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En 2024, plus de 20 000 personnes de 65 ans et plus sont décédées après une chute. Un chiffre en hausse de 18 % depuis 2019, qui rappelle l’urgence de mieux prévenir ces accidents et leurs conséquences sur l’autonomie. Pour en parler, Luc Broussy, président de Silver Eco, et Joël Belmin, professeur de gériatrie à Sorbonne Université et membre de l'Académie Nationale de Médecine, étaient les invités d'Alix Nguyen dans Santé Future.
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00:04Bonjour à tous les deux, bienvenue.
00:06Je le disais en introduction, le nombre de chutes augmente.
00:11Luc Broussy, c'est d'abord le reflet d'une France qui vieillit ?
00:14Oui, parce que, comment dire, à prévalence équivalente,
00:19forcément, il y a plus de chutes puisqu'il y a plus de personnes âgées,
00:22de la même façon qu'il y a dans notre pays de plus en plus de personnes atteintes de la
00:25maladie d'Alzheimer,
00:26parce que c'est directement corrélé au nombre de personnes âgées.
00:30Donc, qu'il y ait une croissance du nombre de personnes de chutes et de nombre de décès,
00:36c'est évidemment statistiquement logique.
00:39Mais enfin, ça n'en fait pas moins un véritable drame de santé publique,
00:43et un drame assez méconnu.
00:45Il y a entre 3 et 4 000 personnes dès aujourd'hui qui décèdent chaque année d'accidents de la
00:50route.
00:5120 000 morts de chutes domestiques.
00:53Ou du moins c'est envisagé comme une forme de fatalité quand on vieillit.
00:56Eh bien, en tout cas, d'abord, de mes connaissances.
00:58Ces chiffres-là sont assez peu connus, au fond.
01:00Elles sont assez tues, ce n'est pas devenu un enjeu de santé publique.
01:04C'est en train de le devenir quand même depuis quelques temps,
01:07puisqu'on a mis l'accent sur cette question.
01:11Les Santé publique France, vous l'avez dit, sortent des chiffres désormais objectivables,
01:16qui montrent l'ampleur du défi.
01:18Et puis, on a commencé à penser des politiques publiques
01:22pour essayer de s'attaquer cette fois-ci aux causes profondes de ces chutes et de leurs conséquences.
01:30Docteur Bellemin, derrière les chiffres,
01:32qu'est-ce qu'une chute représente concrètement pour une personne âgée ?
01:36Parce qu'on pense immédiatement à la fracture.
01:38Mais qu'est-ce qui peut se passer ensuite ?
01:41Alors, bien sûr, la fracture, c'est une complication.
01:44Donc, quand on fait une chute, voilà, qui va entraîner un traumatisme osseux.
01:49Mais il y a beaucoup de choses qui se passent avant les fractures.
01:53Et la chute va altérer la qualité de vie des personnes,
01:58parce que c'est quand même assez psychologiquement difficile de se retrouver à terre,
02:04et surtout quand ça se répète.
02:06C'est un indicateur, voilà, que le corps lâche quelque part.
02:13Et puis, ça peut entraîner une peur de faire de nouvelles chutes.
02:17Et ces peurs de faire des nouvelles chutes,
02:19eh bien, ça va restreindre chez beaucoup de personnes
02:23leur déplacement et, à terme, leur autonomie.
02:27C'est un stade vicieux.
02:28Voilà. Et quand on bouge moins, les muscles fondent un peu plus
02:33et les réactions posturales sont moins bonnes
02:35et on augmente le risque de chute.
02:37Donc, vous voyez, il y a une sorte de cercle vicieux
02:41qui peut s'installer.
02:42Et donc, les chutes sont préoccupantes aussi par ça,
02:46pas seulement par les complications comme les fractures,
02:51mais aussi par ces dynamiques de retentissement psychologique,
02:54retentissement sur l'indépendance, etc.
02:57Et puis, il y a un autre aspect qui entre en jeu,
03:00qu'on connaît bien, nous, en médecine gériatrique.
