- il y a 1 semaine
Chaque week-end, l’émission pilotée par Dominique Rizet, consultant police/justice BFMTV, et Pauline Revenaz, traite d’un événement majeur de la semaine, ainsi que d’autres affaires qui sont revenues sur le devant de la scène.
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00:03Générique
00:11Bonjour à tous, nous sommes dimanche, il est 13h, bienvenue dans Affaires suivantes, ravi de vous retrouver avec mon complice
00:17Dominique Rizet.
00:18Bonjour Pauline, bonjour à tous.
00:19Au programme cette semaine, le procès qui divise l'Amérique, il y a un verdict impossible, Lindsay Clancy, accusée d
00:24'un triple infanticide, celui de ses trois enfants.
00:26Elle a plaidé non coupable en proie à une dépression post-partum et faute d'unanimité, le verdict a été
00:31annulé.
00:32Juger et comprendre, c'est la question du jour.
00:35Deux séries de coups de feu à 6h du matin en plein Paris, c'est comme ça que Federico Aramburu,
00:41ex-rugbiman argentin qui vivait en France, est mort un matin de mars 2022.
00:47Ces meurtriers présumés seront jugés à partir de demain devant la cour d'assises de Paris.
00:52La parole est à la défense cette fois-ci, on avait reçu les partis civils dans notre émission.
00:58Et puis nous partirons en liberté avec le bédéiste Mathieu Sapin qui s'est plongé 12 mois en immersion dans
01:02des lieux clos.
01:03La prison, le commissariat, l'hôpital psychiatrique, des lieux de privation de liberté.
01:07Sa contrôleuse générale viendra aussi nous éclairer.
01:10Allez, Affaires suivantes, c'est tout de suite.
01:15Bienvenue dans Affaires suivantes.
01:16On va parler d'abord d'un procès ultra-médiatisé, finalement annulé.
01:19Ça se passe aux Etats-Unis.
01:20Les jurés n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le verdict concernant Lindsay Clancy,
01:25cette mère de famille de 36 ans qui a tué ses trois enfants.
01:28Explication d'abord avec Pierre-Louis Bousset.
01:31Des jours entiers passés à délibérer.
01:34Mais finalement, impossible pour les jurés de s'accorder à l'unanimité sur un verdict dans le procès de Lindsay
01:40Clancy.
01:40Je vais déclarer que le jury est bloqué et que le procès est annulé.
01:47Dernier développement d'une affaire judiciaire surmédiatisée qui divise la société américaine.
01:53Lindsay Clancy était jugée pour le meurtre de ses trois enfants.
01:56Leur corps avait été retrouvé par leur père en janvier 2023 dans la cave de la maison familiale.
02:02Cette infirmière de 36 ans, désormais en fauteuil roulant après une tentative de suicide,
02:06a reconnu les faits, mais a aussi décidé de plaider non-coupable.
02:10Sa défense avance une irresponsabilité pénale en raison d'une psychose postpartum.
02:15Une dégradation sévère de son état mental depuis son dernier accouchement qui l'aurait poussé à l'irréparable.
02:22Elle a dit aux médecins qu'elle avait des tendances suicidaires.
02:25Elle leur a dit qu'elle avait des pensées noires.
02:27Et en décembre, elle a confié à son mari, en présence de sa mère, qu'elle avait des pensées psychotiques
02:32dans lesquelles elle imaginait faire du mal aux enfants.
02:38Une version des faits rejetés par l'accusation pour qui Lindsay Clancy avait prémédité son geste,
02:43notamment en envoyant son mari faire des courses pour l'éloigner suffisamment longtemps du domicile familial.
02:50Il ne s'agissait pas d'une femme en proie à une psychose ce 24 janvier 2023.
02:54Il s'agissait d'une femme qui a agi de manière intentionnelle, rationnelle et rapide pour atteindre un objectif très
03:01précis, tuer.
03:04L'affaire Lindsay Clancy reste pour l'heure en suspens.
03:07Un nouveau procès pourrait se tenir prochainement avec un nouveau jury.
03:12Avec nous, maître Isabelle Steyer, avocate et cofondatrice du collectif Action Juridique Féministe.
03:18Merci maître d'être avec nous.
03:19Qu'est-ce qu'il faut lire à travers ce procès et ce verdict impossible ?
03:24Je trouve que c'est un positionnement extrêmement intéressant et qui nous dit beaucoup sur la société.
03:31Parce qu'on voit très bien que sept personnes n'ont pas pu se mettre d'accord.
03:36Et donc, il y a une impossibilité à imaginer cette femme ou une femme en train de tuer ses enfants.
03:47Et d'habitude, ce que l'on a dans les constitutions de jury, on a des jurys qui parviennent à
03:55se parler et à aboutir à une cohésion.
03:58Et je pense que cette question-là, elle fait clivage dans la société, mais je pense que ce serait la
04:03même chose dans la société française.
04:05C'est-à-dire qu'imaginer qu'une mère puisse tuer ses enfants sur une problématique psychiatrique n'est pas
04:13encore intégrée.
04:14Et puis, cette problématique psychiatrique n'est aussi pas connue, très peu connue.
04:19Et donc, ça dit beaucoup de la santé mentale et du niveau de la santé mentale qu'il y a
04:24aux États-Unis,
04:25puisque à la fois, cette problématique n'est pas connue du grand public,
04:29mais je crois que, et c'est d'ailleurs les manifestations qui étaient devant le tribunal,
04:35beaucoup de femmes ont manifesté parce que la prévenue n'était peut-être pas suffisamment suivie,
04:42et elle-même était confrontée à des épisodes dépressifs qui auraient pu faire clignotant pour imaginer une psychose purpérale.
04:53Parce que c'est bien une psychose purpérale dont il est question et pas une dépression.
04:59Donc, cela signifie que lors de l'accouchement et après l'accouchement,
05:04la mère va complètement changer de monde.
05:07Et ce n'est pas la dépression que l'on ressent après chaque accouchement,
05:12c'est vraiment une déconnexion et une problématique, souvent soit paranoïaque, soit de voix, soit de...
05:21Alors, Dominique, tu as une question pour vous.
05:24Oui, Isabelle Steyer, bonjour.
05:25En fait, on a un peu peur de cette justice américaine, c'est peut-être un peu une réaction primaire,
05:29mais qui est capable de coller des 50, plus 50, plus 50, 400 ans de prison.
05:34Et là, on a une justice qui, finalement, est capable de comprendre,
05:38puisqu'on dit souvent « juger, c'est comprendre ».
