- il y a 7 semaines
La Russie est-elle réellement au bord de l’effondrement ? Depuis le début de la guerre en Ukraine et l’imposition de sanctions occidentales massives, l’idée s’est imposée en Occident que l’économie russe finirait par s’écrouler. Pourtant, quatre ans après le début du conflit, Moscou continue de financer son effort de guerre et a profondément réorienté ses échanges vers l’Asie.
La Russie peut-elle encore soutenir son économie de guerre pendant plusieurs années ? Quelles sont ses véritables forces et ses fragilités ? Et surtout, ce basculement vers la Chine, l’Inde et les autres puissances asiatiques est-il désormais irréversible ?
Dans ce nouveau numéro de "Politique & Eco", Pierre Bergerault reçoit Jacques Sapir, économiste, membre de l’Académie des sciences de Russie et professeur à l’École de guerre économique, pour décrypter l’état réel de l’économie russe, le coût de la guerre et les conséquences durables des sanctions occidentales.
Mais ce bouleversement ne concerne pas seulement Moscou. Alors que l’Europe a choisi de rompre une grande partie de ses liens économiques avec la Russie, quelles seront les conséquences de cette rupture pour les économies européennes ? La Russie peut-elle encore avoir besoin de l’Occident ? Et dans cinq ans, l’Europe sera-t-elle devenue étrangère à la Russie ?
A la suite de "Politique & Eco", retrouvez la chronique financière de Philippe Béchade intitulée : "La France s'installe dans la zone rouge".
Téléchargez gratuitement le rapport spécial de Philippe Béchade - 2026 - Faillite de la France : Comment faire face à la Taxflation
La Russie peut-elle encore soutenir son économie de guerre pendant plusieurs années ? Quelles sont ses véritables forces et ses fragilités ? Et surtout, ce basculement vers la Chine, l’Inde et les autres puissances asiatiques est-il désormais irréversible ?
Dans ce nouveau numéro de "Politique & Eco", Pierre Bergerault reçoit Jacques Sapir, économiste, membre de l’Académie des sciences de Russie et professeur à l’École de guerre économique, pour décrypter l’état réel de l’économie russe, le coût de la guerre et les conséquences durables des sanctions occidentales.
Mais ce bouleversement ne concerne pas seulement Moscou. Alors que l’Europe a choisi de rompre une grande partie de ses liens économiques avec la Russie, quelles seront les conséquences de cette rupture pour les économies européennes ? La Russie peut-elle encore avoir besoin de l’Occident ? Et dans cinq ans, l’Europe sera-t-elle devenue étrangère à la Russie ?
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00:00:00Pour l'instant, les Russes font preuve d'une très grande sagesse
00:00:04et d'un sang-froid absolument immense.
00:00:08Alors, ça ne veut pas dire qu'ils oublient tout ce qui a été dit et tout ce qui a
00:00:11été fait.
00:00:13Je pense qu'ils s'en souviendront et qu'ils trouveront une manière de le faire payer.
00:00:18Alors, pas seulement à l'Allemagne, pas seulement à la France,
00:00:21probablement aussi à la Grande-Bretagne.
00:00:24Bien.
00:00:24Mais pour l'instant, il n'est pas de l'intérêt des Russes
00:00:29d'escalader vis-à-vis de ces pays.
00:00:36Bonjour à tous. Bienvenue dans ce nouveau numéro de Politique et Éco.
00:00:40Alors, paraît-il que la Russie va mal ?
00:00:43C'est en tout cas une sorte d'évidence dans le discours occidental.
00:00:48Alors, est-ce une réalité ?
00:00:51On voit que la guerre se poursuit en Ukraine
00:00:53et que la Russie est soumise depuis des années à un régime de sanctions
00:00:58sans précédent, son économie a-t-elle réellement été mise à genoux ?
00:01:03Croissance, inflation, industrie, dépenses militaires,
00:01:07que disent les chiffres de la situation économique russe ?
00:01:11Pour répondre à ces questions, nous recevons Jacques Sapir.
00:01:15Bonjour, monsieur.
00:01:15Bonjour.
00:01:16Jacques Sapir, vous êtes économiste, membre de l'Académie des sciences de Russie,
00:01:21professeur à l'école de guerre économique,
00:01:23votre dernier ouvrage, « La fin de l'ordre occidental ».
00:01:27Avant, évidemment, de parler de l'économie russe proprement dite,
00:01:32nous allons passer au journal de l'écho.
00:01:34C'est parti.
00:01:40Alors, le journal de l'écho, une info, une déclaration, un chiffre.
00:01:45L'info concernera la France.
00:01:46Les deux autres éléments seront plus concernant l'Ukraine.
00:01:51Jacques Sapir, cette info, c'est le taux de rendement de l'obligation d'État française à 10 ans,
00:01:57qui est, ça y est, passé au-dessus des 4%.
00:02:00Nous sommes même en ce moment plutôt aux alentours de 4,10%.
00:02:05C'est son plus haut niveau, souvenez-vous, depuis novembre 2008,
00:02:11avec la crise des subprimes.
00:02:14Et ce qui est encore plus inquiétant, c'est que ce taux,
00:02:17l'écart de ce taux se creuse avec nos voisins européens.
00:02:21Alors, Jacques Sapir, est-ce que la crise de la dette est inévitable ?
00:02:26Et sinon, quelles en seraient les conséquences pour les Français ?
00:02:29Non, elle n'est pas du tout inévitable.
00:02:31Cette hausse, elle est importante en termes nominaux,
00:02:35mais en termes réels, autrement dit diminuer du taux d'inflation,
00:02:38nous restons avec un taux d'intérêt qui est de 1,5%,
00:02:44en réalité, puisque nous avons 2,6% d'inflation.
00:02:48Donc, ça veut dire que les revenus de l'État,
00:02:51les impôts, les recettes de l'État,
00:02:53vont augmenter de 2,6% automatiquement.
00:02:58Donc, en réalité, non, ce taux n'est pas du tout inquiétant.
00:03:02Oui, bien sûr, il y a une divergence,
00:03:06mais là encore, pas exceptionnelle,
00:03:09entre les taux français et les taux européens.
00:03:11On constate, par exemple, que l'Allemagne
00:03:13est à 0,8-0,9% d'écart avec nous en taux nominal,
00:03:20mais qu'en réalité, 0,8-0,9%,
00:03:23c'est à peu près le résultat, je dirais,
00:03:27moyen que l'on a sur 25 ou 30 ans.
00:03:31Donc, là encore, bien sûr,
00:03:33ce n'est pas un bon résultat en tant que tel,
00:03:36mais ce n'est pas un résultat qui est catastrophique.
00:03:40Et pour l'instant, il y a toujours un appétit
00:03:43des marchés financiers pour la dette française.
00:03:46Alors, on peut toujours dire,
00:03:48oui, mais ça ne durera pas tout le temps.
00:03:49Effectivement, se posera la question de
00:03:52jusqu'où peut-on aller pour que cet appétit se maintienne
00:03:55et surtout se maintienne à des taux
00:03:57qui, cette fois-ci, en termes réels, seraient supportables.
00:04:01Bien sûr, mais pour l'instant,
00:04:03il n'y a pas de signal, je dirais, inquiétant.
00:04:07Et de ce point de vue-là,
00:04:10je m'inscris complètement contre tout un discours
00:04:14sur la question de la dette française.
00:04:17Bien sûr, ça serait beaucoup mieux d'en avoir moins.
00:04:21Bien sûr, ça serait beaucoup mieux d'avoir
00:04:23des taux en termes réels encore moins élevés.
00:04:27On était, par exemple, avec des taux réels négatifs
00:04:30pendant la Covid ou en 2021.
00:04:33Donc, il faut le rappeler.
00:04:35Mais un taux réel de 1,4 ou de 1,5 %,
00:04:40ce n'est pas la fin du monde, pas du tout.
00:04:43Et donc, heureusement ou malheureusement,
00:04:46on peut encore continuer un certain temps comme ça.
00:04:48– Un certain temps.
00:04:49– Un certain temps, parce que, comme tout bon économiste,
00:04:52je ne prévois pas à plus de 6 mois ou d'un an.
00:04:57Donc, ça, c'est effectivement une incertitude qui plane.
00:05:02Mais pour l'instant, il y a toujours le même appétit
00:05:05pour la dette française sur les marchés internationaux.
00:05:08On paye un taux qui est élevé, certes,
00:05:12mais qu'il faut toujours ramener aux recettes et à l'inflation.
00:05:18Donc, il n'y a pas de raison, je dirais, impérieuse,
00:05:22aujourd'hui, de bloquer tout et de dire
00:05:27on ne peut plus supporter ça, il faut absolument changer.
00:05:30– 77 milliards quand même de remboursements
00:05:32d'intérêt de la dette cette année quand même.
00:05:34– Oui, c'est-à-dire 2%.
00:05:35Un peu plus de 2%, non, 2,3%.
00:05:38En réalité, oui, bien sûr, c'est lourd.
00:05:43Mais, là encore, ce n'est pas exceptionnel.
00:05:47Vous avez des pays, et non des moindres,
00:05:51qui peuvent dépenser environ 3%, 4% de leur PIB
00:06:01en intérêt.
00:06:03Donc, là encore, oui, c'est trop lourd.
00:06:05On peut considérer que c'est trop lourd.
00:06:06Oui, effectivement, on aurait tout à fait toute une série de choses à faire
00:06:10si on payait, par exemple, que 35 milliards et pas 77 milliards.
00:06:15Donc, relativement, il y a bien, effectivement, une dégradation.
00:06:19Mais cette dégradation n'est pas exceptionnelle.
00:06:21– On passe à la déclaration.
00:06:23C'est celle-ci.
00:06:24Nous avons besoin de plus d'argent, beaucoup plus d'argent.
00:06:28C'est ce qu'a affirmé Volodymyr Zelensky
00:06:30devant les membres de la coalition des volontaires.
00:06:33Les Européens ont déjà versé, rappelons-le, environ 230 milliards d'euros à l'Ukraine
00:06:39depuis 2022.
00:06:40Ursula von der Leyen a débloqué, c'était le 24 août,
00:06:43plus de 6 milliards d'euros d'aide militaire supplémentaire à l'Ukraine.
00:06:47Jacques Sapir, d'où vient cet argent ?
00:06:49Est-ce que les Européens peuvent espérer un jour le revoir ?
00:06:53– Alors, à votre dernière question, la réponse est très simple, non.
00:06:57Non, c'est de l'argent qui est donné à l'Ukraine à fond perdu.
00:07:00Bon, ça, c'est un premier point.
00:07:02Deuxième point, oui, on savait très bien que Zelensky allait dire ça cet été,
00:07:08parce que, si vous voulez, la première somme qui a été allouée à l'Ukraine,
00:07:14bon, normalement qui couvrait cette année, 90 milliards d'euros,
00:07:18donc pour 2026, compte tenu de l'effondrement complet des finances ukrainiennes,
00:07:24on savait qu'elle serait très largement insuffisante.
00:07:28Et d'ailleurs, effectivement, cette somme de 90 milliards,
00:07:31elle a été grosso modo dépensée rien que pour le premier trimestre.
00:07:36Oui, bien sûr, l'Ukraine a besoin d'argent.
00:07:40Alors, on va se faire un petit peu tirer l'oreille,
00:07:43mais à la fin des fins, on donnera l'argent supplémentaire.
00:07:48Ce n'est pas un problème spécifique.
00:07:52Et vous me disiez en préparant cette émission que l'argent n'est plus le problème aujourd'hui.
00:07:56Tout à fait, tout à fait, et je confirme.
00:07:59De deux choses l'une.
00:08:00Où on parle de l'argent civil,
00:08:02où il s'agit de payer les salaires des fonctionnaires, les pensions, etc.