03:03Eh bien, c'est quand on a ce qu'on appelle, nous,
03:06des syndromes gériatriques dans notre jargon,
03:08c'est-à-dire des entités que l'on rencontre en gériatrie,
03:11comme les chutes.
03:12Eh bien, malheureusement, elles peuvent être associées
03:14à d'autres syndromes gériatriques,
03:16comme par exemple la dénutrition.
03:19Luc en parlait, des troubles cognitifs chroniques, etc.
03:22Et il y a une sorte d'association de malfaiteurs,
03:25c'est-à-dire que ces syndromes gériatriques interagissent
03:27les uns avec les autres et peuvent entraîner
03:29un déclin plus important et converger à terme
03:33vers le déclin de l'autonomie.
03:35Oui, vous insistez sur ce point.
03:36Une chute est souvent multifactorielle.
03:39Qu'est-ce qu'il faut chercher chez une personne qui tombe ?
03:42Alors, c'est là que se trouve un enjeu important,
03:46c'est-à-dire qu'habituellement, chez les personnes âgées,
03:49on ne trouve pas une seule cause de chute.
03:52Chez le même individu, on retrouve souvent plusieurs causes de chute associées
03:58et les causes possibles sont très nombreuses.
04:00Ce qui fait que le bilan médical est assez difficile à mener
04:05parce qu'il envisage de considérer finalement la personne dans sa globalité
04:11avec l'ensemble de ses problématiques de santé.
04:13Personnaliser.
04:14Voilà, sa situation psychologique et aussi son environnement physique.
04:17Donc, en fait, c'est une médecine extrêmement personnalisée,
04:20une médecine de précision pour laquelle il faut faire un bilan très, très soigneux
04:25pour identifier les facteurs en cause.
04:28Et bien sûr, ce bilan, il sert essentiellement à guider
04:32après les conseils qu'on va donner aux personnes,
04:35finalement, l'action thérapeutique qu'il est possible de mettre en place.
04:38Et on ne peut pas proposer à quelqu'un qui fait des chutes,
04:42je dirais, un carnet de route standard.
04:44Il faut vraiment identifier les problèmes en cause.
04:47Chose qui est plutôt le cas aujourd'hui
04:49quand une personne a affaire à un médecin généraliste, par exemple.
04:51Est-ce qu'il y a un manque de sensibilisation ?
04:54Voilà. En fait, ces bilans sont souvent difficiles à effectuer.
04:59Et nous, on en fait à l'hôpital dans le cadre de ce qu'on appelle
05:03des séances d'hôpital de jour qui sont dédiées à cela.
05:06Donc, ce qu'on fait dans beaucoup de centres de gériatrie.
05:08Maintenant, la plupart des CHU, les équipes de gériatrie font ce genre de bilan.
05:13Et ce n'est pas facile à faire en médecine de ville.
05:16Globalement, une consultation en médecine générale, c'est 10-11 minutes.
05:19Ce type de bilan, ça demande facilement 2-3 heures
05:23avec une approche pluridisciplinaire.
05:25Donc, vous voyez à quel point on a sur des niveaux un peu différents
05:28de prise en charge.
05:31L'Uvrochil, on le disait aussi, il y a un problème de perception.
05:34On banalise encore trop les chutes ?
05:37Oui, enfin, en tout cas, c'est moins qu'on les banalise
05:40que plutôt qu'on n'en a pas fait un enjeu de politique publique.
05:46Il y a la prévention.
05:47Ça, c'est le travail des médecins, le travail de santé publique
05:51pour agir sur les causes profondes de la fragilisation des personnes.
05:56Ce qui est un peu nouveau depuis 3-4 ans maintenant,
05:59c'est qu'on a fait, 15 ans après l'Angleterre,
06:02de l'adaptation des logements, un enjeu de politique publique.
06:06Parce qu'on peut chuter pour les causes physiques,
06:10mais enfin, on chute aussi chez soi, dans l'escalier, dans la rue.
06:13Donc, la question, c'était comment adapter l'environnement des personnes
06:19pour permettre de prévenir les chutes ?
