00:00RTL Matin, Stéphane Boutsock.
00:047300, c'est le nombre de personnes qui sont mortes cet été suite aux vagues de canicules.
00:08Un bond de mortalité dont les personnes âgées de plus de 75 ans ont été victimes, les victimes principales.
00:15Elles représentent trois quarts du total.
00:17Dans le détail, toutes les régions, excepté la Corse, ont été touchées, mais les pays de la Loire plus que
00:22les autres.
00:23Alors, on est loin évidemment des 15 000 morts de 2003, mais le bilan n'est pas définitif.
00:27Donc, il sera officiellement publié au mois d'octobre.
00:31Deux invités pour en parler avec nous ce matin sur RTL.
00:34Tout d'abord, Bruno Mégarban, bonjour.
00:36Bonjour.
00:36Vous êtes chef du service de réanimation à l'hôpital Lariboisière à Paris, et puis en ligne.
00:42Bonjour et bienvenue également à Léo Pracel.
00:45Bonjour.
00:45Vous êtes le jeune et nouveau maire d'Hivergauche de Bavilliers, commune de 4700 habitants dans le territoire de Belfort.
00:51Vous avez dû tous les deux vous adapter à la situation.
00:54Je commence par vous, Bruno Mégarban, à l'hôpital Lariboisière.
00:57Est-ce que vous constatez la hausse des hospitalisations et peut-être des décès suite à cette vague de chaleur
01:04?
01:04Alors, on l'a constaté essentiellement au cours de la vague de chaleur de fin juin.
01:07Oui.
01:08Beaucoup moins en juillet, parce que probablement les choses étaient plus étalées dans le temps, mais on a eu moins
01:14de pression sur les services d'urgence.
01:16A l'inverse, en juin, nous avons dû réadapter l'activité hospitalière, puisque nous avons arrêté un certain nombre de
01:22consultations non-urgentes, à peu près 20% de l'activité non-urgente, tout à fait,
01:26pour pouvoir concentrer les forces et les moyens sur les services d'urgence et de réanimation.
01:33Ça veut dire que vous avez senti un moment de tension ?
01:36Oui, il y a eu une fatigue aussi.
01:37Tout à fait.
01:37Il y avait eu une tension, il y avait des cellules de crise qui se réunissaient tous les jours.
01:42Il fallait revoir l'activité, compter le nombre de lits, car c'est toujours le même problème.
01:46C'est qu'en période de crise, nous travaillons avec le même nombre de lits, le même nombre de personnel
01:53qu'en temps normal.
01:55Or, déjà, en temps normal, on est en tension, et donc, en temps de crise, il faut savoir s'adapter
01:59très rapidement.
01:59Question pratique, on en sort, heureusement, en tout cas pour l'instant, de cette période très compliquée.
02:05Pour celles et ceux qui nous écoutent, qui en ont été victimes, peut-être, combien de temps on met à
02:09récupérer ?
02:10Combien de temps l'organisme se réhabitue quand on a vraiment souffert ?
02:13Alors, quand on fait un coup de chaleur important, amenant aux urgences, puis faisant une hospitalisation en réanimation,
02:22eh bien, malheureusement, on ne s'adapte jamais.
02:25C'est-à-dire, en fait, on va perdre de la fonctionnalité, on va perdre même de l'espérance de
02:30vie dans les années qui viennent.
02:32En fait, on descend d'un cran par rapport aux autres personnes de la même tranche d'âge, avec les
02:37mêmes comorbidités, qui n'ont pas subi ce coup de chaleur.
02:40En fait, c'est une vraie agression extrême du corps humain, c'est très violent, et tous les organes en
02:46gardent des séquelles,
02:47notamment le système nerveux central, il peut y avoir des séquelles, une perte d'autonomie importante, notamment chez les sujets
02:53usagers, évidemment.
02:54Léo Pracel, vous êtes donc avec nous, maire de Bavilliers, dans le territoire de Belfort.
02:58Ces canicules de l'été, vous les avez subies directement avec vos administrés, sous des pics, je crois, à plus
03:05de 40 degrés.
