00:00Vous allez donc revenir sur cette table ronde qui s'est déroulée ce week-end à Valence,
00:03c'était lors des universités de la France Insoumise.
00:06C'est passé assez inaperçu, mais vous vouliez absolument y revenir.
00:09C'est parce que c'est passé inaperçu que je ne peux plus en parler.
00:12Alors imaginez un instant, mais un seul instant,
00:14qu'un porte-parole du RN demande en plein jour
00:17l'abrogation du dispositif présent dans le Code pénal
00:21concernant l'apologie du terrorisme.
00:23Imaginez qu'un militant ou une militante, même obscure,
00:26mais sur le règlement de Marine Le Pen,
00:29attaque de plein fouet le CRIF comme étant l'État au cœur de l'État.
00:34Il y aura un scandale.
00:35Depuis 48 heures, j'attends, il n'y a pas de scandale.
00:38Il n'y a pas d'édito pour remettre les choses en place,
00:41et notamment sur les radios et télévisions de services publics
00:45qui sont garants de la société apaisée,
00:49la société avec sa cohésion sociale.
00:51Il n'y a rien et on attend toujours.
00:53Ça s'est passé lors d'une table ronde au moment de l'université d'été de LFI en Isère.
01:00Et la table ronde était dirigée par Rima Hassan.
01:03On était là dans le cadre d'ateliers.
01:05Les ateliers sont faits, on le sait très bien,
01:07pour en principe réfléchir, définir des concepts,
01:11et puis passer peut-être un jour à l'action.
01:13On sait que la députée européenne est elle-même attendue
01:16au tribunal correctionnel de Paris à la fin du mois d'octobre
01:18sous l'accusation de propos faisant l'apologie du terrorisme.
01:21En Isère donc, se faisant charmante, sourire aux lèvres,
01:26Rima Hassan a faim tout d'un coup l'improvisation
01:28avant de tendre le micro au hasard.
01:31Ah bah oui, au hasard, c'était pas tout à fait une surprise.
01:33Une autre franco-palestinienne était là, elle a saisi le micro.
01:36Elle a dit, ah bah bien sûr qu'il faut supprimer l'apologie du terrorisme.
01:42C'était un concept qui a été mis en place
01:44durant le mandat de François Hollande après les attentats de 2015.
01:47Cette franco-palestinienne, prénommée Lucie,
01:50est elle-même une juriste, c'est une avocate.
01:53Donc elle sait le poids des mots,
01:54elle sait mesurer les concepts juridiques
01:56et en fait elle n'a pas parlé beaucoup de choses juridiques.
01:58Vous le voyez, vous pouvez le lire là, sur cet écran.
02:01Et elle a brodé sur ces sujets en disant qu'en fait,
02:05eh bien cet article de loi dans le code pénal,
02:07c'était du poison et un poison qui visait
02:10tout spécifiquement, je cite, les Noirs et les Arabes.
02:13Applaudissements très forts dans la salle,
02:15une salle évidemment conquise.
02:17Démanteler le droit pénal sur tout le dispositif antiterroriste
02:21est devenu une exigence constante
02:24de la part du parti de Jean-Luc Mélenchon
02:27et cette demande devient en fait tout à fait banale.
02:30Donc on n'a pratiquement pas parlé depuis ce week-end.
02:33Oui, alors que ces propos sont vraiment très choquants,
02:36particulièrement pour les familles des victimes,
02:38on doit rappeler quand même que la France a été très régulièrement victime du terrorisme islamiste.
02:43Oui, la France est un pays très meurtri et sans même remonter aux années 80 ou 90,
02:47si on repense aux décennies, à la décennie passée,
02:512012, parce que souvent on oublie 2012,
02:54Mohamed Merah, les militaires français,
02:56les enfants et le père de famille d'une école juive à Toulouse,
02:59tous abattus au nom de l'islam
03:02et du sort des réprouvés aux Proches et au Moyen-Orient.
03:042015, bien sûr, Charlie, le Bataclan et les cafés autour.
03:082016 et l'attentat du 14 juillet, c'est la promenade des Anglais à Nice.
03:13Le père Hamel, qui a été égorgé dans son église,
03:17d'autres attentats sanglants, par exemple aussi à la cathédrale de Nice,
03:20là aussi attentat islamiste.
03:22En fait, ce que ne disent pas les porte-parole de LFI,
03:26tout particulièrement Madame Hassan,
03:27c'est qu'ils voudraient démanteler ce droit pénal pour une raison simple.
03:32Ça les gêne. Pourquoi ?
03:33Parce que derrière ce concept-là,
03:35ils voudraient parler ouvertement d'un fait.
