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  • il y a 6 jours
Philippe Jaenada, écrivain, auteur de "L'inconnue du quai de Javel" (Flammarion, 12 août), est l'invité du Grand Portrait. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-lundi-24-aout-2026-3182910

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00:00La grande matinale, Sonia de Villers.
00:05Pour venir ici à France Inter, mon invité a traversé le pont Mirabeau.
00:10Il est revenu sur les lieux du crime, car c'est là, à deux pas de la maison, de la
00:15radio,
00:16qu'un matin de 1949, on retrouva le corps dénudé d'une jeune femme.
00:20Elle était quasi nue, les cheveux mouillés du rouge à lèvres, des traces de strangulation, mais pas d'assassin.
00:26Philippe Jaénada reprend l'enquête, à la manière du commissaire Maigret.
00:30Il remonte le fil du XXe siècle, comme il le fait avec succès depuis déjà plusieurs années.
00:35Mais ce livre-là, il sera forcément différent des autres.
00:39On ne traverse pas le pont Mirabeau impunément.
00:42Sous les pas de l'écrivain coule la scène, comme l'a écrit Apollinaire,
00:47passe les jours et passe les semaines, ni le temps passé ni les amours reviennent.
00:52Philippe Jaénada, face au temps qui passe, portrait numéro 166.
00:59Bonjour Philippe Jaénada.
01:00Bonjour Sonia.
01:01Il y a vraiment des matins où vous quittez la maison avec une envie de bonne blanquette de veau ?
01:06Pour de vrai ?
01:07Il y a rarement des matins où je quitte la maison.
01:09Avec du riz, de la sauce, des oignons et des petites carottes ?
01:13C'est pour la littérature que je suis dehors le matin au début du livre.
01:17En vrai, c'est très rare.
01:18Je crois que là, je ne me suis pas levé aussitôt depuis mon bac à peu près.
01:21Mais je vais me réveiller en cours de route.
01:24Non, puis je ne déjeune pas en plus.
01:26Mais on a le droit, dans mes livres, j'ai une sorte de contrat tacite un peu avec les lectrices
01:31et les lecteurs.
01:32C'est que tout ce qui concerne les vieilles histoires que je raconte est vrai.
01:35Au détail, au gramme, au millimètre près, je n'invente rien, je ne modifie rien.
01:39En revanche, ce qui concerne mon narrateur, qui est un peu moi,
01:43j'ai le droit de faire des petits pas de côté.
01:45Je ne me lève jamais avant midi pour aller manger une blanquette.
01:48Et vous avez le droit de glisser ce narrateur dans la peau du commissaire Maigret.
01:54Vous ne croyez pas qu'il est temps de me le dire, la vérité, à moi ?
01:58Mais je vous l'ai dite.
01:59Vous savez bien que non.
02:00Comment non ?
02:02Qu'est-ce qui s'est passé le 1er mai ?
02:04Vous ne croyez pas qu'il est temps de me le dire ?
02:05Ça fait dix fois que je vous l'ai dit.
02:06Je ne pense qu'il s'est pas 5 à 7, je vous demande ce qu'il s'est passé
02:08après, le soir même.
02:10Moi, on pourrait dire que la vérité, c'est dans votre intérêt que je vous parle.
02:13C'est pour ça que je vous ai vus d'abord.
02:14La vérité, je la saurai tôt ou tard.
02:16Et peut-être que vous seuls pouvez la rendre présentable.
02:20Philippe Jaénada, vous n'avez pas écrit un Maigret, mais vous avez relu des paquets de Maigret.
02:26Tous, presque tous.
02:27Tous, tous, pour cette nouvelle enquête qui est la vôtre.
02:29Donc, c'est l'inconnu du Quai de Javel qui paraît chez Flammarion.
02:34Et vos lecteurs fidèles se sont déjà rués en librairie, si j'en crois les premiers chiffres.
02:39L'inconnu, c'est Louise Canso.
02:41Elle est née le 30 mai 1920 à Tréguet dans les Côtes du Nord.