06:22Il faut comprendre que dans ce pays, 75% des seniors sont propriétaires de leur logement.
06:28Ils vivent dans un logement qui leur appartient.
06:30Donc, les travaux d'adaptation leur appartiennent aussi.
06:33Et il faut les soutenir pour cela.
06:35Adapter un logement, c'est entre 5 et 8 000 euros.
06:38– Ça passe par quoi ? Est-ce qu'on peut donner des exemples concrets ?
06:41– Ça passe par le changement de la baignoire en douche.
06:45C'est un peu le passage obligé.
06:48C'est là où les chutes dans la salle de bain sont le plus fréquentes.
06:52C'est l'adaptation du logement à travers des barres d'appui,
06:56à travers des capteurs de chute,
06:58à travers un travail sur les sols, pour ne pas glisser.
07:03Mais c'est aussi un travail sur l'architecture même du logement.
07:08Quand je dis que 75% des seniors aujourd'hui sont propriétaires de leur logement,
07:12souvent leur logement, ça va être quoi ?
07:13Ça va être la petite maison, le petit pavillon avec un jardin,
07:16un escalier qui descend à la cave, un escalier qui monte à la chambre.
07:19Autant vous dire que c'est l'environnement le plus accidentogène possible.
07:23Et puis après, il y a les chutes qui se réalisent dans la périphérie du logement.
07:28Je descends, j'ai un immeuble, j'ai quatre escaliers,
07:30je me casse la figure en bas de chez moi.
07:33Je vais chercher ma baguette de pain à la boulangerie,
07:36il y a des feuilles par terre, je glisse.
07:37Oui, c'est un continuum.
07:39Absolument.
07:39Et donc, c'est pour ça qu'il faut prendre ce cheminement
07:43de la chambre, la salle de bain, le salon,
07:45jusqu'à l'immeuble, jusqu'à la voirie.
07:48Et donc, ça concerne aussi bien les propriétaires,
07:51les bailleurs sociaux que les élus locaux,
07:54parce que c'est tout un environnement qu'il faut sécuriser.
07:57Alors, qu'est-ce que vous recommandez ?
07:59Cette anticipation, elle doit advenir à 65 ans quand tout va parfaitement bien ?
08:04Ou est-ce que...
08:04Écoutez, voilà, c'est une remarque particulièrement pertinente.
08:08Ce qui, je pense, psychologiquement peut être un peu violent.
08:11Jusqu'ici, on estimait à peu près à 84 ans l'âge moyen
08:17à partir duquel on entreprend ce type de travaux d'adaptation.
08:20C'est dans la première chute, finalement, l'élément déclencheur.
08:22Exactement.
08:23C'est-à-dire qu'il faut attendre de se casser les figurines
08:24deux fois, trois fois, depuis le 1er janvier 2024.
08:30Une aide, elle est partielle, elle est imparfaite,
08:32peu importe, mais au moins elle existe,
08:33qui s'appelle MaPrimeAdapt, d'accord,
08:35qui est le pendant de MaPrimeRénov'.
08:37MaPrimeAdapt, c'est pour les seniors modestes et très modestes.
08:40Ils ont une aide financière pour leur permettre d'adapter leur logement.
08:44Eh bien, après 40 ou 50 000 dossiers,
08:48la moyenne d'âge des demandeurs a baissé à 78 ans.
08:51Rien que ça, c'est fantastique, vous voyez.
08:52Ça veut dire que oui, effectivement, vous avez raison,
08:55à partir de 70, 75 ans, il faut commencer à se dire
08:58est-ce que moi, ma femme, je vais pouvoir,
09:02dans le logement que j'occupe aujourd'hui,
09:05vieillir de manière sûre et harmonieuse.
09:08Pour autant, on a mesuré le nombre de personnes
09:09qui ont eu recours à MaPrimeAdapt.
09:11Est-ce que c'est un outil dont les gens connaissaient ?
09:13Pour l'instant, c'est insuffisant dans son volume.
09:17On est à 30 à 40 000 dossiers par an.
