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Henda Ayari témoigne sur Cnews du voile qu'on lui a imposé et qu'elle a enlevé
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00:10Générique
00:15De retour avec vous pour Police Justice 24h en France.
00:18Merci d'être de plus en plus nombreux à nous suivre.
00:20Il y a aussi ce mail où je vous encourage à nous envoyer vos messages 24h.cnews.fr
00:27Si vous voulez nous faire part de vos témoignages, on en prend connaissance chaque jour.
00:31Notre témoignage aussi en plateau aujourd'hui et en lien avec un phénomène de société très débattu ces derniers temps.
00:38Bonjour Enda Ayari, merci beaucoup de nous avoir rejoints sur le plateau de Police Justice 24h en France.
00:45Vous avez porté, Enda, le voile intégral pendant 9 ans, près de 10 ans.
00:50C'est une sacrée durée, forcée par votre mari.
00:54Et puis, vous y avez renoncé progressivement.
00:57Vous avez pris position d'ailleurs publiquement contre l'imposition du port du voile.
01:01Ça vous a valu des menaces de mort.
01:03On va évidemment y revenir.
01:04Et puis, en 2015, vous aviez publié deux photos.
01:07L'une voilée, l'autre sans mal pour marquer, symboliser cette émancipation qui était la vôtre.
01:12On avait aussi tourné cette séquence avec vous.
01:14Un moment inédit et marquant.
01:17Je vous propose, si vous voulez, d'y revenir ensemble.
01:19Et on la commentera, cette séquence.
01:20Regardez.
01:25Pendant 20 ans, Enda a porté le niqab.
01:27Un voile intégral couvrant l'ensemble du visage, à l'exception des yeux.
01:36Elle ne l'avait pas reporté depuis 10 ans.
01:40Je pensais que ça allait être facile, mais là, ça m'a...
01:43Je me suis sentie étouffée.
01:44C'est un truc de fou.
01:46J'avais oublié, parce que moi, pendant des années, je le mettais tous les jours.
01:48J'avais l'habitude.
01:49Mais là, je ne supporte pas, en fait.
01:51On étouffe, là, on est oppressé.
01:53Là, pendant deux minutes, je me sentais mal.
01:55J'avais l'impression de ne plus pouvoir respirer, quoi.
01:57C'est un tissu, puis ça oppresse, quoi.
02:00Enda est française, d'origine algérienne et tunisienne.
02:03Elle rencontre son conjoint au début des années 2000.
02:06Après un mariage arrangé, l'homme l'impose de couvrir son corps, son visage, ses cheveux
02:11et lui fait vivre un véritable enfer.
02:14J'ai malheureusement pour moi vécu ce genre de mariage arrangé
02:17avec un homme tunisien, d'origine tunisienne, qui est né en France, comme moi.
02:21Sauf que cet homme était salafiste.
02:24Il m'a jeté tous mes petits voiles à la poubelle
02:26et il m'a dit maintenant, ce sera ça.
02:28Tu n'as pas le choix.
02:30Au début, c'était ça.
02:30Et après, il m'a dit, tu vas mettre le niqab.
02:33Donc après, on ne voyait plus mon visage.
02:36Voilà, et j'ai vécu comme ça presque dix ans.
02:39J'ai eu trois enfants avec cet homme qui me battaient.
02:43Ça a été très compliqué.
02:44Et tout ça, ça s'est passé en France.
02:46Et puis, j'étais enfermée.
02:48Je n'avais pas le droit de parler français à la maison.
02:50Je n'avais plus le droit de parler français.
02:51Il avait jeté tous mes livres d'étudiante à la poubelle,
02:54mes livres de philosophie.
02:56J'avais plus le droit de lire autre chose que de la littérature salafiste.
03:00Et j'avais plus le droit de regarder la télé.
03:02Je n'avais pas le droit d'écouter de la musique, d'écouter la radio.
03:05Je n'avais plus le droit de sortir toute seule.
03:07J'ai été coupée du monde et on vivait comme à l'époque du prophète.
03:13C'est ce qui est imposé aux femmes.
03:15C'est la tenue que portent les femmes en Arabie Saoudite.
03:18Donc moi, j'avais interdition de porter d'autres couleurs que le noir
03:22ou des couleurs très foncées.
03:24Je me plaignais beaucoup à mon ex-mari.
03:26Je lui disais que j'en avais marre de porter des sacs poubelles.
03:29Et à chaque fois, c'était des menaces.
03:32Il me faisait culpabiliser.
03:34Il me parlait de l'enfer.
03:35Et il me disait que le rôle d'une épouse, c'était d'être cachée
03:38et d'obéir à son mari.