02:45Elle avait donc 29 ans.
02:47Maigret disait, je connaîtrai l'assassin quand je connaîtrai bien la victime.
02:51Oui, c'est même un peu à la base de mon envie de glisser, d'insérer le commissaire Maigret dans
02:59cette histoire.
03:00C'est que je me suis rendu compte, quand j'ai découvert ce fait d'hiver, qu'il a été
03:04non élucidé.
03:06C'est-à-dire qu'il y a eu 6 ou 7 mois d'enquête.
03:08On n'a pas beaucoup insisté.
03:09300 pages de rapport manuscrit.
03:10300 pages de rapport.
03:11On n'a pas beaucoup insisté parce que c'était une jeune femme qui n'était pas mariée, qui n
03:14'était pas une jeune femme convenable.
03:16Donc on s'est dit après tout, est-ce qu'elle n'a pas un peu cherché sa mort ?
03:19Mais je me suis rendu compte surtout que ce qu'on cherchait, c'était les témoins, qui elle avait croisé
03:25ou avec qui elle avait couché, quand on l'avait vue pour la dernière fois.
03:30Et qu'en fait, sur ces 300 pages, qui est quand même un gros rapport, on s'intéresse très peu
03:34à elle.
03:35On s'intéresse à ses saints.
03:36On s'intéresse à ses saints, à ses mœurs, à ses coucheries.
03:41Lisette a vécu la vie folle et misérable des jeunes filles de Paris.
03:45Lise, modèle de Montparnasse, inspiratrice des meilleurs peintres de son temps, a eu la mort des femmes damnées.
03:51Oui, c'était dans un journal.
03:52La presse de l'époque, comme un peu aujourd'hui encore d'ailleurs, se servait d'effets divers, surtout pour
03:57donner des leçons de morale et de conduite, principalement aux jeunes filles.
04:00C'est ça.
04:01Donc voilà, si vous ne rentrez pas dans le moule, si à 20 ans vous n'êtes pas marié, vous
04:05n'avez pas un balai dans une main, une casserole dans l'autre, voilà ce qui va vous arriver, mesdemoiselles.
04:10Et à défaut de raconter votre vie, vous racontez d'autres vies que la vôtre ?
04:14Oui, j'ai raconté ma vie pendant 6 ou 7 livres.
04:17D'une part, je commençais à m'ennuyer, puis d'autre part, ma vie est devenue complètement monotone, plate.
04:23Et sans intérêt ?
04:23Sans intérêt pour la littérature, mais pour moi, j'adore, c'est la vie que j'aime.
04:28Vous aimez les vies monotones et plates ?
04:30Oui, c'est marrant, vous disiez ça, parce que c'est un peu le sujet de mon prochain livre, dans
04:33deux ans.
04:35Il y a monotone dans le type, en tout cas.
04:38Oui, non, j'aime pour moi.
04:40C'est-à-dire que moi, je suis très routinier, très plan-plan, très casanier, mais pour la littérature, c
04:45'est concernant.
04:45Puis un jour, je me suis rendu compte, au bout de cette livre, quand même, qu'il y avait pas
04:48mal d'autres gens que moi sur Terre,
04:51et qui étaient passés par là, et que c'était plus intéressant de raconter leur vie que la mienne.
04:55On a dit de Louise qu'elle avait été la plus belle fille de Paris.
04:58Elle était sur le point, elle, de s'inventer une vie.
05:02Elle qui était venue à Paris pour être une petite bonne de Bretagne, comme il en venait beaucoup des jeunes
05:06filles de Bretagne.
05:08Elle était sur le point de s'inventer une vie.
05:10Et puis, il y a eu la guerre, et son destin s'est brisé.
05:13Oui, en fait, ça fait partie des conséquences presque invisibles de l'occupation.
05:18Parce qu'en fait, dans sa vie, dans le rapport, l'occupation allemande, la guerre, les nazis, ça n'apparaît
05:23pas beaucoup.
05:25Simplement, elle est restée à Paris.