03:39C'est que selon eux, le Hamas est un parti de résistance.
03:43Et donc, à partir de ce moment-là, il faut démanteler le droit
03:46pour qu'ils puissent dire que ce qui s'est passé le 7 octobre en Israël,
03:50ce n'était pas du terrorisme,
03:51on ne visait pas les Juifs en tant que tels,
03:53ils se défendaient, ils ont donc raison,
03:56et ils pourraient recommencer.
03:57Vous voyez si c'est peu banal.
03:59C'est le Hamas que défend ardemment,
04:02et donc avec une constante incroyable,
04:05la mouvance de LFI,
04:06mais aussi de toute la gauche radicale
04:08qui gravite autour de LFI, sous des noms divers.
04:10C'est une demande de protection des assassins
04:13cachés dans une querelle sémantique.
04:15Et d'ailleurs, Rima Hassan n'en fait pas mystère.
04:18Pour elle, les tueurs à gage
04:20qui ont surgi à 6h29,
04:22un samedi d'octobre 2023,
04:23ne sont pas des tueurs,
04:25mais ce sont des résistants.
04:27Nous serions donc complices, alors.
04:29Nous serions complices du Hamas.
04:31Est-ce qu'on peut accepter une telle demande ?
04:33Après les propos de ce week-end,
04:34il y a eu en fait assez peu de dirigeants politiques
04:36qui ont demandé à remettre les choses en place.
04:38On a lu de Bruno Retailleau
04:40une demande adressée à Jean-Luc Mélenchon
04:42pour qu'il revienne sur ses propos.
04:44Mais comment le pourrait-il ?
04:45Puisque lui-même, Jean-Luc Mélenchon,
04:47est visé par une demande, une plainte,
04:49à la suite de ses propos assez surprenants
04:52concernant les massacres du 7 octobre.
04:54Et je vais vous le lire, ce qu'il a dit.
04:55Jean-Luc Mélenchon a dit,
04:56en défendant un responsable d'un petit groupe
05:00très à gauche,
05:01il a dit
05:01« À supposer que les actes dont on parle
05:04soient bien du terrorisme ».
05:06Je répète,
05:07« À supposer que les actes dont on parle
05:10soient bien du terrorisme ».
05:11Il y a deux survivants français du 7 octobre,
05:13eux, ont porté plainte
05:14parce qu'ils pensent que c'est du terrorisme.
05:16Mélenchon ne peut pas donner tort
05:18à ceux qui parlent en son nom.
05:20À ces mêmes universités, Thomas,
05:22un autre palestinien,
05:23venu en France de force,
05:25selon lui, on se demande pourquoi il y reste,
05:27Salah Amoury a pris la parole.
05:28C'est un avocat assez connu
05:30dans cette petite mouvance
05:31franco-palestinienne.
05:33Il a été accusé d'avoir tué un rabbin en Israël
05:35et son attaque s'est faite frontalement,
05:37micro en main,
05:38à visage découvert,
05:39devant une salle,
05:40avec tout le monde
05:41qui peut enregistrer,
05:42filmer.
05:43Et son truc à lui,
05:44c'est le CRIF.
05:45Et il a accusé le CRIF,
05:46mais d'une façon si,
05:48si brutale,
05:49que je crois que personne
05:50ne l'avait fait de cette façon-là,
05:52aussi publiquement.
05:53Ce sont des accusations sans filtre,
05:56sans crainte,
05:56de l'antisémitisme
05:57qui est vraiment assumé,
05:59affiché.
06:00Est-ce que c'est ça,
06:00la France d'aujourd'hui ?
06:02Les propos tenus sous la bannière de LFI
06:04se situent en fait,
06:06on n'a pas besoin d'un grand spécialiste
06:07du droit et de l'histoire,
06:09véritablement dans la droite ligne
06:11des images,
06:12des films,
06:13des extraits,
06:14y compris de fiction,
06:14que nous avons vus,
06:15des années 30.
06:16C'est ça,
06:17aujourd'hui,
06:18qu'affiche LFI.
06:19Donc,
06:19Mélenchon ne peut pas contredire
06:21ses propres portes-paroles.
06:22Ça devrait tous nous révolter,
06:24mais vous l'avez dit,
06:25ça se passe dans un relatif silence.
06:28Comment on peut accepter
06:29que de telles accusations,
06:30pourtant,
06:31soient proférées dans l'espace public ?
06:33Mais on ne le peut pas.
06:34On ne le peut pas.