09:19Les besoins sont bien plus considérables.
09:22Oui, mais il faut bien commencer.
09:23Et donc, au moins, cette aide existe.
09:26Et elle permet, ne serait-ce que d'entrer culturellement
09:30dans le cerveau des gens en leur disant,
09:31voilà, faites attention, il y a une prime,
09:33vous l'aurez ou vous l'aurez pas,
09:34ça va dépendre de vos niveaux de ressources.
09:36Mais l'enjeu d'adapter le plus tôt possible
09:41votre logement est un enjeu pour vous,
09:44d'un enjeu de santé publique de manière générale,
09:46mais un enjeu individuel pour vous et votre parcours.
09:48Plus vous vous adapterez tôt,
09:50plus vous vivrez longtemps.
09:51Mais on peut comprendre le frein psychologique,
09:53quand on va très bien à 65 ans.
09:56Docteur Bellemin, est-ce qu'un bilan du logement,
09:58c'est quelque chose que vous faites ?
10:00Alors oui, bien sûr, c'est très important en clinique
10:04de considérer l'aspect environnemental.
10:07Alors, je dirais l'environnement le plus proche de la personne,
10:10c'est comment c'est ?
10:11C'est les chaussures.
10:12La chaussure, voilà, c'est extrêmement important
10:14d'avoir des chaussures qui soient à la fois adaptées,
10:18qui minimisent le risque de chute
10:19et qui soient à la fois confortables.
10:21Mais il y a aussi des choses simples,
10:22alors effectivement, qui, quelquefois,
10:24le coût est un problème.
10:25Mais simplement, par exemple, l'éclairage,
10:28c'est des choses qui ne coûtent pas forcément très cher
10:29et ça peut améliorer les choses dans un logement.
10:33Il peut y avoir aussi des choses comme, voilà,
10:35des tapis mal agencés, des fils électriques.
10:38Enfin, voilà, il y a des choses qui ne sont pas uniquement
10:41de l'installation de douche.
10:44Voilà, donc il y a beaucoup de petites choses à faire.
10:46Et nous, par exemple, dans le type de bilan
10:48que je vous ai expliqué, on peut,
10:52notamment des ergothérapeutes connaissent bien ça,
10:54faire des visites à domicile
10:56et faire un peu un diagnostic environnemental
10:58pour essayer de proposer des corrections
11:01d'une façon un peu rationnelle et intelligente.
11:05Diagnostic qui devrait être un réflexe
11:06dès lors qu'une personne chute ?
11:08Oui, bien sûr.
11:09Et même avant, si on veut faire de la prévention.
11:11Et maintenant, il peut y avoir aussi
11:13des visites de logement par vidéo
11:14qui permettent de diminuer les coûts,
11:17le temps passé d'essai soignant.
11:19Vous voyez, il peut y avoir des progrès
11:20qui se font ainsi.
11:21Est-ce que la prévention, ça ne commence pas
11:24par l'activité physique ?
11:26On recommande souvent, on entend en tout cas
11:28aux personnes âgées de marcher.
11:31Est-ce que c'est suffisant ?
11:32Oui, alors effectivement, l'activité physique,
11:34aujourd'hui, c'est un des meilleurs atouts
11:37qu'on a dans le mode de vie
11:39pour vieillir en bonne santé finalement.
11:42Et pas seulement pour le risque de chute,
11:44mais pour beaucoup d'autres problèmes.
11:46Alors pourquoi c'est important au niveau
11:48locomoteur et pour les chutes ?
11:50C'est parce qu'au cours du vieillissement,
11:52les muscles ont tendance à fondre.
11:55Donc c'est un peu un effet physiologique du vieillissement.
11:58Et cela est aggravé par la sédentarité.
12:01Alors quand on a ce cocktail,
12:04on prend de l'avance en âge,
12:06on est sédentaire,
12:07la fonte musculaire devient importante.