05:40Oui. Alors, je ne sais pas si elle comprend ou si, justement, elle ne comprend pas.
05:48Parce que...
05:49C'est comprendre l'accusé.
05:50Et oui, mais...
05:51J'aurais dû rajouter ça.
05:53Et oui, c'est-à-dire que les jurés n'ont pas pu se mettre d'accord.
05:57Donc, cela signifie aussi qu'ils ne sont pas allés jusqu'à l'irresponsabilité de cette femme,
06:03alors même qu'on a bien compris qu'elle était confrontée à cette problématique psychiatrique.
06:11Donc, est-ce que, justement, il n'y a pas une résistance à comprendre cela
06:15et à ne pas aller jusqu'au bout du raisonnement,
06:18c'est-à-dire la déclarer responsable,
06:20donc l'emmener dans un hôpital psychiatrique,
06:23puisque, après les faits, elle a quand même tenté de se suicider
06:26de façon extrêmement violente,
06:28ce qui suppose une psychose.
06:30Elle a tenté, quand même, avec un couteau, de se couper le cou.
06:37Elle s'est coupée aussi les veines.
06:40Et elle s'est défenestrée.
06:42Donc, un suicide extrêmement violent.
06:44Donc, est-ce que cela signifie
06:47que l'on ne veut pas aller jusqu'à l'irresponsabilité,
06:50mais qu'en même temps, on ne veut peut-être pas la condamner
06:53à, comme vous dites, des 50 ou des 100 ans ?
06:55Merci beaucoup, merci beaucoup.
06:59Merci, Maître Steyer.
07:00Jugez, comprendre, c'était l'une de nos interrogations aujourd'hui
07:03avec Dominique Rizet.
07:05On suivra évidemment ce dossier qui passionne,
07:07qui déchire et qui divise l'Amérique.
07:09En liberté à présent, c'est le titre de la BD
07:12signée Mathieu Sapin, édité chez Dargo,
07:15où nous accueillons Mathieu sur ce plateau.
07:17Merci d'être avec nous et vous êtes bien accompagnée
07:19parce que vous êtes avec Dominique Simenot,
07:21contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
07:23Alors, cette BD, c'est 12 mois d'immersion.
07:26Dans une maison d'arrêt, dans un commissariat,
07:28dans un hôpital psychiatrique, dans un centre de rétention.
07:31Donc, que des lieux où il n'y a pas de liberté.
07:34Qu'est-ce qui a été le plus dur ?
07:36Quel est le lieu le plus dur, le plus frappant,
07:38le plus enfermant finalement ?
07:41C'est difficile parce qu'il y a différents types de lieux.
07:45Moi, j'ai été particulièrement touché
07:47par un établissement pour mineurs qui se trouve à Marseille,
07:49où on voit des mineurs qui sont enfermés
07:53dans des conditions peut-être moins difficiles
07:57que pour des adultes.
07:59Mais malgré tout, le fait que ce soit des enfants,
08:01c'est très touchant.
08:03Et après, il y a des lieux comme la prison de Fresnes
08:06où ça m'a particulièrement bouleversé aussi.
08:09Mais là, c'est plus les conditions,
08:11on va dire la vétusté.
08:12L'insalubrité, on peut parler d'insalubrité ?
08:15À Fresnes.
08:16En l'occurrence.
08:17À Fresnes, on croise quand même.
08:18Moi, c'est la première fois que je vois des rats
08:20vivre dans les cellules,
08:22passer en faisant comme ça.
08:24Qu'est-ce que les rats font comme ça ?
08:25Ils font un genre de comme ça
08:27parce qu'ils sont tellement peu farouches.
08:29Oui, ils sont presque de bêtises.
08:30Ils ne s'en vont pas.
08:31Des gros rats.
08:33Et la nuit, les prisonniers nous disent
08:35qu'on a peur, ils nous montent dessus.
08:38Mathieu, vous aviez déjà mis les pieds dans une prison.
08:41Alors oui, j'avais fait une visite
08:44pour une heure comme ça
08:45pour un concours de bandes dessinées.
08:49Chez Dargaux ?
08:51Oui.
08:52Et donc là, vous êtes arrivés,
08:54on a fermé la porte derrière vous.
08:55Ça fait quel effet ?
08:56Parce que là, c'est le début,
08:57on regardait ça avec Pauline tout à l'heure,
08:58c'est le début de la BD.
09:00Là, on vous enferme,
09:01on vous voit arriver
09:02et vous dites
09:03la porte est fermée derrière vous,
09:04on entend le bruit.
09:05D'abord, c'est le bruit de la serrure.
09:07On se souvient qu'il y a le clic
09:08qui vous enferme.
09:09Oui.
09:09Je ne sais pas si on voit bien là.
09:11C'est le bruit.
09:12Et vous dites alors ?
09:13Oui, parce que c'est le début de mon récit.
09:15En fait, je commence,
09:17donc j'ai eu,
09:18j'ai fait la demande
09:20de passer quelques heures
09:21dans une cellule.
09:22Alors, c'est une cellule
09:22plutôt bien entretenue,
09:24celle-ci,
09:25puisque c'est à Vendin-le-Vieille,
09:26c'est une prison très haute sécurité.
09:28Alors moi, j'y suis allée,
09:28c'est les cellules modèles,
09:30parce que d'abord,
09:30elles ont été pour l'instant peu utilisées
09:32et elles sont ultra modernes
09:33par rapport à Frennes, typiquement.
09:34Voilà.
09:35Mais malgré tout,
09:36la sensation d'enfermement,
09:37on la ressent bien sûr.
09:39J'ai compté dans ma tête,
09:40il y avait 18 portes et grilles
09:42différentes, successives,
09:44entre l'endroit où je me trouvais
09:45et la sortie.
09:46Et le fait de ne pas savoir tout simplement
09:48quand est-ce qu'on va venir vous ouvrir,
09:49de ne pas avoir de téléphone portable, etc.
09:52Déjà, on commence un peu
09:53à ressentir cet enfermement,
09:55cette impossibilité d'accès
09:57aussi à l'extérieur,
09:58parce que par la fenêtre,
09:59on ne voit rien.
10:00Il y a trois grilles,
10:02trois couches de grilles.
10:03Donc il n'y a pas de lumière naturelle
10:04pour se figurer.
10:05Il y a un halo naturel.
10:07Comment est-ce qu'on peut rendre ces lieux ?
