- il y a 6 semaines
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00:004h13 ce matin, à la prison des Beaumettes, un homme a été exécuté, la guillotine est tombée.
00:08Il avait 21 ans, son nom Christian Ranucci.
00:11Il avait assassiné une fillette de 8 ans, condamné le 10 mars dernier par la cour d'assises d'Aix
00:19-en-Provence.
00:20Il avait été la cible de la peine capitale et les jurés en avaient décidé ainsi, à 4h25,
00:26sur la prison des Beaumettes, un papier sur la porte, c'est l'avis d'exécution.
00:32Ranucci n'est plus, il paye sa dette à la société.
00:36Bonsoir Christophe Ondelat.
00:37Bonsoir Bommette.
00:38Est-ce que je dois encore vous présenter ? Journaliste, animateur et désormais comédien.
00:42Parce qu'avec cette affaire que vous avez décidé de monter sur scène, à partir du 20 janvier et jusqu
00:48'au 26 avril à la Seine-Libre,
00:50je le disais, l'affaire Ranucci a marqué toute une génération, bien après sa condamnation à mort.
00:56Pourquoi avoir choisi cette affaire, Christophe Ondelat ?
00:58Parce que c'est une affaire qui a l'air d'avoir duré 2 ans et qui en fait a
01:03duré 40 ans.
01:05Et c'est pour ça qu'elle m'a intéressé.
01:07Et probablement aussi parce que personne n'a vraiment idée de ce qui s'est passé après, à la fin
01:13de l'histoire.
01:14Et ce qui s'est passé après, c'est que le petit frère de Marie-Dolores Rambla, Jean-Baptiste, a
01:21tué deux femmes.
01:22Et qu'il a été condamné il y a 6 ans maintenant, à la réclusion criminelle à perpétuité pour ce
01:28dernier meurtre.
01:29Et qu'on ne peut pas dire que le fait qu'il soit devenu un assassin n'est pas lié
01:34au fait que sa sœur ait été elle-même assassinée.
01:38On va revenir, Christophe Ondelat, précisément sur l'affaire Ranucci.
01:42Arrêtez-moi si je me trompe, je vais rappeler quelques éléments.
01:45Nous sommes au printemps 1974, Marie-Dolores Rambla a 8 ans.
01:48Elle est enlevée sous les yeux de son petit frère Jean-Baptiste que vous venez d'évoquer, puis retrouvée morte
01:52deux jours plus tard.
01:53Comment le lien est fait avec Ranucci ?
01:56Le lien est simplement fait parce que Ranucci, dans sa fuite, il a un accident de voiture.
02:03La plaque d'immatriculation de la voiture est révélée et que la voiture est à lui.
02:09Donc ce n'est pas bien compliqué.
02:10Il s'enfuit, il a un accident de voiture.
02:12Ensuite, il s'enfuit dans une champignonnière et on va retrouver le cadavre tout près de l'endroit où il
02:19s'est enfui.
02:19Voilà, c'est tout simple.
02:20Après 18 heures d'interrogatoire, il avoue le meurtre de Marie-Dolores, indiquant même où se trouve l'arme du
02:25crime.
02:26Jusqu'ici, une enquête classique, mais rien ne va se passer comme prévu. Rien.
02:30C'est-à-dire qu'il y a un élément qui convainc tout de suite de la culpabilité de Ranucci.
02:36C'est qu'il dit où il a planqué le couteau avec lequel il l'a égorgé.
02:3915 coups de couteau.
02:4115 coups de couteau à la gorge.
02:42Il dit où il a planqué et on le retrouve là où il avait dit qu'il était.
02:45À partir de ce moment-là, vouloir penser que Ranucci est innocent parce qu'il a été guillotiné est une
02:54erreur.
02:54C'est une erreur flagrante.
02:56Malgré tout, Christophe Ondelat, plus tard, il va revenir sur les aveux, accusant même les policiers de l'avoir obligé
03:01de parler.
