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  • il y a 1 semaine
Homophobie, racisme, pédocriminalité… Stanislas, le prestigieux établissement catholique du 6e arrondissement de Paris est accusé de nombreuses dérives, notamment par des anciens élèves. La journaliste Clémence Badault a enquêté. Dans "Stanislas, la loi du silence", paru aux éditions Michel Lafon, elle publie de nombreuses révélations sur la face cachée de cette institution. Elle est l'invitée de Pauline Revenaz et de Charlotte Lesage dans Affaire suivante, le podcast inédit.

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Transcription
00:00Depuis plusieurs mois, les violences dans le périscolaire éclaboussent l'enseignement public.
00:04Si l'enseignement catholique semble épargné, il a déjà fait la une de l'actualité.
00:08L'une de ces affaires a particulièrement marqué l'opinion publique, l'affaire dite Bétaram.
00:13Longtemps prisée des familles Ezebé-Arnais, cette institution s'est retrouvée au cœur d'un scandale de violences physiques et
00:18sexuelles
00:19après le dépôt de plaintes d'anciens élèves en 2024.
00:23Existe-t-il d'autres affaires Bétaram ?
00:25Clémence Badaud, journaliste et productrice, qui a enquêté longuement sur cette institution des Périnées-Atlantiques,
00:30s'est intéressée, après cela, à l'école privée parisienne Stanislas.
00:36Dérives homophobes, racistes, affaires de pédocriminalité, dans Stanislas, la loi du silence, parue aux éditions Michel Laffont,
00:43elle relate la face cachée de cette institution dite d'excellence.
00:46Je suis Pauline Rovna, vous écoutez un nouvel épisode d'Affaires suivantes, le podcast Inédit.
00:55– Charlotte Lesage, bonjour. – Bonjour.
00:57– Vous êtes journaliste pour le site BFM, Clémence Badaud, bonjour.
01:00– Bonjour.
01:01– Merci d'être avec nous, vous avez donc enquêté de longs mois sur la face cachée de Stanislas,
01:04et nous allons y revenir tout au long de cet épisode.
01:07Mais d'abord, Charlotte, que pouvez-vous nous dire de ce collège-lycée Stanislas ?
01:11– C'est un prestigieux établissement catholique situé au cœur du 6e arrondissement de Paris.
01:15Il est, selon vos mots, Clémence Badaud, une fabrique d'élite.
01:17Les portes de Stanislas, Stan, pour les intimes, ne sont d'ailleurs ouvertes qu'aux plus brillants.
01:22Et les chiffres le confirment avec un taux de réussite de 100% au bac avec 100% de mention.
01:28Des élèves devenus célèbres sont passés entre ces murs.
01:31Charles de Gaulle, Edouard Baer ou encore Jean-Michel Blanquer, pour ne citer qu'eux.
01:34Plus récemment, Stanislas a fait parler de lui.
01:37En 2023, le ministre de l'Éducation nationale d'alors avait saisi l'inspection générale de l'éducation
01:43à la suite d'un article de Mediapart.
01:45Fruit d'une longue enquête, il y dénonçait du sexisme
01:48et des discours homophobes ou hostiles à l'avortement au sein de l'établissement.
01:52– Alors, Clémence Badaud, il existe de nombreux établissements catholiques en France.
01:55Vous avez d'ailleurs longuement enquêté sur Betaram.
01:58Alors, pourquoi avoir choisi Stanislas ?
02:00– Au moment de la sortie du livre sur Betaram,
02:03c'est vrai que plusieurs personnes m'ont dit « Estan ».
02:05On était peu de temps après le rapport du ministère de l'Éducation nationale.
02:11et je me suis dit « Pourquoi pas enquêter ? »
02:14Moi, Stanislas, je connais, j'ai plusieurs amis qui avaient été.
02:17J'avais entendu effectivement cette espèce de bruit de couloir,
02:20d'homophobie, de racisme, etc.
02:23Et j'ai eu envie d'aller voir un peu plus loin
02:26ce qui se passait derrière les murs de ces prestigieux établissements.