00:08:08Et cet argent, alors là, effectivement, il faut de l'argent,
00:08:11bon, ça c'est clair, mais cet argent, il est dépensé en monnaie ukrainienne, en Grévena.
00:08:20Et l'argent, il est donné par l'Union européenne en euros.
00:08:25Donc, qu'est-ce que ça va provoquer ?
00:08:26Ça va provoquer, tout simplement, un effondrement du taux de change de la Grévena par rapport à l'euro.
00:08:31Bon, ça, on comprend tout de suite ce qui va se passer.
00:08:35Ce qui est beaucoup plus intéressant, c'est le budget militaire.
00:08:39Parce que là, effectivement, c'est l'Union européenne qui porte à bout de bras l'effort de défense de
00:08:46l'Ukraine.
00:08:47Mais un budget militaire, c'est quoi ?
00:08:49C'est essentiellement du matériel et des soldes.
00:08:53En grosso modo, enfin, moi-même, trois choses.
00:08:55Il y a les pensions, les soldes, gros point, et puis, évidemment, le matériel militaire.
00:09:03Le matériel militaire, il n'y en a plus.
00:09:05Il n'y en a tout simplement plus.
00:09:06– C'est les Européens qui, aujourd'hui, sont les seuls à alimenter en matériel militaire l'Ukraine.
00:09:14– Oui, tout à fait.
00:09:15– Qu'est-ce qu'on produit aujourd'hui en Europe ?
00:09:17– Alors, on produit des missiles anti-aériens, des missiles anti-aériens très perfectionnés,
00:09:23comme par exemple l'Aster-30.
00:09:26Bon, même chose, il y a quelques missiles.
00:09:28Alors, les missiles à plus courte portée, comme les Crotal ou Cheyne, en réalité.
00:09:35Bon, ça, ces missiles, il y en a très peu.
00:09:39Le président Macron s'est engagé à donner un nouveau lot de missiles Aster.
00:09:45Il y a d'ailleurs une batterie qui peut tirer ces missiles français.
00:09:50Et pour la raison très simple, c'est que nous n'en avons, nous-mêmes, en France, nous n'en
00:09:54avons que huit.
00:09:55Donc voilà, on n'en a pas beaucoup à donner.
00:09:58Et ces missiles ne seront donnés que dans le cours du mois d'octobre.
00:10:03Après, si on veut penser à un deuxième lot qu'on pourrait fournir,
00:10:07il faudra attendre probablement le mois d'avril ou le mois de mai 2027.
00:10:13Donc oui, il y a en réalité une raréfaction.
00:10:17Il y a des missiles américains.
00:10:19Alors, ces missiles américains, les États-Unis n'en ont plus à donner.
00:10:22Ils n'en ont plus à donner parce qu'ils en ont tiré énormément dans la guerre contre l'Iran.
00:10:27– Les Patriotes, les Tomahawks…
00:10:30– Alors, bon, les Tomahawks, c'est autre chose, ce sont des missiles d'attaque.
00:10:33Mais effectivement, là, il n'y en a pratiquement plus.
00:10:37La réserve qui reste aux États-Unis, les États-Unis ne vont pas y toucher.
00:10:40Et d'une certaine manière, ils ont tout à fait raison, si on regarde de leur point de vue.
00:10:45Et les Patriotes, en particulier les Patriotes qu'on appelle les Patriotes PAC-3,
00:10:51c'est-à-dire la version la plus avancée du Patriote,
00:10:55ils n'en ont plus à donner.
00:10:57Les pays qui en ont ne veulent pas les donner à l'Ukraine,
00:11:01par exemple la Corée du Sud, le Japon,
00:11:04qui disent « Ah non, non, nous on en a besoin,
00:11:06on en a juste ce qu'il nous faut, on ne peut pas se permettre d'en donner. »
00:11:10Et donc, les seuls missiles qui pourraient être fournis à l'Ukraine
00:11:15sont des Patriotes des versions antérieures.
00:11:18Autrement dit, PAC-2, ou même avant le PAC-2,
00:11:22autrement dit, des missiles qui ont 20 ans d'âge.
00:11:26Est-ce que ces missiles, et qui ne peuvent être donnés d'ailleurs
00:11:29que par les alliés des États-Unis,
00:11:31est-ce que ces missiles sont toujours efficaces ?
00:11:35– C'est douteux.
00:11:36– Ça, c'est la défense russe, oui.
00:11:38– Tout à fait.
00:11:40Les missiles russes en particulier, les missiles balistiques,
00:11:42parce que ces missiles qui servent essentiellement à intercepter
00:11:44des missiles balistiques, sont accompagnés aujourd'hui de l'heure,
00:11:49et même la version PAC-2 est douteuse
00:11:52quant à ses capacités d'interception.
00:11:56Donc voilà, on est dans cette situation,
00:11:58et je le rappelle, la question d'un budget de défense,
00:12:02ce n'est pas tellement l'argent.
00:12:04Alors bien sûr, oui, il faut de l'argent pour payer les soldats.
00:12:07– Mais alors pourquoi Volodymyr Zelensky insiste-t-il tant
00:12:10sur l'argent et non le matériel ?
00:12:12Pourquoi veut-il plus d'argent que de matériel ?
00:12:15– Alors il y a plusieurs réponses.
00:12:17Première réponse, vous pouvez considérer que
00:12:19M. Zelensky n'est pas un spécialiste de la question militaire,
00:12:22oui, ça on le sait,
00:12:24et qu'il pense que l'argent se traduit toujours en matériel.
00:12:28Ça, c'est la réponse gentille.
00:12:30– Une réponse un petit peu moins gentille consiste à dire
00:12:34les Ukrainiens sont intéressés par l'argent,
00:12:36pas par le matériel.
00:12:38Parce que cet argent, ils en détournent une partie
00:12:40plus ou moins importante.
00:12:42Regardez, là, il y a trois jours,
00:12:46ça a été en fait l'équivalent de la chef de cabinet
00:12:50de Zelensky,
00:12:51qui a été inculpée pour corruption.
00:12:55Un petit peu avant, ça avait été le chef de cabinet,
00:12:59le précédent chef de cabinet,
00:13:01inculpé pour corruption.
00:13:03Le ministre de la Défense,
00:13:04l'ancien ministre de la Défense d'ailleurs,
00:13:06qui est très soutenu par,
00:13:08je dirais,
00:13:10la population aisée,
00:13:12très occidentalisée
00:13:14de quelques grandes villes,
00:13:16on apprend actuellement
00:13:18qu'il est,
00:13:19non pas encore mis en examen,
00:13:22mais qu'il y a une enquête administrative
00:13:23qui vient d'être ouverte
00:13:25par, je dirais,
00:13:27le comité à la défense
00:13:29du Parlement ukrainien,
00:13:30la RADA,
00:13:31parce qu'il est soupçonné,
00:13:34alors,
00:13:35non pas tellement,
00:13:36je dirais,
00:13:37de détournement d'argent,
00:13:38mais il est soupçonné
00:13:40d'avoir favorisé
00:13:42un certain nombre de ses amis
00:13:44pour obtenir des contrats importants
00:13:46vis-à-vis de l'État ukrainien.
00:13:48Bref,
00:13:49on est aujourd'hui
00:13:50face à une structure de corruption,
00:13:53alors, c'est très intéressant,
00:13:54parce que...
00:13:55D'ailleurs, pas qu'aujourd'hui,
00:13:55un transparence international,
00:13:57même avant le début
00:13:58des hostilités en 2022,
00:14:00enfin, l'invasion, en tout cas,
00:14:02considérait l'Ukraine
00:14:03comme le pays le plus corrompu d'Europe.
00:14:04Oui, tout à fait.
00:14:05Donc, c'est une vieille histoire.
00:14:08On est d'ailleurs
00:14:09face à quelque chose d'assez étonnant.
00:14:12Le seul qui semble
00:14:13ne pas être corrompu,
00:14:15c'est Volodymyr Zelensky.
00:14:18Bon, alors,
00:14:20soit il ne regarde pas
00:14:21ce que font ses collaborateurs,
00:14:24bien,
00:14:25soit il regarde
00:14:26et il se tait,
00:14:29soit est-ce qu'il touche lui-même.
00:14:31Donc, si vous voulez,
00:14:31il y a toute une série d'hypothèses
00:14:34qui peuvent être faites,
00:14:35mais aujourd'hui,
00:14:35il est très clair que
00:14:36cet argent
00:14:39sera en partie,
00:14:40je ne dirais pas en totalité,
00:14:41parce que ça n'arrive
00:14:43pratiquement jamais
00:14:43que la totalité d'une somme
00:14:45soit détournée,
00:14:46mais qu'en bonne partie,
00:14:47il sera détourné
00:14:49et il va finir
00:14:51sur des comptes
00:14:53dans des paradis fiscaux
00:14:55pour un tel,
00:14:56un tel ou un tel,
00:14:57mais ça va du ministre,
00:14:59donc je vous dis,
00:15:01au directeur de cabinet,
00:15:02aux adjoints du directeur de cabinet,
00:15:04etc., etc.,
00:15:05donc c'est pour ça
00:15:06qu'ils veulent de l'argent,
00:15:08mais la réalité,
00:15:09ce dont l'Ukraine a besoin,
00:15:11pas de l'argent,
00:15:11c'est du matériel
00:15:12et des hommes.
00:15:13– On l'a bien compris.
00:15:14Terminons ce journal de l'écho
00:15:15avec le chiffre,
00:15:1627 milliards de dollars,
00:15:18c'est le déficit
00:15:19qu'accusent les forces armées ukrainiennes,
00:15:22c'est Romain Bessonnet,
00:15:23juriste spécialiste de la Russie,
00:15:26qui a évoqué ce chiffre
00:15:27dans le dernier numéro
00:15:29de Choc du Monde,
00:15:30animé par Édouard Chaneau,
00:15:32à quel point la capacité
00:15:34de l'Ukraine
00:15:35à financer son effort de guerre
00:15:37est-elle devenue
00:15:38un facteur déterminant
00:15:40de l'issue du conflit ?
00:15:42– Ce n'est pas du tout
00:15:42un facteur déterminant,
00:15:43parce que je pense
00:15:44que de toutes les manières,
00:15:46l'Union européenne
00:15:47mettra la main à la poche
00:15:49tant qu'il faudra
00:15:51pour globalement équilibrer
00:15:54le budget de la défense.
00:15:56– En réalité, si vous voulez,
00:15:58la question de l'argent,
00:16:01elle n'est importante
00:16:04que dans la manière
00:16:05dont il est utilisé,
00:16:06dans la manière
00:16:07dont il est détourné,
00:16:08mais pas dans la manière
00:16:09dont il est acquis.
00:16:10Bien, ce qui est important
00:16:12aujourd'hui,
00:16:13c'est essentiellement
00:16:15la question des matériels.
00:16:16Et sur les matériels,
00:16:17effectivement, on voit
00:16:18que l'Ukraine fait face
00:16:20à une pénurie de matériels.
00:16:22Et alors, ça va tout.
00:16:23Alors évidemment,
00:16:24on parle beaucoup des missiles.
00:16:25Bon, ça, c'est évident.
00:16:26Mais il y a aussi
00:16:28une pénurie des obus.
00:16:30Ils ne produisent
00:16:32ou disons,
00:16:32ils n'obtiennent
00:16:33que 60 à 70 %
00:16:36des volumes de munitions
00:16:39dont ils ont besoin.
00:16:41Ils ont aussi ce problème,
00:16:44je dirais,
00:16:45de pénurie de matériels
00:16:46sur toute une autre série
00:16:48de choses,
00:16:49c'est-à-dire en particulier
00:16:50les équipements.