05:27Beaucoup de peintres sont partis, se sont dit, tiens, je vais essayer d'aller peindre les belles couleurs de la
05:30Côte d'Azur.
05:31Et elle s'est retrouvée donc sans travail, sans rien à manger.
05:35Elle a maigri, elle a changé.
05:37Elle a bu.
05:38Et elle s'est mise à boire parce qu'elle n'avait plus d'argent et plus de travail.
05:43Et puis, quand la guerre est terminée, que tout le monde est revenu, elle avait vieilli.
05:48À l'époque, à 25-26 ans, je dis à l'époque, à 25-26 ans, on n'était plus
05:54bonne pour la peinture, pour faire un bon modèle.
05:57Et donc, voilà, en fait, l'occupation, alors que c'était pile les années, c'était entre ses 20 et
06:04ses 25 ans, où elle aurait pu beaucoup travailler.
06:06Eh bien, elle en est sortie un peu les civils.
06:08Et puis alors après, quand on n'est plus une jolie fille et qu'on n'est pas marié, c
06:13'est...
06:13Et c'est pour ça, depuis 15 ans, Philippe Jaénada, que vous racontez d'autres vies que la vôtre à
06:18travers, justement,
06:19ces rapports de police et ces crimes non élucidés, ces affaires judiciaires que vous reprenez.
06:23Et c'est pour ça que vous tournez toujours autour de la guerre, que vos histoires se situent juste avant
06:30ou juste après,
06:31parce qu'à chaque fois, ce sont des destins qui se brisent ou, au contraire, des destinées qui se rejouent.
06:36Au départ, c'était juste une contrainte technique, on n'a qu'à dire.
06:39C'est que les archives ne sont pas communicables avant 75 ans ou 25 ans après la mort de la
06:44personne concernée.
06:45Donc, c'est pour ça qu'au début, j'ai commencé à écrire sur la guerre ou l'après-guerre,
06:49simplement parce que j'avais accès aux documents.
06:51Et puis, c'est une période que j'ai découverte et qui me passionne.
06:55C'est une période de bascule d'une société.
06:58C'est-à-dire qu'il y a plus de différences entre 1938 et 1946 qu'entre 1946 et aujourd
07:03'hui.
07:04C'est-à-dire vraiment, la société a basculé.
07:06Et puis, contrairement aux images qu'on a de la libération, la joie, etc., c'est une période extrêmement sombre.
07:11Il n'y a pas de travail, il n'y a rien à manger.
07:13Il y a des tickets de rationnement jusque dans les années 50.
07:15Et donc, c'est une période, quand la société bouge, les gens qui sont dessus tanguent aussi avec.
07:21Et c'est ce qui m'intéresse dans les vieux humains.
07:23Et je me suis demandé si cette période de prédilection, juste avant, juste après la guerre, n'était pas votre
07:28période de prédilection.
07:30Parce que, précisément, vos personnages, qui sont des personnes, ont l'âge de vos parents, en réalité.
07:36C'est la génération de vos parents.
07:38C'est ce qui s'est passé juste avant, votre naissance à vous.
07:41Oui, à peu près.
07:42Alors moi, j'essaye de ne pas m'analyser, de ne pas chercher à savoir pourquoi je fais ceci ou
07:46pourquoi je fais cela.
07:48Donc, il y a peut-être un lien avec mes parents.
07:50Il y a peut-être un lien avec mes parents.
07:53Je remarque aussi que tous mes personnages ont quelque chose qui fait basculer, qui fracasse leur vie à 24-25
08:00ans.
08:00Je ne sais pas pourquoi, mais il m'est arrivé aussi un truc dans ma vie à sa jambe.
08:03C'est ce que j'allais dire.
08:05Oui, je ne cherche pas à pouvoir réfléchir.
08:06C'est un âge où vous, vous avez connu une période d'effondrement.
08:09Oui, c'est un âge.
08:10Vous, vous avez connu une période de grande fragilité.
08:14Oui, de grande fragilité qui s'est transformée en grande force.