10:09Parce que le point commun
10:10de tous ces lieux de privation et de liberté,
10:11c'est sans doute peut-être l'insalubrité,
10:13mais le fait que ces lieux,
10:15vous dites, sont indignes
10:16de la République française.
10:18La France, on le rappelle,
10:19a déjà été épinglée
10:20à plusieurs reprises
10:20par la Cour européenne des droits de l'homme.
10:22Et on va rappeler
10:23que c'est quand même
10:23une des mauvais élèves de l'Europe
10:25en matière de densité carcérale.
10:27Et je voudrais qu'on voit ces chiffres,
10:28les chiffres de détention
10:30qui ont été fournis
10:30par le ministère de la Justice.
10:32On a près de 90 000 détenus
10:34et c'est 43,5 % de plus en un an.
10:37On a 63 303 places opérationnelles
10:40et on a presque 8 000 matelas au sol.
10:43C'est ça la réalité de la détention
10:44en France, Dominique Simenot ?
10:46C'est absolument ça.
10:47On est avant-dernier,
10:49l'avant-dernier des pays européens
10:50en la matière.
10:51Quand je compare avec l'Allemagne,
10:53les détenus où il y a 20 millions
10:55d'habitants de plus que nous
10:56et 20 000 détenus de moins,
10:5870 % des détenus qui travaillent
11:00versus moins de 20 % chez nous
11:03et ils sont un par cellule.
11:06Et leur taux de récidive,
11:08c'est ça qui devrait intéresser tout le monde,
11:10est beaucoup moindre que le nôtre.
11:12Parce que je pense que quand même
11:13la façon dont on traite les gens
11:15à l'intérieur, rejaillit forcément
11:17sur la façon dont ils se conduisent dehors.
11:19On ne peut pas sortir de là en se disant
11:22vive la France, vive la République,
11:24vive nos grandes valeurs.
11:25– Vous savez, Dominique,
11:26vous avez été journaliste
11:27et c'est difficile de parler de la prison
11:29parce que certains de ceux
11:30qui nous écoutent disent
11:31qu'ils sont là-bas,
11:32ils l'ont bien mérité,
11:33bien fait pour eux.
11:34Quoi ?
11:34La télé, la salle de sport ?
11:36Vous avez connu combien de
11:37ministre de la Justice ?
11:38Dupont Loretty, Darmanin ?
11:40– Depuis que vous êtes contrôleur.
11:41– Non, depuis que vous êtes contrôleur.
11:42– Journaliste, vous en avez connu.
11:43– Non, en tant que contrôleuse,
11:44non pas en tant que journaliste.
11:45– Éric Dupont-Moretti et Gérald Darmanin.
11:47– Alors, est-ce que tous les deux
11:49ont fait des choses pour la prison ?
11:50Ou l'un ou l'autre,
11:51ou plus l'un que l'autre ?
11:52– Non, aucun.
11:53– Rien.
11:54– Aucun des deux n'a rien fait.
11:56Éric Dupont-Moretti,
11:57j'ai le regret de le dire
11:58parce que j'avais tellement confiance,
12:01je me disais…
12:01– On avait tous confiance.
12:02– On s'est tous dit
12:04ça y est, ça va changer.
12:06Il dit qu'il a été empêché de changer,
12:08mais la loi qu'il a prévue,
12:10qu'il a mise en œuvre,
12:12prévoyait déjà dans son étude d'impact
12:13plus 8000 détenus.
12:15Ça a été le cas.
12:17– Quant à Gérald Darmanin,
12:18il a mis en place
12:18les prisons de haute sécurité.
12:20– Non, mais…
12:21– Non, mais de manière factuelle,
12:23c'est lui qui a ouvert Vendin,
12:24c'est lui qui a ouvert Condé.
12:25– Mais c'est lui aussi
12:26qui n'a rien fait
12:28qu'aggraver la surpopulation carcérale
12:30en refusant de prendre les choses en main.
12:32C'est une décision politique
12:34qu'il faut prendre,
12:34mais pour le bien de toute la société.
12:37Les gens, il faut qu'ils sortent
12:38meilleurs de prison.
12:39– Bien sûr.
12:39– Il n'est pas question
12:40qu'ils sortent pire.
12:42Donc, et là,
12:43comme ce n'est pas un sujet,
12:45vous l'aurez noté,
12:46vous le savez,
12:46on le sait tous,
12:47nous les journalistes,
12:48qui attirent particulièrement le public.
12:50C'est un sujet anxiogène,
12:52qui ennuie tout le monde.
12:54Moi, combien de fois
12:54je me suis fait rembarrer
12:55là où je travaillais.
12:56Tu nous emmerdes avec tes taulards.
12:59Bien pourtant,
12:59ça devrait tous nous concerner
13:00à cause de la récidive.
13:02Il faut que ces gens
13:03se réinsèrent
13:04à l'intérieur
13:05que la réinsertion
13:06commence dedans.
13:07– On a fait le même boulot,
13:08les mêmes rédactions,
13:09fréquenté les mêmes...
13:09Moi aussi, c'est vrai
13:10que quand j'ai essayé
13:10de vendre des sujets
13:12sur la prison,
13:12Parisien, Figaro,
13:14François,
13:15on me dit,
13:15oh là là, la prison,
13:16arrête ça,
13:17ça emmerde tout le monde.
13:18C'est vrai que c'est bien l'hommage.
13:19Vous avez parlé
13:20avec des détenus,
13:20vous avez pu parler
13:21avec des prisonniers ?
13:22– Oui, bien sûr.
13:23Il faut expliquer
13:24que le travail
13:25de Dominique Simono
13:26consiste à faire
13:27des visites
13:28dans ces lieux-là.
13:30– Des rapports,
13:30des alertes.
13:30– Voilà.
13:31Et donc,
13:31c'est des visites
13:32de plusieurs jours
13:32qui consistent
13:33à s'entretenir
13:34avec et le personnel
13:36et des détenus.
13:36et donc,
13:37moi,
13:37j'ai accompagné
13:38Dominique et ses équipes
13:40et j'ai bien sûr
13:41eu l'occasion de…
13:42– On parlait
13:43énormément de détenus.
13:44– Voilà,
13:44il y a beaucoup d'échanges.
13:45– Et qu'est-ce qui ressort
13:45de ces échanges d'abord
13:46de l'humanité,
13:47j'ose espérer ?
13:48– Oui,
13:49et puis une demande aussi,
13:50il y a une demande
13:50de s'exprimer,
13:52tout simplement.