03:41Donc avec ce poids-là, cette pression,
03:45je n'avais pas le choix.
03:47Parce que j'avais peur.
03:51Ce voile n'est pas un simple bout de tissu.
03:54C'est plus que ça.
03:57C'est l'uniforme islamiste.
04:00Et l'islamisme s'en sert comme étendard
04:04pour propager son idéologie.
04:07Donc c'est devenu un outil de propagande,
04:10un outil politique.
04:12Et on se sert du corps des femmes.
04:14Comme si c'était un terrain de bataille
04:18où certains veulent dévoiler les femmes de force
04:21et d'autres veulent les voiler de force.
04:24Enda, je vous regardais pendant la séquence.
04:26Forcément, observez ces images.
04:27Ça vous fait quoi de revoir tout ça ?
04:29Ça charrie des souvenirs ?
04:32Ah oui, ça me rappelle des souvenirs assez difficiles de mon passé.
04:37Et cette histoire, elle fait partie de moi.
04:39Donc moi, je l'assume totalement.
04:41Et c'est pour ça que j'ai accepté de prendre la parole
04:42pour me raconter.
04:45Vous dites, dans l'extrait,
04:48je suis française, j'étais en France.
04:49Et on sent que vous étiez bien seule
04:51et que personne n'était là pour vous porter secours
04:54à un moment où vous avez sans doute voulu vous émanciper.
04:57Donc comment ça se finit tout ça ?
04:59À quel moment vous prenez cette décision ?
05:01C'est très long.
05:02C'est un très long processus.
05:04En fait, déjà, moi, je suis restée parce que j'avais d'enfants
05:09et que je ne voyais pas d'issue
05:12puisque j'étais coupée du monde durant une dizaine d'années.
05:17Je n'avais pas le droit de sortir seule.
05:20J'étais surveillée.
05:21Et puis aussi, j'avais subi un lavage de cerveau.
05:25Donc pour moi, ce que j'appelais autrefois les mécréants,
05:29que ce soit la police, les services sociaux,
05:33c'était mes ennemis.
05:34Ce n'étaient pas des gens sur qui je pouvais compter.
05:39Vous n'avez pas le réflexe de les contacter ?
05:40Pas du tout.
05:41Parce que pour moi, ces gens-là, en fait,
05:45allaient me mener en enfer.
05:48Donc je ne savais pas vers qui me tourner.
05:50Vous étiez dans ce conditionnement de votre époux
05:52et cette emprise.
05:53Et en plus, il y avait de la violence conjugale.
05:55Vous avez subi des coups.
05:55Oui, tout à fait.
05:56Et comment...
05:57Alors, puisque vous dites,
05:59ces gens-là, je les considère comme mes ennemis,
06:01quel est le déclic chez vous ?
06:02Comment ça s'arrête vraiment ?
06:04En fait, moi, ce qui m'a aidée,
06:08c'est le fait que j'ai été à l'école.
06:11Parce que le fait d'avoir été à l'école,
06:13d'avoir eu la chance d'aller à l'école de la République,
06:16m'a donné le goût de la lecture
06:18et de l'esprit critique.
06:19Donc ça a développé un esprit critique
06:21qui a fait que durant toutes ces années
06:23où j'ai été embrigadée,
06:25où j'ai été coupée du monde,
06:26je posais régulièrement des questions
06:28à mon ex-mari sur le Coran,
06:30sur des règles qui m'étaient imposées
06:32parce que je ne comprenais pas la logique.
06:34Et ça, je voyais que ça l'agaçait,
06:36ça le mettait en colère.
06:37Et il me disait toujours,
06:38c'est dans le Coran,
06:39ce sont les hadiths,
06:40tu ne dois pas poser de questions.
06:41Et je trouvais certaines choses
06:43totalement injustes et anormales.
06:45Et donc, il y avait des choses
06:46qui n'étaient pas cohérentes.
06:47Et donc, à un moment donné,
06:48j'ai commencé à me questionner justement
06:50sur le bon sens de cette religion,
06:53de cette doctrine
06:54que j'appelle aujourd'hui
06:55une doctrine sectaire.
06:57Et à un moment donné,
06:58il était prévu que mon ex-mari
07:00déménage en Arabie Saoudite
07:01avec moi et les enfants.
07:04Et un jour,
07:05j'ai posé une question à mon ex-mari.
07:07Je lui ai dit,
07:07qu'est-ce que va devenir notre fille ?
07:09Et il m'a dit,
07:10notre fille portera le voile
07:11à l'âge de 7 ans
07:12et on la mariera
07:13à l'âge de 14 ans.