12:09Et pour lutter contre cela,
12:12l'activité physique, je dirais,
12:14mais soutenue,
12:15on a des programmes maintenant
12:17qui nous ont montré au plan scientifique
12:19par des essais randomisés
12:20que lorsqu'on fait de l'activité physique supervisée,
12:24c'est-à-dire des programmes,
12:25souvent c'est deux séances par semaine,
12:27avec un superviseur,
12:29un renforcement musculaire, etc.,
12:32du travail spécifique sur l'équilibre,
12:34eh bien on arrive à reconstituer
12:36un peu de force musculaire,
12:38ce qui est important.
12:40et on souhaite avoir
12:41des meilleurs indices locomoteurs.
12:44Et cela, ça permet de minimiser
12:47le risque de chute ultérieurement.
12:50Le grossiche dont parle le docteur Bellemain,
12:52ces séances personnalisées de sport,
12:55finalement,
12:55c'est accessible de façon homogène
12:57sur le territoire ?
12:57Non, pas du tout.
12:58Et puis surtout,
12:58c'est insuffisamment remboursé.
13:00Si on estime que l'activité physique adaptée,
13:03c'est un enjeu majeur de prévention
13:05et qui évite ensuite
13:06des maladies diverses et variées,
13:09il faut y aller à fond.
13:10Et pour l'instant,
13:11on a un vrai problème dans ce pays
13:13que vous traitez régulièrement,
13:15c'est que nous sommes des handicapés
13:17de la prévention.
13:19Il y a, par exemple,
13:21mise en œuvre depuis quelque temps
13:22des consultations prévention
13:24devant les médecins généralistes.
13:26c'est un bide.
13:27Voilà, c'est un bide,
13:28personne n'y va,
13:29les médecins,
13:29c'est insuffisamment rémunéré.
13:31Oui, parce que la haute autorité
13:31recommande déjà depuis plusieurs années
13:33d'intégrer...
13:34Oui, mais c'est notre système de santé
13:35qui n'a pas pris cette révolution en marche.
13:39Et c'est le cas de le dire.
13:40Et donc,
13:40on a un problème sur la prévention.
13:42De la même façon que
13:43Joël Bellemain
13:44citait la question des ergothérapeutes.
13:45C'est une profession fondamentale.
13:47On en a trois, quatre fois moins
13:49que dans n'importe quel pays scandinave.
13:51Bon, voilà,
13:51on est sous-doté
13:52en ergothérapeutes.
13:54On a rattrapé un peu le retard,
13:56mais quand même,
13:56tout simplement parce qu'on n'a pas
13:57cette culture de la prévention
13:59dans notre pays.
14:00Et la question des chutes
14:02est un symbole
14:03de cette absence de prévention.
14:05Et je veux dire aussi que,
14:07ce que je crois que vous l'illustrerez ensuite,
14:10parfois, pour bien vieillir,
14:11il faudra savoir changer de logement.
14:14Il y a aujourd'hui des personnes âgées
14:15qui sont dans le logement
14:16qui ne sont pas adaptées.
14:17On pourra faire tout ce qu'on veut,
14:18y mettre des milliers d'euros.
14:19Et je pense aux résidences seniors ?
14:20Je pense aux résidences seniors,
14:21à l'habitat que je suis...
14:22Ils ne sont pas très démocratiques
14:23en termes de...
14:24Non, non, non,
14:24mais il y a une gamme,
14:26comment dire,
14:27de logements comme ça
14:29qui va se développer dans notre pays.
14:30Oui, mais en l'État,
14:31on manque un peu d'alternatives.
14:32Oui.
14:33C'est les résidences seniors...
14:34Il y a les résidences seniors,
14:35il y a les résidences autonomies,
14:37il y a les habitats inclusifs,
14:38il y a des résidences intergénérationnelles.
14:40En tout cas,
14:40on sait aujourd'hui
14:42qu'il y a une véritable progression
14:44de ce type de logement.
14:46Et on voit aussi,
14:47de plus en plus,
14:48que des personnes
14:49qui, dans les années 70-80,
14:52ont acquis une propriété
14:54en milieu périurbain,
14:55sont en train
14:56de se recentrer
14:58en cœur de ville
14:59pour avoir
15:00les commerces,
15:01la pharmacie,
15:01le médecin
15:02à quelques centaines
15:03de mètres d'eux.
