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  • il y a 7 semaines
Jean Jouzel climatologue et parrain du SIBCA (le salon de l'immobilier bas carbone) interpelle les décideurs à l’approche de la présidentielle et nous alerte sur l’accélération du dérèglement climatique après les les épisodes de chaleur extrême de l’été 2026. Adaptation et décarbonation doivent être des priorités dans les choix politiques à venir selon le climatologue.
Une émission spéciale enregistrée au SIBCA.

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Transcription
00:00...
00:04Bismarck for Change est donc au CIPCA, le salon de l'immobilier bas carbone.
00:07J'ai le plaisir d'accueillir le parrain officiel du CIPCA,
00:11le climatologue, paléo-climatologue Jean Jouzel. Bonjour.
00:14Bonjour Thomas Hugg.
00:15Bienvenue, heureux de vous accueillir.
00:17Vous êtes membre de la Camille des sciences, directeur de recherche émérite au CE.
00:21Vous avez participé à la grande aventure du GIEC,
00:23évidemment le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
00:28Je ne sais même pas si on en sort, parce qu'on nous annonce pour les jours prochains
00:31encore un nouvel épisode caniculaire sur une partie de la France.
00:34Bref, un été malheureusement record en termes de canicules historiques,
00:39juin, juillet, peut-être septembre, le mois le plus chaud jamais enregistré en France.
00:43Bref, est-ce que c'est une nouvelle réalité climatique à laquelle on doit malheureusement s'habituer ?
00:48Oui, on doit malheureusement s'y habituer, mais ce n'est pas une nouvelle réalité climatique.
00:52Dans les grandes lignes, c'est vraiment ce que nous envisageons,
00:56justement depuis le début, depuis le premier rapport du GIEC, depuis près de 40 ans,
01:01depuis le rapport charné en 79.
01:03Donc, en fait, le rythme de réchauffement est vraiment sur ce qui était envisagé, anticipé,
01:08en tout cas à l'échelle décennale, pas année après année.
01:11Il y a des années exceptionnelles comme celles que nous avons vécues.
01:14L'élévation du niveau de la mer est deux fois plus rapide qu'il y a 30 ans.
01:17Tout ça s'était prévu et était également prévu.
01:20Eh bien, cette intensification des événements extrêmes, voilà, avec des canicules,
01:26on peut parler de sécheresse à répétition, de pluie de plus en plus intense.
01:30Mais surtout, ce qui nous a bien sûr interrogés, ce sont ces canicules à répétition.
01:37Et c'est vraiment ce qui est envisagé, des canicules à la fois plus précoces,
01:41ça a pratiquement commencé en mai, enfin en tout cas des vagues de chaleur,
01:46plus tardives, ça nous le verrons, mais septembre s'annonce peut-être assez chaud.
01:51Et puis, plus intense, ça vous l'aviez annoncé depuis longtemps.
01:54Voilà, alors il y a quand même, je dis dans les grandes lignes,
01:58quand on regarde dans les détails, il y a quelques petites différences.
02:01Par exemple, eh bien, ce qu'on observe, c'est que les records de chaleur
02:06augmentent beaucoup plus rapidement que la température moyenne à l'échelle planétaire.
02:10En France, par exemple, les températures moyennes ont augmenté d'à peu près 2 degrés.
02:15Donc, en fait, eh bien, les records de chaleur ont, dans certains points,
02:19augmenté jusqu'à 4 fois plus rapidement.
02:21C'est vrai aussi pour l'Europe de l'Ouest.
02:23Et en fait, quand on regarde les modèles du climat, c'est bien ce qu'ils prévoient,
02:27mais plutôt 3 fois plus rapidement au maximum.
02:29Donc, ouais, en gros, ça a été, disons, les records de chaleur
02:33augmentent un peu plus rapidement que nous l'envisageons.
02:35La géographie, par exemple, moi, j'ai longtemps dit que ma Bretagne natale
02:39échapperait un peu aux vagues de chaleur.
02:41Et j'y ai passé une partie de l'été, on a vraiment les 40 degrés ont été dépassés
02:46vraiment de assez, je ne dis pas assez régulièrement,
02:49mais quelques journées au-delà de 40 degrés.
02:51Ce n'était absolument pas peut-être ce que nous envisageons.
02:54Alors, il y a deux mots qu'on utilise et deux stratégies
02:58qui sont évidemment complémentaires.
03:00Il y a l'atténuation, l'adaptation.
03:02Est-ce que ça veut dire que nos efforts d'atténuation ont été vains ?