00:16:52Donc, aujourd'hui,
00:16:54l'Ukraine manque
00:16:55de plus en plus
00:16:56d'armement
00:16:57et d'armement
00:16:58de tout type.
00:17:00Et puis,
00:17:00elle manque surtout
00:17:01d'hommes.
00:17:01Et on voit bien
00:17:02que c'est ça en réalité.
00:17:04Et on en parle beaucoup
00:17:04aujourd'hui.
00:17:05Ils veulent
00:17:06étendre la conscription
00:17:09sur les 18-28 ans,
00:17:12voire les 18-28 ans.
00:17:18Pourquoi ?
00:17:19Parce qu'aujourd'hui,
00:17:20il y a de moins en moins
00:17:22de gens qui sont prêts
00:17:23à aller mourir au front.
00:17:25Pour Volodymyr Zelensky.
00:17:26Pour Volodymyr Zelensky.
00:17:28Et donc, ça,
00:17:29c'est évidemment
00:17:30un problème majeur.
00:17:33On va passer à l'entretien
00:17:34avec le rapport de force
00:17:36sur le terrain
00:17:36et à la stratégie
00:17:37de Moscou.
00:17:38C'est parti.
00:17:44Alors, à l'approche
00:17:45de l'automne,
00:17:46Jacques Sapir,
00:17:47où en est le rapport
00:17:48de force militaire
00:17:49entre la Russie
00:17:50et l'Ukraine ?
00:17:53Ce rapport de force
00:17:54continue de se dégrader
00:17:55en défaveur de l'Ukraine.
00:17:57C'est maintenant
00:17:59tout à fait évident.
00:18:01Les forces russes
00:18:03sont à proximité
00:18:05de Kramatorsk,
00:18:06de Slovyansk
00:18:07et de Doropila,
00:18:08qui sont en fait
00:18:09les trois villes importantes
00:18:11qui sont le dernier verrou
00:18:12sur le Donbass.
00:18:14Après ces villes,
00:18:15il n'y a plus rien.
00:18:16Bon.
00:18:17D'ores et déjà,
00:18:19des unités de reconnaissance.
00:18:21Alors, quand on parle
00:18:22d'unité de reconnaissance,
00:18:23il s'agit de petits groupes
00:18:25de trois, de cinq hommes,
00:18:26mais il y en a plusieurs
00:18:28qui commencent à pénétrer
00:18:30jusque dans Kramatorsk même
00:18:31et dans Slovyansk même.
00:18:34Donc, on est sur le point
00:18:36d'assister en réalité
00:18:40au démarrage effectif
00:18:42des batailles
00:18:44pour ces villes.
00:18:45Et là, on voit bien
00:18:47que la capacité
00:18:49de l'armée ukrainienne
00:18:50à tenir ces villes
00:18:51est aujourd'hui réduite.
00:18:54Alors, évidemment,
00:18:55la prise de ces villes,
00:18:56ça va prendre
00:18:58un mois et demi,
00:19:00deux mois.
00:19:01ça ne va pas être
00:19:02très beau à voir,
00:19:03c'est-à-dire que ces villes
00:19:04vont être pratiquement rasées,
00:19:06puisqu'on sait très bien
00:19:07que quand ils avancent,
00:19:09les Russes commencent
00:19:10par détruire
00:19:10les barres d'immeubles
00:19:11où peuvent se réfugier
00:19:14les opérateurs
00:19:15de drones ukrainiens.
00:19:16Bon, on tient
00:19:17les métiers ukrainiens,
00:19:18c'est leur tactique,
00:19:19mais là, si vous voulez,
00:19:21à la fin de cette année,
00:19:24il est probable
00:19:25qu'au moins
00:19:27deux de ces villes
00:19:28seront prises.
00:19:30Je pense que ça sera
00:19:31Sloviansk et Dobropila
00:19:33d'abord,
00:19:35et peut-être Kramatorsk
00:19:37ou peut-être que Kramatorsk
00:19:38tombera au début
00:19:40de l'année prochaine.
00:19:42Et il faut le dire,
00:19:43en réalité,
00:19:44la chose est déjà écrite.
00:19:46Donc, ça veut dire
00:19:47que les pertes
00:19:48que vont subir
00:19:49les forces armées ukrainiennes
00:19:51sont des pertes
00:19:52absolument inutiles
00:19:54dans la mesure
00:19:55où, aujourd'hui,
00:19:57il n'y a plus,
00:19:58pour l'armée ukrainienne,
00:19:59les moyens
00:19:59d'inverser
00:20:00cette tendance.
00:20:02Alors, l'armée ukrainienne
00:20:02peut faire
00:20:03des contre-offensives
00:20:05sur d'autres points du front
00:20:07qui ne sont pas
00:20:07des points du front
00:20:09importants
00:20:10ou nécessaires
00:20:11aux Russes.
00:20:12Les Russes
00:20:12les laissent faire
00:20:13ou, plus précisément,
00:20:15ils passent
00:20:16sur la défensive
00:20:17et ils détruisent
00:20:19les éléments
00:20:22des forces armées ukrainiennes
00:20:23qui font ces contre-offensives.
00:20:24Il y en a une
00:20:25autour de Liman.
00:20:27Oui, effectivement,
00:20:28les Ukrainiens
00:20:29ont avancé
00:20:30de quelques kilomètres.
00:20:32Bien.
00:20:33Avec quelle perte ?
00:20:34Ça, on n'en sait rien.
00:20:35Et on voit très bien
00:20:37que les Russes,
00:20:38comme ce n'est pas
00:20:38un des points essentiels
00:20:40pour eux,
00:20:42ne mettent pas
00:20:44beaucoup d'énergie
00:20:45à défendre.
00:20:46Ils ne mettent pas
00:20:47tout sur la table
00:20:49pour bloquer
00:20:50cette contre-offensive.
00:20:51Ils la laissent
00:20:51s'épuiser.
00:20:52Mais pendant
00:20:53que les forces
00:20:55ukrainiennes,
00:20:56je dirais,
00:20:57d'une certaine manière,
00:20:57gaspillent leurs troupes
00:20:58dans cette contre-offensive,
00:20:59ils sont aujourd'hui
00:21:01confrontés
00:21:02à un manque
00:21:03de troupes
00:21:03criant
00:21:04sur la question
00:21:05des trois villes.
00:21:06Par exemple,
00:21:08hier,
00:21:08des groupes
00:21:10de reconnaissance
00:21:11et de renseignement
00:21:13de l'armée russe
00:21:14ont pénétré
00:21:15de 10 kilomètres
00:21:16jusqu'à Sloviansk
00:21:18et dans l'intérieur
00:21:18de Sloviansk
00:21:19où ils ont commencé
00:21:20à tuer les équipes
00:21:21d'opérateurs
00:21:22de drones
00:21:22de l'Ukraine.
00:21:24Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:21:26Ça veut dire,
00:21:26un,
00:21:27que ces équipes
00:21:28d'opérateurs
00:21:29de drones
00:21:29ne sont pas
00:21:31sécurisées
00:21:32par des forces
00:21:33armées
00:21:34ukrainiennes,
00:21:35probablement parce que
00:21:36les Ukrainiens
00:21:37n'ont plus les hommes
00:21:38pour le faire
00:21:38et puis surtout
00:21:39que vous pouvez
00:21:40rentrer de 10 kilomètres
00:21:43dans l'intérieur
00:21:44du dispositif
00:21:45ukrainien
00:21:46sans gros problème.
00:21:48Et ça aussi,
00:21:49ça nous dit une chose,
00:21:50il n'y a pas assez
00:21:51d'hommes
00:21:51pour tenir le front
00:21:53en réalité.
00:21:54Donc ça,
00:21:55ce sont des indications,
00:21:57alors bien sûr,
00:21:58ce sont des indications
00:21:58au niveau,
00:22:00je dirais,
00:22:01micro-tactique,
00:22:02mais ce sont des indications
00:22:03de plus en plus claires
00:22:03que l'armée ukrainienne
00:22:05en manque d'hommes
00:22:06et avec des effectifs
00:22:09qui sont aujourd'hui
00:22:10épuisés,
00:22:10il y a quand même
00:22:11des soldats
00:22:12qui se battent
00:22:13depuis 3 ans
00:22:13ou 4 ans
00:22:15dans l'armée ukrainienne
00:22:17n'est plus en mesure
00:22:19aujourd'hui
00:22:20de tenir
00:22:21de manière
00:22:23je dirais absolument
00:22:24complète
00:22:25un front
00:22:26et qu'elle est obligée
00:22:27de laisser
00:22:29des unités russes
00:22:30pénétrer
00:22:31jusqu'à 10 kilomètres
00:22:33à l'intérieur
00:22:33du front.
00:22:34– Les objectifs militaires
00:22:35de Vladimir Poutine,
00:22:36on les connaît,
00:22:37c'est-à-dire
00:22:38terminer de mettre
00:22:39la main sur
00:22:40ces 4 blasts
00:22:41à l'est
00:22:42de l'Ukraine,
00:22:44quels moyens
00:22:44peut-il encore
00:22:45mobiliser
00:22:46pour les atteindre
00:22:47et quelles seraient
00:22:48les conséquences,
00:22:50les risques
00:22:51pour son économie ?
00:22:52– Alors,
00:22:54en réalité,
00:22:55l'armée russe
00:22:56recrute
00:22:57tous les mois
00:22:57environ 30 000 volontaires.
00:23:00Alors,
00:23:00on peut varier,
00:23:01il y a des mois
00:23:02où on est un petit peu
00:23:03en dessous de 30 000,
00:23:04il y a des mois
00:23:05où on est largement
00:23:06au-dessus de 30 000,
00:23:08mais grosso modo,
00:23:09c'est-à-dire
00:23:09qu'ils récupèrent
00:23:13360 000
00:23:14à 400 000 hommes
00:23:15par an,
00:23:16ce qui leur permet
00:23:17d'ailleurs
00:23:18de libérer
00:23:20d'autres volontaires,
00:23:21c'est-à-dire…
00:23:22– Oui,
00:23:22ça tourne.
00:23:23– Ça permet de tourner
00:23:24et ça leur permet
00:23:25de constituer
00:23:26une masse d'hommes
00:23:27où des relèves
00:23:28sont possibles.
00:23:30Et si vous voulez,
00:23:30c'est ça qui est
00:23:31très important aussi
00:23:32et ça joue beaucoup
00:23:33sur la capacité
00:23:34des forces armées
00:23:35ukrainiennes
00:23:36à se défendre.
00:23:37Les forces armées ukrainiennes
00:23:39aujourd'hui
00:23:39ne peuvent plus
00:23:41retirer du front
00:23:43une unité
00:23:44pour la recompléter,
00:23:47la mettre au repos
00:23:48pendant 3-4 mois
00:23:49avant de la renvoyer
00:23:51au combat.
00:23:51Ce que faisait
00:23:52l'armée française
00:23:54pendant la Première Guerre mondiale,
00:23:55si vous voulez.
00:23:56C'était ce principe
00:23:58qui a permis
00:23:58en réalité
00:23:59à la France
00:24:00de tenir.
00:24:01Bon,
00:24:02ça aujourd'hui,
00:24:03c'est impossible
00:24:03pour l'armée ukrainienne
00:24:04parce qu'il n'y a pas
00:24:05assez d'hommes.
00:24:05Parce que le réservoir...
00:24:07Mais au-delà des hommes,
00:24:07Jacques Sapir,
00:24:08moi je voudrais
00:24:08que vous me disiez
00:24:09est-ce que l'industrie russe
00:24:13suit le projet militaire,
00:24:15la fin du projet militaire
00:24:16de Vladimir Poutine ?
00:24:17Est-ce qu'il y a un risque
00:24:18pour l'économie russe
00:24:20d'aller jusqu'au bout
00:24:21du projet,
00:24:22à savoir mettre la main
00:24:23effectivement
00:24:23sur les 4 blasts de l'Est ?