02:30– Quand vous commencez à travailler sur ce dossier, à plancher, à enquêter,
02:33quelqu'un va vous dire « Tu n'as pas le droit de toucher à cette icône ».
02:35– Beaucoup de personnes vont me mettre en garde, voire m'intimider,
02:40parce que, comme je le dis aussi dans le livre,
02:42c'est le fer de lance de l'éducation catholique.
02:45Stanislas a une place toute particulière.
02:48Il est vraiment, je dirais, en haut de la pyramide
02:51de par ses prestigieux élèves,
02:55du fait que c'est un établissement ancien, immense, très bien situé.
03:01Il a une réputation particulière.
03:03Il a aussi un regard particulier qui est porté sur lui.
03:07Et ce dont je vais me rendre compte aussi,
03:10c'est qu'il a, j'ai envie de dire,
03:12ce petit complexe de supériorité sur tous les autres.
03:16On dit que c'est le navire amiral, le fer de lance.
03:19Et c'est véritable.
03:21– Et du coup, on voit, quand on lit votre livre,
03:24vous parvenez à identifier des interlocuteurs,
03:27mais on sent aussi que vous rencontrez des difficultés
03:29à recueillir des témoignages ?
03:31– Oui, ça, ça a été vraiment très perturbant.
03:36Pour Bétharam, la parole s'est libérée
03:38de manière vraiment assez rapide
03:41et comme un tsunami.
03:43À partir du moment où Alain Esquer a lancé l'alerte,
03:46a créé son groupe Facebook,
03:47tout le monde a apporté sa pierre à l'édifice.
03:49Stanislas, on reste dans une omerta quasi complète.
03:52Et j'ai été très surprise d'appeler des gens
03:57qui ont aujourd'hui 40, 45, 50 ans,
03:59qui ont des postes à responsabilité,
04:02qui sont parfois avocats d'affaires
04:03ou qui dirigent un grand groupe, etc.,
04:06qui m'ont livré leur histoire,
04:09traumatique souvent à Stan,
04:10mais qui m'ont fait promettre
04:11de ne pas faire pariote leur nom.
04:13Alors je leur disais, c'est bon, Stan c'est derrière vous,
04:15comme c'était il y a 20 ans,
04:16vous êtes insérés aujourd'hui socialement,
04:18où est le problème ?
04:19Non, non, non.
04:20Clémence, vous ne vous rendez pas compte.
04:21Ils vont faire des enquêtes internes,
04:23ils vont remonter jusqu'à nous,
04:24ils ont beaucoup de pouvoir,
04:25et vous ne vous rendez pas compte
04:27de leur capacité de misance.
04:28Charlotte, dans ce livre,
04:29le lecteur est rapidement plongé
04:30dans l'univers de Stan.
04:32Dès les premières pages, finalement,
04:33puisque le livre débute
04:34par les journées portes ouvertes,
04:36vous vous y infiltrez, Clémence,
04:37avec votre neveu de 17 ans,
04:39c'était le samedi 7 février dernier.
04:41Vous dressez très vite un premier constat,
04:43la réputation de Stanislas
04:45semble intacte,
04:46et ce, malgré les nombreuses affaires
04:48qui l'ont touchée.
04:49Vous dites même que l'établissement
04:50n'a jamais reçu
04:51autant de dossiers d'inscription.
04:52Vous observez aussi des parents stressés,
04:55inquiets que la candidature
04:57de leur enfant ne soit pas retenue.
04:58Et vous vous posez cette question,
05:00comment peuvent-ils ignorer
05:01les nombreuses affaires
05:02qui auraient dû t'entacher
05:03la réputation de l'établissement ?
05:05Le savaient-ils même ?
05:06C'est la vraie question, en fait,
05:09centrale aussi,
05:09c'est le coût de l'excellence, en fait.
05:12Jusqu'où, en tant que parent,
05:13on est capable d'aller,
05:16de fermer les yeux,
05:17d'être dans le déni,
05:19pour offrir un passeport
05:21à ses enfants ?
05:22Qu'est-ce qu'on est capable
05:23de sacrifier
05:24pour un diplôme
05:26d'une grande école ?