13:52Il y a beaucoup
13:52de la part de ces personnes
13:54le besoin
13:55de décrire
13:56leurs conditions
13:57d'incarcération
13:58et puis tout simplement
13:59d'échanger.
14:01Et parfois,
14:02oui,
14:03il y a des moments
14:03d'humanité,
14:04des moments aussi
14:06qui peuvent être difficiles
14:07psychologiquement
14:08parce qu'on est confronté
14:09vraiment directement
14:11à cette réalité-là
14:12et c'est vrai
14:14que moi,
14:14j'ai été…
14:15c'est une expérience
14:16qui m'a…
14:17oui,
14:17qui m'a bouleversé.
14:18– Alors,
14:19est-ce qu'il y a un truc
14:20qui vous a marqué
14:21plus particulièrement ?
14:22– Il y a beaucoup
14:23de choses
14:23qui m'ont marqué.
14:25Déjà,
14:27pour beaucoup,
14:27il y a l'absence
14:28de…
14:29comment dire ?
14:30Comme le disait Dominique,
14:31de perspective,
14:32de pouvoir
14:34s'améliorer,
14:35de…
14:35– De devenir meilleur.
14:36– Oui.
14:37Et donc,
14:38une espèce de…
14:40Et de la part
14:40du personnel aussi,
14:42une résignation
14:44et qui,
14:45je pense,
14:47demanderait
14:47à être prise en compte
14:49et il y a certainement
14:50des initiatives
14:52à prendre.
14:52– Alors,
14:52on rappelle
14:53vos précédentes incursions
14:54puisque vous aviez
14:55croqué l'Élysée,
14:56je me souviens,
14:56le ministère de l'Intérieur
14:57aussi,
14:58la campagne présidentielle
14:59de 2012,
15:00vous avez traîné aussi
15:01avec Gérard Depardieu.
15:02C'est quoi le prochain ?
15:04C'est secret ?
15:05– Non,
15:05ce n'est pas secret
15:05parce que ça a été annoncé,
15:06c'est sur le chantier
15:07de Notre-Dame
15:08que j'ai suivi,
15:09j'ai suivi tout le chantier.
15:11Notre-Dame a été réouverte
15:13mais le chantier
15:13est toujours en cours
15:14et donc là,
15:15j'ai bientôt…
15:16je vais terminer
15:17bientôt cette prochaine BD.
15:19– En liberté,
15:19on le montre,
15:20c'est votre BD,
15:21Mathieu Sapin
15:22chez Dargaux.
15:2412 mois d'immersion
15:24en prison
15:25dans les lieux
15:25de privation
15:26de liberté.
15:27Merci d'avoir été avec nous.
15:28Dans un instant,
15:28nous allons évoquer
15:29le procès Le Priol,
15:30celui qui ouvre demain
15:31pour juger
15:32ceux qui sont accusés
15:33de la mort
15:34de Federico Aramburu,
15:35ex-rugbyman argentin
15:37tué à Paris.
15:38Nous avions reçu
15:39les parties civiles
15:40il y a un an,
15:40place maintenant
15:40à la défense.
15:42C'est dans un instant.
15:45C'est un procès
15:46qui s'ouvre demain
15:47devant la cour d'assises
15:47de Paris.
15:48Vous le voyez,
15:48tout le monde
15:48est en train
15:49de s'installer
15:49dans le box des accusés.
15:50Quatre personnes
15:51qui devront répondre
15:52de l'assassinat
15:53de Federico Aramburu,
15:55ex-rugbyman argentin
15:57tué en plein Paris.
15:58C'était le 19 mars 2022.
16:00D'abord,
16:00le rappel des faits
16:01et les enjeux du procès
16:02avec Pierre-Louis Bousset.
16:05Le 19 mars 2022,
16:07au petit matin,
16:08Federico Martina Aramburu
16:09se trouve avec un ami
16:10dans ce bar
16:11du boulevard Saint-Germain.
16:12Les deux hommes
16:13prévoient d'assister
16:14à un match de rugby
16:15le soir même.
16:16Mais juste avant 6 heures,
16:18une altercation éclate
16:19avec deux autres clients
16:20de l'établissement.
16:21Loïc Lepriol,
16:22à gauche de cette image,
16:23et Romain Bouvier,
16:24sur la droite.
16:24deux militants d'extrême droite,
16:26anciens membres du GUD.
16:28Des vigiles les séparent,
16:30mais les esprits
16:31sont encore vivement échauffés.
16:33Federico Martina Aramburu
16:34et son ami
16:34quittent le bar à pied,
16:36puis sont rattrapés
16:36quelques instants plus tard
16:38par Romain Bouvier
16:39à bord d'une Jeep.
16:40L'homme dégaine une arme
16:41et tire plusieurs fois
16:42sur le franco-argentin
16:43qui se dirigeait vers lui.
16:45Romain Bouvier
16:46affirme avoir agi par peur.
16:48Il est en train
16:49d'anticiper quelque chose
16:50dont il est sûr
16:50que ça va advenir.
16:51Peut-être d'ailleurs
16:51se trompe-t-il.
16:52C'est comme ça
16:53qu'il ressent les choses.
16:54Il est convaincu
16:55qu'il va être roué de coups
16:57de manière incroyablement violente
16:59par deux hommes
16:59qui sont très énervés.
17:00Loïc Lepriol
17:01arrive à son tour
17:02sur les lieux
17:03et après une empoignade
17:04avec Federico Martina Aramburu,
17:05ouvre lui aussi le feu.
17:07Il tire les 6 balles
17:09de son chargeur.
17:10Trois d'entre elles
17:10atteignent mortellement
17:11l'ex-rugby Manodo.
17:13Pour sa famille,
17:14aucun doute.
17:15Il s'agit là
17:15d'un assassinat.
17:17L'ensemble des magistrats
17:19du parquet
17:20et du siège
17:21et de la cour
17:21se sont tous accordés
17:22à dire que l'intention homicide
17:24est particulièrement caractérisée
17:26et que la préméditation
17:27l'est aussi.
17:28Loïc Lepriol
17:28est arrêté en Hongrie
17:30près de la frontière ukrainienne
17:31quelques jours seulement
17:32après le meurtre.
17:33Romain Bouvier
17:34est de son côté
17:35interpellé
17:35près d'une abbaye
17:36dans la Sarthe.
17:37Les deux hommes
17:38doivent comparaître demain
17:39devant la cour d'assises de Paris.