03:02Les années 70, oui, les policiers... Il n'y a pas d'avocat pendant les interrogatoires.
03:08Donc oui, les policiers filaient des mornifles, mais il est possible, on ne peut pas écarter l'idée que les
03:14policiers filaient des mornifles.
03:17Enfin, il a avoué ensuite trois fois devant la juge d'instruction.
03:20Il a avoué ensuite une fois lors de la reconstitution et il a avoué à l'expert psychiatre et il
03:25l'avoue à sa mère.
03:27Donc ça fait beaucoup d'aveux.
03:28Cela dit, il n'est pas condamné sur la base des aveux.
03:31Il est condamné sur le fait qu'il a eu cet accident, que là où on l'a vu disparaître,
03:36on a trouvé le canabre de la petite fille.
03:38Que là où il avait déquêté le couteau, on a trouvé le couteau.
03:40Il a servi à dégorger.
03:42Donc il n'est pas condamné sur la base de ses aveux du tout.
03:45Il sera condamné à mort.
03:47Quelle est l'ambiance à ce moment-là ?
03:49Vous vous dites qu'il y a presque une ambiance de lynchage.
03:53Si vous voulez, sur les affaires criminelles, en règle générale, l'opinion publique pèse beaucoup.
03:59Le contexte est particulier.
04:01En plus, Patrick Henry, deux mois plus tôt, a enlevé et tué le petit Philippe Bertrand.
04:06Sept ans.
04:07Voilà.
04:08Qui est un petit garçon de sept ans.
04:09Donc à l'époque, l'opinion publique pèse très lourd sur ce procès, bien entendu.
04:15Et Lombard dira, Maître Lombard, qui était l'avocat de Ranucci, dira dans sa plaidoirie,
04:20« L'opinion est une prostituée qui tire le juge par la manche. »
04:35Voilà.
04:35Parce qu'on l'a trouvé dans cette fameuse champignonnière dans laquelle Ranucci s'était embourbé avec sa voiture.
04:42On n'a jamais compris ce qu'il faisait là.
04:44Il lui dit « J'ai lâché le frein à main, mais ce n'est pas possible que sa voiture
04:46se soit enfoncée dans ce tunnel toute seule,
04:49parce que le tunnel, il serpente, donc il aurait dû taper les murs. »
04:52Il a reculé dans cette champignonnière et on a trouvé, là où il avait embourbé sa voiture, un pulau vert
04:57rouge.
04:57On le lui a fait essayer.
04:59Il était trop petit.
05:00Il faut que vous sachiez que dans cette champignonnière où on trouve le pulau vert rouge, il y a des
05:05gens qui viennent baiser.
05:08En fait, c'est un endroit noir, sombre, où des couples probablement pas très réguliers viennent faire l'amour.
05:16Et donc, il y a des Kleenex, il y a des capotes, et puis il y a un pulau vert
05:20rouge.
05:22Il n'a pas été relié à l'affaire par l'enquête.
05:24Il n'a été relié à l'affaire que par Gilles Perrault, lorsque, quand il sort son bouquin, il l
05:28'appelle le pulau vert rouge.
05:30Et on ne sait toujours pas à qui appartenait ce pulau vert rouge.
05:33Probablement à un monsieur qui a oublié de le remettre.
05:35Christian Ranucci est revenu sur ses aveux demandant la grâce présidentielle, jusqu'à prononcer ses mots lors de son exécution.
05:42Réhabilitez-moi.
05:43Oui.
05:45Pourquoi le réhabiliter ? Parce qu'il a été guillotiné.
05:48C'est là que se trouve toute l'ambiguïté de l'affaire.
05:51C'est-à-dire que, et ça sera le raisonnement de Gilles Perrault, je suis contre la peine de mort.
05:56Il ne fallait pas guillotiner Ranucci.
05:58Et donc, il est innocent.
05:59Il est complètement tidou.
06:01On peut dire qu'il ne fallait pas le guillotiner sans ressentir le besoin de démontrer qu'il est innocent.
