00:00À peine la vidéo de Brigitte Macron disant « Selcon » a fuité que plein de militantes féministes se le
00:05sont réappropriées,
00:05mais aussi des artistes, des personnalités médiatiques en général,
00:08afin justement de profiter de la visibilité que ça apporte pour justement braquer les projecteurs vers leurs revendications.
00:14Ça montre aussi à quel point le retournement du stigmate est presque devenu un réflexe.
00:18En tant qu'homme noir et gay, j'ai été confronté très très jeune à des insultes homophobes et racistes.
00:23J'ai un rapport assez ambivalent avec le mot « PD » parce que c'est un mot que j
00:26'ai entendu de la part de proches,
00:28de la part de personnes qui me harcèlent à l'école aussi.
00:31C'est un mot aussi que j'entends encore aujourd'hui adulte régulièrement quand je sors dans l'espace public.
00:35Si moi-même, en tant que personne gay, je me revendique « PD »,
00:38c'est pas du tout la même chose que si mon oncle homophobe me traite de « PD ».
00:41D'un côté, en fait, on cherche à me stigmatiser,
00:43et de l'autre, je cherche à tirer de la fierté de cette insulte qui m'a été longtemps proférée.
00:48Quand on se revendique « PD », on fait appel à toute cette histoire, toute cette sociologie des rapports sociaux.
00:53Se revendiquer d'un coup « Gouine » ou « Pute », ça choque l'opinion publique.
00:58Ça crée un effet presque d'accélérateur de visibilité politique et aussi de ralliement collectif.
01:04Quand la réappropriation de l'insulte sert à un agenda politique,
01:07la conquête de droit ou la défense de nos droits, ça a un sens politique extrêmement fort.
01:12Mais c'est pas automatique, c'est pas non plus nécessaire, c'est pas obligatoire.
01:16Mais en tout cas, certaines personnes peuvent avoir envie de le faire à des fins personnelles, voire collectives et politiques.
01:21De l'autre côté de l'Atlantique, le terme « queer », qui signifie « bizarre, tordu » au départ,
01:26a pu être réapproprié par les personnes LGBT, qui était insulté avec ce terme-là.
01:30Aujourd'hui, en France, le terme « queer », il est assez mal compris.
01:33Une partie du grand public a bien compris que ça désignait les personnes LGBT+,
01:36mais une autre partie a juste cru que ça voulait dire avoir une sécurité libre, être un bon vivant.
01:43Je cite, c'est un terme qui est relativement dépolitisé aujourd'hui.
01:46Il y a des retournements de stigmates qui sont plus opérants que d'autres,
01:49et c'est extrêmement complexe en fait, parce que ça s'explique de manière multifactorielle.
01:53Et encore, il n'y a pas de réponse tranchée à apporter.
01:55S'il y a eu un mouvement de la négritude, on ne constate pas la même chose du côté des
01:58communautés asiatiques.
01:59La négritude, c'est un mouvement politique, artistique et surtout littéraire,
02:03porté par plusieurs penseurs intellectuels et politiques noirs français et afro-descendants.
02:08Si Aimé Césaire s'est revendiqué la négritude et s'est revendiqué fièrement comme nègre,
02:13c'est, encore une fois, éminemment politique.
02:15On a un peu oublié ce que c'était.
02:17Je pense qu'on imaginerait mal, aujourd'hui en France, hexagonale,
02:20une personnalité noire se revendiquait fièrement nègre.
02:23En revanche, dans les Outre-mer, en particulier en Guyane,
02:26c'est tout à fait normal de se revendiquer nègre, surtout en créole.
02:29Toutes les communautés ne peuvent pas forcément mobiliser une insulte pour en faire un motif de fierté.
02:34Il y a même, dans certaines communautés, plutôt l'argument de supprimer les insultes,
02:38qu'on arrête complètement de s'en servir, justement dans l'espoir de les faire disparaître.
02:41Parfois, je me demande si on va se trouver ridicule de se revendiquer green et pédé depuis les années 80
02:46en France,
02:47mais ça montre bien aussi à quel point l'insulte et son retournement,
02:50il importe de toujours le considérer dans un contexte social, politique, historique.
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