17:40Le premier pour assassinat,
17:42le second
17:42pour tentative d'assassinat.
17:44Seront également jugés
17:45la petite amie
17:46de Loïc Lepriol
17:47ainsi qu'un complice
17:48ayant aidé Romain Bouvier
17:50à s'enfuir.
17:51Alors avec nous,
17:52j'accueille en plateau
17:53Maître Hugues Vigier,
17:54l'avocat de Romain Bouvier.
17:55Bonjour Maître,
17:56merci d'être avec nous.
17:57Bonjour.
17:57C'est l'un des deux principaux accusés.
17:59Il faut préciser aux téléspectateurs
18:00qui nous regardent
18:01qu'on a reçu
18:02il y a un an
18:02dans cette même émission
18:03l'avocat des partis civils
18:05Maître Le Bras.
18:05Donc cette fois-ci,
18:06place à la défense
18:07et nous allons nous intéresser
18:08à ces deux profils.
18:09Loïc Lepriol
18:10donc poursuivi pour assassinat
18:12et Romain Bouvier
18:12que vous défendez
18:13jugé pour tentative d'assassinat.
18:15Et pour évoquer
18:16la trajectoire
18:17de Loïc Lepriol,
18:18j'accueille aussi
18:18Alexandre Galien, écrivain.
18:20Pour le magazine Society,
18:22vous avez décidé
18:22de partir sur les traces
18:23de Loïc Lepriol,
18:24notamment ses quatre jours
18:25de cavale.
18:26On y reviendra.
18:27Précisons donc,
18:28comme dans le sujet,
18:28qu'il a été arrêté
18:29à la frontière hongroise.
18:30C'était dans la nuit
18:31du 22 au 23 mars 2022,
18:33quatre jours après la mort
18:34de Federico Arambour.
18:35Merci donc à tous les deux
18:36d'être avec nous.
18:37Alors, Dominique,
18:38Loïc Lepriol
18:39et Romain Bouvier
18:40encourt tous les deux
18:41la réclusion criminelle
18:42à péripétuité.
18:43Il faut bien préciser
18:44qu'il y en a un
18:44qui est jugé pour assassinat
18:46et l'autre pour tentative,
18:47mais que,
18:48dans le droit français,
18:49c'est la même peine encourue.
18:50L'intention vaut l'acte.
18:54Préparation d'un cambriolage,
18:56d'un braquage,
18:57c'est la peine encourue
18:58pour braquage,
18:59pareil pour l'homicide.
19:02On rappelle,
19:03Loïc Lepriol,
19:04lui, c'est pour assassinat.
19:08Romain Bouvier
19:09pour tentative d'assassinat.
19:10Puis Lison,
19:11qui était la petite amie
19:12de Loïc Lepriol,
19:13pour complicité
19:14de tentative d'assassinat.
19:16Alors, première question
19:18que j'ai envie de vous poser,
19:18Maître,
19:19parce qu'on en a beaucoup parlé,
19:20notamment au moment de la mort
19:21de Quentin de Ranq à Lyon,
19:22ce militant d'extrême droite.
19:25Est-ce qu'on a reparlé
19:26de l'affaire Rambourou
19:28en disant,
19:30ça fait partie des meurtres
19:31commis par l'extrême droite ?
19:33Moi, j'ai un point de vue différent,
19:35mais vous allez en discuter
19:36beaucoup à l'audience.
19:37Moi, j'ai plutôt l'impression
19:38que c'est une affaire
19:39de type qui ont bu,
19:40tout le monde a bu,
19:41on s'embrouille
19:42et on découvre que ceux
19:43qui ont tiré
19:43sont des types d'extrême droite
19:45et ensuite,
19:45ça devient un meurtre
19:46commis par l'extrême droite.
19:47Alors, est-ce qu'on va juger
19:48deux meurtriers à partir de demain
19:51ou est-ce qu'on va juger
19:52deux militants de l'extrême droite ?
19:53Qui est-ce qu'on va juger ?
19:54Je ne le sais pas,
19:55mais qui on doit juger,
19:56j'en suis certain.
19:57On doit juger deux meurtriers
19:58dans une affaire
19:59que je qualifierais
20:00de tristement banale.
20:02Et la connotation,
20:03notamment politique,
20:04n'a pas sa place ici.
20:05Elle a été, je pense,
20:07utilisée,
20:08voire instrumentalisée.
20:09Par ailleurs,
20:09le départ de la procédure,
20:11ce sont énormément
20:11de choses inexactes
20:13qui sont en tout cas médiatisées.
20:14Et sur cette base-là,
20:16je crois que pendant quatre ans,
20:17on a vécu
20:17avec l'idée
20:18de ce qu'on présentait
20:19à peu près
20:21comme une chasse à l'homme
20:22par des néo-nazis.
20:23On est au milieu de tout cela.
20:25Ça ne veut pas dire
20:25qu'il n'y a pas
20:25des responsabilités à discuter.
20:27D'accord avec ça ?
20:28Vous n'avez pas forcément
20:29la même lecture.
20:31Si, j'ai à peu près
20:32la même lecture
20:33quant au fait
20:34qu'en effet,
20:34il faut juger
20:35deux meurtriers présumés.
20:36Cependant,
20:37cette bascule dans la violence,
20:39elle tient au fait
20:39que sur les quatre individus appliqués,
20:41il y en a deux
20:41qui étaient armés.
20:43Et le fait que
20:45ces personnes-là
20:46soient armées
20:46et cette circulation
20:47des armes,
20:48on peut éventuellement
20:49aussi l'attribuer
20:51à des mouvances
20:52desquelles il faisait partie.
20:53On va y revenir.
20:54Il y a deux scènes
20:54et deux temporalités.
20:55Il y a la terrasse du Mabillon,
20:57on est boulevard Saint-Germain,
20:58et puis il y a la scène
20:58de crime un peu plus loin.
20:59Et la préméditation
21:01est au cœur des débats,
21:02sans doute
21:02au procès qui s'ouvre demain.
21:04Maître,
21:04vous pour être bien d'accord,
21:06pour bien comprendre
21:07votre axe de défense,
21:08vous vous contestez
21:09la préméditation,
21:10mais alors vous allez
21:11plaider quoi
21:11si vous la contestez ?
21:12On conteste tout
21:13en l'état.
21:14On conteste
21:14l'intention homicide.
21:16Romain Bouillet
21:17est poursuivi
21:17pour une tentative d'homicide,
21:18on conteste l'intention homicide
21:19et on conteste par ailleurs
21:21la moindre préméditation.