07:15Et pour nos deux garçons,
07:16je lui ai posé la question,
07:17je lui ai dit,
07:18que vont devenir nos deux fils ?
07:20Et je lui ai posé la question
07:21si le djihad était obligatoire.
07:23Il m'a dit, bien sûr,
07:24donc le djihad,
07:25la guerre sainte,
07:26est une obligation.
07:27Et donc, je lui ai dit,
07:28mais est-ce que ça veut dire
07:30que nos deux fils
07:31devront un jour faire le djihad ?
07:32Il m'a dit, oui,
07:32ce sera une fierté pour nous
07:34que nos enfants aillent faire le djihad
07:37en Palestine
07:39ou n'importe où
07:40pour tuer des mécréants.
07:42Ils iront directement au paradis.
07:43Et là, en fait,
07:44ça a été le déclic
07:45parce que quand je lui ai posé la question
07:46pourquoi toi, tu n'y vas pas ?
07:48Et il m'a répondu très embarrassée.
07:51Ah non, non, moi,
07:51je dois m'occuper de la famille.
07:54Je lui ai dit,
07:54mais ce n'est pas logique.
07:56Tu es prêt à envoyer tes enfants
07:57faire le djihad
07:59et pas toi.
08:00Donc, ce n'est pas le courage
08:00qui l'étouffait.
08:01Voilà, donc ça a été
08:02un vrai déclic.
08:03Je n'ai pas dormi de la nuit
08:05et cette nuit-là,
08:05je me suis dit,
08:06je dois sauver mes enfants
08:08pour ma fille, pour mes fils.
08:09Vous partez,
08:10vous prenez des affaires.
08:12En fait, j'ai monté un plan.
08:14Donc, c'est-à-dire que
08:15comme il me battait en plus,
08:16il m'enfermait,
08:17j'étais sous surveillance.
08:19J'ai monté un plan
08:20pour pouvoir m'enfuir un matin
08:21de juin 2006
08:23avec mes trois enfants.
08:25Le jour où il est parti
08:26à l'ambassade d'Arabie Saoudite
08:28pour préparer le déménagement,
08:31j'ai attendu qu'il sorte de la maison.
08:33J'ai appelé un taxi
08:35et j'ai pris mes trois enfants.
08:37J'ai quitté la maison
08:38du jour au lendemain
08:38avec mon petit dernier
08:39qui avait un an,
08:41ma fille qui avait 4 ans
08:42et le grand 7 ans.
08:43Et donc, j'ai fait 700 kilomètres.
08:45Je me suis enfuie.
08:46J'ai tout laissé derrière moi.
08:47J'ai pris quelques affaires
08:48et par instinct maternel
08:50pour sauver mes enfants
08:52parce que je ne voulais pas
08:53de cet avenir pour mes enfants.
08:54Je n'avais pas fait des enfants
08:56pour les envoyer faire le djihad
08:57et en faire de la chair à canon.
08:59Donc, je me suis dit,
09:00ce n'est pas possible.
09:01Dieu ne peut pas me demander ça.
09:03C'est un instinct de survie
09:04qui vous frappe à ce moment-là.
09:06Vous tirez les larmes, moi aussi.
09:08Je vois un effet miroir
09:10entre nous sur ça.
09:12Vous ne voulez plus être prisonnière
09:13de l'islamisme.
09:15Ça va aller, on va.
09:16Mais il n'y a pas de problème.
09:18Je vous entends.
09:19Je crois qu'on est tous très émus
09:20par votre témoignage
09:22et par votre force
09:23parce qu'il en a fallu.
09:24Vous arrivez à rebondir ?
09:25Vous avez un peu d'aide
09:26à ce moment-là
09:26pour vous en sortir ?
09:27Oui, et puis c'est surtout
09:28en fait, ce qui m'a impressionnée,
09:30c'est la capacité,
09:31la force que j'ai eue
09:32par instinct maternel.
09:34En fait, c'est le cœur
09:34d'une maman
09:36qui a voulu sauver ses enfants
09:38quelque part
09:39et c'est grâce à eux
09:39que j'ai retrouvé ma liberté.
09:41Ils vous remercient aujourd'hui ?
09:43Aujourd'hui, ils sont adultes.
09:44Ils ont des vies autonomes,
09:46ils sont indépendants.
09:47Ma fille voyage,
09:47elle fait le tour du monde.
09:48Elle est championne de judo.
09:50Elle profite de la vie.
09:52Elle fait des études.
09:53Et puis, mes deux garçons travaillent.
09:54Ils sont autonomes et indépendants.