03:07Si on en est là aujourd'hui.
03:07Non, ils n'ont pas été vains.
03:08Bon.
03:08Non, il ne faut pas non plus être trop pessimiste.
03:12Si on remonte à les...
03:14Si vous m'aviez interrogé, je crois que vous l'aviez fait d'ailleurs, Thomas,
03:17il y a une trentaine d'années ou une vingtaine d'années,
03:19je crois qu'on l'a fait.
03:20Eh bien, on parlait régulièrement d'un scénario
03:23qui nous emmènerait vers une température moyenne,
03:26un réchauffement moyen planétaire qui pourrait atteindre 5 degrés.
03:30Donc cela, effectivement, ce n'est plus envisageable.
03:35Enfin, je l'espère.
03:37Si on maintient les efforts actuels, on échappera à ce scénario ?
03:41Oui, on va plutôt vers 3 degrés.
03:43C'est moins mal.
03:43Alors, ce n'est pas suffisant.
03:45Mais c'est regrettable de dire que ce qui a été fait n'a pas été utile.
03:51Il y a des choses qui ont été faites.
03:53Et on voit bien d'ailleurs, c'est peut-être un peu symptomatique,
03:56Donald Trump, disons, a reproché effectivement au GIEC
04:01d'abandonner ce scénario émetteur.
04:03On ne l'a pas abandonné.
04:05Il était envisageable il y a 30 ans.
04:07Nous l'avions effectivement.
04:09Et il est logique que le GIEC l'abandonne aujourd'hui
04:12parce qu'il n'est plus envisageable.
04:14Justement parce que des mesures ont été prises
04:16d'atténuation du réchauffement climatique.
04:20Nous espérons, alors voilà, ça dépend beaucoup de la Chine,
04:22mais nous espérons que le maximum d'émissions sera atteint avant 2030.
04:28Alors, en 2030, très probablement, mais très certainement, je dirais,
04:31mais peut-être même l'an prochain ou l'année d'après.
04:34Donc, il y a des choses qui se sont passées.
04:35Mais on est loin du compte parce que l'objectif final,
04:38c'est la neutralité carbone.
04:39Et donc, ce n'est pas 50 milliards d'émissions de gaz à effet de serre
04:45d'équivalent CO2, c'est vraiment arrivé à zéro.
04:47Avec des efforts qui produisent leurs effets à quoi ?
04:52Moyen ou long terme ?
04:53Si on se projette en 2050, dans un peu moins de 25 ans,
04:57qu'est-ce qu'on peut imaginer ?
04:58Absolument.
04:58C'est-à-dire que, voilà, disons, prenons les 20 prochaines années.
05:03Eh bien, le climat de 2045 est pratiquement indépendant de ce que nous allons émettre
05:13entre aujourd'hui et 2045 à l'échelle au cours des deux prochaines décennies.
05:18Voilà.
05:18Tout simplement parce que c'est cumulatif.
05:20Il y a une certaine inertie.
05:22A l'inverse, ce que nous allons émettre entre aujourd'hui et 2045,
05:28eh bien, va jouer un rôle important sur le climat de la deuxième partie du 21e siècle
05:34et sur la capacité, voilà, des jeunes d'aujourd'hui,
05:38sur notre capacité à revenir bien en deçà de 2 degrés.
05:42C'est l'objectif, disons, le moins ambitieux de l'accord de Paris.
05:47Mais c'est un objectif qui est en mesure d'assurer,
05:51enfin, de préserver la capacité d'adaptation des jeunes d'aujourd'hui
05:54dans la deuxième partie de ce siècle.
05:56Et c'est cela qui est important.
05:57C'est-à-dire que, bien sûr, il faut s'adapter.
05:59Les 20 prochaines années, le réchauffement climatique est inéluctal.
06:02Nous allons atteindre 1,5 degré à l'échelle planétaire,
06:05peut-être 3 degrés en France à l'horizon 2050.
06:08Donc, il faut s'adapter.
06:09Mais il faut aussi préserver la capacité d'adaptation des jeunes d'aujourd'hui
06:12et les émissions que nous allons, disons, mettre,
06:16ce que nous allons mettre dans l'atmosphère est essentiel.
06:18Donc, il faut jouer sur les deux tableaux.
06:20Ils sont tout aussi importants.
06:22C'est une histoire de contrat de génération,
06:25de solidarité intergénérationnelle et de temps long.
06:28Oui, mais...
06:29Les politiques manquent un peu souvent.
