00:01Générique
00:10Un invité avec nous tous les midis pour décrypter à chaud les tendances de la séance en cours, les enjeux
00:16aussi de la semaine.
00:18Et le thème chaque jeudi, c'est le thème américain, nous sommes à l'heure américaine avec notre correspondant Pierre
00:25-Yves Dugas. Bonjour.
00:27Bonjour Pauline.
00:28Vous êtes donc à distance avec nous Pierre-Yves, merci beaucoup d'être là avec nous. Alors Kevin Walsh s
00:34'installe à la Fed et il change tout.
00:37Oui, il change tout. Il arrive dans un contexte où c'est curieux d'ailleurs parce qu'on a adressé
00:44beaucoup de critiques à Kevin Walsh, essentiellement parce qu'il a été sélectionné par Donald Trump qui a tout fait
00:52depuis plus de deux ans pour mettre à mal l'indépendance
00:55de la réserve fédérale. Donc beaucoup ont attribué à Kevin Walsh la volonté de se soumettre à la Maison-Blanche,
01:01mais Kevin Walsh a été gouverneur de la Fed.
01:03Il a par ailleurs une forte crédibilité et il a en particulier la semaine dernière, à l'occasion de sa
01:09première grande intervention, l'occasion du symposium de Jackson Hole,
01:16précisé un petit peu tout ce qu'il comptait faire et en quoi son approche de la politique monétaire et
01:23son approche du travail de la réserve fédérale souhaite-t-il doit être radicalement différent.
01:29Et il commence par ce constat qui, je trouve, devrait être fait beaucoup plus souvent. 65 mois consécutifs maintenant durant
01:39lesquels l'inflation aux États-Unis a dépassé de manière significative
01:44l'objectif de 2% de la réserve fédérale. C'est un constat de déraillement et Kevin Walsh voudrait que
01:52ça change. Il voudrait que ça change d'abord en lançant,
01:56nous en avions déjà parlé il y a quelques semaines, des groupes de travail qui vont réviser la manière dont
02:02la réserve fédérale décrypte les signaux donnés
02:04par la conjoncture américaine. Il veut également changer la manière dont la Fed se partage le travail avec le trésor
02:12américain.
02:13Et là, c'est un clin d'œil donné à la gestion du bilan de la Banque centrale américaine. Il
02:20veut absolument que la Fed cesse de faire
02:23de la politique budgétaire déguisée, en quelque sorte, et d'accepter sur son bilan, dès que les choses commencent à
02:31faire mal,
02:33toutes sortes de créances du trésor américain. Ce qui, de son point de vue, n'a fait qu'encourager le
02:39laxisme fiscal.
02:40Et puis, il veut absolument, c'est vraiment le point central de son approche de la politique monétaire,
02:46se débarrasser de ce qu'on appelle, dans le jargon de la Banque centrale, du forward guidance, c'est-à
02:51-dire ne plus télégraphier les intentions de la Fed.
02:55Alors, pour quelqu'un comme moi, pour un vieux journaliste qui se souvient à l'époque de Paul Volcker et
03:00de Greenspan, c'est formidable.
03:02Parce que ça veut dire le retour du suspense. On ne pourra plus systématiquement dire, avant la réunion du comité
03:09monétaire de la Fed,
03:09quelle va être la décision. Kevin Walsh estime qu'en accompagnant trop, en télégraphiant trop ses intentions,
03:18la Banque centrale a supprimé, certes, un niveau d'incertitude et a rassuré le marché.
03:23C'était nécessaire en période où on craignait la déflation, mais aujourd'hui, en période d'inflation, on a encouragé,
03:29estime-t-il, des spéculations.
03:31Nous n'avons plus affaire à un véritable prix du crédit librement établi. Et la Fed doit revenir en arrière,
03:39garder un élément de secret dans ses délibérations,
03:42ne serait-ce que pour pouvoir changer d'avis lorsqu'elle s'aperçoit que sa lecture de la conjoncture était
03:48la mauvaise lecture.
03:50Et je reviens à ces 65 mois de déraillement. Il considère qu'au sortir du Covid, le forward guidance a
03:58considérablement freiné la flexibilité de la Fed
04:00et a ralenti la capacité de la Fed à admettre ouvertement qu'elle se trompait et qu'en fait, l
04:06'inflation était en train de décoller pour de bon
04:08et n'était pas un phénomène temporaire et particulier.
04:13Donc, toutes ces grandes questions ont également amené Kevin Warsh à nous faire le point sur ce qui l'estimait
04:20être l'état de la conjoncture américaine
04:22et à ouvrir la porte sans faire de forward guidance à probablement une baisse de taux lors de la prochaine
04:28réunion du comité monétaire de la Fed
04:30c'est-à-dire le 16 septembre.
04:33Il note que l'investissement, qui est le point central peut-être, l'investissement aux États-Unis est en croissance
04:40de 9% depuis plusieurs trimestres.
04:42La moitié de cela est due à l'intelligence artificielle.
04:45C'est un élément considérable de soutien de la conjoncture.
04:50On ne peut pas dire que la conjoncture américaine soit faible, surtout si on la compare à la situation en
04:55Europe.
04:55Et dans ce contexte-là, comme l'inflation est trop forte, il faut probablement donner un petit tour de vis
05:02au mois de septembre.
05:04Et comment Wall Street a réagi sur tous ces changements que Kevin Warsh va apporter à la Réserve fédérale, Pierre
05:12-Yves ?