09:55Et je crois que c'est le plus beau cadeau
09:58qu'une maman peut offrir
09:59à ses enfants,
10:00c'est la liberté.
10:01Ils savent tous les sacrifices
10:02que vous avez faits pour eux.
10:03J'espère.
10:04Donc, revenons justement
10:06puisque vous parlez de liberté
10:07et de cette liberté pour les femmes.
10:09Revenons au débat ambiant aussi.
10:12Que pensez-vous, vous,
10:14de l'initiative du RN
10:16qui, dans le champ politique,
10:17dit qu'il faudrait l'interdire
10:19dans l'espace public ?
10:21Est-ce que c'est une mesure réalisable ?
10:24Est-ce que c'est un coup d'épée dans l'eau ?
10:26Est-ce que c'est comme ça
10:27qu'il faut procéder, selon vous ?
10:29Eh bien, écoutez, moi,
10:30j'ai pris le temps
10:32de réfléchir à cette question
10:34depuis quelques jours.
10:35Et j'en ai parlé
10:38sur mes différents réseaux sociaux.
10:39J'ai écrit une phrase
10:41qui m'est venue en tête
10:42tout de suite.
10:43« Il ne faut pas donner
10:45d'amende aux femmes,
10:45il faut leur donner
10:46le goût de la liberté. »
10:48Quand je dis aux femmes,
10:49c'est aux femmes voilées.
10:51Parce que pour moi,
10:52c'est une proposition
10:54qui est contre-productive.
10:55Parce qu'on ne peut pas
10:57sanctionner des personnes
11:00qui sont, quelque part,
11:03victimes, elles-mêmes,
11:05de l'obscurantisme.
11:07parce que, clairement,
11:09voile, aujourd'hui,
11:10c'est devenu un marqueur politique.
11:12Beaucoup de femmes
11:12ne s'en rendent pas compte.
11:15Certaines femmes voilées,
11:16beaucoup de femmes voilées
11:17ne sont pas des islamistes
11:18en puissance.
11:19Ce sont des femmes
11:20qui veulent simplement
11:20vivre leur vie.
11:21Et je pense qu'il y a
11:23d'autres sujets à aborder,
11:25notamment le respect.
11:27Aujourd'hui, en France,
11:28moi, je constate dans la rue
11:29qu'il y a beaucoup de femmes
11:30qui portent l'uniforme salafiste.
11:32Et je fais la différence
11:33parce que je l'ai moi-même porté
11:34entre un uniforme salafiste
11:36un voile intégral
11:38et un petit voile
11:39qui, pour moi,
11:40ne fait pas de mal.
11:41C'est-à-dire que, moi,
11:43je connais des personnes,
11:44des femmes âgées
11:44qui portent le voile
11:45de tout âge
11:46qui ne sont pas forcément musulmanes.
11:48Je connais des jeunes femmes
11:50qui portent le voile,
11:51qui travaillent,
11:51qui essayent de s'en sortir,
11:53qui ont des enfants
11:54qui ne sont pas des islamistes
11:55en puissance.
11:56Mais ce qui, moi,
11:58me dérange le plus,
11:59c'est de voir la multiplication
12:00de l'uniforme que j'ai porté,
12:02ce que j'appelle
12:03l'uniforme de l'islamisme,
12:05le long voile noir
12:06qui est très différent
12:08du petit voile
12:08qu'on peut porter tous les jours.
12:10Et donc, à partir de là,
12:12je pense qu'il faut déjà
12:12faire respecter la loi
12:14concernant le voile intégral.
12:16Il faudrait interdire
12:17l'uniforme salafiste,
12:19c'est-à-dire ce qu'on appelle
12:19le djilbeb et le voile intégral,
12:21et surtout,
12:23ne pas accepter
12:24que des jeunes filles
12:25portent le voile
12:26des petites filles.
12:27Moi, je pense
12:27qu'il faudrait
12:29interdire le voile
12:31en dessous de 18 ans.
12:33attendre qu'une jeune fille
12:34ait 18 ans
12:34pour pouvoir faire son choix
12:35d'elle-même.
12:36Ça vous avait choqué,
12:37les images de très jeunes filles
12:38à la tribune
12:39de l'Assemblée nationale ?
12:40Énormément.
12:42Énormément.
12:43Ça m'a fait mal.
12:45Et quand je vois
12:45des petites filles
12:46qui portent le voile,
12:47ça me fait beaucoup de peine
12:48parce que je pense à ma fille.
12:49Je pense que ma fille
12:50aurait été parmi toutes ses filles
12:51si moi,
12:52je n'avais pas eu le courage
12:53de m'enfuir
12:55avec mes enfants.