00:24:25Non.
00:24:26Non,
00:24:26il n'y a aucun problème.
00:24:28L'armée,
00:24:29enfin,
00:24:29l'industrie russe
00:24:30produit largement
00:24:32assez de matériel
00:24:34et par ailleurs,
00:24:37l'industrie militaire,
00:24:39bien sûr qu'elle s'est développée,
00:24:41elle a dû doubler
00:24:42ou tripler de taille
00:24:43depuis 2022,
00:24:46mais elle reste encore
00:24:48relativement limitée.
00:24:50C'est-à-dire qu'on n'en est pas
00:24:51au point en Russie
00:24:54où l'on arrêterait
00:24:55des productions civiles
00:24:56pour convertir
00:24:57ces usines civiles
00:24:59à des productions militaires.
00:25:00Au contraire.
00:25:01Il y a toute une production civile
00:25:03qui se développe
00:25:04et qui continue
00:25:06de se développer.
00:25:07Vous me disiez déjà
00:25:07dans un précédent numéro
00:25:08de Politique et Éco
00:25:09que la Russie
00:25:10n'est absolument pas
00:25:11en économie de guerre.
00:25:12Ah non, tout à fait.
00:25:12L'économie de guerre,
00:25:14c'est, je crois,
00:25:1415% du PIB
00:25:16qui est destiné
00:25:17au front,
00:25:17à la production militaire.
00:25:19Oui, tout à fait.
00:25:20Et il y a...
00:25:21On en est même pas...
00:25:22On en est à la moitié,
00:25:23je crois.
00:25:24Oui,
00:25:24on doit être autour
00:25:25de 6 à 7%
00:25:28de dépenses du PIB
00:25:30pour alimenter globalement
00:25:31l'effort de guerre.
00:25:32Bon, mais, si vous voulez,
00:25:33il y a un autre indicateur
00:25:35qui est extrêmement important.
00:25:36C'est justement
00:25:37cette conversion
00:25:38des entreprises civiles
00:25:40à des fins militaires.
00:25:42Bon, c'est ça qui,
00:25:43en réalité,
00:25:44marque l'entrée
00:25:45dans l'économie de guerre.
00:25:47Et là, on n'est pas
00:25:48du tout dans ce...
00:25:49Dans Renault, par exemple,
00:25:50pendant la Première Guerre mondiale,
00:25:51il s'était mis
00:25:51à fabriquer des chars.
00:25:52Ou des obus.
00:25:53Ou des obus.
00:25:54Vous savez, Albert Thomas,
00:25:57grand syndicaliste
00:25:58devant l'éternel
00:25:59et qui était devenu
00:26:01ministre de la production militaire,
00:26:04haranguait les ouvrières.
00:26:05Les ouvrières.
00:26:06Parce qu'il y a...
00:26:07Oui, les hommes étaient au front.
00:26:08Les hommes étaient au front.
00:26:09Bien.
00:26:10Et qu'on l'appelait
00:26:12le pacifiste
00:26:13premier tourneur en chef
00:26:14des obus.
00:26:16Bon.
00:26:16Ça, c'est effectivement
00:26:18une économie
00:26:18qui s'est convertie
00:26:20et qui est rentrée
00:26:21en économie de guerre.
00:26:22Vous écrivez
00:26:23dans votre dernière note
00:26:25sur l'état
00:26:27de l'économie russe
00:26:28au deuxième trimestre
00:26:29que la Russie
00:26:30ne présente pas
00:26:31aujourd'hui
00:26:31de risques
00:26:32de crise économique
00:26:34déstabilisante.
00:26:35Alors, c'est quoi
00:26:36aujourd'hui
00:26:36les indicateurs
00:26:37pour juger
00:26:38de la solidité
00:26:39de la croissance russe ?
00:26:42Alors,
00:26:43premier indicateur,
00:26:44le fait que la croissance
00:26:46de l'industrie
00:26:46se maintient.
00:26:48Alors,
00:26:49elle va même
00:26:50un peu plus loin
00:26:51que de se maintenir
00:26:52dans toute une série
00:26:53de secteurs
00:26:54de l'industrie
00:26:55manufacturière,
00:26:56mais globalement,
00:26:57elle se maintient.
00:26:59Deuxième point,
00:27:00les rentrées fiscales.
00:27:02Les rentrées fiscales,
00:27:04oui, bien sûr,
00:27:05le budget russe
00:27:06aura un déficit
00:27:07non négligeable.
00:27:09Alors,
00:27:10le déficit,
00:27:11il est estimé
00:27:13par le gouvernement
00:27:14à 3,5%.
00:27:15Loin des 5%
00:27:17qu'on nous annonce
00:27:17cette année,
00:27:195,1%,
00:27:19je crois.
00:27:22Des économistes
00:27:23avec qui
00:27:24je travaille
00:27:25me disent
00:27:26en réalité
00:27:27on sera
00:27:27probablement
00:27:28autour de 4,
00:27:304,2%.
00:27:31Mais on est toujours
00:27:32très en dessous.
00:27:341% de manque
00:27:34en France
00:27:35pour l'année 2026.
00:27:36C'est clair.
00:27:38Au niveau
00:27:39des échanges extérieurs,
00:27:42la balance
00:27:43commerciale
00:27:45est toujours
00:27:46largement positive.
00:27:47Les exportations
00:27:48de biens russes,
00:27:48vous le dites,
00:27:49ont atteint
00:27:50près de 126 milliards
00:27:51de dollars
00:27:51au deuxième trimestre.
00:27:52Tout à fait.
00:27:53Alors,
00:27:53en sachant
00:27:54que dans ce chiffre,
00:27:56il y a l'impact
00:27:58de la guerre
00:27:59dans le détroit d'Hormuz
00:28:00entre les Etats-Unis,
00:28:01Israël et Iran,
00:28:02bon,
00:28:03ça a évidemment
00:28:04ça a dopé
00:28:06largement
00:28:08les exportations,
00:28:09alors pas simplement
00:28:10les exportations
00:28:11de pétrole ou de gaz,
00:28:12mais aussi les exportations
00:28:13de produits chimiques,
00:28:14d'engrais,
00:28:15bon, etc.
00:28:15bon,
00:28:18la Russie
00:28:19peut tout à fait
00:28:21maintenir
00:28:22ce type
00:28:23de régime économique
00:28:24pendant encore
00:28:265,
00:28:276,
00:28:277 ans,
00:28:28c'est clair.
00:28:30Bien sûr
00:28:31qu'il vaudrait mieux
00:28:32que la guerre
00:28:34se termine,
00:28:35qu'il vaudrait mieux
00:28:36qu'une partie
00:28:36des sanctions
00:28:38soient abolies,
00:28:40pour que l'économie russe
00:28:42arrive à réaliser
00:28:44sa croissance potentielle,
00:28:47qui est probablement
00:28:48de l'ordre
00:28:48de 3,5 à 4%,
00:28:50bien sûr
00:28:51qu'il vaudrait mieux
00:28:53que la politique
00:28:54de la Banque Centrale
00:28:55de Russie
00:28:55change,
00:28:56que les taux baissent,
00:28:58bon,
00:28:59mais globalement,
00:29:00en l'État,
00:29:02la Russie
00:29:03est parfaitement capable
00:29:04de continuer
00:29:04à long terme
00:29:05ce régime économique.
00:29:07Et vous dites aussi
00:29:08que le rouble
00:29:08s'est fortement apprécié
00:29:09en termes réels.
00:29:10Oui,
00:29:11il s'est fortement...
00:29:11Est-ce que c'est un problème,
00:29:12un handicap à l'avenir
00:29:13pour l'économie russe ?
00:29:14Oui, bien sûr.
00:29:15Bien sûr,
00:29:15il s'est...
00:29:16Alors,
00:29:18dans cette note
00:29:18que j'ai publiée
00:29:19au début du mois d'août,
00:29:22le rouble
00:29:23était pratiquement
00:29:25à 30%,
00:29:26voire 35%
00:29:27au-dessus
00:29:28de son niveau
00:29:29de 2022.
00:29:32Le niveau
00:29:32de février,
00:29:33enfin,
00:29:34de janvier-février
00:29:352022.
00:29:36Bon,
00:29:36ce qui pose évidemment
00:29:37un problème
00:29:38énorme
00:29:38à l'économie
00:29:40de la Russie
00:29:40parce que,
00:29:41évidemment,
00:29:42les produits
00:29:43d'importation,
00:29:45en particulier
00:29:46en provenance
00:29:46de la Chine,
00:29:47sont beaucoup
00:29:48moins chers.
00:29:49Depuis le début
00:29:51du mois d'août,
00:29:53le rouble
00:29:54a baissé.
00:29:54Il a baissé
00:29:55pour une raison
00:29:56assez classique.
00:29:58Voilà,
00:29:58le mois d'août,
00:29:58c'est le mois
00:29:59où les Russes
00:30:00prennent leurs vacances.
00:30:02Un certain nombre
00:30:03d'entre eux,
00:30:04entre 3,5 millions
00:30:06et 5 millions
00:30:08partent à l'étranger.
00:30:09Si vous partez
00:30:10à l'étranger,
00:30:11il vous faut
00:30:12des devises étrangères
00:30:13parce que le rouble
00:30:14est très rarement reconnu.
00:30:15Il est reconnu
00:30:16dans quelques pays,
00:30:17mais dans la majorité
00:30:18des pays,
00:30:18il n'est pas reconnu.
00:30:20Et donc,
00:30:21ils achètent
00:30:22massivement
00:30:22de la devise étrangère.
00:30:24Ça fait baisser
00:30:25le taux de change
00:30:28dans le mois d'août
00:30:29d'environ 10 à 12 %.
00:30:32Et malgré ça,
00:30:33je parle bien
00:30:34du taux nominal.
00:30:36En termes de taux réel,
00:30:37on est passé
00:30:37de 35 %
00:30:41à 23 %
00:30:42actuellement.
00:30:44Je pense
00:30:45qu'au mois de septembre
00:30:46et au mois d'octobre,
00:30:47le rouble normalement
00:30:48va reprendre
00:30:50de la vigueur.
00:30:51Mais ça reste aussi
00:30:52très, très, très élevé.
00:30:53D'autant plus
00:30:54que l'industrie russe,
00:30:57parce qu'il y a
00:30:57des accords
00:30:58avec la Chine,
00:31:00des accords
00:31:00de libre-échange
00:31:01avec la Chine
00:31:02puis avec d'autres pays,
00:31:03en particulier l'Inde,
00:31:05elle est face
00:31:06à une concurrence
00:31:07importante
00:31:08de la part de la Chine.
00:31:10Donc, oui,
00:31:11aujourd'hui,
00:31:12c'est un problème.
00:31:13On assiste
00:31:14à ces sanctions
00:31:17commerciales
00:31:18de l'Occident
00:31:19contre la Russie.
00:31:20Ça avait commencé
00:31:20depuis l'annexion
00:31:21de la Crimée.
00:31:22Ça s'est accéléré
00:31:24avec l'invasion
00:31:25de la Russie
00:31:26en Ukraine
00:31:27à partir de 2022.
00:31:28Quelles sont
00:31:29les conséquences
00:31:30de cette réorganisation
00:31:32du commerce mondial
00:31:33pour l'Union européenne ?
00:31:34Alors,
00:31:35pour l'Union européenne,
00:31:36c'est une conséquence
00:31:37assez dramatique
00:31:37parce que,
00:31:39d'abord,
00:31:40l'Union européenne
00:31:42achète moins
00:31:43d'hydrocarbures
00:31:44à la Russie.
00:31:45Elle l'achète toujours.