08:16Je suis devenu un colosse.
08:17Je suis resté enfermé un peu plus d'un an chez moi, les volets fermés, sans voir personne, sans téléphone,
08:23sans télé, sans radio, sans livre, entre 24 et 25 ans.
08:26Alors, je ne sais pas si c'est un lien.
08:27Ça s'appelait quoi ? Une dépression ?
08:30Non, je ne sais pas.
08:31Je pense que c'était plutôt un geste de sauvegarde.
08:34J'allais très mal avant et très bien après.
08:36Et quand vous dites « je suis devenu un colosse » ?
08:38Je suis un colosse !
08:39Vous êtes un colosse, mais vous êtes un colosse physiquement ?
08:43Physiquement, moralement, tout.
08:44Vous étiez comment à 20 ans ?
08:46Vous êtes indestructible ?
08:47Avant, j'étais très fragile.
08:50On me soufflait dessus, je me décomposais.
08:53Tout simplement, comme beaucoup de jeunes gens, parce que je ne savais pas où j'allais, je ne savais pas
08:57quoi faire.
08:58Maintenant, je suis solide.
09:28Encore 500 mètres de course.
09:29Et ça, je me suis demandé, justement, si ça ne coïncidait pas avec ce travail que vous faites en dépiotant
09:36les archives des années 30 et des années 40 et des années 50.
09:40C'est le hippisme, c'est le sport roi de ces années-là.
09:43C'est le sport roi de ces années-là.
09:44Il y a quelque chose qui me plaît beaucoup, c'est qu'aujourd'hui encore, même si ça a beaucoup
09:47changé, il n'y a presque plus personne sur les champs de course.
09:49Mais quand on rentre sur un hippodrome, quand on entre sur un hippodrome, on sort de la société.
09:54C'est-à-dire qu'un hippodrome, en 1932 et en 2025, c'est exactement la même chose.
09:58À part la matière des tissus dont sont vêtus les gens, à part le fait qu'il y a des
10:03téléphones portables,
10:04ce sont les mêmes parieurs, les mêmes chevaux, les mêmes jockeys, les mêmes espoirs, les mêmes joies.
10:09Les mêmes couches de la société qui s'entrechoquent et qui se retrouvent dans l'hippodrome,
10:14c'est-à-dire les propriétaires qui sont des grands bourgeois, qui étaient des aristos à l'époque, qui le
10:18sont encore.
10:19Et puis des petits gens qui viennent claquer la paie.
10:23Des parieurs, exactement.
10:25Et c'est quand même, pour moi, bien sûr que je parie tous les jours.
10:29Qu'est-ce que ça dit de le rapport à l'argent ?
10:31Ça dit que j'ai initié mon fils aux courses.
10:36J'ai eu du mal, mais maintenant j'ai réussi, il adore ça.
10:39Et ça sert à deux choses.
10:40D'abord à se rendre compte que l'argent n'est pas si important quand on en a assez bien,
10:43quand on en a plus, c'est pas grave.
10:45Et puis ça apprend à perdre les courses.
10:47Et ça, dans la vie, c'est très utile.
10:49Ça apprend à perdre, à être désespéré pendant deux minutes et à se dire qu'il y a la course
10:53d'après qui arrive et que cette fois on va gagner.
10:56Ce sont des choses utiles dans l'éducation d'un enfant, je pense.
10:59Donc voilà, j'ai éduqué mon fils pour qu'il devienne turquiste.
11:02Parce que je pense que la quasi-totalité des parents qui nous écoutent se disent, moi j'ai éduqué mon
11:06fils en lui disant, ne joue jamais aux courses.
11:09Méfie-toi des jeux d'argent.
11:10C'est comme le judo, ça apprend à tomber, les courses, ça apprend à perdre.
11:13Écoutez la voix d'Henri Girard, l'auteur d'un roman à succès, Le Salaire de la peur.
11:17Un homme jugé en 1941 pour un triple meurtre familial.