12:56Et c'est pour ça
12:57que je veux vraiment,
12:58je tiens à dire
12:59que ce n'était pas
13:01en étant dans la sanction
13:02et la punition
13:03qu'on peut faire avancer
13:04les choses,
13:05mais surtout
13:05dans le dialogue,
13:06dans l'ouverture d'esprit,
13:08essayer de donner
13:09à ces femmes
13:10le goût de la liberté
13:11et puis à travers
13:12des témoignages
13:13comme le mien,
13:13je pense.
13:14Vous dites
13:15« J'ai sauvé mes enfants »
13:17et on voit bien
13:18ce qui s'est passé.
13:19Vous avez sauvé vos enfants.
13:21Et pour toutes ces choses
13:22que vous dites
13:22sur votre cas personnel,
13:24pourtant,
13:24vous avez reçu
13:25des menaces de mort.
13:27C'est ça qui est terrible,
13:28c'est que pour avoir
13:29sauvé vos enfants,
13:30on vous a dit
13:31« En somme,
13:32on s'en fiche de tes enfants,
13:34on veut attenter à ta vie. »
13:35Est-ce que ça continue
13:36aujourd'hui encore ?
13:37Oui.
13:37Alors moi,
13:38depuis que je me suis engagée
13:39contre l'obscurantisme islamiste
13:42en 2015,
13:43parce que j'ai fondé
13:44une association
13:45justement pour aider
13:46les femmes à se libérer
13:47comme j'ai pu me libérer,
13:49cette association,
13:50je l'ai appelée Libératrice.
13:51J'ai sur un site internet
13:53énormément de témoignages
13:55de femmes
13:55qui ont été radicalisées
13:56et qui, comme moi,
13:57ont retiré le voile,
13:58qui se sont réinsérées
13:59dans la société.
14:00Et beaucoup de femmes
14:02ont besoin d'un accompagnement,
14:03besoin de soutien
14:04qu'elles n'ont pas trouvé.
14:05Et c'est vrai
14:06que quand j'ai lancé
14:06cette association en 2015,
14:08j'ai eu énormément
14:08de témoignages
14:09de femmes
14:10qui ont accepté
14:11que je publie
14:12leurs témoignages
14:13sur le site internet
14:14de l'association.
14:15Mais de menaces aussi.
14:17Et par la suite,
14:18ça a engendré
14:18des menaces de mort
14:20puisque la plupart
14:21de ces femmes
14:22avaient peur
14:22de témoigner
14:23à visage découvert
14:23comme moi
14:25parce que j'avais reçu
14:26énormément
14:26de messages
14:27de menaces
14:28et notamment,
14:30surtout parce que
14:31quelques années plus tard,
14:32j'ai déposé une plainte
14:33contre un homme
14:34qui m'a fait subir
14:35un viol
14:36qui s'appelle
14:36Tariq Ramadan.
14:37Donc là,
14:37ça a été encore plus grave.
14:40Écoutons de jeunes femmes
14:41qui ne pensent pas
14:43comme vous,
14:44à ce stade en tout cas.
14:45Elles disent
14:45c'est notre libre-arbitre
14:47et personne ne peut
14:49au fond
14:49nous forcer.
14:51Elles racontent aussi
14:52pour certaines
14:52que ça leur pose
14:53des problèmes
14:53de stigmatisation
14:54notamment dans
14:55la sphère professionnelle.
14:56Écoutez.
14:57J'ai certaines d'entre elles
14:58sur les raisons
14:59de leur choix.
15:00Aucune n'a souhaité
15:01montrer son visage
15:02à la caméra.
15:03Farida est une jeune femme
15:04de 24 ans
15:05qui travaille
15:05dans le marketing.
15:07Le voile,
15:08c'est vraiment
15:08une obligation
15:09dans ma religion
15:10afin de pouvoir
15:10se préserver.
15:12C'est une obligation
15:13du coup de mon Dieu.
15:15Ce qui est à moi
15:15est à moi.
15:16Mon corps m'appartient.
15:17Ça veut dire
15:17que je décide
15:18de le montrer ou non.
15:19Donc voilà,
15:20c'est vraiment mes choix.
15:21Selon cette autre
15:22jeune étudiante
15:23en faculté de lettres
15:24que nous appellerons
15:24Sabah,
15:25porter le voile
15:26en société
15:26confère de nombreux
15:27avantages.
15:28C'est déjà
15:29un grand signe
15:30de pudeur
15:31et comme d'autres
15:32avantages,
15:33c'est aussi le fait
15:33de se préserver.