03:06Vous avez mis en place un dispositif, alors ça, c'est assez surprenant, ça n'existait pas, un registre des
03:12personnes vulnérables de la commune ?
03:15Alors, le registre des personnes vulnérables, il est obligatoire dans toutes les communes de France.
03:22Cependant, il est vrai qu'à Bavilliers, sur les années précédentes, il y avait zéro inscription sur ce registre,
03:27ce qui nous a semblé assez étonnant, quand on a été élu en mars 2026, et qu'on a commencé
03:33à se préparer à l'été qui arrivait.
03:36Donc, effectivement, on a dû tout repenser depuis zéro, en fait, parce que, pour la petite anecdote,
03:44les années précédentes, la publicité pour le registre des personnes vulnérables était faite sur Facebook,
03:49ce qui ne permettait pas nécessairement aux personnes, à nos concitoyens les plus âgés, d'y avoir accès.
03:55Donc, effectivement, on a tout repensé avec des bulletins d'inscription sur le registre communal papier
04:02qui ont été distribués dans toutes les boîtes de la commune, sans aucune distinction,
04:07avec des bulletins pour les personnels-mêmes, des bulletins pour les tiers,
04:11donc les aides à domicile, les enfants qui voulaient inscrire leurs proches.
04:16Et donc, on est monté à plus de 75 inscriptions sur l'année 2026
04:22pour le registre communal des personnes vulnérables.
04:25Comment est-ce qu'on s'adapte ? Parce que c'est aussi la question,
04:28vous êtes maire d'une commune, donc moins de 5000 habitants pour Bavilliers.
04:32Ça passe par le porte-à-porte, notamment, c'est-à-dire qu'on se déplace
04:35chez les personnes qui peuvent être concernées ?
04:38Alors, absolument. Il y a plusieurs étapes, en réalité.
04:42Une fois que les personnes sont inscrites sur le registre,
04:44on a fait un premier appel d'évaluation, disons,
04:46qui a été fait par mon adjointe à la Santé et aux Solidarités,
04:51qui est médecin, donc ça, c'est vraiment une chance aussi
04:54que l'on a à Bavilliers,
04:55donc qui a pu appeler toutes ces personnes pour déterminer le niveau de besoin.
04:59En fait, elle a classé ces personnes 1, 2 ou 3
05:03en fonction de leur isolement, de leur pathologie, etc.
05:07Puis, en fait, on les a appelés tous les jours de canicule,
05:11puisque le plan canicule se déclenche à partir du moment
05:16où on est en vigilance orange.
05:18Donc, à chaque fois qu'on a été en vigilance orange,
05:19c'est-à-dire cinq fois dans l'été à Bavilliers,
05:23on a appelé tous les jours ces personnes-là,
05:25avec des questionnaires qui ont été aussi rédigés par mon adjointe.
05:29C'est des questionnaires très précis, qui n'existaient pas, en fait.
05:31Et c'est ce qu'on regrette un petit peu,
05:32c'est le manque de support dont nous bénéficions,
05:36nous, élus, et surtout nouveaux élus,
05:38dans la gestion de cette canicule.
05:40Donc, on a du tout recréé ces questionnaires
05:44avec des questions très précises sur le niveau d'hydratation,
05:47la couleur des urines, la température dans la maison,
05:51les signes généraux comme les maux de tête, l'alimentation, etc.
05:54Et donc, ce sont les agents et les bénévoles
05:56sur les week-ends ou les jours fériés
05:59qui appelaient tous les jours
06:00les 75 personnes inscrites au registre
06:03pour prendre de leurs nouvelles.
06:04Et effectivement, si on voyait
06:07qu'il y avait quelques faiblesses
06:08ou des gens qui ne répondaient pas,
06:09ce qui arrive assez régulièrement
06:11avec les personnes âgées
06:11qui ont notamment peur des arnaques,
06:14eh bien, on se déplaçait à domicile.
06:16On a fait beaucoup de visites à domicile.
06:17Bruno Megarban, je reviens à vous.