11:21Un homme sur le destin duquel vous avez travaillé, puisqu'on revient toujours à ces années-là, à cet âge
11:28de prédilection, à cet âge d'or du fait divers pour Philippe Jaénada.
11:32Le Salaire de la peur, à mon avis, est mon plus mauvais bouquin.
11:35Parce que je ne crois pas que la littérature soit composée d'ouvrages qu'on lit parce qu'on veut
11:41savoir comment ça finit.
11:43La clé du succès du Salaire de la peur, c'est que vraiment on se demande si c'est grave
11:47à s'en sortir ou pas, chose qui me paraît tout à fait secondaire et sans importance.
11:50C'est le roman d'un journaliste ?
11:52Non, j'étais très peu journaliste à l'époque, je n'étais même pas du tout, je le suis devenu
11:55après, et j'aime bien raconter.
11:58Je suis plutôt romancier que journaliste parce que je suis un peu menteur.
12:01Je suis un peu menteur, dit Henri Girard.
12:04Vous lui avez consacré un énorme livre et une très longue enquête qui s'appelait La Serpe.
12:09Dans ce livre, vous le disculpiez de ce triple meurtre.
12:14Oui, oui.
12:15Et je le disculpe toujours dans ma tête.
12:17Dans ma tête, dans votre livre et dans votre tête.
12:20L'année dernière, sa fille a sorti un livre pour dire que son père, un jour, lui avait dit qu
12:26'il était le meurtrier.
12:29Je me suis posé la question, est-ce que remonter aux années 30, remonter aux années 40,
12:34C'est justement faire sans les témoins, sans les familles, c'est traiter des cas sans les êtres vivants qui
12:44les entourent.
12:44Oui, mais ça peut être utile.
12:46Par exemple, si vous voulez qu'on revienne sur cette histoire, sa fille a effectivement écrit un livre l'an
12:50dernier pour dire qu'il avait tué toute sa famille.
12:53Mais ce n'est pas vrai.
12:55Elle ment ?
12:56Je ne sais pas qu'elle ment, elle se trompe, je ne veux pas dire qu'elle ment, je n
12:58'ai rien contre cette dame.
13:00Son père ment.
13:02Son père a menti, s'il est vrai qu'il lui a bien dit qu'il avait tué tout le
13:05monde.
13:06En tout cas, bref, je ne pense pas que les souvenirs ou les transformations de souvenirs humains soient plus fiables
13:14que les papiers.
13:15Il y a des failles de chaque côté.
13:18En tout cas, moi, je maintiens ma conviction absolue qu'Henri Girard, Georges Arnault, n'a jamais tué personne.
13:23Alors, dans l'inconnu du Quai de Javel, quand vous cherchez la fille de Louise qu'elle n'a pas
13:29pu élever, qu'elle a dû placer parce qu'elle était pauvre, sans argent, qu'elle buvait juste avant sa
13:35mort,
13:35quand vous la cherchez, ça n'est pas pour résoudre l'affaire ?
13:38Non, non, j'essaye même d'éviter de prendre contact avec les descendants.
13:46D'abord parce qu'ils n'ont rien à voir avec l'histoire en elle-même.
13:50Enfin, je veux dire, la petite fille de Louise Canceau n'a pas connu sa mère.
13:56Et puis parce qu'évidemment, même de bonne foi, ils orientent vers un chemin.
14:02Moi, je veux essayer de garder un peu de lucidité, de recul, surtout c'est important pour moi le recul.
14:06Si je rencontre quelqu'un qui a participé ou qui descend de quelqu'un qui a un rôle important dans
14:12l'histoire,
14:12je vais me laisser entraîner parce que j'ai tendance à croire les gens, à les écouter, à les suivre,
14:18à ne pas remettre en question ce qu'ils disent.
14:19Et je préfère rester.
14:21Moi, je me vois, chacun a sa place dans la société, moi je me vois comme le petit gars à
14:25côté de l'histoire qui regarde et qui raconte.