21:22La seule chose
21:22qui est reconnue
21:23mais qui pour l'instant
21:24n'est pas poursuivie,
21:25on demandera
21:25à ce qu'elle se soit
21:26mise dans les débats,
21:27ce sont des violences
21:28volontaires avec armes,
21:28avec une idée d'ailleurs,
21:30j'entends mon voisin dire
21:31que la bascule dans la violence,
21:32ce sont deux hommes armés.
21:33Non,
21:33la bascule dans la violence,
21:35le moment initial
21:36des violences,
21:37c'est d'abord
21:39dramatiquement
21:40Federico Martinaro Mboru
21:41et ensuite
21:42Jean-Negarty.
21:43Et ça,
21:44c'est le départ des violences.
21:45Ensuite,
21:46dans les violences
21:47qui se poursuivent,
21:48il y a des hommes
21:48qui sont armés.
21:49Ça c'est l'altercation
21:49sur la terrasse du Mabillon.
21:51Oui, mais elle est essentielle.
21:52Sans ça,
21:52on ne comprend rien.
21:53C'est la scène 1 ?
21:54Bien sûr.
21:54Ok.
21:55Que dit votre client
21:56sur les faits
21:56et sur l'usage d'une arme ?
21:58Il tire combien de coups ?
21:59Ça se passe comment ?
21:59Alors, il tire 4 coups.
22:01D'ailleurs,
22:01il dit avoir pensé
22:02n'en tirer que 3.
22:03Il dit tirer des coups
22:04en voulant faire peur
22:05pour partir
22:06parce qu'on lui a menti
22:08en réalité.
22:09La scène pour lui
22:10était terminée.
22:10On lui a dit,
22:11d'ailleurs c'est en procédure,
22:13qu'il fallait qu'il rejoigne
22:14son ami qui était en train
22:14de se faire massacrer
22:15par les rugbymans,
22:16ce qui était faux.
22:17Et donc,
22:17il est parti avec Lison Rochemire
22:18à la recherche de son ami.
22:20Il voit les deux rugbymans,
22:21ne voit pas son ami.
22:22Imagine que peut-être
22:23il a été roué de coups
22:24et se trouve dans
22:24quelques portes cochères.
22:25Descend du véhicule
22:26pour demander
22:27où il peut se trouver.
22:28Et là,
22:28voit deux hommes
22:29dont Federico Martinaro Mboru
22:30arriver extrêmement déterminé.
22:32dit-il en l'insultant
22:34et en le menaçant.
22:35Ça,
22:35ce sera sa parole.
22:37Et puis,
22:38pour le reste,
22:39les voyants arriver
22:39et pensant qu'il est
22:41en train d'encourir
22:42lui-même des violences graves,
22:43il va sortir son arme,
22:44ne veut toucher personne
22:45et touchera deux fois
22:46Federico Martinaro Mboru.
22:47Et je l'indique d'ailleurs,
22:48sans aucune séquelle
22:50physiologique sérieuse,
22:51personne n'avait remarqué
22:52qu'il avait été touché,
22:53même pas son ami
22:53qui était à 3 mètres.
22:55Et une minute après,
22:56on voit Federico Martinaro Mboru
22:57qui court
22:57en direction de Loïc le Priol
22:59comme si effectivement
23:00il n'avait pas été affecté
23:01par des blessures superficielles.
23:02ce sont là,
23:04là il me faut la version,
23:05si vous voulez,
23:06dans les yeux de Loïc le Priol
23:07parce que sur le même thème,
23:08combien de coups
23:09et à quel moment
23:10est-ce qu'il sort son arme ?
23:11C'est ça qui est intéressant,
23:12c'est de voir le double regard.
23:14Oui, bien sûr.
23:14Alors,
23:15moi je ne suis ni avocat
23:16de Loïc le Priol,
23:18ni avocat des partis civils,
23:19je suis écrivain.
23:20Mais vous avez le récit
23:20dans la tête.
23:21J'ai le récit dans la tête.
23:22Est-ce que vous pouvez faire
23:22cet exercice intellectuel pour moi ?
23:24Bien sûr,
23:24il n'y a aucun problème.
23:25Mais cependant,
23:26j'essaie dans mon travail
23:28de ne pas forcément
23:29commenter le procès
23:30pour ne pas troubler
23:30la sérénité des débats.
23:32Parce qu'il y a un procès
23:33en assise qui commence demain.
23:33Après, factuellement,
23:34on peut donner
23:34le nombre de tirs, etc.
23:36Je crois que Loïc le Priol,
23:37si je me souviens bien,
23:39tire six coups
23:42et perfore des organes vitaux.
23:47Et Romain Bouvier
23:48tire quatre fois
23:49et l'autopsie dit
23:50que les quatre balles
23:51qu'il a tirées
23:51ne sont pas mortelles.
23:53Sur le système de défense,
23:55ça va être compliqué
23:55parce qu'ils sont deux dans le box.
23:57Le vôtre,
23:58Romain Bouvier,
23:58est moins impliqué
23:59dans le dossier d'instruction,
24:01on vient de le dire,
24:02puisque ses balles
24:03ne sont pas mortelles,
24:04les balles qu'il a tirées,
24:05que Loïc le Priol.
24:06Néanmoins,
24:07ils ont cours à la même chose.
24:08Absolument.
24:09À quel moment ?
24:09Ça va être compliqué.
24:10Est-ce que,
24:11pour défendre le vôtre,
24:12Bouvier,
24:13vous enfoncez le Priol ?
24:15À quel moment
24:16vos défenses
24:17avec les avocats
24:19de Loïc le Priol
24:21vont se rejoindre ?
24:22Et à quel moment
24:23elles vont diverger ?
24:25En réalité,
24:25moi je considère
24:26qu'il n'y a aucune espèce
24:26de difficulté
24:27et pas de risque
24:28de conflit d'intérêts
24:29si je puis dire
24:29entre l'un et l'autre.
24:31La chambre de l'instruction
24:33a fait son travail,
24:34ce qu'elle devait faire
24:34depuis le départ,
24:35ce que le juge d'instruction
24:36aurait dû faire
24:36et a considéré
24:37qu'on parlait
24:38de deux scènes distinctes.
24:39Si d'ailleurs,
24:40ça avait été une scène unique,
24:41ils auraient tous les deux
24:42été renvoyés pour assassinat,
24:43ce pourquoi Romain Bouvier
24:44était initialement mis en examen.