15:35Moi, j'ai remarqué
15:35dans mon groupe
15:36de copines,
15:37c'est un exemple
15:38tout bête,
15:38mais les garçons,
15:39ils étaient plus enclin
15:40à être un peu
15:40irrespectueux avec elles,
15:41à vouloir peut-être
15:42les draguer,
15:43à avoir des gestes
15:44un peu offensants
15:44avec elles
15:45plutôt qu'avec moi
15:46parce qu'avec moi,
15:47il y avait comme un signe
15:47de voilà,
15:48on respecte,
15:49c'était comme une forme
15:49de respect.
15:50Ce n'est pas un acte
15:51de soumission
15:51envers mon mari,
15:52mais c'est un acte
15:53de soumission
15:53envers mon créateur
15:54et je condamne
15:56effectivement les hommes
15:57qui forcent leur femme
15:58à porter ça
15:59parce que ce n'est pas
16:00à eux d'intervenir
16:01dans ce choix-là,
16:02c'est à elles toutes seules.
16:05Beaucoup d'entre elles
16:06regrettent de ne pas
16:07pouvoir porter le voile
16:08sur leur lieu de travail
16:09comme Rima,
16:10cette ingénieure
16:10franco-marocaine
16:11de 35 ans.
16:12Pour le travail,
16:14voilà,
16:14on se sent forcément jugée.
16:17J'ai eu plein
16:17de contrats de travail
16:19qui n'ont pas abouti
16:19juste parce que
16:21j'étais voilée
16:22alors que sur mon CV,
16:24il n'y avait rien
16:24qui me manquait
16:25et on m'appelait
16:26parce que j'avais
16:27les compétences
16:27mais dès qu'il y avait
16:28ce premier entretien,
16:30en fait,
16:31ça ne matchait pas.
16:31En l'espace
16:32de un an et demi,
16:34j'ai postulé
16:34avec mon voile
16:35et donc j'ai eu
16:35zéro entretien
16:36et dès que je l'ai retiré
16:38du coup sur mon CV,
16:39j'ai eu sept entretiens
16:40en deux semaines.
16:41Nda Yari,
16:42vous les avez écoutés
16:43attentivement.
16:44Vous comprenez
16:44leur point de vue ?
16:45Oui,
16:46je peux comprendre
16:47leur point de vue
16:47parce qu'à une époque,
16:48je pensais exactement
16:50la même chose
16:50parce qu'en fait,
16:51on ne se rend pas compte
16:53mais quand on est
16:54une jeune fille
16:54notamment d'origine maghrébine,
16:56on a souvent
16:56une pression,
16:58une pression communautaire,
16:59une pression sociale,
17:00une pression religieuse,
17:01la pression de la famille
17:03et puis on nous fait
17:04beaucoup culpabiliser
17:05sur le féminin,
17:07notre corps féminin
17:08qui est un objet
17:11de convoitise
17:13qui est...
17:14En fait,
17:15on nous fait croire
17:16que si une femme
17:17est victime d'un viol,
17:19c'est parce que c'est elle
17:19qui l'a provoqué
17:20parce qu'elle n'était pas
17:21assez couverte
17:21et que quand on n'est pas couverte,
17:23on envoie un signal
17:24aux hommes
17:25pour leur dire
17:26qu'on est ouverte
17:27à tout
17:27et c'est loin d'être le cas.
17:30En fait,
17:30moi,
17:30ce que je veux dire
17:31à ces jeunes filles,
17:31c'est qu'il ne faut absolument
17:32pas culpabiliser
17:33et penser que le voile
17:35est une obligation
17:35pour être une bonne musulmane,
17:37il faut absolument
17:37porter le voile,
17:38c'est faux.
17:39Tout ça,
17:40ce sont des manipulations
17:42de textes
17:42écrits par des hommes
17:44pour l'intérêt des hommes.
17:45Mais en fonction
17:46des quartiers
17:46où elles habitent,
17:47elles disent
17:47que c'est aussi
17:50socialement parlant,
17:51c'est stigmatisant,
17:52c'est-à-dire qu'elles vont
17:52subir une pression sociale
17:53si elles ne le portent pas,
17:54elles s'extraient
17:55de l'effet de groupe.
17:56Ça,
17:56vous l'avez subi aussi ?
17:57Oui,
17:57parce que moi,
17:58je me souviens
17:59quand j'ai porté le voile,
18:01j'étais respectée,
18:04je voulais qu'on m'apprécie
18:05quand même
18:05pour ce que je suis intérieurement
18:07et c'est vrai que
18:08le voile,
18:09en fait,
18:09ça a été comme
18:10un outil de protection,
18:11c'est-à-dire que
18:12quand j'ai retiré le voile,
18:13à un moment donné,
18:14je me suis sentie nue,
18:15je me suis sentie
18:17livrée au regard des hommes
18:18et j'avais même peur
18:19de subir un viol.