06:30Vous avez eu quand même la dent assez dure cet été.
06:33Je vais vous citer, c'était une interview à Ouest France en juillet.
06:36Emmanuel Macron a commis une erreur politique.
06:38Alors, vous y allez, vous dites, il a entubé tout le monde.
06:40Pourquoi vous avez été aussi...
06:41Oui, c'est peut-être un langage chatier.
06:42Donc, j'aurais pu dire, il a berné tout le monde.
06:45Il a...
06:45Bon, il y a un moment où je peux comprendre qu'un scientifique soit un peu en colère.
06:49Mais c'est vrai.
06:50C'est-à-dire que, y compris moi-même, je comptais...
06:54J'avais un certain enthousiasme pour...
06:58Par rapport aux annonces d'Emmanuel Macron, voilà, dans son livre Révolution, il me cite,
07:03nommément, en disant, des scientifiques comme Jean Jouzel nous ont prévenus,
07:08ils ne peuvent pas se tromper.
07:09Enfin, c'est à peu près les termes qu'il a pris.
07:11Et puis, il y a ce mec à Oplanet Great Again dans les premiers mois de son mandat.
07:14C'est pour ça, quand on regarde, il y avait un...
07:16Voilà, j'étais...
07:17Voilà, j'ai essayé de participer au maximum à cette prise, à cet élan initial
07:23qui s'est concrétisé dans la Convention citoyenne pour le climat.
07:28Alors, qui était aussi quand même, disons, une stratégie de sortie, d'ailleurs,
07:31qui a été réussie, mais aussi du Covid, du mouvement des Gilets jaunes.
07:35Mais c'était formidable, disons, ces 150 citoyens, vraiment réunis...
07:43Donc, nous étions, j'étais membre du comité de gouvernance
07:47au Conseil économique, social et environnemental.
07:49Les propositions étaient vraiment très riches.
07:51Et elles restent très riches, d'ailleurs.
07:53On en a appliqué quelques-unes, quand même.
07:55Emmanuel Macron avait promis, s'était engagé à les appliquer sans filtre.
08:02Ce n'est pas du tout que les citoyens comptaient faire la loi.
08:05Ils espéraient que leurs propositions arriveraient à l'Assemblée nationale, au Sénat,
08:09telles qu'ils les avaient formulées.
08:11Ce n'a pas été du tout le cas.
08:12En gros, chaque ministère a dit, la Convention, c'est très bien,
08:16mais sauf pour ce qui concerne mon ministère.
08:19Et le résultat, c'est que...
08:19Donc, il y a déjà eu une déperdition d'ambition entre les propositions de la Convention citoyenne
08:24et ce que les ministères en ont fait pour l'emmener à la santé ou au Sénat, quoi.
08:28Je ne dirais pas non plus là que là, rien n'a été fait.
08:31Il y a eu des lois qui ont pris en compte certaines des propositions,
08:34mais souvent à minima.
08:37Par exemple, une des propositions, c'était de taxer les véhicules lourds,
08:43qu'ils soient électriques ou thermiques.
08:48Donc, les citoyens ont proposé de taxer au-delà d'une tonne d'eux.
08:51C'est bien dans la loi, mais c'est au-delà de deux tonnes.
08:53Alors, avec les citoyens, il y aurait eu 25% des véhicules lourds qui auraient été surtaxés.
08:58Avec la proposition telle qu'elle est dans la loi, je crois qu'il y en a 1 ou 2%.
09:02Donc, on peut dire...
09:03Bon, je considère qu'elle n'a pas été appliquée, qu'elle n'a pas été mise en oeuvre.
09:07Comment ? Alors là aussi, on peut faire appel à votre expérience de scientifique qui alerte depuis des décennies.
09:12Comment vous expliquez que les politiques, mais peut-être aussi les citoyens qui les élisent,
09:20passent à autre chose.
09:21Là, on sort, on l'a dit, de cet été caniculaire.
09:24Je ne suis pas sûr que la campagne présidentielle va porter les enjeux environnementaux,
09:28au sommet.
09:28Comment vous l'expliquez ?
09:29Non, je n'en suis pas sûr non plus.
09:31Je crains que ce ne soit pas le cas.
09:33Je crois qu'il faut d'abord, effectivement, peut-être avant de regarder vers les décideurs politiques,
09:38regarder vers chacun d'entre nous.
09:40Chacun d'entre nous, enfin, on est plus ou moins attaché à un mode de vie que nous avons connu,
09:44en tout cas ma génération.
