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  • il y a 1 semaine
Des fées aux saintes chrétiennes, en passant par les sirènes et les déesses celtiques, Bernard Rio, spécialiste du sacré, des hauts lieux et du monde celte, retrace les grandes figures féminines qui traversent notre imaginaire depuis des siècles. Un voyage entre mythe, folklore et littérature, à la découverte de ces femmes souveraines qui n'ont jamais cessé d'enchanter le monde. Dans “Les dames enchanteresses, fées, sirènes, saintes et déesses" paru aux éditions Vega, sont au programme le folklore face au littéraire et le rôle de ces archétypes féminins pour notre monde moderne.
Bernard Rio évoque également son autre parution, "La révolution des ombres" (éditions Ar Gedour), une fresque romanesque à l'aube de la Révolution française.
Retrouvez les deux ouvrages sur la boutique TVL : tvl.fr

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Éducation
Transcription
00:00– Et pour le Zoom du jour, nous recevons Bernard Rio.
00:09Bonjour, monsieur.
00:09– Bonjour, Florian.
00:10– Alors, vous êtes un spécialiste du sacré, vous êtes auteur également,
00:14vous êtes spécialiste des hauts lieux et aussi du monde celte,
00:18ce qui vous fascine particulièrement.
00:20Et aujourd'hui, on vous reçoit pour cet ouvrage,
00:23Les dames enchantresses, fées, sirènes, saintes et déesses,
00:26va ce programme aux éditions Véja Très Daniel.
00:30Alors, j'étais vraiment enchantée, je dois dire, de redécouvrir
00:33et de découvrir toutes ces figures féminines,
00:36ces grands archétypes qui ont traversé les siècles
00:39et qui sont reliés tous entre elles par votre impressionnant travail, Bernard Rio.
00:45Alors, je n'ai qu'un seul conseil, chers téléspectateurs,
00:47laissez-vous à votre tour envoûtés, enchantés par cet essai formidable
00:52qui est disponible sur notre boutique TVL, sur tvl.fr.
00:56Avant de parler de votre ouvrage, Bernard Rio,
00:59de celui-ci du moins, puisque c'est la rentrée littéraire,
01:02je vais m'attarder encore un petit instant pour être exhaustif sur vos productions.
01:06Vous avez également sorti La Révolution des ombres,
01:09cette fois-ci, il s'agit d'un roman.
01:12C'est une grande fresque, finalement, entre fiction et réalité historique,
01:16bien sûr, à l'aube de la Révolution française.
01:20Je crois que vous vouliez en dire un tout petit mot.
01:21Oui, en fait, j'ai habité plusieurs années dans le Gard, à Uzès, précisément.
01:26Et dans les archives départementales et municipales d'Uzès,
01:31j'ai découvert des personnages extraordinaires.
01:34Des personnages qui ont fait l'histoire, qui sont oubliés,
01:38et qui ont fait l'histoire, notamment le fameux Louis-Emmanuel Delonais,
01:43comte d'Entreigues, qui a été l'ennemi public numéro un pendant la Révolution,
01:47qui avait monté une affaire de contre-espionnage au service des princes,
01:52contre la Révolution, et qui a fini d'assassiner à Londres
01:57un assassinat politique, puisque c'est Napoléon Ier
02:00qui l'a fait assassiner la veille d'envahir la Russie.
02:04Et donc, ces personnages sont extraordinaires.
02:07Je pense aussi à l'abbé Sans Peur, Jean-Louis Soulier, surnommé Sans Peur,
02:11qui a tenu le maquis dans les causes des Cévennes,
02:14toute la Révolution, tout le Directoire,
02:17et qui a fini, lui aussi, arrêté et assassiné,
02:21sur ordre encore, cette fois-ci, de Bonaparte,
02:24qui ne s'appelait pas encore Napoléon, sous le directoire,
02:28sous le consulat.
