.
09:03C'est insupportable.
09:04Et il faut avoir la lucidité
09:06et la transparence de dire
09:08que sur ces sujets-là,
09:09c'est un échec des dernières années.
09:11Et si on veut changer ça,
09:13il faut changer nos institutions.
09:14Pourquoi ça n'a pas été transformé ces dernières années ?
09:17Parce que malheureusement, en 2018,
09:19il a été décidé de renoncer
09:20à ce qui est pour moi la mère des réformes,
09:22c'est la réforme de nos institutions.
09:25Si le gouvernement, l'État,
09:26se concentrent sur ces sujets régaliens,
09:29c'est-à-dire la sécurité,
09:30les frontières, les programmes scolaires,
09:32et que le reste...
09:33Vous n'êtes pas le premier à vouloir réduire
09:34le nombre de parlementaires, Gabriel Attal.
09:35Mais ce n'est pas seulement réduire
09:37le nombre de parlementaires,
09:38c'est aussi donner davantage de responsabilités
09:40et de pouvoir aux collectivités locales,
09:42aux maires, comme vous l'avez dit,
09:43pour gérer les sujets de la vie quotidienne,
09:45donner les autorisations,
09:46plutôt qu'avoir Paris, l'État,
09:49qui décide de s'occuper de tout.
09:50Il faut que l'État se reconcentre
09:52sur son cœur de métier,
09:53qui a encore une fois assuré
09:54la sécurité des Français,
09:56la sécurité de nos frontières,
09:57et que sur le reste,
09:58on assume de partager le pouvoir.
09:59Et ça veut dire changer profondément
10:01nos institutions.
10:02Et c'est comme ça que les chefs d'entreprise,
10:04les agriculteurs, les élus locaux,
10:06verront la différence.
10:07C'est ma conviction.
10:08Dernière question, Gabriel Attal,
10:09une réponse courte,
10:10mais puisque vous êtes sur un marché,
10:11elle s'impose après la sécheresse en Bretagne.
10:13Le groupe agroalimentaire Breton-Eureden
10:16réclame une hausse des prix des légumes.
10:18Son président sera avec nous tout à l'heure.
10:20Il demande à la grande distribution
10:21d'augmenter les prix.
10:22Vous les soutenez ?
10:23Pour moi, il y a un principe simple et clair.
10:26Il faut que le prix soit construit
10:29sur la base du coût de production
10:31des agriculteurs.
10:32C'est très clair.
10:33On regarde les agriculteurs,
10:34quel est leur coût de production.
10:36Et ça, ça doit être la base
10:37de la construction du prix.
10:38La base de la construction du prix
10:40ne peut pas venir d'autre chose.
10:41Si on a ce principe dont je rappelle
10:43qu'il est maintenant dans la loi
10:44depuis plusieurs années,
10:45c'est la loi EGalim.
10:46Et si ce principe est respecté
10:48dans toutes les filières,
10:49évidemment qu'il y aura derrière
10:51et qu'il y a derrière
10:51une juste rémunération
10:52pour nos agriculteurs.
10:54Dans certaines filières,
10:55ça fonctionne.
10:56Malheureusement, pas dans toutes.
10:57Mais évidemment que sur la question
10:58de la rémunération de nos agriculteurs,
11:00je vous l'ai dit,
11:00je suis depuis 6h du matin
11:01à Château-Renard
11:02avec nos agriculteurs.
11:03Ça reste un sujet majeur.
11:04Et ils sont cet été, c'est vrai,
11:06victimes de la sécheresse
11:07et de la canicule.
11:08Et on en parlera à 8h15.
11:09Merci beaucoup, Gabriel Attal.
11:11Merci.