06:19Au plus fort de cette vague,
06:20en juillet, le gouvernement annonçait en urgence
06:23l'arrivée de dizaines de milliers
06:26de climatiseurs dans les hôpitaux
06:27où la crime n'était pas installée.
06:29Vous parlez d'un pansement,
06:31d'une décision au pied du mur.
06:33Oui, tout à fait.
06:33En fait, on regrette que ces mesures
06:36n'aient pas été prises bien en amont
06:39puisqu'on sait, évidemment,
06:41que nous sommes dans une période
06:42de réchauffement climatique
06:43et que les étés vont être
06:44de plus en plus difficiles.
06:46Or, beaucoup d'hôpitaux,
06:46on estime à peu près 50%
06:48des lits d'hospitalisation
06:49où des patients fragiles
06:51peuvent y être,
06:52ne sont pas climatisées
06:53et donc la température,
06:55évidemment, extérieure
06:55n'est pas compatible
06:56avec un soin adéquat
06:58et expose le patient
07:00à un risque de coup de chaleur
07:01y compris à l'hôpital.
07:03Alors, les mesures
07:04dont a parlé le maire tout à l'heure
07:06sont vraiment les mesures
07:06les plus importantes
07:07qui ont été prises
07:08pour réduire les décès
07:09et c'est ce qui explique
07:10que la mortalité,
07:12alors que les températures
07:13étaient plus élevées
07:14cette année qu'en 2003,
07:17a été que de 50%
07:19par rapport à l'année 2003.
07:22parce qu'effectivement,
07:24on a, un, fait ces registres
07:26et deux, créé dans les EHPAD
07:28des pièces rafraîchies
07:31ou climatisées
07:32pour accueillir les plus fragiles
07:33mais malheureusement,
07:34ça n'a pas suffi
07:35car encore beaucoup de sujets âgés
07:37restent isolés
07:38dans des appartements inadaptés.
07:39On parle de la manière
07:41d'envisager autrement
07:43la construction de nos bâtiments,
07:45alors c'est vrai pour les hôpitaux.
07:47Léo Prassel,
07:48dans une petite commune
07:49comme la vôtre,
07:50est-ce que l'accélération
07:51du réchauffement climatique,
07:52ça va aussi vous obliger
07:54à imaginer une autre manière
07:56de gérer la commune
07:57et je pense à ces bâtiments publics ?
08:00Absolument.
08:01Une autre manière
08:02de gérer la commune,
08:03c'est absolument nécessaire.
08:04Ces vagues de chaleur-là,
08:05elles nous ont montré
08:06plusieurs choses.
08:07Déjà d'un point de vue social,
08:09on se rend compte
08:09qu'on a besoin
08:10d'une réelle solidarité
08:12intergénérationnelle
08:13parce qu'on a des populations
08:14qui sont vieillissantes.
08:16On a 30% des habitants
08:18de Baviers
08:19qui ont plus de 65 ans
08:21et j'ai vu une étude
08:24du Lancet
08:25qui montrait que 20%
08:27des plus de 60 ans
08:29aujourd'hui ne supportent plus
08:32physiologiquement
08:32les vagues de chaleur,
08:34ce qui représente
08:34près de 275 personnes
08:36sur notre petite commune
08:37de Baviers.
08:38Ça, c'est colossal
08:40et il va falloir qu'on repense
08:41la solidarité intergénérationnelle.
08:42Évidemment, les bâtiments,
08:43on a eu des périodes
08:46architecturales
08:46qui aujourd'hui
08:47nous semblent absolument délirantes.
08:49Nous, à Baviers,
08:50on a une école maternelle
08:51qui est une cathédrale
08:53de verre et d'acier
08:55où il a fait plus de 40 degrés
08:57effectivement cet été.
08:58On a été obligés
08:59de la fermer.
09:00Aujourd'hui,
09:00il faut que l'on repense
09:03nos architectures
09:04pour revenir
09:04à des bâtiments
09:06beaucoup plus pragmatiques
09:08face à ces fortes chaleurs.
09:11Léo Bracel
09:12et Bruno Mégarban.
09:13Merci à tous les deux
09:14d'avoir...
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