15:04Donc,
15:04ce n'est pas seulement
15:05une question de prévention,
15:07c'est aussi qu'à un moment donné,
15:08et vous aviez raison tout à l'heure
15:10de parler des luviers culturels,
15:11mais la génération qui arrive,
15:12qui est la génération
15:13des baby boomers,
15:13il faut bien comprendre
15:14qu'avoir 85 ans
15:16en 2030,
15:17c'était avoir
15:1820 ans
15:19en mai 68.
15:20Donc,
15:20la génération qui arrive
15:21est une génération
15:22qui a été élevée
15:23à la liberté,
15:24à l'autonomie,
15:25au consumérisme,
15:26et qui sera beaucoup plus apte
15:27que ses propres parents
15:28à anticiper
15:30parce que ces gens-là
15:31voudront maîtriser
15:33leur vieillissement.
15:33Et donc,
15:34la génération qui arrive
15:36sera,
15:36en termes culturels
15:37et sociologiques,
15:39beaucoup plus apte
15:39à entrer
15:41dans des logiques
15:41de prévention.
15:42Docteur Bellemain,
15:43qui doit porter
15:44la prévention,
15:45c'est le médecin généraliste,
15:46c'est le gériâtre ?
15:48Alors,
15:48c'est,
15:50en fait,
15:51quand on parle
15:53de prévention,
15:54c'est-à-dire
15:54des personnes
15:55qui,
15:56finalement,
15:58n'ont pas encore
15:59fait des chutes graves,
16:00donc voilà,
16:00c'est ce qu'il faut voir,
16:01c'est important
16:02d'imaginer
16:04les choses
16:04en fonction du risque.
16:06Aujourd'hui,
16:07on appelle ça
16:07la stratification du risque.
16:09On sait identifier
16:10des personnes
16:11à haut risque.
16:12Par exemple,
16:13une personne
16:13qui n'est jamais tombée
16:14et qui a une peur
16:15de tomber,
16:16la peur de tomber,
16:18on a des questionnaires
16:18très, très simples,
16:19deux, trois questions
16:20suffisent à cerner
16:22la difficulté,
16:23eh bien,
16:23on sait que ce sont
16:24des personnes âgées
16:24à risque
16:25de faire des chutes futures.
16:26Donc,
16:27c'est un marqueur clinique
16:28extrêmement simple.
16:29Donc,
16:29la personne qui a fait
16:30une première chute,
16:31eh bien,
16:31là aussi,
16:33ça doit être
16:35incitatrice
16:35à se dire,
16:36voilà,
16:37il faut faire un bilan
16:39pour voir si on n'est pas
16:40à risque de faire
16:41des nouvelles chutes.
16:42Et aujourd'hui,
16:42on a des instruments cliniques
16:43qui sont très simples,
16:44qui sont des tests
16:46que l'on fait passer,
16:47nous,
16:47en gériatrie,
16:48très, très facile,
16:49ce qu'on appelle
16:50le test d'appui unipodal
16:52ou encore
16:53le time
16:55up and go test
16:56qui nous permettent
16:58de dire,
16:58ben non,
16:58voilà,
16:58votre risque de faire
17:00des nouvelles chutes
17:00est relativement faible,
17:02au contraire,
17:03il est élevé.
17:03Et ce test n'advient
17:04que dans le cas
17:05où une chute
17:07s'est déjà produite ?
17:08Non,
17:08on peut le faire
17:09pour évaluer la santé
17:10et la fonctionnalité
17:11d'une personne âgée.
17:13Et puis,
17:13quand quelqu'un
17:14a fait deux chutes
17:16dans l'espace
17:17de 12 mois,
17:18c'est un marqueur clinique
17:19très, très simple
17:20qu'on peut avoir
17:21à l'interrogatoire,
17:22eh bien,
17:23la personne-là
17:23est vraiment
17:24dans une sorte
17:25de maladie
17:27avec des chutes,
17:28c'est-à-dire,
17:28on sait qu'elle y a
17:29très, très au risque
17:30de faire des nouvelles chutes
17:31et notamment
17:32des chutes graves
17:33et notamment
17:34des fractures.