09:47Disons, la consommation a, je dirais, sans limite, enfin une limite financière pour beaucoup de gens, malheureusement.
09:52Mais je veux dire, voilà, cette idée d'un monde très ouvert, aussi bien, bon, les voyages en avion.
10:01Voilà, donc c'est vraiment inscrit, je crois.
10:04On a du mal à en sortir.
10:05Chacun d'entre nous, je crois, je peux me, disons, regarder moi-même mes activités.
10:11Bon, je ne suis pas parfait, non, loin de là.
10:12J'essaie, effectivement, d'être en ligne par rapport à ce que je propose, dans ce qui serait envisageable.
10:21Mais avant, et c'est pour cela, d'ailleurs, que les politiques, il y a un écho très fort du
10:27ne rien faire des politiques dans le corps électoral.
10:31Beaucoup, beaucoup de personnes souhaitent qu'on passe à autre chose.
10:34Et beaucoup espèrent que ça a été un été exceptionnel, ce qui est le cas, et qu'il ne se
10:40reproduira pas à échéance, disons, alors pour le politique, à échéance de leur mandat.
10:45Ça, ce n'est pas sûr, parce que ça s'accélère.
10:48La dernière vague de chale, les dernières, c'est 2019, 2022, 2026.
10:52Bon, il y a quand même des risques.
10:53Alors, il ne faut surtout pas dire que 2027, 2028 seront des années aussi chaudes que, ou les étés seront
10:59aussi chauds que 2026.
11:01Mais il est quasiment certain qu'à échéance de quelques années, en tout cas de la vie, c'est-à
11:05-dire qu'on retrouvera un été tel que celui-là, et même plus intense.
11:09Mais est-ce que, et alors là, je vais pointer la responsabilité, ma responsabilité de journaliste, la responsabilité de ceux
11:15qui racontent l'actualité ou qui racontent l'histoire.
11:18Est-ce que c'est aussi une difficulté à se projeter dans un autre mode de vie, mais qui aura
11:24aussi plein d'avantages et qui pourra être, qui n'est pas seulement sacrificiel, vous voyez ce que je veux
11:29dire ?
11:29Qu'est-ce qu'on a loupé, là ? Je dis « on » parce que j'en prends ma
11:33part.
11:33Non, alors, deux choses. Merci de me tendre la perche.
11:36Oui, pour moi, je pense que l'objectif premier, c'est d'atteindre neutralité carbone, de se désintoxiquer des combustibles
11:46fossiles qui ont comme premier, je dirais, seul mérite de fournir de l'énergie.
11:51Donc, c'est bien cela.
11:52Alors, je pense, donc, la transition vers une neutralité carbone passe en premier lieu, pas uniquement, passe en premier lieu.
12:02Alors, on parle de sobriété, d'économie d'énergie, bien évidemment, c'est clé, mais aussi de mode de production
12:07d'énergie.
12:07Voilà, et on peut effectivement, à l'échelle planétaire, produire suffisamment d'énergie pour satisfaire tous les besoins, y compris
12:15dans les pays en développement avec le solaire, à partir d'énergie non émettrice de carbone.
12:21Alors, il y a des pays comme la France qui, disons, parient en partie sur le nucléaire, mais les énergies
12:26renouvelables doivent jouer un rôle de plus en plus important, en tout cas en France, je l'espère, mais aussi
12:30à l'échelle planétaire.
12:31Et c'est vraiment, je crois, si on imagine un monde, cette neutralité carbone serait atteinte.
12:38Je crois que d'abord, il y a une meilleure qualité de vie.
12:41Donc, c'est beaucoup aussi.
12:42Il y a un point qui est important.
12:43On peut construire un dynamisme économique autour de cette transition.
12:46Il ne faut surtout pas penser le contraire.
12:48C'est vraiment l'économie, c'est faire, enfin, voilà, disons, avoir des activités.
12:53Alors, ça peut être aussi beaucoup d'innovation pour les jeunes.
12:56C'est attractif.
12:56En fait, imaginons cette transition réalisée, plus de combustibles fossiles.
13:02Grosso modo, quand même, c'est aussi beaucoup de pollution, des pollutions urbaines, des pollutions sonores, vraiment.
13:08Et voilà, les pollutions industrielles sont liées à l'utilisation du pétrole sous différentes formes, du charbon dans certains pays.
13:15Donc, oui, effectivement, il n'y a pas de raison de ne pas la faire, sauf peut-être des raisons
13:20économiques,
13:20parce que, eh bien, disons, l'exploitation des ressources naturelles reste toujours moins chère.