02:29Donc, on a des personnages de premier plan
02:31qui ont vraiment fait l'histoire en France
02:33et que j'ai voulu ressusciter et remettre à l'honneur
02:35dans cette fresque qui part de l'avènement de Louis XVI en 1775,
02:40qui se termine en 1815, avec l'exil de Napoléon à Sainte-Hélène.
02:46– Alors, je signale aussi aux téléspectateurs une réédition à venir
02:49de votre ouvrage Les Portes du Sacré,
02:51qui a déjà eu un grand succès.
02:53C'est pour cela qu'il va être réédité.
02:55Enfin, revenons maintenant à nos fées, nos princesses,
02:59nos saintes, nos sirènes, nos vouivres même.
03:01Si vous deviez inviter un seul de ces personnages enchantresses
03:06à notre époque, lequel choisiriez-vous, Bernard Rio ?
03:11– Ah, il y a beaucoup, entre Iseu, Mélusine, Guenièvre.
03:17– La toute première dans l'ouvrage, c'est Mélusine, en tout cas.
03:20– C'est Mélusine, c'est la fée, alors c'est une fée Poitvine,
03:23Lusignan, qui a fait la lignée de Lusignan avec le Raimondin.
03:31C'est un archétype de la sirène, de la fée des eaux,
03:35mais qui n'est pas simplement une fée des eaux,
03:37puisque c'est aussi une fée qui s'envole, c'est une fée oiseau,
03:40c'est une sirène poisson, puisqu'elle a une queue serpentine,
03:43mais c'est une sirène qui s'envole puisqu'elle a des ailes
03:47et qu'à la fin, lorsque Raimondin découvre la nature féérique de Mélusine,
03:56elle va s'envoler, puisque l'interdit a été levé,
03:59elle va s'envoler avec une malédiction
04:02pour que la lignée de Raimondin tombe.
04:07Donc c'est le prototype même de la fée de l'autre monde
04:11qui vient apporter la souveraineté à un mortel,
04:16souveraineté et fécondité, puisqu'elle va être à l'origine d'un lignage,
04:19et prospérité, puisque la souveraineté va avec la prospérité,
04:23et c'est un archétype qui est récurrent,
04:26on a la même chose avec Gonièvre.
04:29Alors cet ouvrage, j'ai voulu…
04:31Gonièvre avec moins de fécondité tout de même,
04:33puisqu'elle n'aura pas d'enfant d'exparés.
04:36– Exact, vous avez bien lu l'ouvrage.
04:38Mais ce qui m'a intéressé, c'est quand on prend tout le légendaire médiéval,
04:44on parle de Tristan et on parle peu d'Iseu.
04:48On parle de Lancelot, mais on ne parle absolument pas de Gonièvre.
04:52Il y a plusieurs ouvrages très universitaires, très savants,
04:55qui ont été consacrés à Lancelot.
04:57Gonièvre, rien. Rien sur Gonièvre.
05:00Et néanmoins, Lancelot n'existe que par Gonièvre.
05:04Si Gonièvre n'existait pas, Lancelot n'aurait pas existé.
05:08Il n'aurait pas eu les aventures qu'il a eues.
05:11Et donc Gonièvre, pareil, c'est un archétype féminin intéressant,
05:14dont le nom Gwen Ifar, la trace blanche en gallois,
05:19indique bien une femme fée, une femme qui vient de l'autre monde
05:23et qui va apporter la souveraineté.
05:25Alors, tous ces archétypes féminins que vous avez choisis dans votre ouvrage,
05:28ils viennent du monde celte, du monde grico-romain également,
05:32de la chrétienté médiévale.
05:34Qu'est-ce que ces figures, elles viennent nous dire, finalement,
05:37de la place de la femme dans le grand imaginaire européen ?
05:41Dans l'imaginaire européen, la femme est la fondatrice.
05:45C'est elle qui consacre.
05:47Alors, on va la retrouver avec des reines,
05:50comme la reine Golièvre dont je viens de parler,
05:53avec Mélusine qui est aussi une princesse,
05:56mais on va la retrouver avec tous les archétypes
06:00comme celui de la Vierge Noire,
06:04qui a été chrétienne,
06:07mais avant d'être chrétienne,
06:08on peut considérer que c'est une dame,
06:11non pas de l'autre monde, mais de sous-terre.