05:28Je n'ai pas de réponse, moi,
05:30à cette question,
05:31mais en tout cas,
05:31j'espère aussi
05:32que les parents
05:33qui inscrivent aujourd'hui
05:34leurs enfants à Stanislas
05:35sont conscients
05:36de toutes les dérives
05:38passées
05:38et présentes encore,
05:41et qu'ils aient aussi
05:42ces outils
05:43pour mettre en garde
05:44aussi leurs enfants aujourd'hui.
05:47Alors, vous embarquez très vite
05:48le lecteur, Clémence,
05:49dans vos questionnements.
05:50Il y a cette question
05:50que vous vous posez,
05:51comment l'histoire a-t-elle
05:52continué à s'écrire
05:53en laissant de nombreuses victimes ?
05:55Qu'est-ce qui vous interpelle
05:56lorsque vous franchissez
05:57les lieux de cette institution ?
06:00Alors, je pense qu'il est important
06:01de dire quand même
06:02que c'est un lieu exceptionnel.
06:06C'est un Saint-Andrews
06:08à la française.
06:09C'est des infrastructures
06:11incroyables.
06:11D'abord, on est au cœur de Paris.
06:13On est au cœur de Paris.
06:14C'est de mémoire 6 hectares
06:17au cœur de Paris,
06:19avec ses gymnases,
06:21ses deux piscines,
06:22il y a un jardin.
06:24C'est incroyable.
06:27Oui, je comprends
06:29que ça soit extrêmement séduisant.
06:30Et puis, il ne faut pas oublier
06:32que c'est aussi
06:33une formation d'excellence.
06:34Et ça reste un endroit
06:36qui vous donne des clés,
06:38qui vous permet
06:39de vous mettre sur des rails,
06:41et qui, effectivement,
06:43si vous visez
06:44les meilleures écoles,
06:45est une formation hors pair
06:47avec des professeurs
06:49agrégés, incroyables,
06:50disponibles,
06:51avec une vraie pédagogie.
06:52Et ça, je pense que c'est important
06:53aussi de le signifier.
06:55Mais c'est vrai que j'ai été
06:58éblouie quelque part
06:59par ces infrastructures.
07:01Si on ne connaît pas
07:02la face cachée de Stanislas,
07:03c'est extrêmement séduisant.
07:05Et dans votre livre,
07:06vous le précisez,
07:07vous dites que vous êtes
07:08croyante, pratiquante
07:09et ancienne élève
07:10d'un établissement catholique,
07:11c'était important
07:12de le préciser au lecteur.
07:14Très important.
07:15Parce que mon but,
07:16ce n'est absolument pas
07:18de casser Stanislas
07:19ou d'en vouloir
07:21à l'école privée.
07:22Il y a cette vieille
07:23guerre larvée
07:24du public et de privé
07:25qui est toujours là
07:26en sourdine.
07:28Non.
07:29Moi, j'estime,
07:30en tant que catholique,
07:33pratiquante,
07:33qu'il est important
07:34quand même
07:35que les gens
07:36aient toutes les clés
07:37pour réfléchir.
07:39Et surtout,
07:40là où je trouve
07:41que Stanislas
07:42est dans quelque chose
07:44de très faux,
07:45c'est cette notion
07:48d'excellence.
07:49On dit sans cesse
07:50aux élèves,
07:51vous êtes l'élite
07:52de la France.
07:53En dehors de Stanislas,
07:55pas de salut,
07:55vous êtes dans l'excellence,
07:57etc.
07:57Mais pour moi,
07:58l'excellence,
07:58elle commence
07:59dans la protection
08:00des enfants.
08:01Elle commence dans,
08:02voilà,
08:04où est l'excellence
08:05si on laisse perdurer,
08:07c'est scandale en fait.
08:08L'excellence,
08:09c'est aussi l'exemplarité.
08:10Charlotte,
08:11on découvre
08:11la présence
08:12de mouvements catholiques
08:13au sein de Stanislas.
08:14Il s'agit là
08:14de la première face
08:15cachée de l'institution.
08:16On découvre
08:17l'opus Dei.