06:34Si l'humanité tout entière
06:36doit se préserver de la haine,
06:38la France porte une responsabilité
06:40toute particulière,
06:41comme l'avait souligné Jacques Chirac
06:42en 1995,
06:43en reconnaissant la responsabilité
06:45de la France
06:46dans la déportation,
06:47et il l'avait fait au Veldiv.
06:49La France qui a livré
06:50ses propres citoyens,
06:51nous ne l'oublions jamais,
06:53la France qui a livré
06:54ses propres citoyens
06:55à l'ennemi,
06:56a une responsabilité morale
06:57toute particulière.
06:58L'antisémitisme
07:00ressurgit ici
07:02avec une rigueur
07:04qu'on n'avait pas imaginée.
07:06On n'a pas su anticiper
07:07ce qui se passe aujourd'hui.
07:09Ce sujet n'est pas une question
07:11qui regarde uniquement
07:12les personnes
07:13ayant un lien
07:14avec l'État d'Israël
07:15ou tout simplement
07:16avec le monde hébraïque.
07:18Ce sujet nous concerne
07:20tous,
07:21vraiment tous.
07:22Lorsque j'ai écrit ce texte,
07:23je me suis souvenu
07:24d'un texte de référence
07:26pour ceux qui rejettent la haine.
07:28Je vais me permettre
07:29de le citer
07:30parce qu'il faut l'avoir en tête.
07:31C'est le texte
07:32d'un pasteur allemand,
07:33Martin Nimmeler.
07:34Lui-même avait défendu
07:36le nazisme
07:37au début des années 30
07:38et puis après
07:38il s'en est distancé.
07:41Et il avait tellement
07:42combattu le nazisme
07:43de façon âpre
07:44qu'il s'est retrouvé
07:45dans un camp de concentration.
07:46Et ce pasteur avait écrit
07:47après la guerre.
07:49Quand ils sont venus
07:50me chercher,
07:50non,
07:51quand ils sont venus
07:51chercher les communistes,
07:52je n'ai rien dit,
07:53je n'étais pas communiste.
07:55Quand ils sont venus
07:55chercher les syndicalistes,
07:57je n'ai rien dit,
07:57je n'étais pas syndicaliste.
07:59Quand ils sont venus
08:00chercher les juifs,
08:01je n'ai rien dit,
08:02je n'étais pas juif.
08:03Et puis quand ils sont venus
08:04me chercher,
08:05il ne restait personne
08:05pour protester.
08:06Ça,
08:07ça nous fait réfléchir.
08:08Et permettez-moi
08:09de faire un petit pas
08:10de côté
08:10sur ce sujet-là
08:11et d'évoquer
08:12un souvenir de terrain,
08:14un souvenir marquant.
08:151995,
08:16janvier,
08:16il faisait très froid,
08:18cinquantième anniversaire
08:18de la libération
08:19des camps de la mort
08:20à Auschwitz.
08:20Simone Veil était là
08:21devant nous
08:22avec Jacques Chirac.
08:23Et nous étions,
08:24nous,
08:24avec une Française,
08:26pour France 3,
08:27de venir faire un reportage.
08:29Au même endroit,
08:30elle avait eu
08:3116 ans
08:32en 1945.
08:33Elle avait fêté
08:34son anniversaire fêté.
08:36Elle avait vécu
08:36son anniversaire
08:37à cet endroit.
08:38Et en parcourant
08:39ces allées,
08:40ces allées
08:41au milieu
08:42de baraques infâmes,
08:44en reportage,
08:45et je crois que c'est
08:46une des rares fois
08:46où ça nous est arrivé,
08:48nous avons dû
08:48arrêter de tourner,
08:49arrêter de filmer.
08:50Nous avons vraiment,
08:52nous sommes tombés
08:53en sanglots.
08:54Il y avait une personne
08:54qui ne pleurait pas,
08:55c'était René Eskanazi.
08:57Je lui ai promis,
08:58nous lui avons promis
08:59de continuer
09:00à porter témoignage.
09:01Et je peux le faire
09:01d'autant plus facilement
09:02que j'ai passé
09:03énormément d'années
09:04de ma vie
09:04dans les territoires
09:05palestiniens,
09:06de Gaza
09:07à la Céjour d'Anie,
09:08de Gazaville
09:09à Naplouz,
09:10Djenin,
09:10Ramallah
09:11et toutes ces villes.
09:12Et j'ai vécu
09:13auprès des Palestiniens
09:14et je pense,
09:15sincèrement,
09:16que Rima Hassan
09:17et les personnes
09:18qui portent son discours
09:20sont les derniers
09:21à rendre service
09:22au peuple palestinien.
09:23Ils méritent mieux
09:24que leur haine
09:25à l'égard des Juifs.