24:46Ça n'avait aucune espèce de sens.
24:48Donc il y a trois scènes en fait.
24:49Il y a la terrasse,
24:50la première scène
24:51et la deuxième scène.
24:51Alors la première scène,
24:52elle n'est pas poursuivie
24:53en tant que telle.
24:53Au reste,
24:54si on avait poursuivi
24:54les violences,
24:55on les aurait reprochés.
24:56Alors Federico Martina Rombro,
24:58dramatiquement,
24:58il est mort.
24:59Mais on les aurait reprochés
25:00davantage au rugby même
25:01qu'on les aurait reprochés
25:02à Romain Bouvier
25:02ou Loïc Lepriol.
25:04Romain Bouvier,
25:04il en est d'abord spectateur
25:05avant d'en être victime.
25:06Il ne réussit pas
25:07à donner un seul coup,
25:08il en reçoit
25:08quand il veut venir
25:09au secours de son ami
25:10qui s'est fait violenter
25:12sans sommation
25:13de manière extrêmement sérieuse.
25:15Ce qui est intéressant,
25:17c'est ce que dit Loïc Lepriol
25:18pour justifier
25:19d'avoir utilisé une arme.
25:20Il dit,
25:21et c'est en procédure,
25:22la peur,
25:22c'est parce que j'ai eu peur,
25:23je me suis cru en Afrique.
25:25Est-ce que vous pouvez expliquer
25:26aux téléspectateurs
25:27le parcours de Loïc Lepriol
25:29et pourquoi est-ce qu'il fait référence
25:31aux opérations spéciales
25:32puisqu'il a servi là-bas ?
25:34Oui, bien sûr.
25:35Alors Loïc Lepriol,
25:36c'est un ancien marin
25:38qui a intégré l'école des Mousses
25:40quand il avait 16 ans.
25:41Il est devenu le plus jeune
25:42commando marine
25:43de sa promotion à 18 ans
25:45et entre ses 19 et ses 21 ans,
25:47il a été envoyé
25:48près de 14 mois
25:49en terrain d'opérations spéciales.
25:51Opérations spéciales
25:53qui sont quand même
25:54assez souvent
25:55des terrains très dangereux
25:56et des terrains
25:57qui provoquent sans doute
25:58chez un jeune homme
25:59des réactions
26:01parfois compliquées psychologiquement
26:03en termes de post-traumatisme.
26:05Cependant,
26:06il est rentré,
26:07lui, de Djibouti,
26:08il me semble,
26:09en 2015,
26:11donc 7 ans
26:13avant les faits.
26:14Et c'est vrai que
26:15ce syndrome post-traumatique,
26:17c'est un moyen de défense
26:20qui a été utilisé
26:21par le passé,
26:22par Loïc Lepriol
26:24à plusieurs reprises.
26:27Alexandre,
26:27qu'est-ce qui s'est passé
26:28pendant ces 7 ans ?
26:29Il a quitté l'armée,
26:30donc avant la mort,
26:31le meurtre
26:32de Federico Arambrou.
26:33Qu'est-ce qui fait
26:35Loïc Lepriol
26:35pendant ces 7 années ?
26:36Oui, bien sûr.
26:37Alors,
26:37il y a eu une petite période
26:39de flou
26:39autour du ministère des Armées
26:41parce que l'administration
26:42est parfois un peu lente.
26:45Donc,
26:45il a continué
26:45à toucher sa solde
26:46de militaire
26:47de manière partielle
26:48pendant plusieurs années
26:51et il a rejoint
26:52un groupe
26:53qu'il fréquentait déjà
26:53au départ
26:54qui s'appelle
26:54le groupe Union Défense
26:56qui est un groupuscule
26:56d'extrême droite.
26:57Le GUD.
26:59Qui est plus connu
27:00sous ce nom-là,
27:01tristement connu d'ailleurs,
27:03qui est un groupuscule
27:04d'extrême droite
27:04et pendant ces années-là,
27:06il va s'essayer
27:07à plein de choses différentes.
27:08Il va se faire
27:09de nouvelles amitiés,
27:10il va essayer
27:11de se remettre
27:12dans la vie civile,
27:13il va monter une marque
27:15de tour de cou tactique,
27:18il va travailler
27:19un petit peu avec son père
27:20dans le garage de son père
27:22qui loue des véhicules
27:22de collection.
27:24Véhicule qui va d'ailleurs
27:25être impliqué
27:25dans l'affaire
27:27de manière un peu indirecte
27:28parce que c'est avec
27:28ce véhicule
27:29qu'ils arrivent au Mont-Mabillon
27:31et c'est avec la Jeep
27:32que Lison Rochemir
27:33et Romain Bouvier
27:35empruntent le boulevard
27:35Saint-Germain
27:36après la bagarre.
27:39Ensuite,
27:40il monte une marque
27:41de vêtements
27:41qui s'appelle
27:42Bab-to-Solid Certifié
27:43qui a eu
27:44un petit écho médiatique.
27:45Il a été invité
27:46dans une ou deux émissions,
27:47il a fait quelques
27:49quelques interviews.
27:50Au bout de deux ans,
27:50cette marque
27:51arrêtera de fonctionner,
27:53il fermera cette entreprise-là
27:54et il rejoindra
27:56le domaine familial
27:56et deviendra
27:57oléiculteur.
27:58Entre-temps,
27:59il y a une série
28:00d'infractions
28:00qui est commise,
28:01notamment un accident
28:02de la voie publique
28:03et une affaire
28:04qui est un petit peu
28:05plus médiatisée
28:06qui est un passage
28:07à tabac
28:08pour lequel il a été condamné
28:09dans lequel Romain Bouvier
28:11était également impliqué.
28:12L'affaire Klein.
28:12L'affaire Klein,
28:13exactement,
28:14où ils s'en sont pris.
28:15Klein et c'est un
28:15ancien patron du GUN.
28:16Oui, c'est ça.
28:17Tabassage en bonne et due forme
28:19et filmé d'ailleurs.
28:21Filmé en bonne et due forme.
28:22Une scène assez glaçante
28:24par ailleurs
28:25et pour des raisons
28:27qui sont, ma foi,
28:28assez floues.
28:30On avoque parfois
28:31la violence
28:32que Edouard Klein
28:34a pu avoir
28:35auprès de diverses compagnes.
28:37Une autre fois,
28:38on dit qu'Edouard Klein
28:39aurait parlé à la police.
28:41Les motivations
28:41de ce truc-là
28:42sont assez floues.