08:18S'il faut le résumer,
08:19on peut dire
08:19que c'est une église
08:20dans l'église.
08:21Un ancien membre
08:22du mouvement
08:22vous dira
08:23lors de votre enquête,
08:24Clémence,
08:24que l'opus Dei
08:25est un viol collectif
08:26des consciences.
08:27Il y a aussi
08:28la communauté Saint-Jean.
08:29Et ces deux mouvements
08:30ont un point commun
08:31puisqu'ils voient
08:31en Stanislas
08:32un lieu de recrutement
08:33de jeunes susceptibles
08:35de choisir la vie religieuse.
08:36Alors Clémence,
08:36l'opus Dei a-t-il
08:37une influence
08:38sur Stanislas ?
08:39Oui,
08:40alors en tout cas,
08:40il en a eu.
08:42Une très forte influence
08:43puisqu'il y aura
08:44en permanence
08:45pratiquement
08:45deux prêtres
08:46opus Dei
08:47pendant de nombreuses années.
08:51J'aurais aimé
08:52avoir encore
08:54le temps
08:54d'enquêter
08:55sur
08:57le poids actuel
08:58de l'opus Dei
08:59à Stanislas.
09:00Je pense qu'il y a
09:01encore des familles
09:01très influentes
09:03opus Dei
09:04qui sont à Stanislas.
09:05Je pense que
09:06l'opus Dei
09:07tient encore
09:08les ficelles.
09:09On appelle souvent
09:10l'opus Dei
09:11la mafia blanche
09:12ou la sainte mafia.
09:13En tout cas,
09:13ce qui est sûr,
09:14c'est que
09:14nombre,
09:15nombre de jeunes garçons
09:17étaient attirés
09:18au club Fénex
09:19qui était juste à côté
09:20le club de l'opus Dei
09:21pour le mercredi
09:22après-midi
09:23faire des activités,
09:24etc.
09:24Et en fait,
09:24c'était une façon
09:25de les enrôler.
09:26On demandait après...
09:27Un périscolaire religieux.
09:28Exactement.
09:29Mais surtout,
09:30avec l'idée
09:32qu'ils deviennent eux-mêmes
09:33des membres de l'opus.
09:34On demandait aux parents
09:3550% de leur salaire.
09:36Tout ça,
09:37c'est aussi du pouvoir
09:37et de l'argent
09:38comme le dit
09:38Emreye Suarez
09:39dans le livre
09:40L'opus Dei.
09:41C'est le pouvoir
09:42et l'argent
09:42d'où l'importance
09:43d'être infiltré à Stan.
09:45Au fil de vos recherches,
09:46vous découvrez
09:46que certains religieux
09:47présents à Stan
09:48proviennent de ces mouvements
09:49et qu'ils sont pour certains
09:50accusés d'agressions sexuelles
09:51ou de viols
09:51par certains anciens élèves.
09:53Dans votre ouvrage,
09:54on apprend que
09:54les agressions sexuelles
09:56ou les viols dénoncés
09:56par les anciens élèves
09:58se passent souvent
09:59durant les confessions
10:00et ce mode opératoire
10:01porte un nom,
10:02c'est ce qu'on appelle
10:02le crime de sollicitation.
10:04Oui,
10:05et c'est là où
10:06en tant que catholique
10:07et pratiquante,
10:08je m'insurge.
10:10Je me rends compte
10:11qu'effectivement,
10:12il y a une succession
10:12de prêtres
10:13qui ont des comportements
10:14totalement inappropriés
10:15lors des confessions.
10:17Je suis en train
10:18de découvrir
10:20plein de nouveaux témoignages
10:21parce que depuis
10:21la sortie du livre,
10:22il y a une semaine,
10:23je reçois des messages
10:24quotidiennement.
10:25Mais combien ?
10:26Pour qu'on comprenne
10:27les scènes.
10:27Chaque jour,
10:28plusieurs.