05:13On y voit un petit peu plus clair dans ses intentions.
05:15On commence à comprendre que ce n'est pas parce qu'il était pris de court, mais c'était de
05:21manière délibérée,
05:22que lors de sa première conférence de presse, il avait éludé la question qu'on lui posait, à savoir qu
05:29'est-ce qu'il vous faut pour qu'on relève les taux.
05:30Non, il veut garder cet élément d'incertitude pour se donner de la flexibilité et il veut que les marchés
05:36fassent leur travail
05:37et ne profitent pas de ce Fed pot, c'est-à-dire de cette garantie implicite, systématique, que les acteurs
05:45financiers avaient,
05:46en sachant que la Fed était in fine toujours de leur côté.
05:49Et puis, il nous présente une manière transparente, alors là pour le cas, de lire l'évolution de l'inflation,
05:57et ça c'est le nerf de la guerre, il regarde l'indice des prix des dépenses personnelles de consommation,
06:03et pas simplement ce chiffre, mais sa décomposition, et dans toutes les catégories,
06:07il s'aperçoit que 54% des prix des biens et services dans cet indice continuent de grimper à plus
06:13de 3%.
06:15Dans les périodes, dans les 20 années qui ont précédé le Covid, cette proportion n'était que de 32%.
06:22Voilà un signe quantifié qu'il a lâché lors du symposium de Jackson Hole,
06:28et qui permet de dire qu'avec 54% des biens et services qui augmentent trop vite,
06:33il ouvre clairement la porte à un relèvement tôt, mais ça c'est pour le 16 septembre.
06:38Que se passera-t-il le mois suivant en octobre ?
06:41Alors là, bien malin qu'il pourrait le dire, cette incertitude va reprendre.
06:45Bon, et puis, ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé de Donald Trump.
06:48Donald Trump s'installe dans le qui-tout-double, Pierre-Yves ?
06:53Alors, pas question de modération, en dépit du fait que commence sérieusement maintenant
07:00la campagne pour les élections de mi-mandat.
07:03Vous savez que lundi prochain est un jour férié aux États-Unis, c'est Labor Day, c'est la fête
07:07du travail,
07:08et que le mardi matin, et en fait dès le lundi,
07:12beaucoup de politiques américains seront à deux pieds joints dans la campagne
07:18pour ces élections de mi-mandat qui vont renouveler un tiers du Sénat
07:21et la totalité de la Chambre des représentants début novembre.
07:26Pas question de modération.
07:28Donald Trump a lu les sondages, il voit qu'en gros, 60% des Américains désapprouvent sa politique,
07:35en particulier sa politique à l'égard de l'Iran, mais aussi sont très critiques de sa politique en matière
07:41d'immigration.
07:43Beaucoup d'observateurs auraient pensé que Donald Trump avait l'intention de modérer son message
07:48pour limiter les pertes probables des Républicains début novembre.
07:52Pas du tout.
07:53Il insiste lourdement, il continue de persécuter ses adversaires, y compris dans la presse,
07:59en les menaçant de toutes sortes de sanctions sur les chaînes qui diffusent leurs messages.
08:05Il continue d'évincer ou de faire évincer les généraux qui, au Pentagone, ne sont pas d'accord avec sa
08:10politique.
08:11Il continue de menacer toutes sortes de pays de droits de douane
08:14et de remettre en place un niveau de protection douanière équivalent à celui qui avait été invalidé par la Cour
08:20suprême.
08:21Et il fonce tout droit vers les rochers.
08:24Il est convaincu qu'il va éviter les rochers parce qu'il pense que,
08:28et c'est un pari risqué, mais ce n'est pas un pari complètement dénué de fondement,
08:32il pense que, de l'autre côté, les démocrates ont complètement basculé dans l'extrême gauche
08:36et qu'à la fin du compte, les centristes qui sont écoeurés par la politique de Donald Trump
08:40vont avoir davantage peur du gauchisme et du socialisme affichés par la franche gauche du Parti démocrate
08:47que de la politique républicaine libérale traditionnelle.
08:51Bon, on rappelle aussi, je voulais le rappeler tout à l'heure,
08:54mais on rappelle aussi qu'avant cette réunion de la Fed du 16 septembre,
08:59enfin cette décision de la Fed le 16 septembre,
09:02on va déjà prendre connaissance aussi du rapport sur l'emploi américain du département du Travail demain, vendredi,
09:09qui pourra peut-être nous donner des nouveaux chiffres,
09:12même si Kevin Warch a rappelé que l'inflation était sa priorité absolue à Jackson Hole.
09:19Mais voilà, donc on va attendre quand même de voir aussi les chiffres sur l'emploi
09:24et puis il y aura d'autres statistiques la semaine prochaine avant la réunion de la réserve fédérale américaine.
09:29Merci beaucoup Pierre-Yves, Pierre-Yves Dugas, vous êtes notre correspondant américain.
09:34On était ravis de vous retrouver sur ce plateau.
09:38Et puis merci à vous de nous avoir suivis sur Bsmart.
09:43Merci à l'équipe technique en régie, Loïc, Émilie et Paul.
09:47Merci à tous de votre accompagnement, de votre fidélité sur Bsmart.
09:51Vous pouvez nous retrouver en replay sur notre site bsmart.fr,
09:54en podcast sur l'ensemble de vos plateformes d'écoute préférées.
09:58Et on se retrouve ce soir à 17h30.
10:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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