00:31:48Globalement,
00:31:49elle se fournit
00:31:50à 25%
00:31:52auprès de la Russie
00:31:52en GNL.
00:31:55Ce qui est quand même
00:31:55pas négligeable.
00:31:57Alors qu'officiellement,
00:31:58on est censé
00:31:58ne plus s'approvisionner,
00:31:59n'est-ce pas ?
00:32:00Oui, tout à fait.
00:32:00On continue à ça.
00:32:01Une espèce d'hypocrisie
00:32:02de l'Union européenne.
00:32:03Tout à fait.
00:32:05Il y a aussi
00:32:06des achats de pétrole
00:32:07alors qu'ils ne viennent pas,
00:32:08je dirais,
00:32:09directement de Russie
00:32:10qui ont fait
00:32:11un petit séjour
00:32:14en Inde
00:32:16et que l'Inde nous vend.
00:32:17C'est intéressant.
00:32:19L'Inde n'a pas
00:32:20beaucoup de puits
00:32:21de pétrole
00:32:22d'après ce que l'on sait
00:32:23en géologie.
00:32:25Bien,
00:32:25OK.
00:32:26Mais globalement,
00:32:28c'est vrai
00:32:28que nous avons
00:32:29substitué
00:32:30des hydrocarbures
00:32:32à coûts relativement faibles
00:32:35venant de Russie
00:32:36par des hydrocarbures
00:32:38à coûts très élevés,
00:32:40en particulier
00:32:41le gaz de schiste américain.
00:32:42Le gaz de schiste américain
00:32:44rendu en Europe
00:32:47est pratiquement
00:32:48deux fois et demi
00:32:49plus cher
00:32:50que ce qu'était
00:32:51le gaz russe
00:32:52rendu en Europe
00:32:54via les gazoducs.
00:32:56J'ai dit bien ?
00:32:56Via les gazoducs.
00:32:58Bon.
00:32:59La différence est évidemment
00:33:00moins importante
00:33:01quand on regarde maintenant
00:33:02le GNL
00:33:03parce que vous avez
00:33:04le coût
00:33:04de transformation
00:33:06du gaz
00:33:06en GNL
00:33:08puis le coût
00:33:09de liquéfaction
00:33:10de ce gaz
00:33:11à l'arrivée.
00:33:12Mais malgré tout,
00:33:14on peut penser
00:33:14que le gaz américain,
00:33:17le gaz de schiste américain
00:33:20livré
00:33:20que ce soit
00:33:22à Rotterdam,
00:33:24au Havre,
00:33:25bon, etc.,
00:33:26dans un grand port
00:33:27de l'Union européenne,
00:33:29doit être
00:33:32approximativement
00:33:32entre 35 et 50%
00:33:34plus cher
00:33:35que du gaz russe.
00:33:37Oui,
00:33:38il y a un vrai problème.
00:33:40Et d'ailleurs,
00:33:40il suffit de regarder
00:33:43les chiffres
00:33:43de l'Allemagne.
00:33:44Pourquoi est-ce qu'on connaît
00:33:46aujourd'hui
00:33:47une espèce
00:33:48d'effondrement
00:33:51relativement lent,
00:33:51mais qui est un effondrement
00:33:52quand même
00:33:53qui est assez visible
00:33:54de l'industrie allemande ?
00:33:56Tout simplement parce que
00:33:57l'industrie,
00:33:59classiquement,
00:33:59ça consomme de l'énergie
00:34:01et qu'aujourd'hui,
00:34:02les coûts de l'énergie
00:34:03sont tels
00:34:03que soit
00:34:05les entreprises
00:34:06font faillite
00:34:08parce que
00:34:08ça monte
00:34:09leur coût de production
00:34:10de manière élevée,
00:34:12soit ces entreprises,
00:34:13elles ne font pas faillite,
00:34:15mais elles se délocalisent
00:34:16et elles se délocalisent
00:34:17essentiellement
00:34:17aux États-Unis.
00:34:19Aujourd'hui,
00:34:20on estime
00:34:22qu'il y a
00:34:22de manière régulière
00:34:25entre
00:34:29grosso modo
00:34:3015 000
00:34:31à 20 000
00:34:33ouvriers
00:34:34qui disparaissent,
00:34:35dont les emplois
00:34:36disparaissent
00:34:37en Allemagne
00:34:39depuis le début
00:34:41de cette année.
00:34:42Et ça,
00:34:43on voit bien
00:34:43que c'est,
00:34:44je dirais,
00:34:45la combinaison
00:34:46du choc
00:34:47du détroit d'Hormuz,
00:34:48de la guerre
00:34:51dans le détroit d'Hormuz
00:34:52et de la question
00:34:54des sanctions.
00:34:56C'est évidemment
00:34:57une question
00:34:58qui est extrêmement
00:35:00importante
00:35:00pour l'Union européenne.
00:35:02On voit que
00:35:03la Chine
00:35:04et l'Inde
00:35:04et même plus largement
00:35:05l'Asie
00:35:06ont pris une place
00:35:08considérable
00:35:08dans le commerce russe.
00:35:10Est-ce qu'on peut parler
00:35:10aujourd'hui
00:35:11de dépendance
00:35:12de Moscou
00:35:13vis-à-vis de l'Asie ?
00:35:14Oui,
00:35:15il y a une dépendance
00:35:15vis-à-vis de l'Asie,
00:35:16c'est très clair.
00:35:18Maintenant,
00:35:18est-ce que c'est réellement
00:35:19une dépendance ?
00:35:19On ne doit parler
00:35:21de dépendance
00:35:21que quand on fait référence
00:35:23à un seul pays.
00:35:25La Russie,
00:35:27aujourd'hui,
00:35:27peut jouer
00:35:30la Chine
00:35:31contre l'Inde,
00:35:31l'Inde
00:35:32contre
00:35:34la Chine.
00:35:36Elle bénéficie
00:35:37de relations
00:35:38économiques
00:35:39relativement développées
00:35:41avec
00:35:41d'autres pays asiatiques
00:35:43dont on parle
00:35:43beaucoup moins,
00:35:44l'Indonésie,
00:35:45la Malaisie,
00:35:46surtout,
00:35:46gros producteurs
00:35:48de microprocesseurs
00:35:49devant l'éternel.
00:35:50Bon,
00:35:51etc.
00:35:51Donc,
00:35:52effectivement,
00:35:52c'est intéressant
00:35:53parce qu'on voit
00:35:54que,
00:35:57globalement,
00:35:58le commerce
00:35:59de la Russie
00:36:00avec
00:36:02l'Asie,
00:36:03au sens large,
00:36:04ça doit représenter
00:36:06à peu près
00:36:0660 à 65 %
00:36:08de son commerce extérieur.
00:36:10Ce qui n'était pas
00:36:12la situation
00:36:12en 2022.
00:36:13Alors,
00:36:14la Russie faisait
00:36:15du commerce
00:36:15avec l'Asie.
00:36:17Elle en faisait
00:36:18à peu près
00:36:1940 %.
00:36:21Donc,
00:36:21ça veut dire
00:36:22qu'elle a
00:36:22augmenté
00:36:23de 50 %,
00:36:25de 40 à 65 %,
00:36:27un peu plus
00:36:28de 50 %,
00:36:2960 %.
00:36:31Son commerce
00:36:32avec l'Asie,
00:36:33oui,
00:36:33c'est un fait
00:36:35tout à fait réel.
00:36:36C'est un fait
00:36:37tout à fait réel.
00:36:38Alors,
00:36:38dans un certain
00:36:39nombre de cas,
00:36:40la Russie
00:36:41en profite,
00:36:42dans d'autres cas,
00:36:44ces produits
00:36:45qui viennent d'Asie
00:36:46sont parfois
00:36:48plus chers
00:36:48parce qu'ils sont
00:36:49plus rares.
00:36:49Bon,
00:36:50mais l'un dans l'autre,
00:36:51évidemment,
00:36:52la Russie s'y retrouve.
00:36:54Est-ce que
00:36:54cette nouvelle organisation,
00:36:56cette dépendance,
00:36:57on peut dire,
00:36:58entre guillemets,
00:36:59de la Russie
00:37:00à l'égard
00:37:00de l'Asie
00:37:02est soutenable
00:37:03à long terme
00:37:03sans l'accès
00:37:05au capitaux,
00:37:05aux technologies,
00:37:07aux marchés occidentaux ?
00:37:09Alors,
00:37:09l'accès au capitaux,
00:37:11en réalité,
00:37:13depuis 4-5 ans,
00:37:15les capitaux
00:37:17asiatiques,
00:37:19voire asiatiques
00:37:20et moyennes orientaux,
00:37:22ont largement
00:37:23remplacé
00:37:24les capitaux
00:37:25occidentaux.
00:37:27Et ça,
00:37:28on le voit
00:37:28de manière
00:37:29très nette.
00:37:30D'ailleurs,
00:37:31le marché
00:37:32obligataire
00:37:32est en train
00:37:33de se développer
00:37:35très rapidement
00:37:35en Russie.
00:37:36C'est une conséquence
00:37:37de la hausse
00:37:38des taux d'intérêt.
00:37:39Donc,
00:37:40comme emprunter
00:37:41auprès des banques
00:37:41revient trop cher,
00:37:43les entreprises
00:37:46préfèrent
00:37:46émettre
00:37:47des obligations.
00:37:48Et là,
00:37:49vous voyez
00:37:50que ces obligations,
00:37:51à peu près la moitié
00:37:52d'entre elles,
00:37:53sont en train
00:37:53d'être achetées
00:37:54par ou des entreprises
00:37:56chinoises ou des banques
00:37:58chinoises ou des sociétés
00:38:00financières équivalentes
00:38:01de fonds d'investissement
00:38:03chinois,
00:38:04mais pas seulement.
00:38:06Et là,
00:38:07on a tendance
00:38:08à oublier ça,
00:38:09mais ça existe
00:38:09depuis,
00:38:10grosso modo,
00:38:122010-2012.
00:38:13Il y a des relations
00:38:14extrêmement bonnes
00:38:17entre la Russie
00:38:18et les pays du Golfe,
00:38:21les Émirats Arabes Unis,
00:38:22où d'ailleurs,
00:38:24les Russes
00:38:25ont développé
00:38:26des sociétés
00:38:28financières
00:38:29de droit
00:38:31émirati,
00:38:32mais qui servent
00:38:33essentiellement
00:38:35la Russie.
00:38:36Mais pas que.
00:38:37Même avec
00:38:38l'Arabie Saoudite,
00:38:39les relations
00:38:39financières
00:38:40se développent.
00:38:41Donc non,
00:38:42c'est une situation
00:38:42qui peut
00:38:43parfaitement
00:38:45durer,
00:38:45là encore longtemps,
00:38:47et globalement,
00:38:47qu'est-ce que ça veut dire ?
00:38:48Ça veut dire que
00:38:50la Russie,
00:38:51en termes de relations
00:38:52internationales,
00:38:53ce qu'elle vend,
00:38:54mais aussi ce qu'elle achète,
00:38:56est en train,
00:38:57enfin,
00:38:57à réaliser globalement
00:38:59un grand basculement
00:39:01de l'Europe
00:39:03vers l'Asie.
00:39:04Mais il faut savoir
00:39:05que ce basculement,
00:39:06il était prévu
00:39:07depuis les années 2010.
00:39:09En fait,
00:39:09il n'a pas
00:39:11commencé
00:39:12avec
00:39:14les sanctions,
00:39:14il n'a pas commencé
00:39:16avec le refroidissement
00:39:18brutal
00:39:18des relations
00:39:19avec l'Union européenne.