10:28Chaque jour,
10:29plusieurs témoignages
10:30terrifiants
10:32avec de nouveaux agresseurs
10:33dont je ne connaissais
10:34même pas les noms
10:35et de nouvelles victimes
10:37qui ont porté ça
10:39tellement longtemps
10:39en elles
10:40et qui me remercient
10:41de briser cette omerta
10:43si forte
10:43et qui est encore plus forte
10:44je pense qu'Abet Aram.
10:46Mais qui n'avaient pas
10:46judiciarisé,
10:47donc c'est que des gens
10:48qui n'étaient pas connus
10:49de la justice.
10:50Non,
10:50ils n'ont jamais
10:51judiciarisé
10:51parce que
10:53parfois ils vont voir
10:53l'école
10:54qui par exemple
10:55pour l'un d'entre eux
10:56va juste lui dire
10:57tu n'iras plus au catéchisme
10:59puisque tu as été
11:00agressé sexuellement
11:01par ce prêtre,
11:01tu n'iras plus au catéchisme.
11:03Voilà,
11:03ça sera la réponse.
11:04Parce que les familles
11:05aussi ont peur
11:06de porter plainte,
11:07ne veulent pas compromettre
11:08la scolarité
11:09de leurs enfants.
11:11donc c'est terrifiant.
11:12Et sur ce crime
11:13que vous décrivez
11:15d'utiliser la confession,
11:18ce moment solennel
11:20où le prêtre
11:21est supposé quand même
11:22être persona Christi,
11:23représenter le Christ
11:24et voir que c'est
11:25un lieu de prédation
11:27et ça ce sont des témoignages
11:28assez récents
11:28puisqu'il s'agit
11:29du père Seguin
11:30qui est encore aujourd'hui
11:31prêtre dans le 16e
11:33arrondissement de Paris.
11:34c'est parfaitement
11:36inaudible en fait.
11:38Surtout pour moi
11:39qui ai la foi
11:40et qui pratique
11:42parfaitement inaudible
11:44et se dire en plus
11:45que ça a lieu
11:46à Stanislas en fait,
11:48au sein de Stanislas.
11:50L'établissement d'excellence
11:52qui prône aussi
11:53la religion
11:54comme une des valeurs fortes
11:56c'est extrêmement perturbant.
11:58Alors Charlotte,
11:59une première affaire
12:00éclabousse Stanislas.
12:01On est en 1998,
12:02un jeune homme de 26 ans
12:03dépose plainte
12:04contre Jean-Yves Amouros.
12:05Il s'appelle Nicolas
12:06et il accuse
12:07Jean-Yves Amouros
12:08de l'avoir agressé
12:09sexuellement
12:10et violé
12:10durant plusieurs années.
12:12Amouros était alors
12:12responsable des loisirs
12:14du collège catholique
12:15Stanislas.
12:16Les premiers faits
12:17que dénonce Nicolas
12:18se seraient déroulés
12:19lors d'un séjour
12:19à Courchevel.
12:20On est en 1985,
12:22il n'a alors que 13 ans.
12:23Et ça va durer
12:24plusieurs années
12:25de façon plus ou moins régulière
12:26jusqu'au 18 ans de Nicolas
12:28qui n'en dira pas un mot.
12:29Un jour de 1998,
12:30voyant qu'Amouros
12:31est toujours en contact
12:32avec des enfants,
12:33ils décident de porter plainte.
12:35Et pour ces faits,
12:36Jean-Yves Amouros
12:36est condamné
12:37à 7 ans de réclusion criminelle
12:38pour tentative de viol
12:39sur Nicolas en 2003.
12:41Clémence Nicolas
12:42vous a longuement parlé
12:42de sa vie brisée,
12:43du silence
12:44dans lequel il s'est
12:45complètement emmuré.
12:46Qu'est-ce que vous avez ressenti
12:47quand vous avez recueilli
12:48ce témoignage ?
12:50Nicolas,
12:50c'est quelqu'un
12:51qui a été totalement brisé
12:52par ce passé traumatique.
12:54Cette affaire
12:56a compromis totalement
12:57son avenir.
12:58Il le dit,
12:58j'aurais pu être
12:59un brillant avocat,
13:00un écrivain
13:01et puis non.
13:03parce qu'il n'a de cesse
13:04de se battre
13:05avec ce passé.