18:22Malheureusement pour moi,
18:22c'est ce que j'ai subi
18:23quelques années plus tard
18:24et on nous fait culpabiliser.
18:27Christian Richaume,
18:28votre avis de psychologue
18:30sur le commentaire aussi
18:31de ces jeunes femmes
18:32et du rapport à leur corps.
18:33Surtout ces événements
18:34et ces témoignages,
18:35il y a un mot
18:35qui revient souvent,
18:36c'est le mot choix.
18:38Et la question,
18:38c'est comment on fait
18:39notre choix ?
18:40Est-ce que c'est un choix
18:42qu'on a eu librement ?
18:44Est-ce qu'il y a du consentement ?
18:45Ou est-ce que c'est un choix
18:46qui s'est construit
18:47par ma famille,
18:48par la culpabilité,
18:49par les contraintes,
18:50par le fait que j'ai
18:51une faible estime de soi,
18:52etc.
18:53Et derrière,
18:54on entend dans vos mots
18:55que derrière,
18:56on nous dit
18:58je n'ai pas eu le choix.
19:00C'est que là,
19:01on rentre dans un deuxième phénomène.
19:02C'est que quand on vous prive
19:04de certaines libertés,
19:05de votre consentement
19:05et de votre liberté
19:06et que derrière,
19:07on vous impose des choses,
19:08on est de l'emprise.
19:09Mais à contraire,
19:10vous en entendez
19:10qu'ils disent
19:11on a le choix
19:12et on a décidé
19:13de le prendre ce choix.
19:14Dans les premiers témoignages
19:16de la première jeune femme,
19:17notamment,
19:18Maître Nugger,
19:19votre regard notamment
19:20sur ce qu'elle dit
19:20à propos de la loi.
19:21Il faut revenir
19:21à la loi initiale.
19:23C'est un sujet
19:23qui est extraordinairement complexe,
19:25déjà parce que vous,
19:26vous faites une distinction
19:26qui est quand même,
19:27je trouve,
19:27assez importante
19:28entre effectivement
19:29le salasifisme
19:30et certains mouvements
19:31que vous appelez obscurantistes
19:32et une pratique
19:34moins radicale
19:35ou plus modérée
19:36de la religion,
19:37déjà.
19:38Et puis ensuite,
19:39par rapport à la loi
19:40dont vous parliez,
19:41on en a beaucoup parlé
19:42ces derniers jours,
19:43il y a un vrai problème juridique
19:44puisque je suis juriste
19:45de constitutionnalité,
19:46c'est-à-dire que ça va poser
19:47un énorme problème,
19:49même s'il y a un référendum,
19:50de faire passer cette loi
19:51parce qu'elle est contraire
19:52à toutes les conventions
19:54internationales
19:54et ce n'est pas par hasard
19:55que c'est contraire
19:56aux conventions internationales.
19:57C'est parce qu'on doit aussi
19:58s'imposer dans une société
20:00qui est un état de droit
20:01ce qu'on appelle
20:02la liberté de culte.
20:03Et donc la liberté de culte,
20:04c'est ce choix
20:05dont vous parliez,
20:05c'est-à-dire j'ai le droit,
20:07si c'est éclairé,
20:08de faire le choix,
20:09porter le voile,
20:10de porter une kippa
20:10pour les sikhs,
20:11de porter un turban,
20:12qu'on soit un homme
20:13ou une femme,
20:14et rentrer dans les mécanismes
20:16qui conduisent
20:17à faire ces choix religieux,
20:19c'est parfois aller là
20:20où peut-être l'état
20:21ne devrait pas aller.
20:22Alors c'est vrai
20:23qu'il faut qu'il y ait
20:23un contrôle sur les femmes
20:24qui sont forcées
20:25et c'est peut-être là-dessus
20:26qu'on devrait s'intéresser,
20:27c'est-à-dire faciliter
20:28la libération de la parole,
20:30faire en sorte
20:30qu'une femme
20:31qui n'a pas le choix
20:36de dire ça aujourd'hui.
20:37Non, je ne crois pas
20:37que ce soit rhétorique
20:38parce qu'il y a vraiment
20:39des gens qui font
20:41à un moment donné
20:41le choix d'une conviction religieuse
20:43et qui ont envie
20:43de la pratiquer.