00:39:21Les Russes
00:39:22avaient
00:39:22déjà analysé
00:39:24le fait
00:39:24que
00:39:26l'Union européenne,
00:39:27en tant que marché
00:39:29pour leurs hydrocarbures,
00:39:32serait un marché
00:39:33stagnant,
00:39:34voire régressant,
00:39:35mais que par contre,
00:39:36le marché
00:39:36qui se développerait
00:39:37de manière extrêmement
00:39:38importante,
00:39:39c'était le marché
00:39:40asiatique.
00:39:40C'est dit
00:39:41en toutes lettres,
00:39:42bon après,
00:39:43si mes collègues
00:39:44ne veulent pas lire
00:39:45les textes officiels
00:39:46du gouvernement russe,
00:39:47c'est leur problème,
00:39:47mais c'était dit
00:39:48en toutes lettres
00:39:49dans ce qu'on appelle
00:39:50la stratégie énergétique
00:39:52du gouvernement
00:39:53de la Russie
00:39:54pour 2030,
00:39:55document qui a été
00:39:57voté au Parlement russe
00:39:59en 2010,
00:40:00mais qui circulait
00:40:02en réalité
00:40:03depuis 2008.
00:40:04Et que nous avons
00:40:05avec mes collègues
00:40:07et mes étudiants
00:40:08au sein de mon centre
00:40:10de recherche
00:40:10largement analysé.
00:40:12Alors,
00:40:13tout simplement,
00:40:14la guerre,
00:40:15les sanctions
00:40:16ont accéléré
00:40:17ce phénomène,
00:40:18mais ils ne l'ont pas créé,
00:40:19si vous voulez.
00:40:20Et tout le monde
00:40:22s'attendait
00:40:22à ce que,
00:40:23à l'horizon 2030,
00:40:252035,
00:40:27la Russie
00:40:28ait basculé
00:40:29de l'Union européenne
00:40:31vers l'Asie.
00:40:32Asie,
00:40:33ça veut dire
00:40:33Chine,
00:40:34Inde,
00:40:34Corée aussi.
00:40:35La Corée
00:40:36maintient un commerce
00:40:37important
00:40:38avec la Russie.
00:40:40Bon,
00:40:41la guerre
00:40:41a accéléré
00:40:42ce mouvement.
00:40:44Je le répète,
00:40:45elle ne l'a pas créé.
00:40:46Vous évoquiez aussi,
00:40:48Jacques Sapir,
00:40:48à l'instant,
00:40:49le coût actuel
00:40:50de cette rupture
00:40:52entre l'Europe
00:40:53et la Russie.
00:40:55Quel sera
00:40:55à long terme
00:40:56le coût
00:40:57de cette rupture ?
00:41:00Ça peut être
00:41:01aussi un bénéfice.
00:41:02Est-ce qu'on ne peut pas
00:41:03aussi imaginer
00:41:04un retour
00:41:04à la normale
00:41:05après,
00:41:06s'il y a une fin
00:41:07à cette guerre ?
00:41:08Est-ce que
00:41:09les Russes
00:41:10voudront un jour
00:41:11re-signer
00:41:12des contrats
00:41:13avec l'Europe ?
00:41:14Je pense
00:41:16qu'ils ne le feront
00:41:17qu'à la marche,
00:41:18si vous voulez,
00:41:19pour deux raisons.
00:41:20Le divorce est acté.
00:41:22Alors,
00:41:22oui,
00:41:22mais ce n'est pas
00:41:23en termes de divorce
00:41:24que la question se pose.
00:41:26Tout d'abord,
00:41:28les relations
00:41:29avec l'Inde
00:41:30et avec la Chine
00:41:32se sont
00:41:34largement développées.
00:41:35Aujourd'hui,
00:41:35il y a une espèce
00:41:36de concurrence
00:41:37entre la Chine
00:41:37et l'Inde
00:41:38pour savoir
00:41:38qui achètera
00:41:39le plus
00:41:39de pétrole russe,
00:41:40ce qui va d'ailleurs
00:41:41obliger le gouvernement russe
00:41:43à faire un arbitrage
00:41:44politique.
00:41:45Ils sont débordés.
00:41:46Oui,
00:41:47et ça nous dit
00:41:48une autre chose.
00:41:49Les capacités
00:41:50de vente
00:41:52sur le marché
00:41:53international
00:41:53de pétrole,
00:41:55de gaz,
00:41:56de GNL,
00:41:57mais aussi
00:41:58de produits
00:41:59pétroliers
00:42:00et de produits
00:42:01chimiques
00:42:02ne sont pas
00:42:03indéfiniment
00:42:03extensibles
00:42:05pour la Russie.
00:42:07Donc,
00:42:07ce que je pense,
00:42:09c'est que
00:42:10l'Union européenne,
00:42:12les pays de l'Union européenne,
00:42:15Allemagne,
00:42:15les autres pays,
00:42:17arrivant
00:42:18derrière l'Inde
00:42:19et derrière la Chine,
00:42:21de toutes les manières,
00:42:22ne pourront prendre
00:42:23que ce qui reste.
00:42:25et ce reste
00:42:28sera
00:42:28de plus en plus
00:42:30réduit.
00:42:31Donc,
00:42:31on voit bien,
00:42:32ce n'est pas une question,
00:42:33je dirais,
00:42:34de divorce idéologique,
00:42:36même s'il y a
00:42:37beaucoup de gens
00:42:37qui parlent
00:42:38d'un divorce idéologique.
00:42:39Mais je dirais,
00:42:40c'est autre chose.
00:42:43Quand vous parlez
00:42:43à des gens,
00:42:45par exemple,
00:42:46des gens qui travaillent
00:42:47pour Rosneft,
00:42:48pour Gazprom,
00:42:49pour Novatec,
00:42:51et qui,
00:42:52eux,
00:42:52ont le nez
00:42:54dans les contrats,
00:42:55dans le prix
00:42:56des contrats,
00:42:56etc.,
00:42:57qu'est-ce qu'ils vous disent ?
00:42:58Ils vous disent,
00:42:59un,
00:42:59la demande
00:43:01asiatique,
00:43:03chinoise,
00:43:04indienne,
00:43:05coréenne,
00:43:06vietnamienne,
00:43:06etc.,
00:43:07est actuellement
00:43:09beaucoup plus importante
00:43:10qu'elle ne l'était
00:43:11il y a cinq ans.
00:43:13Elle est en train
00:43:14de saturer
00:43:15nos capacités
00:43:16d'exportation.
00:43:18Donc,
00:43:19si,
00:43:20les pays européens
00:43:21veulent renouer
00:43:23un jour,
00:43:24admettons que
00:43:25la guerre se termine
00:43:27d'ici la fin de l'année,
00:43:28mais si,
00:43:29à ce moment-là,
00:43:30les pays européens
00:43:32veulent renouer
00:43:32avec la Russie
00:43:34sur la question
00:43:35du commerce
00:43:35des produits énergétiques,
00:43:37la réponse des Russes
00:43:38sera de leur nez.
00:43:40Écoutez...
00:43:40On est engagé ailleurs.
00:43:41Oui,
00:43:42très bien,
00:43:43mais investissez.
00:43:44Investissez chez nous.
00:43:46Parce qu'actuellement,
00:43:48nos capacités...
00:43:49Nos capacités sont saturées.
00:43:52Ça sera ma dernière question,
00:43:54une double question.
00:43:55Jacques Sapir,
00:43:56certains observateurs
00:43:58constatent la fuite
00:43:59en avant-guerrière
00:44:00des dirigeants européens,
00:44:02que ce soit Emmanuel Macron,
00:44:04le chancelier Mertz,
00:44:05Mme von der Leyen,
00:44:07en disant que
00:44:07cette fuite
00:44:09les servirait
00:44:10à masquer
00:44:11leur bilan économique
00:44:13catastrophique.
00:44:13catastrophique.
00:44:15Qu'arrivera-t-il
00:44:16si cette guerre
00:44:17s'achève
00:44:18un jour ?
00:44:19Bon,
00:44:20je pense qu'il ne faut pas
00:44:21non plus exagérer
00:44:22les choses.
00:44:23Il n'y a que deux dirigeants
00:44:25qui sont réellement
00:44:26concernés
00:44:27par un bilan économique,
00:44:29si ce n'est catastrophique,
00:44:31en tous les cas mauvais.
00:44:32Macron et Mertz.
00:44:33Bon,
00:44:34ça c'est le premier point.
00:44:35Après,
00:44:36il y a une question
00:44:36de continuité du discours.
00:44:39On ne peut pas
00:44:40avoir tenu
00:44:41depuis 2022
00:44:42le discours
00:44:44l'Ukraine va gagner
00:44:46ou
00:44:48l'Ukraine aboutira
00:44:49à un espèce de jeu nul
00:44:51face à la Russie
00:44:53et
00:44:53reconnaître aujourd'hui
00:44:55que,
00:44:55ben non,
00:44:56l'Ukraine ne gagne pas,
00:44:57l'Ukraine est en train
00:44:58de perdre,
00:45:00elle perd lentement
00:45:01mais elle perd
00:45:03sûrement
00:45:03et ça pourrait
00:45:05s'accélérer
00:45:05de manière importante
00:45:07dans les mois qui viennent.
00:45:09Si vous voulez,
00:45:10il y a un problème
00:45:10de contradiction discursive
00:45:12ou alors,
00:45:13si vous vous mettez
00:45:14à dire cela,
00:45:16évidemment,
00:45:16vos adversaires politiques
00:45:17vont dire
00:45:17« Attends,
00:45:19t'as dit le contraire
00:45:21il y a trois ans
00:45:21et il y a quatre ans. »
00:45:24Donc,
00:45:24c'est aussi quelque chose
00:45:26qui bloque
00:45:27la situation
00:45:29des grands dirigeants
00:45:30européens.
00:45:31Je remarque
00:45:32d'ailleurs
00:45:33que
00:45:33Mme Mélanie
00:45:35qui s'est
00:45:35beaucoup moins
00:45:36engagée
00:45:37dans ce fameux discours
00:45:39« Mais oui,
00:45:39l'Ukraine va gagner,
00:45:40nous allons fournir
00:45:41les moyens
00:45:42à l'Ukraine de gagner,
00:45:43etc. »
00:45:44est aujourd'hui
00:45:45assez silencieuse.
00:45:47Elle est assez silencieuse.
00:45:49Elle compte les points.
00:45:50Tout à fait.
00:45:50Et puis surtout,
00:45:51elle bloque
00:45:51chaque fois que
00:45:52Macron ou MERS
00:45:54veulent aller de l'avant.
00:45:56Macron a dit
00:45:57« Ah oui,
00:45:57c'est très bien,
00:45:58la coalition des volontaires,
00:45:59il faut qu'on fasse
00:46:00des manœuvres ensemble. »
00:46:02On a dit « Non.
00:46:03Non,
00:46:04ça,
00:46:04c'est pas prévu
00:46:05dans l'accord
00:46:06qu'on a signé,
00:46:07on le fera pas. »
00:46:08Donc,
00:46:08en réalité,
00:46:10c'est un problème
00:46:10qui ne concerne
00:46:12réellement,
00:46:13de manière importante,
00:46:15que
00:46:16Macron
00:46:17et MERS.
00:46:17Les deux plus grandes puissances
00:46:19de l'Union européenne.
00:46:19Bien sûr,
00:46:20ce sont les deux plus grandes puissances
00:46:22de l'Union européenne.
00:46:23Ce sont aussi,
00:46:24pour l'un,
00:46:26quelqu'un
00:46:26qui ne sera plus là
00:46:28à la fin du printemps prochain.
00:46:30Oui,
00:46:32bon.
00:46:32Officiellement.
00:46:33Officiellement.
00:46:34Et pour l'autre,
00:46:35MERS,
00:46:36qui est à la merci
00:46:38d'une rupture
00:46:39de sa majorité
00:46:41à tout moment.
00:46:43Avec la FD.
