00:00C'est Clément Beaune, le haut-commissaire à la stratégie et au plan, qui est notre invité sur Sud Radio
00:04ce matin.
00:05Nous poursuivons cet entretien avec dans cette deuxième partie votre carte blanche, Clément Beaune, et vous avez choisi la démographie.
00:13Oui, je voulais parler de démographie parce que c'est avec le climat, le deuxième grand choc qu'on va
00:18devoir affronter dans les années, les décennies qui viennent,
00:21en France et partout en Europe d'ailleurs, même au-delà.
00:24Pour donner un seul chiffre, nous avons 25% de naissances en mois en 2025 par rapport à 2010, c
00:30'est donc une chute extrêmement rapide.
00:32On a longtemps pensé que la France était un peu exceptionnelle, qu'elle avait une natalité forte, certes encore un
00:37peu plus forte que la moyenne européenne,
00:38mais en forte baisse, ça se traduit très concrètement. Dans les écoles, on a déjà perdu 10% d'effectifs
00:43dans le primaire en 10 ans et ce sera 15% de moins dans les années qui viennent.
00:48Je pense qu'il faut avoir deux types de réponses. D'abord, si je puis dire, inverser la courbe ou
00:53tout faire pour inverser la courbe.
00:55C'est-à-dire essayer de soutenir la natalité par des politiques familiales adaptées.
01:00On a fait un travail de comparaison.
01:01On a déjà une politique familiale.
01:02On a une bonne politique familiale en France, il faut le dire.
01:04Mais ça ne marche pas suffisamment.
01:04Non, parce qu'il n'y a pas de miracle, on ne décrète pas le nombre d'enfants, d'ailleurs
01:07heureusement que font les familles ou les Français,
01:09mais on a regardé quand même au plan les méthodes qui marchaient le mieux ou le moins mal ailleurs en
01:14Europe.
01:14Ce qu'on voit, ce ne sont pas tellement les allocations qui déclenchent des projets d'enfants,
01:20ce sont plutôt des politiques d'accompagnement, des places en crèche, des congés de naissance pas trop longs mais bien
01:25rémunérés
01:25pour aider les parents dans leur organisation.
01:28Maintenant, les deux parents travaillent le plus souvent à la naissance.
01:30Ça veut dire qu'en investissement, qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
01:32Ça veut dire sans doute que notre niveau d'investissement en politique familiale est assez bon.
01:35Il reste bien plus important que dans la moyenne européenne,
01:37mais qu'il faut qu'il se concentre davantage sur les modes de garde, sur le congé de naissance,
01:41qui a été fait depuis le 1er juillet avec un congé de naissance, va dans la bonne direction.
01:45Mais il faut aussi dire très franchement les choses, même si on fait tout ça, ça ne va pas suffire.
01:50Et ça ne va certainement pas inverser la courbe très rapidement.
01:52Il ne va pas y avoir un baby-boom dans l'année qui vient.
01:55Et donc, il faut affronter cette courbe.
01:57Ça veut dire que comme tout notre modèle social est fondé sur la démographie,
02:01la natalité, les actifs qui financent ce modèle social,
02:04il faut affronter cette situation.
02:06Trois choses essentiellement.
02:08Soit, comme on est moins nombreux à travailler par rapport aux années précédentes,
02:12il faut être plus productif.
02:13C'est l'IA, c'est la robotique, première piste.
02:16Soit il faut travailler collectivement un peu plus dans sa vie.
02:19Et c'est la question, il faut l'assumer, de l'âge de la retraite.
02:22Il faudra partir en moyenne un peu plus tard.
02:24C'est inévitable si on veut sauver notre modèle social.
02:27Et puis, c'est la question, évidemment sensible, de l'immigration économique.
02:30Mais j'insiste que tous les pays européens traitent,
02:32même ceux qui le cachent un peu, comme l'Italie.
02:34L'Italie de Mme Méloni, qui est très ferme sur l'immigration illégale,
02:38en tout cas qui l'affiche,
02:39c'est un million de travailleurs légaux en cinq ans
02:42qui ont été accueillis, à la demande du patronat d'ailleurs,
02:44pour compenser la baisse démographique.
02:46C'est-à-dire, ça veut dire une immigration économique,
02:48une politique des quotas ?
02:49Ça veut dire, après les modalités sont un débat politique,
02:52mais ça veut dire en tout cas,
02:53qu'avoir de l'immigration économique de travail,
02:57c'est certainement inévitable en France et en Europe les années qui viennent.
03:00Il n'y a pas une seule solution.
03:01Ce que je dis, c'est qu'on ne peut pas dire à la fois,
03:02on ne veut pas toucher à la retraite,
03:04on ne veut pas d'immigration économique,
03:05et on ne veut pas des politiques pour être plus productifs.
03:07On ne peut pas fermer les trois portes à la fois.
03:09Dans ce que vous entendez,
03:10quel est celui parmi les candidats aujourd'hui à la présidentielle
03:13qui correspond le mieux à ce que vous venez de définir ?
03:15Je reste sur la méthode que j'ai définie.
03:17Moi, je ne donne pas de bons et de mauvais points.
03:18J'ai trouvé, en tout cas, en écoutant le débat au MEDEF,
03:21que ce sujet venait un petit peu.
03:23Mais on ne peut pas être comme...
03:25Moi, ce qui m'a inquiété, par exemple,
03:26c'est la position du Rassemblement National,
03:28qui veut reculer sur l'âge de la retraite,
03:30mais qui ne veut pas non plus d'immigration.
03:32Je n'écarte personne,
03:32mais qui ne veut pas non plus d'immigration économique.
03:34Et qui se prévaut de M. Orban,
03:36qui viennent quitter le pouvoir,
03:37ou de Mme Mélanie,
03:37alors qu'ils ont fait, eux-mêmes,
03:39exactement le contraire.
03:40Ils régularisent, ils accueillent,
03:41de manière organisée,
03:43des travailleurs étrangers
03:44pour compenser cela.
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