14:27Le petit gars à côté de l'histoire, il se voit aussi en commissaire Maigret, vous l'avez dit.
14:31Écoutez Jean-Richard, qui a interprété longtemps le commissaire Maigret et qui a eu la chance de rencontrer Georges Simenon.
14:37Et il a posé une question à Simenon.
14:41Comment le commissaire Maigret doit dire au revoir à sa femme le matin ?
14:45En tout cas, c'est un détail qui tient à cœur à Simenon.
14:48Il ne m'a dit qu'une seule chose.
14:50Il m'a dit, voilà, quand le commissaire Maigret sort de chez lui le matin, comment dit-il au revoir
14:57à madame Maigret ?
14:58Il l'embrasse sur les deux joues, il dit, non.
15:01Très important.
15:03Petite claque sur les fesses.
15:05Petite claque sur les fesses.
15:06Je connaissais cette anecdote, mais avec un acteur anglais, j'ai vu une interview de Simenon où il dit qu
15:12'il a expliqué ça,
15:13une tape affectueuse sur la croupe, un acteur anglais qui devait incarner Maigret.
15:18Et alors, madame Maigret, qui n'est pas madame Maigret, madame Jaénada, Anne-Catherine.
15:23Anne-Catherine, madame fratte.
15:25Anne-Catherine, qui est dans tous vos livres et dans celui-ci aussi.
15:28Qu'est-ce qu'elle répondrait à Philippe Jaénada s'il partait de la maison le matin en lui disant,
15:32je me taperais bien une petite blanquette de veau à midi ?
15:34Non, Maigret ne disait pas ça.
15:36Il disait, tu me feras une blanquette de veau à midi.
15:38Ah ben, Philippe Jaénada, il dévalerait l'escalier au lieu de le descendre.
15:42Non, elle m'a dit, dès le début, elle m'a dit, tu joues à Maigret tant que tu veux,
15:45tu te propres pour Maigret si tu veux, tu me fous la paix avec madame Maigret.
15:48Parce que c'est vrai, bon, c'était l'époque et puis c'était aussi Simenon.
15:52La pauvre madame Maigret, c'est la servante de son époux.
15:56Donc, hors de question qu'Anne-Catherine, madame fratte, suivent ses traces.
16:00Anne-Catherine, que vos lecteurs cherchent de livres en livres.
16:05Est-ce qu'Anne-Catherine joue de la trompette en ce moment même ?
16:07Alors, en ce moment même, je ne crois pas, elle a joué de la trompette, elle m'en veut, je
16:10peux raconter, j'ai 30 secondes pour raconter une anecdote.
16:13Elle a joué de la trompette il y a quelques années, enfin, elle a essayé de jouer de la trompette.
16:16Et dans le livre, je voulais qu'elle joue de la trompette.
16:18Anne-Catherine, on peut tout dire du moment que c'est vrai, mais il ne faut rien inventer.
16:22Et je lui dis, mon amour, tiens, je suis en train d'écrire que tu joues de la trompette.
16:25Elle a piqué une colère terrible, elle a dit, mais c'est faux, ça fait trois ans que je n
16:28'ai pas joué.
16:29Et dix minutes après, je l'ai entendu jouer de la trompette pour coller avec le livre.
16:33C'est-à-dire que j'écris quelque chose et pour que ce ne soit pas faux, elle le fait.
16:37Donc, elle s'est remise à la trompette.
16:38Méfiez-vous, il y aura de la blanquette de vous ce soir pour le dîner.
16:42Philippe Jaénada, l'inconnu du Quai de Javel, paraît chez Flammarion en rentrée littéraire.
16:47Juste un tout petit truc, il y a un ami qui s'appelle Luc Corloère, qui publie un livre qui
16:51s'appelle
16:51« La tragédie du plus beau modèle de Paris ».
16:54Avec plein de documents, de photos, de reproductions de tableaux de Louis Scansot.
16:59Si on a aimé l'inconnu du Quai de Javel, ça peut être formidable de lire ça après.
17:03Merci Philippe Jaénada.
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