13:28Alors, c'est moins vrai maintenant, de moins en moins vrai, par rapport à développer des énergies renouvelables du nucléaire.
13:35Alors, pourquoi vous êtes parrain de ce salon, Jean Jouzel ?
13:39Pourquoi le CIPCA ?
13:40Et alors là, est-ce qu'on est plus dans cette idée, peut-être, d'inventer, de trouver, de développer,
13:46de faire passer à l'échelle des solutions qui existent, notamment en termes d'adaptation ?
13:50Il y a l'attélmation, mais il y a aussi l'adaptation.
13:52Donc, je me suis impliqué dans BBCA et puis dans le CIPCA, je crois, dès sa première, disons, dès sa
13:59première, je crois que c'était, il y a 5 ou 6.
14:01C'est la cinquième édition.
14:02Oui, la cinquième, c'est ça. J'allais dire 5 ou 6, mais j'ai dû participer à toutes les
14:05éditions du CIPCA.
14:06Voilà, merci de m'inviter.
14:09Et donc, pourquoi ? Parce que, voilà, je suis effectivement un scientifique, je crois un lanceur d'alerte.
14:16Enfin, en tout cas, j'essaye de transmettre ce que nous apprenons dans nos laboratoires au grand public, aux décideurs
14:23politiques, aux médias.
14:24Nous sommes ici. Mais je me suis aussi intéressé, on m'a invité à m'intéresser aux solutions.
14:30Et je me suis intéressé, bon, j'ai participé, je crois que le premier, ma première implication vraiment très importante,
14:39c'est le Grenelle de l'environnement,
14:41où j'ai présidé le groupe, le groupe 1, climat, enfin, il y avait l'énergie, le bâtiment et l
14:46'urbanisme et puis la mobilité.
14:48Donc, voilà, donc, c'était, c'était le, je pense que les propositions du Grenelle étaient aussi extrêmement intéressantes.
14:56D'ailleurs, on les retrouve dans les conventions citoyennes pour le climat, au moins en partie.
15:01Donc, ça se construit petit à petit, ces solutions.
15:04Et voilà, donc, dès ce moment-là, il faut bien comprendre que dans le Grenelle de l'environnement, on est
15:08en 2008,
15:09il y a près de 20 ans maintenant, au 2007, au départ, eh bien, on pariait beaucoup, on espérait beaucoup
15:15du bâtiment, du bâtiment à l'urbanisme.
15:17Parce que c'est un gros émetteur de gaz à effet de serre.
15:20Voilà, un gros émetteur de gaz à effet de serre.
15:21On avait des objectifs de diminution qui ont été réalisés sur le neuf, grosso modo.
15:27Alors, en tout cas, sur la construction du neuf, son utilisation, c'est un autre problème.
15:31Mais c'est vrai que la rénovation, par exemple, mérite aussi le même regard, la même ambition par rapport aux
15:38émissions de gaz à effet de serre.
15:40Et donc, oui, je me suis naturellement intéressé à ces aspects bâtiments et organismes à travers le Grenelle,
15:46puis à travers la convention citoyenne et dans différents débats.
15:49Ça veut dire qu'il y a des villes françaises qui sont en train de revoir leur façon de construire,
15:56de végétaliser, de, je ne sais pas, récupérer, consommer l'eau.
16:01Ou alors, on en est vraiment au balbutiement pour vous ?
16:03Non, j'étais tout à l'heure, je prépare une conférence, dans la préparation d'une conférence que je donnerai
16:08à Montpellier, en octobre prochain.
16:12Donc, on discutait, enfin, mes interlocuteurs, on discutait du bâtiment et de l'urbanisme.
16:17Voilà, la question est posée. Est-ce qu'on peut continuer ?
16:20Alors, dans ma génération, les gens ont envie de grandes baies, de grandes baies vitrées et tout.
16:25Là, on a une grande baie vitrée au-dessus de nous.
16:27Voilà, certains, on doit s'interroger sur ce type d'urbanisme, voilà, qui est caduque par rapport au réchauffement climatique.
16:36Une des priorités, alors, bien sûr, il faut absolument que le bâtiment soit bien isolé l'hiver.
16:43Mais une des priorités actuellement dans beaucoup de régions, c'est d'assurer le confort d'été.
16:49En particulier dans les logements les plus modestes, parce que généralement, ils ne sont pas du tout adaptés.
16:55On voit bien au moment des... alors, voilà, le confort d'été, c'est aussi sous les toits.