13:07Ce qui a été très dur
13:08pour lui,
13:08c'était l'attitude
13:09de Stanislas aussi,
13:11le directeur
13:11qui lui dit
13:13avec ironie,
13:14ah oui,
13:15tu as beaucoup souffert,
13:16tu seras peut-être
13:17un jour
13:18canonisé.
13:19C'est terrifiant,
13:21béatifié,
13:22je ne sais plus le terme.
13:23Inapproprié en tout cas.
13:24Et puis,
13:25Nicolas,
13:26il avait,
13:26en déposant plainte,
13:27l'espoir
13:28d'être rejoint
13:29par d'autres victimes
13:30et ça n'a pas été le cas.
13:31Alors,
13:31on est en 98,
13:32la parole,
13:33elle est beaucoup moins
13:33libérée qu'aujourd'hui.
13:35Moi,
13:35ce que je lui ai dit
13:36depuis l'apparition du livre,
13:37c'est que j'ai eu
13:38des victimes
13:38de Jean-Yves Amoros
13:39qui se sont enfin manifestées.
13:41Alors,
13:41évidemment,
13:42il est mort,
13:42les faits sont prescrits,
13:44mais il n'est plus seul
13:45aujourd'hui,
13:45Nicolas.
13:46Il a eu le courage,
13:47c'est le premier lanceur d'alerte,
13:48Nicolas,
13:48c'est le premier
13:49qui vient comme ça
13:52dire ce qui lui est arrivé.
13:53Mais Jean-Yves Amoros,
13:54comme il me le dit,
13:56il allait tous les soirs
13:57pendant ses colonies de vacances
13:58dans les chambres
13:58d'autres élèves.
14:00Donc,
14:00il n'était pas seul.
14:01Il n'était pas seul
14:02et je pense qu'aujourd'hui,
14:03certains ont brisé ce silence,
14:05mais je suis sûre
14:06que les victimes
14:07de Jean-Yves Amoros
14:08se comptent par dizaines.
14:09Et ce qui est aussi incroyable,
14:10c'est qu'on comprend
14:11qu'en lisant votre livre
14:12que Nicolas
14:13quitte Stan,
14:14mais que cet homme Amoros
14:15garde finalement
14:16son emprise sur lui
14:17parce qu'il est en lien
14:18avec les parents,
14:19dit qu'il veut s'en occuper.
14:20Et en fait,
14:21on a cette sensation
14:21quand on lit votre livre
14:23que les religieux
14:24accusés de viol
14:25ou d'agression sexuelle
14:26avaient de toute façon
14:27une telle domination
14:28et un pouvoir
14:29sur les élèves,
14:30notamment pour leur avenir
14:31au sein même
14:31de l'établissement.
14:32Alors Jean-Yves Amoros,
14:33ce n'est pas un religieux,
14:34c'était un consacré.
14:36Il dirigeait les loisirs
14:38à Stanislas.
14:38C'était un civil.
14:39C'était un civil.
14:40C'était un civil.
14:41Moi,
14:41ce qui m'a toujours posé question,
14:42c'est cette anecdote
14:43que je raconte
14:44qui est que,
14:45finalement,
14:46pour acheter son silence,
14:47Jean-Yves Amoros
14:48laisse chaque semaine
14:50à la guérite
14:51une petite enveloppe
14:52de cash
14:52pour Nicolas.
14:54Et chaque semaine,
14:55la personne de l'accueil
14:56voit ce jeune
14:58un peu déstroi,
14:59un peu détruit,
15:00venir chercher
15:01ses enveloppes
15:01déposées par Jean-Yves Amoros.
15:03Mais donc c'est quoi ?
15:03C'est le prix de sa culpabilité,
15:04ça ?
15:05Bien sûr.
15:05Bien sûr.
15:06Et à aucun moment,
15:07on se pose une question
15:08de pourquoi il y a de l'argent.
15:09À aucun moment,
15:10un adulte va se demander,
15:11alors qu'il y a énormément
15:13de rumeurs sur cet homme.