00:46:44Donc,
00:46:45alors pas avec la FD,
00:46:46mais il se peut très bien
00:46:47qu'il y ait
00:46:49des gens
00:46:50au sein
00:46:50de la CDU-CSU
00:46:51qui commencent à dire
00:46:52« Non,
00:46:53MERS,
00:46:54de toutes les manières,
00:46:55c'était un troisième couteau,
00:46:56il faut qu'on trouve
00:46:58quelqu'un,
00:46:58je dirais,
00:46:59un petit peu plus leste
00:47:00intellectuellement
00:47:01que lui ».
00:47:02Vous savez,
00:47:02il y a d'ores et déjà,
00:47:05depuis deux fois,
00:47:06il y a eu des réunions
00:47:08des dirigeants
00:47:09de l'industrie allemande
00:47:12avec des économistes russes.
00:47:14Alors,
00:47:15une de ces réunions
00:47:15a eu lieu
00:47:16en Suisse,
00:47:18neutralité suisse,
00:47:19et l'autre réunion,
00:47:20elle a eu lieu
00:47:21à Kaliningrad.
00:47:24et j'entends dire
00:47:26du côté des Russes
00:47:28qu'une autre réunion
00:47:29se prépare,
00:47:31probablement
00:47:31à Kaliningrad.
00:47:33J'espère bien
00:47:34pouvoir y aller
00:47:35parce que je pense
00:47:36que ça sera intéressant.
00:47:38Qu'est-ce qui s'y discute ?
00:47:39C'est la fin de la guerre ?
00:47:40Oui, bien sûr.
00:47:42Bien sûr.
00:47:42La reprise
00:47:43des affaires.
00:47:45Mais bien sûr.
00:47:45Mais bien sûr.
00:47:46Mais bien sûr.
00:47:47Bon.
00:47:47Et on voit très bien
00:47:49que si on a
00:47:50une grosse partie
00:47:51de l'industrie allemande
00:47:53qui se décide
00:47:54à passer cette guerre
00:47:55sous pertes et profits,
00:47:57mais,
00:47:58OK,
00:47:59on termine ça
00:48:00et on commence
00:48:01à penser
00:48:02aux choses sérieuses
00:48:03après,
00:48:04la position politique
00:48:06de Mers
00:48:08sera extrêmement fragilisée.
00:48:10Je ne dis pas
00:48:11que la totalité
00:48:12de la CDU-CSU
00:48:14est soumise
00:48:15aux volontés
00:48:16du grand patronat allemand.
00:48:18Ça ne marche pas
00:48:19comme ça.
00:48:20mais au sein
00:48:21des députés
00:48:22de la CDU-CSU,
00:48:23un certain nombre,
00:48:25combien ?
00:48:25Je n'en sais un,
00:48:26je ne suis pas un spécialiste
00:48:26de la politique allemande,
00:48:28mais un certain nombre,
00:48:3030%,
00:48:3140%,
00:48:34ont des intérêts
00:48:35qui sont très liés
00:48:36aux intérêts
00:48:37du grand patronat.
00:48:38Qu'est-ce qui se passe
00:48:39si lors d'un vote important,
00:48:42ces députés
00:48:43s'abstiennent,
00:48:44voire votent contre ?
00:48:46Alors, bien sûr,
00:48:47on dit oui,
00:48:47mais dans le système allemand,
00:48:49c'est plus compliqué,
00:48:50ce n'est pas une motion
00:48:51de censure
00:48:51comme à la française.
00:48:52Il faut qu'on réalise
00:48:54un chancelier.
00:48:56Le chancelier n'est dit,
00:48:58sorti par une motion
00:48:59de censure,
00:48:59que si on a élu
00:49:00son successeur.
00:49:02Bien.
00:49:03Système d'ailleurs
00:49:04qui verrouille aussi
00:49:05beaucoup la vie
00:49:06politique allemande.
00:49:08Mais,
00:49:09il est tout à fait possible
00:49:10que soudain émerge
00:49:14une personnalité,
00:49:15femme,
00:49:15homme,
00:49:18du sein
00:49:18de la CDU-CSU
00:49:20qui dit à Merck,
00:49:21tire-toi,
00:49:23tu n'as plus
00:49:24de majorité,
00:49:24moi je peux en avoir une.
00:49:26Et qui,
00:49:27à ce moment-là,
00:49:28change de ligne
00:49:29par rapport
00:49:30à Merck.
00:49:31Donc,
00:49:31on est sur,
00:49:33je dirais,
00:49:34la corde raide
00:49:36pour deux dirigeants
00:49:37importants.
00:49:38Et comme par hasard,
00:49:39ce sont les deux dirigeants
00:49:40qui ont le plus intérêt
00:49:42à maintenir
00:49:44ce discours.
00:49:45Bon,
00:49:46il faut simplement
00:49:48attendre,
00:49:48mais je pense
00:49:50qu'effectivement,
00:49:52la possibilité
00:49:53que l'on ait d'abord
00:49:53un changement en Allemagne,
00:49:55qui à mon avis
00:49:55pourrait survenir avant,
00:49:56puis un changement
00:49:58en France,
00:49:59ça de toutes les manières,
00:50:00il est inscrit
00:50:01dans la Constitution,
00:50:02on aura le changement
00:50:03en France,
00:50:04eh bien on sera
00:50:05devant une autre situation.
00:50:07Je dirais qu'au mois
00:50:08de juin
00:50:092027,
00:50:10la situation politique
00:50:12sera très différente.
00:50:14Vous n'imaginez pas
00:50:15Jacques Sapir
00:50:16avec un chef d'État français
00:50:18à l'égo démesuré,
00:50:19avec des provocations
00:50:21répétées
00:50:21à l'encontre
00:50:22de Vladimir Poutine,
00:50:23voir ce conflit
00:50:25dégénéré ?
00:50:27Pour l'instant,
00:50:28les Russes
00:50:28font preuve
00:50:29d'une très grande sagesse
00:50:32et d'un sang-froid
00:50:34absolument immense.
00:50:36Alors,
00:50:36ça ne veut pas dire
00:50:37qu'ils oublient
00:50:38tout ce qui a été dit
00:50:39et tout ce qui a été fait.
00:50:41Je pense qu'ils
00:50:42s'en souviendront
00:50:42et qu'ils trouveront
00:50:44une manière
00:50:45de le faire payer,
00:50:46alors pas seulement
00:50:47à l'Allemagne,
00:50:48pas seulement à la France,
00:50:49probablement aussi
00:50:50à la Grande-Bretagne,
00:50:51bien.
00:50:52Mais pour l'instant,
00:50:53il n'est pas
00:50:54de l'intérêt des Russes
00:50:57d'escalader
00:50:58vis-à-vis de ces pays.
00:51:00Il n'est pas non plus
00:51:00de l'intérêt
00:51:01de la Russie
00:51:02de faire payer
00:51:03aux populations françaises
00:51:04les décisions
00:51:05de chefs d'État
00:51:08en roue libre.
00:51:09Si vous voulez,
00:51:10le problème,
00:51:11c'est que
00:51:12quand vous prenez
00:51:14des mesures
00:51:14contre un chef d'État,
00:51:16vous prenez des mesures
00:51:17contre sa population.
00:51:18Bon, ça,
00:51:19c'est une réalité.
00:51:20Mais ce que je dirais,
00:51:21c'est qu'aujourd'hui,
00:51:22autant la Russie
00:51:26peut escalader,
00:51:27monter en capacité de violence,
00:51:29et va le faire
00:51:30par rapport à l'Ukraine,
00:51:32je m'attends
00:51:33à ce qu'il y ait
00:51:34dans les prochains jours
00:51:35de nouveaux bombardements
00:51:37assez terrifiants
00:51:37sur les grandes villes ukrainiennes
00:51:40qui visent toujours
00:51:41d'ailleurs
00:51:41des objectifs militaires.
00:51:42Tous les bombardements
00:51:43visent des objectifs militaires.
00:51:46Le problème,
00:51:46c'est que quand on détruit
00:51:48une usine militaire
00:51:49qui est dans le centre de Kiev
00:51:51avec 3 à 4 missiles balistiques,
00:51:53évidemment,
00:51:54ça fait du dégât.
00:51:56Ce n'est pas
00:51:56de la frappe chirurgicale.
00:51:57Voilà.
00:51:58Bon,
00:51:59ça,
00:51:59c'est très clair.
00:52:00Donc,
00:52:01oui,
00:52:01ça,
00:52:02faire ça,
00:52:03très clairement,
00:52:04oui.
00:52:08Escalader militairement
00:52:10vis-à-vis
00:52:12de l'Union européenne,
00:52:13de la partie européenne
00:52:15de l'OTAN,
00:52:16etc.
00:52:17Faire,
00:52:17par exemple,
00:52:18il y a des gens
00:52:19qui racontent ça,
00:52:20un test russe
00:52:22sur la Pologne
00:52:23ou
00:52:25sur un des trois
00:52:26pays balistes.
00:52:27Non.
00:52:29aucun intérêt.
00:52:30Il n'y a aucun,
00:52:30vraiment,
00:52:31aucun intérêt.
00:52:34Donc,
00:52:35je pense plutôt
00:52:36qu'aujourd'hui,
00:52:38les dirigeants russes,
00:52:39qui savent évidemment,
00:52:40parce que les négociations
00:52:41qui ont lieu
00:52:42de manière informelle
00:52:44avec le patronat allemand,
00:52:46elles ne se font pas
00:52:47sans son accord
00:52:48et en tous les cas,
00:52:49certainement pas
00:52:50sans qu'ils en soient
00:52:52informés
00:52:53et je suis persuadé
00:52:54que dans la délégation russe,
00:52:55il y a deux,
00:52:56trois personnes
00:52:56qui font partie
00:52:57de l'administration
00:52:58présidentielle
00:52:59ou en tous les cas
00:53:00qui travaillent
00:53:01pour l'administration
00:53:02présidentielle.
00:53:02Bon.
00:53:03Donc,
00:53:04ils savent
00:53:04que ça se passe.
00:53:06Ils savent
00:53:08qu'il y a aujourd'hui
00:53:09un projet
00:53:09d'élargissement
00:53:11de ces négociations
00:53:12à d'autres pays.
00:53:16Ils n'ont aucun intérêt
00:53:18à faire
00:53:19une,
00:53:19je dirais,
00:53:20une escalade militaire
00:53:22vis-à-vis
00:53:23d'un des grands pays
00:53:24notants.
00:53:25Merci à vous,
00:53:26Jacques Sapir,
00:53:27d'avoir accepté
00:53:27l'invitation
00:53:28de Politique
00:53:29et Économie.
00:53:30Merci à vous
00:53:31de nous avoir suivis
00:53:32mais juste après,
00:53:33vous pouvez retrouver
00:53:34la chronique économique
00:53:35et financière
00:53:36de Philippe Béchade
00:53:37et quant à nous,
00:53:37on se retrouve
00:53:38la semaine prochaine.
00:53:39Merci à tous
00:53:40pour votre fidélité.
00:53:41À bientôt.
00:53:42Salut.
00:54:02Bonjour et bienvenue
00:54:05pour ce rendez-vous hebdomadaire
00:54:07de décryptage
00:54:08de l'actualité économique
00:54:09et géopolitique
00:54:10en mode affranchi.
00:54:11Je salue tous les abonnés
00:54:13de TV Liberté
00:54:15pour cet épisode
00:54:17que je vais intituler
00:54:20« La France valide,
00:54:24un premier basculement ».
00:54:26Alors ce basculement
00:54:29remonte en fait
00:54:30à jeudi dernier.
00:54:32Il s'est passé beaucoup de choses
00:54:33jeudi dernier, évidemment.
00:54:35C'était le lendemain
00:54:36de la publication
00:54:37des résultats de NVIDIA.