06:07Ce qui est vain.
06:08Parce qu'à l'époque, Christophe Ondelat, ça devient une affaire politique, l'affaire Christian Ranucci.
06:12Le président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, a rejeté les demandes de grâce de Christian Ranucci.
06:17Et de longues années plus tard, il ne regrettait pas.
06:19Il dira même qu'il était coupable, il était condamné, il devait être sanctionné.
06:22Oui.
06:24Giscard, il avait le courage d'un homme politique face à l'opinion publique.
06:28C'est-à-dire qu'il savait que, de manière inexorable, 5 ans plus tard, en vérité, la peine de
06:34mort allait être abolie.
06:35Il n'était pas radicalement contre, mais il avait l'opinion contre lui, notamment à cause de l'affaire Philippe
06:41Bertrand,
06:42à cause d'une affaire qui s'était déroulée à Toulon, quelques temps avant, tant qu'il était...
06:47Voilà, il ne voulait pas se mettre l'opinion à dos, enfin, un homme politique.
06:50Mais pourquoi, Christophe Ondelat, selon vous, l'affaire Ranucci reste symbole d'une potentielle erreur judiciaire ?
07:00Parce que tout le monde s'est fait aveugler par le punot vert-rouge.
07:02Oui, le livre.
07:03Et moi le premier.
07:04Et moi le premier.
07:05Toute ma génération s'est fait aveugler par ce livre.
07:09On l'a pris, on n'a même pas vérifié que...
07:13Gilles Perrault a raconté plein de conneries dans ce bouquin, en fait.
07:16Il y a un flic qui les a comptées, il y a 200 erreurs.
07:19200 ?
07:19200 erreurs.
07:20200 erreurs.
07:22Et peu importe, peu importe, c'est comme ça.
07:26Et moi j'ai fait un numéro de Fête Entrée à l'Accusé en 2003, j'ai repris tout ça
07:30texto, quoi.
07:32Texto.
07:34Sans oser m'opposer à quelque chose que je savais déjà, je savais que ce livre était une manipulation.
07:40Mais toute notre génération, toute ma génération a avalé la couleuvre, quoi, tout en sachant que ce n'était pas
07:46tout à fait vrai.
07:48Et je pense qu'aujourd'hui encore, il y a plein de gens qui croient que Gilles Perrault avait raison.
07:52Et la justice a toujours refusé, Christophe, de réviser ce procès, malgré plusieurs demandes, notamment celle réitérée de Robert Badinter,
07:59l'ancien garde des Sceaux, aujourd'hui au Panthéon.
08:01Je souhaiterais que soit publiée cette requête en révision parce qu'on verrait à cet instant l'immense incertitude qui
08:12se dégage.
08:13Une telle impression qu'à ce moment-là, l'appareil judiciaire, comme cela l'arrête quelquefois, est entièrement tourné dans
08:19le sens de la conviction de la culpabilité.
08:22Et qu'il ne prend plus en considération les éléments qui peuvent militer en faveur de l'innocence, que l
08:27'homme est comme écrasé.
08:28Et ça, je l'attribue à la fois à l'horreur que soulevait le crime, la mort d'une petite
08:33fille, au désir de fournir un coupable, et enfin au climat de surexcitation qui régnait en France au moment de
08:40l'affaire 2-3.
08:41C'est cette affaire qui relance les débats sur la peine de mort.
08:43Il se fait embrouiller par Gilles Perrault, il ne connaît pas le dossier, dans un terme, bien entendu.
08:46Et il est de gauche, et il est l'homme qui va abolir la peine de mort.
08:49Donc, toute la gauche, à ce moment-là, se fait embrouiller par Gilles Perrault.
08:53Accepte de croire Gilles Perrault, au prétexte qu'il faut abolir la peine de mort.
08:57Mais on peut très bien abolir la peine de mort sans prouver que Ranucci est innocent.
09:01Ranucci était coupable.