06:14Ce qui est intéressant, si on prend la Vierge Noire,
06:17par exemple, qui est honorée à Murat ou à Orcival en Auvergne,
06:21c'est une dame qui est honorée dans une crypte,
06:25avec le soleil qui vient éclairer la statue au moment du socialisme d'hiver,
06:31et ce qu'on appelle en Auvergne la remontade,
06:35on sort la statue de la Vierge de la crypte,
06:38pour la monter dans une chapelle ou un oratoire en haut de la montagne,
06:42en haut de la colline, au moment du socialisme d'été.
06:45Donc là, on a déjà quelque chose qui est intéressant au niveau du calendrier,
06:50c'est qu'on a un prototype hivernal, un prototype estival,
06:53qu'on va retrouver également dans d'autres légendes.
06:57Par exemple, dans le fameux roman médiéval de Valencins et Orson,
07:03les deux frères jumeaux, l'un polissé et l'autre sauvage,
07:07Orson étant l'enfant ours et Valentin étant l'enfant roi,
07:14leur mère, Bélissant, va accoucher dans la forêt d'Orléans,
07:19et Bélissant correspond exactement au prototype pré-chrétien de Bélissama,
07:26la lumineuse, donc la déesse gauloise qui est honorée au 1er mai,
07:30qui a donné la reine de mai et qui a fait que le mai est devenu le mois marial.
07:36Est-ce que vous seriez d'accord pour dire que finalement,
07:39toutes ces figures un peu féminines sacrées ont été récupérées,
07:45canalisées par le culte marial, par exemple,
07:48que vous venez de citer par les religions catholiques plus généralement ?
07:52Alors ils ont été récupérés…
07:53Et pourquoi ?
07:54Sous plusieurs formes, ils ont été récupérés également par le fonction populaire.
07:58Le fonction populaire a fait qu'on va réemprunter des personnages immémoriaux
08:05qu'on va retranscrire, réaménager.
08:10Si on prend le personnage de Peau d'Anne,
08:14Peau d'Anne, donc qui est dans le conte de Perrault,
08:17qui va être retraduit par Jacques Demy en film,
08:21avec une version Catherine Deneuve qui va se vêtir d'une Peau d'Anne,
08:27qui va donner le surnom Peau d'Anne.
08:29C'est effectivement une transcription d'un ancien mythe,
08:35mais avec une erreur de transcription.
08:37C'est-à-dire que Charles Perrault, au XVIIe siècle,
08:40va commettre une erreur que tout le monde va répéter après.
08:43Il va écrire Peau d'Anne et donner au personnage de Peau d'Anne
08:50une Peau d'Anne, alors qu'il s'agit en fait à l'origine d'une éthéanobie,
08:56Anas, qui veut dire canne, canard.
08:59Donc ce n'est pas une Peau d'Anne, c'est une peau de canne.
09:02C'est un plumage que la femme va revêtir pour échapper à l'inceste royal.
09:10Et c'est pour ça, et si on prend ce système de la plume,
09:18du costume de plume, ça explique pourquoi Peau d'Anne s'envole.
09:23Elle part au nord du monde.
09:25On va retrouver la même chose avec Bertheau-Grandpied, aussi,
09:31qui a…
09:32– Son pied beau ou sa patte d'oie.
09:33– Ou la reine Pédoc, Bertheau-Grandpied et la reine Pédoc,
09:36c'est deux contes différents, mais qui prennent leur fondement
09:42dans un même archétype, celle de la femme qui a un pied-doigt,
09:48une patte-doigt, qui montre bien, non pas une infirmité,
09:52mais une qualification, c'est une fée, c'est une femme-oiseau,
09:56c'est une fée-oiseau qui vient de l'autre monde,
09:58et qui repart dans l'autre monde.
10:00Et elle aussi, elle vient apporter la fécondité et la souveraineté.
10:06Ce sont des archétypes de souveraineté.
