00:00À Libreville, le paysage urbain s'est métamorphosé ces derniers mois au rythme fracassant des engins de chantier et des
00:07démolitions ciblées.
00:08Les opérations d'assainissement et de libération du domaine public, orchestrées par les autorités dans des zones emblématiques,
00:15telles que Plein-Oreti, Akebé ou encore le long des grands axes routiers, suscitent une vive vague de réactions dans
00:21l'opinion publique gabonaise.
00:23Si la volonté d'embellir la capitale et de restaurer un ordre urbain défaillant est mise en avant par l
00:28'exécutif,
00:29la brutalité du procédé ravive la fracture sociale et remet au cœur du débat démocratique la responsabilité historique de l
00:36'État dans le chaos territorial actuel.
00:39Sur le terrain, ces mesures drastiques se traduisent d'abord par un séisme humain et économique d'une violence inuit
00:45pour des milliers de ménages et de petits commerçants.
00:48En rasant des habitations et des infrastructures informelles sans mécanisme effectif de compensation préalable ni relogement garanti,
00:55l'État plonge des familles entières dans la précarité et l'itinérance.
00:59Le cas des habitants de Plein-Oreti, contraint pour beaucoup de s'entasser chez des proches ou de survivre au
01:03milieu des décombres,
01:05dans l'attente hypothétique d'une régularisation ou d'un accompagnement,
01:09illustre la fracture profonde entre les ambitions de modernisation urbaine et la réalité socio-économique des foyers.
01:15Outre l'habitat, c'est toute une économie de subsistance qui s'écroule.
01:18Pour une grande partie de la population libre-villoise, le petit commerce de rue ou l'installation d'une échoppe
01:24aux abords des voies principales
01:25constitue le seul rempart contre le chômage de masse et la pauvreté.
01:29La destruction brutale de ces équipements artisanaux et commercialisés sans alternatives concrètes
01:35où espaces aménagés de réchange étouffent l'économie populaire.
01:38En voulant assainir la ville à marche forcée, les pouvoirs publics risquent ainsi d'aggraver la détresse sociale
01:43et d'alimenter une précarisation accrue de populations déjà fragilisées par une conjoncture économique difficile.
01:50Face à ce climat de tension, des voix éminentes de la scène politique et de la société civile
01:55se sont élevées pour remettre en cause la légitimité morale et la méthode employée par le pouvoir.
02:02Parmi elles, la prise de parole de Jean-Balentin Leyama a particulièrement marqué les esprits.
02:06L'ancien député et acteur politique n'a pas hésité à pointer du doigt la responsabilité directe de l'État
02:11central
02:11et des autorités municipales dans l'anarchie urbaine qu'ils prétendent aujourd'hui combattre
02:16à coups de pelleteuse.
02:17Comment l'État peut-il déclarer illégal ou anarchique des constructions qu'il a lui-même tolérées,
02:22encouragées ou viabilisées de fait pendant des décennies ?
02:25C'est le cœur du réquisitoire dressé par plusieurs observateurs.
02:29Pendant plus de 50 ans, l'absence flagrante de schéma directeur d'aménagement urbain actualisé,
02:34l'inaction des services du cadastre et la délivrance opportuniste ou corrompue de permis de construire
02:38ont incité les citoyens à bâtir dans des zones déclarées aujourd'hui non constructibles.
02:43Les populations se retrouvent ainsi arbitrairement sanctionnées pour un désordre institutionnalisé
02:47et entretenu par l'appareil d'État lui-même.
02:50Ce désordre urbain n'est pas le fruit du hasard ou de la seule indiscipline citoyenne,
02:54il est le pur produit de décennies de faillite des politiques publiques de logement et d'aménagement.
02:59Depuis l'indépendance, les gouvernements successifs n'ont jamais su impulser
03:02une planification prospective capable d'absorber la forte croissance démographique
03:07et l'exode rural vers la capitale.
03:09Les projets de logements sociaux, censés s'annoncer en grande pompe
03:12et rarement menés à leur terme, n'ont jamais permis d'offrir des alternatives décentes
03:16et accessibles aux classes moyennes et défavorisées.
03:20Privé d'accès aux fonciers formels en raison d'une lourdeur administrative légendaire
03:23et de coûts prohibitifs, les citadens n'ont eu d'autre choix
03:27que d'investir dans l'autoconstruction informelle.
03:29Libreville s'est ainsi développée au gré du système D,
03:32créant une mosaïque de quartiers sous-intégrés,
03:34manquant d'infrastructures de base, d'assainissement et de voies d'accès.
03:38La responsabilité de cette faillite est collective au niveau des élites dirigeantes.
03:43Faute de vision à long terme, la gestion du territoire s'est résumée à du pilotage à vue,
03:47rythmée par des réactions d'urgence plutôt que par une véritable politique urbaine durable.
03:52S'il est incontestable qu'une capitale moderne nécessite des infrastructures structurantes,
03:56une régulation foncière et des normes de sécurité adaptées pour prévenir notamment
04:01les glissements de terrain et inondations.
04:03La méthode de la force pure montre rapidement ses limites.
04:07Nettoyer la ville sans réhabiliter ni recaser ne fait que déplacer le problème vers des périphéries
04:11encore plus lointaines et enclavées, reproduisant indéfiniment le même schéma d'urbanisation sauvage.
04:17Une politique urbaine responsable exige au préalable une justice sociale.
04:21Je la passe par l'établissement d'un dialogue constructif entre les collectivités,
04:25le gouvernement et les représentants des habitants.
04:28L'indemnisation juste et préalable des personnes impactées,
04:30ainsi que la mise à disposition de parcelles viabilisées à des prix abordables.
04:36Sans une refonte globale de la politique du logement
04:38et une prise en compte de la dette morale contractée par l'État envers ses citoyens,
04:42les déguerpissements actuels resteront perçus.
04:44Non comme une œuvre de modernisation salutaire,
04:47mais comme une injustice institutionnelle supplémentaire.
Commentaires