17:35Donc,
17:35vous voyez,
17:36on a des indicateurs
17:37assez simples
17:37qui nous permettent
17:38de cibler déjà
17:40une partie de la population
17:42comme étant à risque.
17:43Parce qu'effectivement,
17:44nous,
17:44Gériat,
17:45nous ne sommes pas
17:45si nombreux
17:46pour nous occuper
17:47de toutes les personnes âgées
17:48et de toute façon,
17:49on ne revendique pas.
17:50Soit collectif.
17:50Voilà.
17:51Et donc,
17:51on cherche plutôt
17:53à recevoir les gens
17:54à haut risque
17:54parce que c'est pour eux
17:55qu'on pourrait être
17:56le plus utile.
17:57Léau Brossier,
17:58ce sera le mot de la fin,
17:59c'est passé très vite.
18:00Est-ce qu'aujourd'hui,
18:01on a une vision claire
18:02du coût des chutes
18:04et de ce que la prévention
18:06permettrait d'éviter finalement ?
18:08D'abord,
18:10Joël l'a dit,
18:10un coup humain.
18:12Une chute,
18:12ça entraîne,
18:14comment dire,
18:15souvent une hospitalisation
18:16et ça entraîne
18:17un phénomène
18:17de décompensation
18:18qui souvent sera
18:19le déclenchement
18:20d'un syndrome de glissement.
18:21Donc,
18:22il faut prendre la chute
18:23très au sérieux,
18:24pas seulement pour la chute
18:25elle-même,
18:25mais pour toutes les conséquences
18:26physiques et psychologiques
18:27qu'elle va avoir.
18:28Et puis,
18:28vous l'avez dit
18:29en introduction,
18:30c'est des milliers,
18:31des milliers,
18:31des milliers de journées
18:32d'hospitalisation.
18:33Donc,
18:34il n'est pas sorcier
18:35de comprendre
18:36que mettre le paquet
18:37sur la prévention
18:38est évidemment,
18:40à terme,
18:41et sur les décennies
18:43qui viennent,
18:44un investissement
18:45absolument majeur
18:46pour s'économiser
18:49des centaines de milliers
18:51des centaines de milliers
18:51de journées
18:51d'hospitalisation.
18:52Merci beaucoup messieurs,
18:53on a beaucoup parlé
18:54d'adaptation du logement,
18:56mais concrètement,
18:57à quoi ça ressemble ?
18:58Pour le savoir,
18:59Camille Rewal
19:00s'est rendue
19:00dans un appartement
19:02avec un ergothérapeute.
19:03On regarde ça en image.
19:05Bonjour.
19:05Bonjour.
19:06Donc,
19:06on va prendre un petit temps
19:07pour discuter ensemble.
19:09Oui,
19:10d'accord.
19:11J'ai des problèmes de dos aussi.
19:14Ah,
19:14bah oui,
19:15du coup,
19:15alors là,
19:16la salle de bar,
19:17voilà.
19:18Super,
19:18donc là,
19:18vous avez une douche aménagée.
19:21Je vois que vous avez
19:21deux barres d'appui
19:22à droite et à gauche.
19:23Au niveau du siège,
19:26vous l'utilisez tout le temps
19:27ou quand vous avez besoin ?
19:29Vraiment,
19:31rarement même.
19:32Vous mettez un petit tapis
19:33en sortant du...
19:34Oui,
19:34oui,
19:34j'ai toujours un petit tapis
19:36que je mets
19:37en sortant de la douche.
19:39Et il est où,
19:39votre tapis ?
19:40Je le mets sur le côté.
19:42Ah,
19:42il est là,
19:43d'accord.
19:43alors montrez-moi.
19:45D'accord.
19:46Alors là,
19:46vous voyez,
19:47il n'est pas antidérapant.