10:08– Alors, ce qui est très intéressant dans votre ouvrage,
10:10c'est que vous faites un formidable travail, aussi,
10:12sur la réécriture des mythes, selon les régions et les époques.
10:17Est-ce que vous pensez, justement, qu'il existe des marqueurs régionaux
10:20qui viennent façonner ces archétypes féminins ou masculins, en l'occurrence ?
10:25– Tout à fait. Alors, moi, je pars d'un principe,
10:28quand je travaille un texte, c'est de relever les détails.
10:33Alors, ce n'est pas moi qui ai utilisé cette expression,
10:36c'est René Dautel qui parlait du détail signifiant.
10:42Un détail signifiant, ça indique que,
10:47si on prend une couleur ou une essence d'arbre,
10:52elle a du sens, parce que tout a du sens.
10:55Donc, si on indique, par exemple, dans le roman de Tristan et Iseux,
11:01que le roi Marc, le roi aux oreilles de cheval,
11:11dont le nain-frocin va confier le secret à un arbre,
11:15cet arbre, c'est effectivement, selon les versions,
11:20un chèvre-feuille ou une autre essence qui va donner lieu
11:25à la création d'un arbre, d'une harpe.
11:30Et donc, c'est du bois de cet arbre que l'arpe va chanter
11:34et révéler le secret du roi Marc confié aux racines de l'arbre
11:37par le nain-frocin.
11:38C'est un peu compliqué, mais toute chose a un sens.
11:41Donc, le roi Marc lui-même, c'est intéressant de savoir
11:46quelle est l'étymologie, son nom, Marc.
11:49Dans la légende, on peut dire, c'est que le prénom,
11:52c'est comme le saint Marc.
11:54Eh bien non, c'est le roi cheval,
11:56parce qu'en breton, Marc et Marc, c'est le cheval.
12:01Voilà pourquoi, dans l'évangélière de l'an des Vénèques,
12:04l'abbaye de l'an des Vénèques,
12:05on va retrouver la représentation de saint Marc
12:07avec un cheval, les attributs du cheval,
12:12indiquant que là, le monde chrétien
12:14et le monde préchrétien se confondent parfois
12:17dans les mêmes symboles.
12:19Ce qui est très intéressant, dans ce que vous venez d'évoquer,
12:22Bernard Riau, c'est que, donc on a bien compris
12:24que bien souvent, les femmes sont le précurseur du merveilleux,
12:27mais il y en a aussi la nature, j'allais dire,
12:29l'eau, qu'elle soit dans les sources ou dans les rivières,
12:34la forêt, mais aussi les grottes,
12:36ont une place réellement essentielle.
12:38Est-ce que cela permet à cet enchantement
12:43de tenir dans le temps long, finalement,
12:45et d'être retrouvé dans les récits d'aujourd'hui ?
12:46– Exactement, c'est-à-dire que ces récits sont cryptés
12:51et si on peut les lire, comment dire,
12:57une première lecture, mais on peut avoir une seconde lecture,
13:00on peut lire entre les lignes.
13:03Sur le symbole de l'eau, par exemple,
13:05on reprend un autre exemple,
13:06dans le roman de Tristan et Iseu,
13:10vous avez le nain qui va révéler l'adultère de Tristan,
13:18le neveu du roi Marc, avec la reine Iseu.
13:21Et le nain va indiquer au roi Marc
13:24que les deux amants vont se retrouver à telle période,
13:27à tel endroit.
13:28Et donc le roi va se ficher dans un arbre,
13:31va se cacher dans l'arbre pour surprendre les amants.
13:36Donc le roi se monte dans un arbre, qui est un pain,
13:39qui surmonde un petit plan d'eau,
13:41et il pense ne pas être vu et voir exactement la réalité d'une scène
13:45qui serait l'adultère des oeufs.
13:48Tristan arrive le premier au rendez-vous,
13:52c'est une nuit de pleine lune,
13:53il regarde le miroir de l'eau,
13:55le miroir de l'eau.
13:57Et que voit-il dans l'eau ?