09:03Au-delà du fait que moi, je suis très légitimiste sur les décisions judiciaires.
09:06C'est une règle absolue chez moi, je ne conteste pas une décision judiciaire, que ce soit Sarkozy ou...
09:11Voilà, il est condamné, il est coupable.
09:13Marine Le Pen, elle est condamnée, il est coupable.
09:15Si elle est acquittée, elle est innocente.
09:17Moi, je pense qu'il faut un consensus là-dessus.
09:20Et lui, il se fait embrouiller, mais pas que lui.
09:22Même moi, je me suis fait embrouiller.
09:24Même fait en train d'accuser, il s'est fait embrouiller.
09:26On s'est tous fait embrouiller.
09:28Vous parlez toujours avec autant de passion de ces grandes affaires criminelles qui nous fascinent.
09:32Avant de monter sur scène à la scène libre, vous avez lancé votre propre podcast.
09:37Ça s'appelle 100% On de Latte.
09:39Vous n'arrivez pas à décrocher, il y a Christophe On de Latte.
09:40C'est-à-dire que je voulais être libre.
09:42Parce qu'en fond, pour faire de la radio, il faut un émetteur FM, n'est-ce pas ?
09:45Mais pour faire du podcast, vous êtes indépendant.
09:48Et je voulais être indépendant.
09:49Je ne voulais plus appartenir à quelqu'un et continuer ce boulot que je fais depuis 10 ans tout seul.
09:55Donc, ce n'est pas un défi facile.
09:58Parce que pour arriver, on est 5 dans mon équipe, je suis entouré de plein de gens.
10:03Donc, pour arriver à équilibrer financièrement tout ça, un sacré pari, il va falloir que ça marche.
10:08Mais ça démarre pas mal.
10:10Mais pour l'instant, ça m'en va rentrer.
10:12Pour un émetteur FM dont on n'avait plus besoin, il faut aussi une voix.
10:15Votre voix est absolument légendaire et vous avez rendu public vous-même que vous combattiez un polype.
10:21Oui, j'ai montré une photo de mon polype sur les réseaux sociaux.
10:24Comment allez-vous ?
10:25Un beau polype, j'aimerais bien avoir ce ton diagnostic.
10:28Comment allez-vous ? Est-ce que vous avez une petite appréhension de monter sur scène avec cette voix ?
10:32Aucune.
10:33Si j'avais de l'appréhension, franchement, j'ai ce polype.
10:38C'est Michel Cymes qui me l'a diagnostiqué, ce polype, il y a très très longtemps.
10:43Il était ORL, Michel Cymes.
10:45Et donc, ça fait 30 ans que j'ai ce polype.
10:48Donc, je fais avec.
10:49Quand il grossit trop, on le rabote.
10:52Mais on ne l'enlève pas.
10:54J'ai un deal avec le docteur Maï, qui est mon ORL, qui est fourniâtre,
11:00qui est qu'on ne l'enlève pas.
11:01Parce que si on l'enlève, je vais parler comme ça, si vous voulez.
11:03C'est fini, ma carrière est terminée.
11:05Ça modifierait la voix.
11:06Mais petit message, vous, ça fait 30 ans,
11:08mais si des gens ont une modification de la voix,
11:10l'impression d'avoir un chat dans la gorge depuis plusieurs semaines,
11:12allez voir un ORL, vraiment.
11:13Donc moi, je le fais photographier régulièrement, tous les 6 mois.
11:17Et il ne bouge pas.
11:18Voilà, ça fait 4 ans qu'il ne bouge pas.
11:20Inch'Allah.
11:21Évidemment, en lançant mon podcast, et puis ce spectacle,
11:25j'avais une petite angoisse quand même.
11:26Et tout d'un coup, je ne pouvais plus parler.
11:29Je me suis dit, ce n'est pas de poche, mais attendez.
11:31C'est le polype.
11:32Donc je suis allé voir Maï-ORL.
11:34Elle m'a fait une photo et non, il n'a pas bougé.
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