00:54:40On a appris que,
00:54:42en plus d'être
00:54:43le premier vendeur
00:54:45de semi-conducteurs
00:54:47en volume sur la planète,
00:54:49NVIDIA était également
00:54:50devenu le premier organisme
00:54:53de garantie,
00:54:55de crédit
00:54:56pour des boîtes de la tech
00:54:57qui achètent,
00:54:59devinez quoi ?
00:54:59Bien sûr,
00:55:00du matériel NVIDIA.
00:55:03Jeudi dernier,
00:55:05on digérait également
00:55:07les dernières statistiques
00:55:08d'inflation,
00:55:10remontées à 3,7%
00:55:12aux États-Unis.
00:55:13Tout ça sur fond
00:55:15de très fortes hausses
00:55:18du déficit commercial américain.
00:55:21Ça, je peux vous assurer
00:55:21que personne ne s'y attendait.
00:55:23Vraiment,
00:55:24hausses de 17%
00:55:27d'un mois sur l'autre.
00:55:28Ça a explosé
00:55:30à 118 milliards.
00:55:33C'est un record,
00:55:35ou quasiment un record
00:55:36de déficit
00:55:37pour les États-Unis.
00:55:39Bon,
00:55:40il y avait déjà pas mal
00:55:41d'éléments
00:55:42qui se mettaient en place.
00:55:44Mais jeudi dernier,
00:55:45il s'est passé quand même
00:55:46un vrai truc
00:55:47qui nous concerne.
00:55:49Le CAC 40,
00:55:51tout seul,
00:55:52comme un grand,
00:55:53a décroché
00:55:54de moins 1,6%.
00:55:56quand son cousin,
00:55:59l'indice DAX,
00:56:00DAX 40,
00:56:02la bourse de Francfort,
00:56:04terminait la journée
00:56:05flat.
00:56:07L'Eurostox
00:56:09perdait 0,5%,
00:56:11mais c'était lié
00:56:12uniquement
00:56:13au repli
00:56:15des valeurs françaises.
00:56:16Et pas n'importe lesquelles,
00:56:18figurez-vous,
00:56:19puisqu'il s'agissait
00:56:20des valeurs bancaires.
00:56:22Alors,
00:56:23premier réflexe,
00:56:25que se passe-t-il
00:56:26sur le front
00:56:27des taux d'intérêt ?
00:56:28Est-ce que,
00:56:29d'un seul coup,
00:56:31le spread,
00:56:32l'écart
00:56:32de coûts de financement
00:56:34entre la France
00:56:35et l'Allemagne,
00:56:36avait dépassé
00:56:37le seuil fatidique
00:56:38des 90 points
00:56:40de base ?
00:56:41Un chiffre,
00:56:42évidemment,
00:56:42qu'il faut continuer
00:56:43de surveiller.
00:56:45Eh bien,
00:56:46non,
00:56:46c'était pas si grave
00:56:47que ça.
00:56:48Le spread
00:56:49au Atebun
00:56:50se tendait
00:56:51d'un petit point
00:56:52supplémentaire
00:56:53à plus 85.
00:56:54Non,
00:56:55ce qui a vraiment
00:56:58motivé
00:56:58le décrochage
00:57:00de la Société Générale,
00:57:02de la BNP,
00:57:04du Crédit Agricole,
00:57:05avec des écarts
00:57:06de moins 3 à moins 4 %,
00:57:07c'est la crainte
00:57:09que la conjoncture française
00:57:11se dégrade
00:57:12au cours
00:57:13des prochains mois.
00:57:14Et pour une raison
00:57:16que je vous ai déjà
00:57:17expliquée
00:57:18en long,
00:57:19en large
00:57:19et en travers,
00:57:21à savoir
00:57:21que les discussions
00:57:23budgétaires
00:57:24qui vont débuter
00:57:25à la rentrée,
00:57:26c'est-à-dire
00:57:26d'ici une semaine,
00:57:29ça va consister,
00:57:30évidemment,
00:57:30à savoir
00:57:31là où on fait
00:57:32des coupes.
00:57:33Puis personne
00:57:34ne pourra s'y opposer
00:57:35parce qu'évidemment,
00:57:36tout ça,
00:57:36ça va passer
00:57:37à coups de 49,3.
00:57:38Ça fait déjà
00:57:393 ans
00:57:40que tous les budgets
00:57:41passent chaque année
00:57:42à coups de 49,3.
00:57:44Il y a eu
00:57:44les budgets Born,
00:57:45il y a eu
00:57:46le budget Bérou,
00:57:47le budget Attal,
00:57:49bref,
00:57:50aujourd'hui,
00:57:52la représentation publique
00:57:53ne compte plus
00:57:55que pour du beurre.
00:57:56Donc qu'est-ce
00:57:57qu'on redoute ?
00:57:59C'est que
00:58:00sous la pression
00:58:02des créanciers
00:58:02et de l'écartement
00:58:04du spread
00:58:05au Atéboune,
00:58:05parce que là,
00:58:06en 3 mois,
00:58:07évidemment,
00:58:08les choses ont un peu évolué,
00:58:09on est passé
00:58:10de 65
00:58:10à 85 points de base.
00:58:13Je vous l'ai déjà dit,
00:58:13à 90,
00:58:14c'est là
00:58:15l'alerte rouge
00:58:16pour la Banque de France.
00:58:17Donc ça veut dire
00:58:18que pour le gouvernement,
00:58:21ils vont orienter
00:58:22le budget
00:58:232027
00:58:24vers les économies.
00:58:26Alors évidemment,
00:58:27ça ne sera pas
00:58:27des économies
00:58:28qui touchent
00:58:29les copains,
00:58:30ceux qu'on a placés
00:58:31à la tête
00:58:32d'agences
00:58:33ou de conseils,
00:58:35de hauts conseils,
00:58:36alors qu'ils n'ont
00:58:37aucune compétence
00:58:38et ne représentent
00:58:39rien dans ces domaines.
00:58:41Non,
00:58:42on ne va pas
00:58:42toucher aux copains,
00:58:43on ne va pas
00:58:45toucher aux millefeuilles
00:58:46administratifs
00:58:47et on ne va surtout
00:58:48pas toucher,
00:58:49parce que le président,
00:58:50il veille,
00:58:51on ne va pas toucher,
00:58:52évidemment,
00:58:53aux milliards
00:58:54que l'on déverse
00:58:55au profit
00:58:56de Kiev,
00:58:58sans savoir,
00:58:59évidemment,
00:58:59où va cet argent,
00:59:01sauf quand
00:59:02tous les deux mois,
00:59:03vous avez
00:59:03un ministre
00:59:04qui est licencié
00:59:05pour corruption
00:59:06ou parce qu'on l'a chopé
00:59:07à la frontière
00:59:08avec des valises
00:59:09contenant
00:59:10pour des millions
00:59:11de dollars
00:59:11ou d'euros
00:59:12de billets usagers
00:59:13dont les numéros
00:59:14ne se suivent pas.
00:59:15Donc,
00:59:16si on fait des économies,
00:59:18eh bien,
00:59:19ça sera probablement
00:59:20peut-être
00:59:21sur les cadeaux,
00:59:23les retournes fiscales
00:59:24consentis aux entreprises.
00:59:27Ça va certainement
00:59:28être un nouveau
00:59:29serrage de boulons
00:59:31au niveau
00:59:31de la santé.
00:59:33Autrement dit,
00:59:34les médicaments
00:59:35seront moins bien
00:59:36remboursés,
00:59:37les chômeurs
00:59:38seront moins longtemps
00:59:39indemnisés
00:59:40et les retraités
00:59:41pourraient voir
00:59:42également
00:59:43leurs pensions
00:59:45désindexées.
00:59:46Oui,
00:59:46tout ça,
00:59:47ça va mener
00:59:48à deux choses.
00:59:49D'abord,
00:59:50la baisse du pouvoir
00:59:51d'achat.
00:59:51Rien à faire.
00:59:52Tant que l'État
00:59:53vient prendre
00:59:53dans la poche
00:59:54des Français
00:59:55pour boucher les trous,
00:59:56évidemment,
00:59:56ça prive
00:59:57les consommateurs
00:59:59de pouvoir d'achat.
01:00:01Et pour les entreprises,
01:00:03c'est plus
01:00:03de frilosité.
01:00:05Or,
01:00:05je l'ai déjà dit
01:00:06dans de précédentes
01:00:07chroniques,
01:00:08le vrai point noir,
01:00:09celui sur lequel
01:00:10tous les journaux
01:00:11télévisés
01:00:12devraient faire
01:00:12leur une
01:00:13et pas sur les
01:00:14pseudo-ingérences
01:00:15russes,
01:00:16c'est l'effondrement
01:00:17des embauches
01:00:19pour des jeunes
01:00:20diplômés.
01:00:21Et ça,
01:00:21ça n'arrive
01:00:23heureusement pas
01:00:24si souvent,
01:00:24mais à chaque fois,
01:00:25c'est le symptôme
01:00:27d'une vraie crise,
01:00:28d'une vraie récession
01:00:30et on est vraiment
01:00:31en plein dedans.
01:00:33Alors évidemment,
01:00:33vous pouvez ajouter
01:00:34à ça l'immobilier
01:00:35qui est complètement
01:00:36effondré
01:00:37et qui va certainement
01:00:38pas se redresser
01:00:38au cours des prochains mois
01:00:40avec la hausse
01:00:41des taux.
01:00:42Ausse de taux ?
01:00:44Ben oui,
01:00:45la BCE s'y prépare.
01:00:47La Fed,
01:00:48elle aussi,
01:00:49elle va probablement
01:00:50y passer.
01:00:51On se souvient
01:00:52du discours
01:00:52de Kevin Varch
01:00:53vendredi dernier.
01:00:55La vigilance
01:00:56sur l'inflation
01:00:57s'impose.
01:00:57On a tous compris
01:00:58que ça pourrait déjà
01:01:00valoir 25 points de mieux
01:01:02dès le 17 septembre
01:01:03et en valoir 25 de plus
01:01:06d'ici le 15 décembre.
01:01:08Rajoutez à ça
01:01:09que la Banque centrale du Japon
01:01:10se prépare également
01:01:12à monter ses taux.
01:01:13Bon,
01:01:14la hausse des taux,
01:01:15vous le savez,
01:01:16ça équivaut
01:01:17à un effondrement
01:01:18des demandes
01:01:19de crédit hypothécaire,
01:01:21de la construction
01:01:23et par là même,
01:01:24bien sûr,
01:01:26beaucoup,
01:01:27beaucoup d'embauches
01:01:28qui ne se feront pas
01:01:29dans ce secteur particulier.
01:01:32J'en termine d'ailleurs
01:01:33avec ce constat terrible.
01:01:36Moins 33 000 entreprises
01:01:40depuis le début de l'année.
01:01:42En réalité,
01:01:43il s'agit pour beaucoup
01:01:44d'auto-entrepreneurs
01:01:45qui ont déposé le bilan.
01:01:48Mais plus inquiétant encore,
01:01:50les créations d'entreprises
01:01:52en France
01:01:53sont en chute
01:01:54de 3,6%
01:01:56au deuxième trimestre,
01:01:58après moins 2,5%
01:02:00au premier.
01:02:01Donc on le voit,
01:02:02les signaux clignotent
01:02:04au rouge partout.
01:02:05Et c'est exactement cela
01:02:07que la chute
01:02:08de la Bourse de Paris
01:02:09reflétait jeudi dernier.
01:02:11Pour vous remercier
01:02:12de votre fidélité,
01:02:13vous pouvez télécharger
01:02:13gratuitement
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01:02:15qui contient
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01:02:19votre épargne
01:02:19face à la faillite
01:02:20économique de la France,
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