14:00Le reflet du roi par la pleine lune sur la surface de l'eau.
14:05Donc lorsque Iseu va arriver au rendez-vous,
14:08Tristan va faire comprendre à Iseu qu'ils ne sont pas seuls,
14:13et donc ils vont avoir littéralement une scène de comédie,
14:20ou de tragi-comédie, en fonction du sens qu'on peut donner à cette scène,
14:24en donnant l'illusion au roi que ce sont un fidèle neveu,
14:30une fidèle épouse, et qu'ils jurent fidélité au roi Marc.
14:34Et le roi Marc, dans son arbre, pense voir la réalité,
14:38et il ne voit qu'une illusion.
14:41Donc c'est tout le symbole du miroir.
14:44Le miroir qui est aussi le symbole de la fée.
14:47Lorsque Mélusine tient son miroir,
14:49elle regarde, non pas la réalité,
14:53mais elle donne l'illusion de la réalité.
14:56Alors il y a beaucoup d'archétypes féminins
14:58qui sont littéralement placés sur un piédestal.
15:01Quel est leur rôle dans l'imaginaire, selon vous ?
15:06Alors tous les archétypes féminins
15:11ont pour but d'éclairer.
15:13D'éclairer, de donner un enseignement.
15:17Donc dans la dame à la licorne, par exemple,
15:22la licorne a une corne, d'où son nom,
15:28et cette corne va être un symbole à la fois de fidélité
15:34et l'amant va se réfugier dans le giron de la licorne.
15:41Donc c'est un symbole de pureté et de virginité.
15:45de cette dame à la licorne.
15:48Et la blancheur également, la couleur blanche de la licorne
15:52va accentuer sa dimension de pureté.
15:54De même qu'on va retrouver dans Guenièvre,
15:59le prototype de la blancheur,
16:01la trace blanche,
16:03qui sera après la couleur de la sainteté.
16:07D'ailleurs ce qui est intéressant,
16:09c'est que si on prend les vocables celtiques,
16:12notamment en breton continental,
16:16le terme Gwen, qui signifie blanc, signifie aussi saint.
16:21Donc sainte Gwen est à la fois la sainte sacrée et la sainte blanche.
16:27De même que le Mont Blanc, Manegben en breton,
16:30sera après le Mont Blanc et le Mont Sacré.
16:32Donc les celtes, que ce soit au Moyen-Âge, dans l'Antiquité et jusqu'à nos jours,
16:38jouent beaucoup sur l'allitération, l'homonymie.
16:42Et parfois c'est trompeur,
16:44parce qu'on peut commettre une erreur d'interprétation
16:48en prenant effectivement le mot tel qu'il est au premier degré,
16:51alors qu'il faut parfois le lire au second degré.
16:53Alors il y a au contraire, dans les archétypes féminins,
16:57des femmes qui sont vilipendées,
17:00qui deviennent des sorcières,
17:01qui sont littéralement diabolisées même.
17:03Pour quelles raisons ces archétypes-là existent ?
17:07C'est le cas de la vouivre notamment.
17:09La vouivre.
17:10Les lavandières aussi.
17:11Les lavandières, les lavandières de nuit,
17:13qui peuvent effectivement avoir une dimension diabolique.
17:16Ou la reine d'Ahu, la princesse d'Ahu,
17:20qui est également un archétype de l'autre monde,
17:23mais qui va être petit à petit diabolisée
17:25et qui va incarner la femme de mauvaise vie,
17:30la sorcière, celle qui…
17:31– La prostituée.
17:32– La prostituée également.
17:34Parce qu'on a un manichéisme qui va arriver
17:37avec une christianisation.
17:39Alors parfois la christianisation fait d'un archétype ancien une sainte
17:45et parfois elle en fait une diablesse ou une sorcière.
17:49On a parfois des archétypes qui sont masculinisés,
17:54qui deviennent masculins.
17:55Par exemple là, je consacre un article,
17:58un chapitre à la déesse Sequana,
18:01la déesse de la Seine, qui a donné son nom à la Seine,
18:05D.A. Sequana,
18:06ce qui signifie en gaulois « celle qui s'écoule ».
