00:00Il y a Gernel.
00:02Avec vous Etienne Gernel, directeur du Point ce matin, vous nous expliquez donc pourquoi les candidats à la présidentielle devraient
00:08s'engager à donner plus d'argent à l'Ukraine comme le réclame le président Volodymyr Zelensky.
00:14Et sans la moindre hésitation, du moins pour ceux d'entre eux qui défendent les principes de la démocratie libérale,
00:20bien sûr.
00:20C'est la première raison. Ceci est un combat politique transfrontalier.
00:25Vladimir Poutine a fait savoir qu'il considérait que le modèle de la démocratie libérale était obsolète.
00:31Ce sont ses mots en 2019.
00:32Et il joint les actes à la parole puisqu'il tente, on le sait, par tous les moyens d'influencer
00:37les élections à l'Ouest.
00:39Laisser tomber l'Ukraine, ce serait donner raison à Poutine et gonfler les voiles des adversaires de la démocratie chez
00:46nous.
00:46Mais certains sceptiques disent que l'Ukraine c'est loin.
00:49Ce qui est absolument faux, c'est la deuxième raison.
00:51Si l'Ukraine perd, la menace se portera directement sur les pays baltes qui partagent avec nous nos institutions, notre
00:58monnaie, l'espace Schengen.
01:00L'Ukraine c'est la première ligne de l'Europe, s'imaginer que Vladimir Poutine s'arrêterait au Donbass et
01:05d'une naïveté folle.
01:07Et puis vous savez, la portée des missiles s'allonge, 2000, 3000 kilomètres.
01:11Zaporizhia, vous savez, c'est à 2000 kilomètres de Strasbourg.
01:14En outre, c'est la crédibilité même de notre défense qui est en jeu.
01:19Si nous ne sommes pas capables de résister à la Russie, dont le PIB est inférieur à celui de l
01:25'Italie,
01:25le signal de faiblesse vis-à-vis des autocrates du monde entier sera terrible.
01:29On renverra l'image d'un paillasson, et c'est pas bon d'être un paillasson dans ce monde-là.
01:34D'autres sceptiques, Étienne, disent que ça coûte cher.
01:37Oui, c'est une troisième erreur d'analyse de leur part.
01:40L'Europe a dépensé jusqu'à présent environ 230 milliards en aide à l'Ukraine.
01:45Et aujourd'hui, il ne s'agit que de quelques dizaines de milliards pour permettre à Kiev de renforcer sa
01:50défense aérienne,
01:51éviter que la Russie détruise ses infrastructures énergétiques cet hiver,
01:56lui permettre aussi d'acheter des drones, des missiles, porter la guerre en Russie,
02:00déstabiliser un petit peu Poutine et négocier ensuite en position de force.
02:04Et le prix à payer est dérisoire, dérisoire en comparaison des dividendes de la paix, comme on dit,
02:11c'est-à-dire ce qu'on a économisé sur la défense depuis la fin de la guerre froide.
02:15Il y a une étude de McKinsey qui a montré que si les pays européens de l'OTAN avaient consacré
02:21à leur défense,
02:21de 1992 à 2022, la même part de leur PIB qu'entre 1960 et 1992, c'est-à-dire pendant
02:29la guerre froide,
02:30ils auraient dépensé 86 000 milliards de dollars en plus, 86 000 milliards.
02:37Soutenir aujourd'hui l'Ukraine nous permet de nous garder à l'Est,
02:40et pour une fraction infime de ce que nous coûtait la guerre froide,
02:45sans oublier bien sûr que sur le terrain, seuls les Ukrainiens payent le prix du sang.
02:50On pense à ces vers de Shakespeare, évidemment.
02:53« Souffle, souffle, vent d'hiver, tu n'es pas si cruel que l'ingratitude de l'homme. »
02:58C'était signé Gérard.
02:59Etienne, on va parler...
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