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  • il y a 2 mois
Dans cette vidéo, nous expliquons, à travers l’enquête intime de Garance Muñoz, pourquoi, quatre-vingt-dix ans après la guerre civile et cinquante ans après la fin de la dictature, l’Espagne cherche encore ses disparus. Une quête familiale qui éclaire l’un des chapitres les plus sensibles de l’histoire espagnole. Retrouvez ci-dessous le premier épisode de ce podcast en cinq épisodes.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Mon arrière-grand-mère a dit à ses enfants
00:02« Votre père est mort et en fait, il n'y a jamais eu d'enterrement. »
00:05J'ai l'impression que dans ma famille, je peux remonter le fil
00:07et qu'il y a un endroit où ça s'arrête.
00:09Où en fait, il y a un espèce de trou noir et puis personne n'en parle.
00:12On fait comme si ça n'existait pas et ce n'était pas important.
00:15« Coucou papa, je ne te dérange pas. »
00:16« Coucou. Non, non, vas-y. »
00:18« Je crois, je ne suis pas sûre à 100%,
00:21mais que j'ai trouvé une possible fausse commune
00:24où ton grand-père pourrait être enterré. »
00:27Garance Munoz est journaliste au service Podcast du Monde.
00:31Elle a enquêté pendant un an sur la fausse commune
00:34où est enterré son arrière-grand-père,
00:36mort pendant la guerre civile espagnole.
00:38Son histoire reflète celle d'une centaine de milliers d'autres personnes.
00:42En Espagne, la guerre civile, qui dure de 1936 à 1939,
00:47et la dictature de Franco, qui a suivi jusqu'en 1975,
00:51ont fait 500 000 à 700 000 victimes.
00:54Des victimes des bombardements, de la faim ou de la répression politique,
00:58et bien sûr des combattants morts sur le fond.
01:00Beaucoup sont enterrés anonymement, à la va-vite,
01:03dans près de 6 000 fausses communes partout en Espagne.
01:07Comme l'arrière-grand-père de Garance Munoz,
01:09José Molina-Lopez, socialistes,
01:11engagés dans l'armée républicaine et tués en 1938.
01:15Aujourd'hui, 90 ans après le début de la guerre,
01:18une étude de 2008, la dernière en date,
01:20estime que 114 000 personnes n'ont toujours pas été retrouvées.
01:25Comme après la dictature se met en place,
01:27mon arrière-grand-mère n'a aucune nouvelle
01:28de où pourrait être ce corps,
01:31et il n'est jamais envisagé qu'elle puisse le récupérer.
01:34Retrouver les disparus, émission impossible pendant la dictature,
01:38et reste compliqué même après la mort de Franco en 1975.
01:42En fait, la transition démocratique se fait
01:44sans véritable rupture avec le régime franquiste.
01:47Si bien qu'en 1977,
01:50le Parlement espagnol adopte une loi d'amnistie
01:53qui protège les anciens membres du régime de Franco.
01:56Résultat, tous les crimes sont oubliés
01:58et avec eux leurs victimes.
01:59Et ce n'est qu'en 2000 que les choses bougent.
02:02Cette année-là est réalisée la première exhumation
02:05selon un protocole scientifique.
02:07Et elle est très médiatisée.
02:09Les 2-3 ans qui suivent
02:10constituent un choc pour l'Espagne de l'époque,
02:14qui découvrent la réalité de ces fausses communes,
02:17qui révèlent quelque chose qui était cette grande répression.
02:19C'est à partir de là
02:20que le pays entame un travail de mémoire.
02:23En 2007, une première loi mémorielle est adoptée.
02:26Mais elle reste une loi de compromis
02:28et laisse les familles de disparus insatisfaites.
02:31Ce n'est qu'en 2022
02:32qu'une nouvelle loi change la donne.
02:34Elle prévoit de nouvelles mesures
02:36pour faire reconnaître les crimes
02:38de la dictature de Franco et ses victimes,
02:40et instaure notamment une banque ADN nationale
02:43pour faciliter leur identification.
02:45Pour la première fois,
02:47l'État endosse très clairement
02:49la responsabilité d'aller chercher ces fausses communes
02:53et de restituer le corps aux familles.
02:55Mais ces avancées sont régulièrement sapées
02:58dans les régions dirigées par la droite
03:00et l'extrême droite.
03:01Et quand ce travail mémoriel est possible,
03:04il arrive parfois trop tard,
03:05notamment pour l'identification des victimes
03:07dont les corps sont en mauvais état.
03:09On n'a aucun espoir de pouvoir l'ouvrir,
03:12récupérer exactement les ossements.
03:14Mais finalement, le fait d'être allé sur place
03:16et de voir que c'était un endroit
03:18qui était beau, qui était très paisible,
03:21ça fait que la sépulture a du sens.
03:23Et que finalement, ce lieu se suffit à lui-même
03:25et qu'on est nous-mêmes apaisés
03:27de savoir que c'est ici
03:28et qu'on pourra y retourner quand on veut.
03:31Cette grande histoire qui nous a privés
03:33de quelque chose,
03:34on la répare en la connaissant,
03:36en la comprenant.
03:36Mais là, c'est ici.
03:39Ah ouais, c'est ça.
03:41Eh ben,
03:44j'aurais pas cru être pris par l'émotion comme ça, tu vois.
03:48Son enquête, Garance Munoz la raconte
03:50dans un podcast en 5 épisodes,
03:52à retrouver en streaming
03:53et sur lemonde.fr.
03:57Sous-titrage Société Radio-Canada
03:57Sous-titrage Société Radio-Canada
04:00Sous-titrage Société Radio-Canada

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