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  • il y a 1 semaine
Directeur de l'observatoire de l'immigration et de la démographie, Nicolas Pouvreau-Monti juge que «l'immigration régulière génère de l'immigration irrégulière».

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Transcription
00:00Est-ce que notre pays pourrait connaître une crise similaire à celle de Ceuta ?
00:04Ou alors, vous allez nous dire peut-être que l'Espagne, c'est une situation vraiment particulière,
00:08compte tenu notamment de sa position géographique ?
00:10Oui, bien sûr. Et puis, si je puis dire, la différence est sans doute que les réalités de l'immigration
00:15clandestine en France
00:16sont peut-être moins spectaculaires qu'en Espagne, ce qui ne veut pas dire qu'elles ne sont pas importantes
00:20pour autant.
00:21Je dis moins spectaculaires parce qu'il se trouve qu'en France, on le sait,
00:26la majeure partie des clandestins sont entrés en France de manière régulière,
00:30donc avec un titre de séjour ou un visa, et qu'ils sont demeurés sur le territoire
00:34à l'expiration de ce titre de séjour ou de ce visa.
00:37C'est-à-dire qu'on a moins affaire à un phénomène d'entrée en masse et en force,
00:41comme on l'a vu à Ceuta, mais plutôt à une forme de détournement de nos dispositifs légaux.
00:46C'est ce qui explique d'ailleurs que, dans une large mesure,
00:48l'immigration régulière génère de l'immigration irrégulière.
00:52Politiquement, il faut être en mesure de penser les deux ensemble
00:54parce que ce sont les mêmes flux qui viennent des mêmes pays d'origine,
00:57avec bien souvent des immigrés qui passent d'un statut à l'autre
01:00selon le moment de leur parcours migratoire.
01:03Sur le plan des régularisations aussi, on évoquait la politique espagnole,
01:06notre propre politique est moins spectaculaire,
01:09elle n'en est pas moins généreuse.
01:11Il se trouve qu'en moyenne, nos gouvernements régularisent,
01:14par ce qu'on appelle l'admission exceptionnelle au séjour,
01:16qui est la voie classique des régularisations,
01:1930 à 35 000 clandestins par an.
01:21Ça fait plus de 300 000 clandestins sur 10 ans,
01:23600 000 sur 20 ans.
01:24La différence, c'est donc que, là où l'Espagne procède
01:27par grande vague de régularisation,
01:29la France régularise au fil de l'eau, en continu,
01:32de manière, là aussi, moins visible, moins spectaculaire,
01:35mais pas moins problématique.
01:36Et je dis pas moins problématique,
01:38parce que l'effet d'appel d'air que j'évoquais pour Ceuta,
01:41il vaut aussi pour la France, évidemment.
01:43De manière générale, il faut accepter de prendre des migrants
01:46pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire des êtres humains,
01:47des individus rationnels,
01:49y compris dans les situations de détresse réelles
01:51qui sont souvent les leurs, avec un comportement rationnel,
01:54qui est évidemment encore plus aiguisé
01:55quand on pense aux filières mafieuses qui les accompagnent.
01:58Et quand on a un comportement rationnel,
01:59on mesure les opportunités et les risques,
02:02on voit la possibilité d'atteindre le sol
02:05d'un pays de l'Union européenne,
02:06le fait qu'on ne sera probablement jamais renvoyé,
02:08que même il y a une probabilité non nulle
02:10pour qu'on soit régularisé.
02:11Il faut que nos gouvernements et nos juridictions
02:13comprennent que lorsqu'ils envoient des signaux,
02:16parfois un peu irresponsables,
02:17ça a des conséquences directes sur la dynamique des flux.
02:20Ça s'est vu à Ceuta,
02:21mais ça se voit aussi en France au long cours.
02:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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