16:59Je crois qu'il y a eu, enfin, peut-être pas, je n'ai pas les statistiques pour le dernier
17:02été,
17:03mais disons proportionnellement, il y a eu quatre fois plus de décès pendant les vagues de chaleur
17:07pour les personnes vivant sous les toits que celles vivant aux autres étages.
17:11Mais on se retrouve avec quelques aberrations, c'est-à-dire des bâtiments ou des logements
17:16qui sont classés A, alors des PEA, et ce sont des brouilloirs thermiques.
17:20Donc ça veut dire qu'on n'avait pas intégré cette dimension, alors que vous alertez, vous nous le disiez.
17:24Je vais revenir à ma Bretagne natale, mais j'ai toujours un peu de déception quand on regarde la gare
17:31de Rennes
17:31qui a été conçue il y a 15 ans, c'est-à-dire à un moment, on parlait déjà de
17:35réchauffement climatique.
17:36Elle est aussi, ce sont simplement des vides, c'est invivable l'hiver, très froid et trop chaud l'été.
17:41C'est incroyable. Évidemment, ils ont mis des ventilateurs et tout, mais ça interroge vraiment sur le manque de prise
17:47de conscience de l'architecture.
17:49Je me suis beaucoup investi au début des années 2000. J'ai essayé de m'investir auprès des écoles d
17:53'architecture,
17:53mais il n'y avait pas de réceptivité par rapport à ce problème de confort d'été.
17:58Franchement, je parlais de confort d'été dans le Grenade de l'Environnement il y a 20 ans et c
18:02'était un peu un désert,
18:03sauf qu'on avait quand même Yves Lyon, qui était un architecte, qui était vice-président,
18:14il s'occupait de la partie bâtiment et urbanisme, mais lui était extrêmement ouvert par rapport à tout cela.
18:19Mais il y a des solutions techniques. On recevait ici même une entreprise qui fabrique notamment du verre bas carbone
18:26et qui disait qu'on peut, par exemple, poser du verre qui va filtrer les rayons du soleil
18:31et donc limiter le réchauffement à l'intérieur des maisons, des appartements.
18:36Absolument, il y a des solutions techniques. Alors, parce que oui, et c'est un peu ce que j'ai
18:41essayé de dire,
18:42c'est-à-dire que réussir la transition, c'est aussi innover.
18:48Alors, bien sûr, l'innovation, pour nous, climatologues, n'a de sens que si elle s'inscrit dans cette dynamique
18:55de neutralité carbone.
18:57Bon, des innovations telles que, disons, on peut se poser la question, par exemple, sur l'intelligence artificielle
19:02qui, au contraire, est appelée à utiliser beaucoup d'énergie et émettre pas mal de gaz à effet de serre.
19:08Mais disons, l'innovation, je suis pour, si elle s'inscrit dans cette...
19:11Et c'est dans le bâtiment, eh bien, il y a beaucoup d'innovation à attendre des matériaux, des modes
19:17de construction.
19:18On a du retard, par exemple, sur les matériaux, enfin, sur la rénovation.
19:24On n'est pas très bon au niveau des matériaux encore. Je crois que l'Allemagne est un peu meilleure
19:28que la France.
19:29Donc, oui, il faut de l'innovation. Il faut innover en termes de matériaux, en termes de modes de construction.
19:34Mais la rénovation est un véritable pari parce qu'on a... Bon, il faudra rénover 700 000 logements en France
19:41chaque année.
19:42C'est un chantier gigantesque.
19:42Il est rénové de façon optimale du point de vue énergétique et climatique. Et c'est loin d'être gagné.
19:48Vous disiez dans une interview au Monde en mars dernier, il n'y a pas de secteur d'activité qui
19:53puisse dire que le réchauffement n'est pas son affaire.
19:56Est-ce que ce secteur, puisqu'on est au salon de l'immobilier, vous le trouvez quand même ?
20:02Et j'imagine que si vous êtes parrain de l'événement, la réponse est peut-être positive, suffisamment préparé ou
20:11averti ou conscient de l'enjeu ou pas ?
20:14Conscient, oui. Voilà, je me suis investi au CIPCA. Le bas carbone, c'est quelque chose qui effectivement s'inscrit
20:21dans cette dynamique neutralité carbone.
20:23Je discute aussi avec d'autres entreprises impliquées dans le bâtiment. Ils essayent de se mettre au courant, mais souvent,
20:36dans les échanges, on arrive à la conclusion que c'est le coût qui nous empêche d'aller vraiment de
20:41l'avant.
