00:00Bonjour Philippe Audry.
00:01Bonjour Mme Roch.
00:03Je vous écoute.
00:04Vous savez, c'était semaine de rentrée scolaire,
00:06ce qui éveille en moi des souvenirs aigredoux,
00:09parce que moi je n'avais pas d'amis à l'école.
00:11En effet, personne ne voulait jouer avec moi
00:13et mes soldats de plomb,
00:15ainsi que tous mes autres jouets quand c'est jeune de 1932.
00:18Et puis, l'école a été aussi le théâtre d'échecs amoureux.
00:22En effet, je conserve de douloureux souvenirs
00:24de la fois où j'ai cru que Victor Hugo
00:25me permettrait de découvrir l'amour.
00:27Je me souviens, j'ai regardé ma soupirante
00:29et dit « Madame, je mettrai tout mon peuple à genoux
00:32pour un regard de vous ».
00:34C'est intense dire ça à 11 ans
00:36à ta directrice d'école qui est une mère supérieure.
00:39Mais, au moins, l'école m'a appris des valeurs fondamentales
00:43comme « les derniers seront les premiers ».
00:45Dernier choisi au ballon prisonnier,
00:47premier à recevoir le ballon dans la gueule.
00:49Donc, pour bien comprendre votre système scolaire,
00:52j'ai écouté votre ministre de l'Éducation nationale
00:54qui a dit ici, fièrement,
00:56il y aura un professeur devant chaque classe.
00:59Alors, il est fier de quoi?
01:01Parce que c'est comme le pilote qui est fier de dire
01:04« Il y aura du carburant jusqu'à la fin du vol ».
01:06Et là, il a nuancé en disant
01:07« Mais là où il n'y en aura pas,
01:08ce sera marginal ».
01:09Mais ce n'est pas moins grave parce que c'est marginal.
01:12Imaginez si Peugeot dit
01:13« Certaines de nos voitures manquent de frein,
01:16mais c'est marginal ».
01:17Et il a conclu
01:18« Pour les remplacements,
01:20vous comprendrez que je ne peux offrir aucune garantie ».
01:22Ben non, je ne comprends pas.
01:23C'est son métier d'offrir une garantie.
01:26Sinon, mettez la FNAC à l'éducation.
01:28Parce que si le ministre n'offre aucune garantie
01:30pour l'éducation,
01:31la FNAC en offre 14 pour un chargeur à 3 euros.
01:35Et ce n'est pas la pénurie de profs qui m'étonne,
01:37mais la fierté.
01:38Parce qu'au Québec aussi,
01:39notre ministre a dû affronter une pénurie,
01:41mais le nôtre avait honte.
01:43Parce qu'au Québec,
01:44on n'a pas le même rapport à la fierté.
01:45La fierté, pour nous, c'est de la sauce piquante.
01:47À juste dose, ça rehausse tout.
01:49Mais si tu en mets trop,
01:51désolé, mais ça fait chier tout le monde.
01:53Alors, ça prend vraiment un français
01:55pour être fier de l'ordinaire.
01:56Parce que juste en France,
01:57où tu entends dans un supermarché,
01:58tu lis « Nos légumes sont frais ».
02:00Ou tu es un café,
02:01t'entends un gars dire
02:02« Moi, je ne trompe pas ma femme ».
02:03Ben, quel exploit ?
02:04Ou au Louvre.
02:05Un musée bien gardé.
02:06Moi, c'est comme si je disais
02:07« Venez voir mon spectacle, je serai là ».
02:09En fait, la France a tellement de choses extraordinaires
02:12dont vous pouvez être fier
02:13que vous êtes capable d'être fier de rien.
02:15Vous regardez la tour Eiffel,
02:16les Calanques ou un Renoir,
02:17puis vous dites « Ouais, pas mal ».
02:19Par contre, donne à un français
02:21un train à l'heure,
02:21puis il va crier « Mais c'est magnifique ».
02:23Alors voilà, je n'ai pas de chute finale,
02:25mais bon, c'est marginal.
02:26Merci beaucoup, Philippe-Audrey.