19:50Oui.
19:50Donc,
19:50le risque,
19:51c'est qu'au moment
19:51de sortir de la douche,
19:53vous risquez de glisser.
19:54Donc,
19:55ce qui est important aussi
19:56pour éviter les chutes,
19:57c'est vraiment
19:57de prendre des tapis.
19:59Alors ça,
19:59on en trouve un peu
20:00dans tous les commerces
20:01aujourd'hui.
20:01Les tapis mis en dessous,
20:03c'est antidérapant
20:04et du coup,
20:04ça vient agripper au sol.
20:06Les seniors,
20:07ils vont avoir
20:08leurs habitudes de vie.
20:10Donc,
20:11en fait,
20:11ils vont faire des choses
20:12sans se rendre compte
20:13que ça peut être difficile.
20:15Donc,
20:16le regard de l'ergotherapeute
20:17va permettre de dire,
20:18bon,
20:18vous voyez,
20:20là,
20:20ça,
20:21vous n'êtes pas
20:21tout à fait en sécurité,
20:22donc je vous conseille
20:24d'installer une aide technique
20:25ou de faire des travaux.
20:27Par exemple,
20:29il y a des personnes
20:30qui vont me dire,
20:30moi,
20:30je n'ai aucun problème
20:31pour me relever
20:31de mes toilettes
20:32et au moment
20:33où je vais la mettre
20:34en mise en situation
20:35en lui disant,
20:36ben,
20:36montrez-moi comment vous faites
20:37pour vous asseoir
20:37et vous relever des toilettes,
20:38elle va prendre appui
20:39au bord de la porte.
20:40Donc,
20:41en soi,
20:41elle arrive à se relever,
20:42mais sauf que de prendre appui
20:44au bord de la porte,
20:45ce n'est pas sécurisé,
20:45ça veut dire qu'elle a bien
20:46une difficulté.
20:47Donc,
20:48dans ces cas-là,
20:48on peut lui préconiser
20:50un rehausseur,
20:50des accoudoirs,
20:51voilà,
20:52en fonction de ses besoins,
20:54on va lui proposer
20:55une aide technique
20:55ou un aménagement.
20:56Tout ce qui est tri,
20:58les logements qui vont être encombrés,
21:00les espaces de circulation,
21:01tout ce qui est dans les couloirs,
21:03par exemple,
21:04tout à l'heure,
21:04je demandais à la dame
21:05pour aller aux toilettes,
21:06est-ce qu'elle allume la nuit ?
21:07Si c'est un couloir
21:09qui va être un peu encombré,
21:12forcément,
21:13l'espace de circulation
21:14est restreint
21:15et donc ça,
21:15on peut vite se prendre les pieds
21:17dans le meuble
21:17ou dans un objet qui traîne.
21:19Là,
21:20on peut voir que,
21:20par exemple,
21:20rien que dans la chambre,
21:22il n'y a aucun tapis,
21:23donc forcément,
21:24la dame ne risque pas
21:25de se prendre les pieds
21:26en se déplaçant.
21:28On parle tout le temps
21:28des tapis.
21:30Après,
21:30il y a plein de gens
21:31qui adorent avoir des tapis
21:32et c'est des tapis
21:33qui sont même sentimentaux
21:35et on n'a pas envie
21:36de les enlever,
21:37mais à ce moment-là,
21:38essayons de trouver
21:39une solution
21:40pour sécuriser ces tapis,
21:41soit avec des mailles
21:42antidérapantes,
21:43soit avec des scotches
21:44double face,
21:45voilà,
21:46et peut-être qu'en gardant
21:47ces tapis,
21:47on peut quand même arriver
21:48à ne pas chuter.
21:50Le problème,
21:50c'est que finalement,
21:51personne n'a envie
21:51d'anticiper
21:53une problématique de santé,
21:54donc malheureusement,
21:56souvent,
21:57les personnes
21:58attendent de chuter
21:59pour se rendre compte
22:01qu'elles peuvent être
22:01en difficulté.
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