15:13Tout le monde sait
15:14qu'il aime les petits garçons,
15:17c'est ce qu'on dit,
15:17les mamans disent ça,
15:18etc.
15:19Et personne ne va tirer
15:20la sonnette d'alarme.
15:21Un nouveau directeur
15:22est nommé en 2002,
15:23Charlotte,
15:23il s'appelle Daniel Chapelier.
15:25Il a 52 ans,
15:27il a une réputation solide.
15:28Dans votre livre,
15:29Clémence,
15:29vous décrivez
15:30les nouvelles règles
15:31mises en place,
15:32trois heures de devoirs
15:32par jour,
15:33pas de maquillage
15:34pour les filles,
15:35les couples
15:36sont aussi interdits.
15:37Un ancien élève
15:38vous parle
15:38d'un changement disciplinaire
15:39immédiat,
15:40vous citez des exemples,
15:42lecture des notes
15:42à haute voix devant la classe,
15:44suppression de tout contre-pouvoir
15:46comme par exemple
15:46l'association des parents d'élèves.
15:48Certains élèves
15:49dénoncent aussi
15:49la misogynie
15:50au sein de l'établissement.
15:51Filles et garçons
15:52peuvent faire par exemple
15:53classe séparée.
15:54Un ancien élève
15:55vous rapporte aussi
15:55les propos d'un prof
15:57qui dit
15:57regretter l'époque
15:58où le rôle de la femme
15:59se cantonnait à la cuisine.
16:01Dernière question,
16:01Clémence,
16:02à quoi ressemble
16:02cette institution aujourd'hui ?
16:05Alors,
16:06j'ai le sentiment
16:07qu'il y a quand même
16:08une prise de conscience.
16:10Il y a eu
16:11cette enquête
16:12du ministère
16:12de l'éducation nationale,
16:14il y a eu
16:14ces articles
16:16de presse,
16:17mais quand même,
16:18Stanisla,
16:19ça reste un huis clos,
16:20ça reste
16:21une sorte de
16:23château fermé,
16:24château fort,
16:26fort reste,
16:27exactement,
16:28imprenable,
16:29avec ses propres règles.
16:31J'ai toujours le sentiment
16:32qu'ils se sentent
16:33au-dessus des lois
16:34qu'ils ont un complexe
16:35de supériorité.
16:36J'étais assez étonnée
16:37quand même
16:38de ne pas être reçue
16:39par le directeur
16:40après huit mois d'enquête
16:41et avec une série
16:42de questions
16:44que je souhaitais lui poser,
16:46que j'ai pu lui poser
16:47uniquement par écrit,
16:48mais on sait bien
16:48que ce n'est pas la même chose.
16:50Et oui,
16:51je crois qu'il n'y a pas
16:52vraiment de leçons
16:54tirées de ces années
16:56quand même
16:57d'affaires scandaleuses,
16:59d'affaires pédocriminelles.
17:01Elles se répètent
17:02dans le temps,
17:02dans les années 70,
17:03dans les années 80,
17:04dans les années 2000,
17:05jusqu'en 2018
17:06avec l'affaire Olivier Parent.
17:08Ce n'est pas des actes
17:10ou des dossiers isolés.
17:12C'est un système,
17:13en fait.
17:14Je suis en train
17:14de me rendre compte
17:15puisque mon enquête,
17:16j'ai l'impression
17:17qu'elle débute vraiment maintenant
17:19avec tous ces témoignages.
17:20Je suis en train
17:21de me rendre compte
17:21que oui,
17:23je ne voulais pas y croire,
17:25mais il y a un système
17:26Stanislas.
17:27Et qui perdure aujourd'hui.
17:28Merci beaucoup Clémence Badaud.
17:30Merci.
17:30On rappelle le titre
17:30de votre livre
17:31Stanislas,
17:31la loi du silence
17:32en quête sur la face cachée
17:34d'une institution d'excellence.
17:36Merci beaucoup Charlotte.
17:37Merci à toutes les deux.
17:38On se retrouve la semaine prochaine
17:39pour un nouvel épisode
17:40d'Affaires suivantes,
17:41le podcast Inédi.
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