20:41Ce n'est pas la technologie, mais pourtant, il faudrait passer sur ce problème de surcoût.
20:48Pourtant, on sait que le coût de la non-adaptation sera pire.
20:52Voilà, de la non-adaptation et même de l'utilisation d'énergie.
20:55Oui, effectivement, disons le coût ponctuel de la construction peut être plus important.
21:01Le coût intégré en tant qu'on de l'utilisation du bâtiment sur quelques décennies est gagnant.
21:07Mais c'est tout le problème et c'est le problème politique. C'est pour ça que je dis que
21:10c'est éminemment politique.
21:12Eh bien, c'est l'abandon du low terme par nos décideurs politiques.
21:16Un décideur politique par rapport au climat est beaucoup plus en train, enclin à, disons, à s'investir dans l
21:24'adaptation au réchauffement climatique parce que ça se fera sur la durée de son mandat.
21:29Toutes les mesures qui seront prises pour, disons, pour l'atténuation, le bénéfice en sera à échéance de quelques décennies.
21:37Et c'est ça le problème. C'est l'absence de cette vision du temps long de nos décideurs politiques.
21:42Et ça peut être le cas aussi dans certains constructeurs, même s'ils le savent.
21:46Je n'ai pas vu de constructeurs, de grands constructeurs qui ignorent les problèmes, disons, ces problèmes de réchauffement climatique,
21:53ces problèmes de confort d'été.
21:54Mais quelquefois, on me parle de surcoût et on n'ose pas aller jusqu'où il faudrait aller par rapport
22:00à la qualité de la construction.
22:02Est-ce que l'eau, je voudrais bien qu'on parle un peu de l'eau, de l'accès à
22:05l'eau.
22:07Est-ce qu'évidemment, qui dit canicule, dit sécheresse, ce n'est pas forcément lié, mais bon, c'est bon,
22:12c'est lié.
22:13Non, c'est lié, c'est concomitant.
22:15Non, pas systématiquement, mais c'est très souvent concomitant parce que l'un, disons, amplifie l'autre.
22:24Disons, quand il y a une canicule qui commence et ça assèche les sols et il y a moins de
22:28vapeur d'eau dans l'atmosphère.
22:29C'est un cycle assez vicieux qui fait qu'effectivement, canicule et sécheresse sont souvent concomitants.
22:36Et ça se traduit par une intensification des risques de feux de forêt, c'est très clair.
22:40Avec peut-être qu'une partie de nos téléspectateurs, téléspectatrices ont du mal à comprendre parce qu'il y a
22:44eu beaucoup de pluie, par exemple, cet hiver.
22:46On a dit, ah bon, dans beaucoup de régions, les nappes phréatiques se sont remplies.
22:49Et malgré tout, on continue de parler de sécheresse. Comment on explique ça ?
22:52Alors ça, c'est le, par contre, c'est le schéma malheureusement idéal pour les feux de forêt et qui
22:56risque de se reproduire.
22:58Ce que l'on envisage, au moins dans le nord de la France ou dans une partie de la France,
23:02ce sont plus de précipitations d'hiver avec, au niveau de la végétation, une végétation de printemps très fournie.
23:10Et c'est justement cette végétation de printemps très fournie qui sèche au début de l'été et qui va
23:17servir de combustible pour les feux de forêt.
23:19Mais ce mécanisme, disons, ce schéma, disons, précipitations très importantes en hiver, puis sécheresse, est malheureusement très favorable par rapport
23:32au risque de feux de forêt.
23:35Quant à l'eau lui-même, ça devient un vrai problème.
23:37On avait longtemps ce sentiment que l'eau était quelque chose, disons, dont on pouvait utiliser sans compter.
23:43Oui, c'est peut-être lié à la position géographique de la France, on se dit, on est un peu
23:47béni des yeux, on n'aura pas de souci d'eau.
23:48Absolument, même dans des régions comme la Bretagne, c'est vrai, il y a beaucoup de régions.
23:53Même dans des régions comme le sud-est, il peut y avoir des sécheresses très longtemps.
23:56On a compris qu'on pouvait s'alimenter depuis que les Alpes sont un réservoir magnifique.
24:02Mais malheureusement, là aussi, le réchauffement climatique fait que la fonte des neiges est avancée de quelques mois, de quelques
24:10semaines, voire de quelques mois.
24:11Et donc, du point de vue saisonnier, eh bien, il y a, disons, il y a beaucoup moins d'eau
24:16qui vient des montagnes, des massifs montagneux dans ces régions.