18:10Donc la Seine qui coule, de source littéralement.
18:13Et Sequana est honorée aux sources de la Seine,
18:16dans un lieu qui a fait l'objet d'une dévotion païenne
18:22jusqu'au Vème siècle après Jésus-Christ.
18:26On va retrouver au musée archéologique de Dijon
18:27des centaines d'ex-votos attestant de cette dévotion à la déesse Sequana.
18:35Et on a un passage, un glissement.
18:38La déesse Sequana va devenir non pas sainte, mais saint.
18:42Ça sera Saint-Sène.
18:44Saint-Sène qui va être fondateur de l'abbaye Saint-Sène,
18:47à côté de Dijon dans la Côte d'Or.
18:49Donc là, on a effectivement un glissement
18:52d'une déesse gauloise à un saint chrétien.
18:56– C'est étonnant en effet.
18:58Alors, est-ce que vous pensez que…
18:59Enfin, vous présentez des archétypes féminins très divers,
19:02on l'aura compris,
19:04et vous parlez d'une polyphonie d'archétypes féminins.
19:08Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
19:10– Je veux dire par là que la sainte, la déesse, l'héroïne
19:23peut changer et multiforme.
19:26Et donc, elle peut changer de forme,
19:28comme la vouivre va changer de forme,
19:31comme la mélusine va changer de forme.
19:34Et elle peut passer effectivement d'une forme de mortel
19:38à une immortalité sous l'apparence d'un oiseau, d'un signe.
19:44On a ça dans la légende retranscrite
19:48par François-René Chateauboyen dans la canne de Montfort,
19:51où la femme se transforme en canne, avec ses canetons.
19:56Donc, il y a une apparence de forme,
19:58mais aussi il y a une apparence dans les attributs.
20:03Donc, si nous prenons la fée Morgane,
20:05la sœur du roi Arthur, qui est la princesse d'Avalon,
20:09Avalon qui est l'île des pommes de l'autre monde,
20:12l'île des pommiers,
20:14Morgane va être confondue avec la grande reine,
20:17puisqu'on a Morgane, étymologiste,
20:20c'est celle qui est née de la mer,
20:23en gaélique c'est Muirgen,
20:26et elle va parfois être confondue avec Morrigan,
20:30la grande reine.
20:32Et les deux personnages parfois se confondent.
20:35On a la même chose avec Viviane,
20:38qui se confond avec la fée Niniane,
20:40ou la D.A. Arduina,
20:44qui est une autre entité gauloise très intéressante,
20:48qui a donné son nom au massif des Ardennes.
20:51Donc la Diane Chasseresse,
20:53l'équivalent dans le monde gaulois de la Diane.
20:56Et donc ce personnage va se confondre avec un territoire,
21:01avec un paysage, avec une rivière, avec une forêt.
21:05Et donc cette multitude d'apparences
21:09fait que le lecteur ou l'auditeur peut se troubler,
21:14et c'est aussi le but parfois,
21:17que le lecteur se trouble, se perde,
21:20et parce que c'est en se perdant et en perdant ses repères,
21:23qu'on finit par arriver quelque part là où le hasard mène.
21:26C'est un peu le hasard électif.
21:29Lorsque les chevaliers de la table ronde
21:33quittent le roi Arthur à la recherche du Graal,
21:36ils vont errer, partir à l'aventure,
21:40et d'abord s'égarer eux-mêmes avant de se retrouver.
21:44C'est le même principe que le pèlerin
21:46qui part sur le chemin de Compostelle ou de Rome
21:49ou du Mont-Saint-Michel,
21:50et qui finit par trouver autre chose
21:53que ce qu'ils pensaient trouver au préalable.
21:56J'ai une question un peu moderne, vous me direz,
21:59mais est-ce que vous pensez que cette diversité
22:01de figures de femmes peut, en quelque sorte,
22:04sauver le masculin qui est en crise aujourd'hui ?