20:44Ce qui est aussi compliqué,
20:45c'est qu'en France,
20:46il ne faut pas l'oublier,
20:47il y a plus de 65%
20:49de la population
20:50qui sont soit athées,
20:51soit agnostiques.
20:52C'est-à-dire que
20:53l'immense majorité
20:54des Français,
20:54en fait,
20:55ils se disent
20:55évidemment qu'on ne devrait
20:56pas porter de voile,
20:57évidemment qu'on ne devrait
20:58pas porter de kippa
20:58puisque je ne crois pas en Dieu,
21:00donc je ne comprends pas
21:00que d'autres puissent
21:05mais la question
21:06des minorités
21:07dans ces cas-là,
21:08elle est importante
21:08et un État démocratique,
21:09un État de droit,
21:10c'est aussi un État
21:11qui donne la possibilité
21:12aux minorités
21:13de vivre ce qu'ils ont envie.
21:14Il y a quelques années,
21:15encore, il parlait du voile
21:16comme une forme
21:17de soumission.
21:19Il dit s'être trompé,
21:20Jean-Luc Mélenchon.
21:21Écoutez.
21:23Moi, je ne vais pas faire le malin.
21:24Il y a 20 ans aussi,
21:25je n'étais pas d'accord
21:26avec cette histoire de voile,
21:27je n'avais pas compris.
21:28Mais que fait une personne sensée
21:30au bout d'un moment ?
21:31Vous parlez.
21:32J'ai rencontré des femmes
21:34qui portaient le voile
21:35ou des femmes très croyantes
21:37et qui ne portaient pas le voile
21:38et des femmes
21:39qui n'étaient pas croyantes
21:40mais qui disaient
21:41chacun fait comme il veut.
21:42Et on a parlé,
21:43j'ai donné mes arguments
21:44que j'avais à l'époque
21:45et puis au terme
21:47de la discussion,
21:48en plus,
21:48c'était des gens souvent
21:49qui étaient de mon bord
21:50politiquement
21:50et puis pas cruche,
21:53d'accord ?
21:53Oui, non mais
21:54il y a un voile
21:55mais il y a quelque chose
21:56dessous,
21:56c'est un cerveau.
21:57Donc,
21:58eh bien,
21:59j'ai été convaincu
22:00et j'ai changé d'avis.
22:01Je me suis dit
22:01j'ai fait une erreur terrible.
22:03Il y a même un accent
22:04un peu misogyne
22:05et paternaliste.
22:06Vous considérez
22:06qu'il y a un cerveau
22:07sous le voile.
22:08C'est-à-dire que
22:08parce que ce serait une femme,
22:10on s'interrogerait
22:11sans fait d'avoir un cerveau.
22:11Enfin, voilà.
22:13Parenthèse à part,
22:14qu'est-ce que vous lui dites ?
22:16Il résonne à l'envers
22:17en fait de vous.
22:18Oui, parce qu'en fait,
22:19lui, il fait son job.
22:21Lui, il va à la chasse
22:23au bulletin de vote.
22:24Donc forcément,
22:25il s'adresse
22:26à une certaine catégorie
22:27de la population,
22:28notamment
22:28les populations
22:29qui portent le voile.
22:31Les musulmans,
22:32les personnes
22:33originaires
22:34des banlieues.
22:36Et effectivement,
22:37il y a un discours
22:39qui est politique
22:40mais qui manque
22:42totalement de sincérité.
22:43C'est pas étonnant.
22:47Voilà.
22:47Merci beaucoup,
22:48Enda,
22:49d'avoir été avec nous.
22:50Vraiment,
22:50j'ai été très touchée
22:51de votre présence
22:52et je pense que
22:52tous ici,
22:53on a senti
22:54cet instant un peu suspendu
22:55lorsque vous avez raconté
22:56votre combat
22:57et vos enfants
22:58peuvent vous dire
22:59merci.
22:59Merci à vous.
23:00Merci.
23:00Dans un instant,
23:01on se retrouve dans
23:01Police Justice 24h en France.
23:03On parlera de cette prof
23:04agressée sexuellement
23:04par un collégien
23:06de 12 ans.
23:07On sera sur place
23:07avec une de nos équipes.
23:08Deux actions aussi
23:09de policiers
23:10à Rennes.
23:11En quelques heures,
23:11on entendra
23:12leur ras-le-bol
23:13et puis Jérôme Gymnès
23:14nous dira aussi
23:15ce qu'il en pense
23:15sur ce plateau.
23:16Et puis bien sûr,
23:17le drame familial
23:17qui s'est noué
23:18en Haute-Saône hier soir.
23:19Un père a tué 4 hommes.
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