24:22Et là aussi, ça peut poser des questions.
24:24Donc, l'enseignement qu'on peut avoir, c'est que je crois que l'eau est un bien commun.
24:29Et ce que je regrette, je l'ai dit, c'est que, eh bien, alors, avec des arguments qui sont
24:34les leurs, je connais bien le monde agricole,
24:36je souhaiterais que ça ne soit pas un bien commun, mais que ça soit un bien à leur disposition première,
24:40qu'il soit prioritaire.
24:42Et je crois que non, il faut vraiment, il y a une utilisation de l'eau, bon, voilà, pour l
24:47'agriculture, pour notre alimentation directe, pour l'énergie.
24:51On a vu que ce n'est pas si simple. Disons, il y a vraiment des problèmes, il y a
24:56eu des problèmes sur les centrales nucléaires posées par le réchauffement climatique.
25:01Voilà, en tout cas en France, mais aussi dans d'autres régions, sur le Danube, mais aussi, c'est vrai
25:06aussi, bien sûr, pour le tourisme, tout cela.
25:08Donc, les activités économiques, donc, il faut garder, maintenir cette idée d'eau comme un bien commun.
25:14C'est un enjeu, évidemment, politique pour les pays, pour les villes, mais pour les entreprises aussi.
25:20Est-ce qu'il faut convaincre les entreprises que les enjeux hydriques, le stress hydrique, les arrêtés de restrictions d
25:26'eau, les concernent déjà ?
25:27Oui, elles les concernent déjà. Bon, voilà, je peux citer un exemple qui est, bon, sans prendre parti sur celui
25:33de ma région.
25:34Donc, je crois que c'est le DUF qui souhaitait s'établir à l'IFRÉ.
25:38Et en fait, en Ile-et-Vilaine, il n'y a pas un accès à l'eau très facile, il
25:41n'y a pas de nappe.
25:42Donc, on n'utilise que l'eau qui, pratiquement que l'eau de pluie, disons, quelques jours après.
25:47Et donc, voilà, ça a été, disons, son projet a été contesté parce qu'il utilisait relativement beaucoup d'eau.
25:53Et d'ailleurs, il ne s'est pas concrétisé en France.
25:56Donc, c'est un exemple où, déjà, le problème de l'eau, disons, a posé une, disons, a immédiatement posé
26:03celui de l'implantation d'une entreprise.
26:05Alors, je ne sais pas si c'est à tort ou à raison, mais c'est clair que nous sommes
26:08dans une région où on doit réfléchir à l'alimentation, enfin, à l'utilisation de l'eau.
26:13Une dernière question, Jean Jouzel, sur cette année présidentielle.
26:18Comment vous, scientifique, alors vous l'avez déjà fait et vous le faites là en prenant la parole, mais comment
26:23vous imaginez peser sur ce débat ?
26:27D'abord, dire et redire, voilà, mais bon, donc, notre communauté scientifique est quand même présente.
26:33Voilà, et nous devons dire et se souhait que les candidats à la présidentielle au sensage s'emparent de ce
26:42problème de réchauffement climatique.
26:43Qu'ils ne le mettent pas, disons, en sourdine, au contraire, qu'ils s'en emparent et qu'ils le
26:48mettent au cœur de leur campagne.
26:49C'est vraiment un problème de société.
26:51Disons, ça interroge le mode de fonction de nos sociétés, le bâtiment, l'urbanisme, la mobilité, notre alimentation, c'est
26:57notre vie de tous les jours.
26:58Voilà, donc, ce n'est pas simplement des températures, de l'eau, c'est vraiment comment notre société fonctionne.
27:04Et c'est cela. Et puis, bon, j'essaierai aussi de témoigner, alors pas forcément de m'impliquer, mais de
27:11témoigner lorsqu'on m'invitera, justement.
27:13C'est ce que vous faites, Thomas Hugues. Je vous en remercie.
27:16C'est important, effectivement, pour revenir à une question qu'on a rapidement évoquée.
27:20Les médias jouent un rôle très positif.
27:23J'ai le regret que certains médias, sur les 30, 20 ou 30 dernières années, ont donné trop de place
27:27au climato-sceptique.
27:29Et c'était, je crois, à tort, franchement.
27:32Merci beaucoup, Jean-Juzel.
27:34Et bon salon de l'immobilier.
27:37Bacarbonne, à très vite sur l'antenne de Bsmart4Change.
27:39Merci beaucoup.

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