22:08– Un chanteur et poète avait dit
22:13que la femme était l'avenir de l'homme.
22:17Je ne sais pas si la femme est l'avenir de l'homme,
22:20mais en tout cas c'est sa paraître.
22:23Elle est indispensable à l'humanité.
22:27Parce qu'elle représente effectivement
22:30un monde du possible.
22:32– Ce qui est intéressant,
22:34c'est que vous précisez derrière votre ouvrage
22:37que ce sont des femmes qui ne séduisent pas,
22:43elles élisent l'homme de leur choix.
22:45Finalement, ces femmes enchantresses,
22:47elles sont aussi avant tout
22:49des êtres très souverains dans votre ouvrage.
22:52Et c'est intéressant comme mode de représentation.
22:55– Tout à fait, c'est très juste ce que vous venez de dire.
22:59C'est Mélusine qui choisit Raymond Dain.
23:02C'est Guenièvre qui choisit Lancelot.
23:05C'est Iseu qui choisit Tristan.
23:09Ce n'est jamais l'homme qui choisit la femme.
23:11C'est la femme qui choisit l'homme.
23:13Et dans le cycle du Graal,
23:16on n'en a pas encore parlé de ce thème-là,
23:18mais toutes les porteuses du Graal,
23:20les femmes du Graal, avec Perceval,
23:24Perceval est le fils de la dame de la forêt.
23:28Le fils de la veuve, est-il écrit.
23:30Veuve étant une interprétation,
23:32parce que le père de Perceval est mort,
23:35mais veuve est une homonymie de la forêt.
23:38Vidya.
23:39Donc, Perceval est à la fois le fils de la dame veuve
23:43et le fils de la dame de la forêt.
23:45Et tout le périple de Perceval,
23:49jusqu'au château du Graal,
23:52sera ponctué par des rencontres féminines.
23:55Ce sont toujours des femmes,
23:57que ce soit la hideuse demoiselle
23:59ou que ce soit la porteuse du Graal,
24:02ce sont toujours des femmes
24:03qui vont montrer le chemin à Perceval
24:08pour le mettre dans le bon chemin.
24:10Et Blanche aux fleurs,
24:12là encore, la fiancée de Perceval,
24:14on retrouve encore la blancheur,
24:18la trace blanche avec Guénièvre,
24:21Blanche aux fleurs est celle qui va déciller les yeux,
24:24qui va montrer la réalité du monde
24:29et non pas l'illusion du monde.
24:31Donc, on a toujours cette ambivalence
24:33avec le jeu de miroir.
24:35Qu'est-ce qu'il y a-t-il derrière le miroir ?
24:37Il ne faut pas s'arrêter au reflet.
24:39Alors, parfois, on voit une belle femme
24:42et on s'arrête évaillie devant le reflet
24:45de cette belle femme.
24:47Mais en fait, il faut regarder ce qui est derrière.
24:50Et ce qui est derrière, c'est la bonne femme,
24:54la bonne ADA, la bonne déesse.
24:56– Ces femmes qui nous montrent le chemin,
24:59on s'arrêtera là-dessus.
25:00– Et le savoir.
25:01– Et le savoir, exactement.
25:03On s'arrêtera là-dessus.
25:04Je rappelle votre ouvrage,
25:06Les dames enchantresses,
25:07fées, sirènes, saintes et déesses
25:10est aux éditions Vegas.
25:12C'est disponible sur la boutique de TVL,
25:14sur tvl.fr.
25:15Si ce zoom vous a plu,
25:18n'hésitez pas d'ores et déjà
25:19à l'agrémenter du pouce en l'air.
25:21Vous pouvez également laisser un commentaire
25:22juste en dessous.
25:23Ça permet d'aider un petit peu
25:24le référencement sur YouTube.
25:27Et puis surtout, n'hésitez pas bien sûr
25:29à le diffuser si vous voulez
25:30que ce livre soit plus connu.
25:34Merci à tous de nous avoir suivis
25:36et on se dit à très vite sur TVL.
25:38– Sous-titrage ST' 501
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