28:43Et Romain Bouvier,
28:45lui, sa vie, c'est quoi ?
28:46Avant la mort
28:48de Fédéric Horan.
28:49C'est très différent.
28:51C'est un jeune homme
28:51qui s'inscrit
28:52dans des études de droit.
28:54Sa mère
28:54est une consoeur.
28:56Il, je pense que...
28:56Une avocate très connue.
28:57Oui.
28:58Une excellente avocate.
28:59Absolument.
29:00Et il veut lui-même,
29:01je pense,
29:02devenir avocat.
29:04Et puis,
29:05peut-être que son assiduité
29:07fait un peu défaut.
29:07En tout cas,
29:08il se pose des questions.
29:08Il hésite.
29:09Il se cherche un peu.
29:10Je pense qu'à un moment donné,
29:11il songe plutôt
29:12à devenir écrivain.
29:14Et donc,
29:14il est dans ses études
29:15à Assas,
29:16qui est un milieu parfois...
29:18Ou un lieu parfois porteur
29:19dans des rencontres
29:21sur un plan politique
29:22plutôt connoté à droite,
29:24évidemment.
29:24C'était d'ailleurs
29:24un vivier de recrutement
29:25pour le GUD
29:25dans les années 80-80.
29:27Ça l'a été.
29:28Plus maintenant.
29:29Plus maintenant.
29:29Non, mais...
29:30Le GUD a fait l'objet
29:31d'une dissolution,
29:32mais indépendamment de ça.
29:33En tout cas,
29:33moi, j'ai bien connu.
29:34J'ai été étudiant
29:34et opposé tout à fait au GUD.
29:35D'ailleurs,
29:36je le serai toujours aujourd'hui.
29:38Et vous voyez
29:39que ça ne pose aucune difficulté.
29:40C'est-à-dire qu'Romain Bouvier,
29:40enfin,
29:42les problèmes politiques
29:42ne sont pas en jeu
29:43dans ce qui s'est passé
29:44ce soir-là du tout.
29:45Ce qui est intéressant,
29:46c'est qu'ils sont liés
29:47dans leur parcours
29:48puisque leurs routes
29:48vont se croiser,
29:49notamment avec ce tabassage.
29:50Et avec une vraie amitié.
29:52Oui.
29:52Mais l'un n'exclut pas l'autre,
29:53en fait.
29:54Non, et je pense qu'il y a
29:54de la part de Romain Bouvier
29:56chez Loïc Lepriol
29:57quelque chose que lui n'a pas.
29:58Loïc Lepriol,
29:59il est dans l'agir.
30:00D'une certaine manière,
30:01ça doit un peu fasciner
30:03ce jeune homme
30:04qui, lui,
30:04est plus un intellectuel
30:05qui se cherche
30:07et qui doit être
30:07assez impressionné
30:08par le parcours
30:09d'un Loïc Lepriol.
30:10Et je ne dis pas
30:11qu'il y a un effet d'entraînement
30:12de l'un ou de l'autre.
30:12Ce n'est pas le propos.
30:13On ne se défaussera pas.
30:14Et encore une fois,
30:15le fait que maintenant
30:16il y ait deux scènes distinctes,
30:17toutes ces questions-là
30:18n'ont pas leur place.
30:18Ça facilite un peu les choses.
30:20Voilà, il n'y a plus
30:20de difficultés à cet égard.
30:22Mais il y a une vraie amitié
30:23et il ne s'agit pas
30:24aujourd'hui
30:24de la remettre en cause.
30:25Elle était sincère.
30:26C'est une lecture
30:27que vous partagez ?
30:27Oui, c'est une lecture
30:28que je partage totalement
30:29pour la petite anecdote.
30:30C'est vrai que Romain Bouvier
30:32avait envisagé
30:33une carrière d'écrivain.
30:34Je crois même
30:34qu'il écrit une nouvelle
30:36dont Loïc Lepriol...
30:37Préface ?
30:39Non, il ne la préface pas
30:40mais je crois
30:40qu'il est plus ou moins inspiré.
30:41Enfin, il inspire plus ou moins
30:42des personnages.
30:43Et je crois qu'à un moment
30:44dans cette nouvelle,
30:45il se surnomme
30:46les Waffen-Assas.
30:48Voilà.
30:49Les Waffen-Assas ?
30:49Les Waffen-Assas.
30:50Ah oui, les Waffen-Assas,
30:51c'était les...
30:52Les Waffen-Assas.
30:53Oui, c'était les...
30:54Les Waffen-Assas.
30:55Les Waffen-Assas.
30:56Il y a eu une reconstitution,
30:58Maître Vigier,
30:58en novembre 2023.
31:01Qu'est-ce que ça a donné ?
31:02En général,
31:04ça peut être fécond,
31:05les reconstitutions.
31:06Est-ce qu'il y avait besoin
31:08de fixer les choses ?
31:09Est-ce que l'intention
31:12homicide a pu,
31:13vous allez me dire que non,
31:14être démontrée ?
31:15Mais qu'est-ce que ça a permis
31:16de cette reconstitution ?
31:17Peut-être qu'en amont
31:18de la reconstitution,
31:19il faudrait dire
31:19qu'il y a dans ce dossier
31:20un élément absolument essentiel,
31:21sans lequel d'ailleurs
31:22les qualifications
31:23n'auraient pas été celles-là,
31:24j'en suis certain,
31:25et on aurait continué
31:26le récit qui a été fait
31:27au départ,
31:28cette chasse à l'homme.
31:29Il y a des vidéosurveillances
31:30qui nous disent
31:31énormément de choses.
31:31Alors, elles ne disent pas tout,
31:32on n'a pas le son,
31:33on n'a pas les paroles,
31:34il manque évidemment
31:35certains éléments,
31:39remplaient ces zones d'ombre,
31:40mais il y en a somme toute
31:41assez peu.
31:42Et la vidéosurveillance
31:44a changé radicalement
31:45la présentation faite
31:47à l'origine
31:47de cette procédure.
31:49Donc la reconstitution ensuite,
31:50quel intérêt l'a eu ?
31:51C'est un peu particulier.
31:52Moi, je n'y étais pas,
31:52j'étais devant une autre cour décise,
31:54ma collaborateur,
31:55et d'ailleurs Sophie Régascon
31:57qui est intérieure avec moi
31:58dans la défense de Romain Bouvier
32:00était présente toutes les deux.
32:01Et eux étaient présents
32:02tous les deux, bien sûr.
32:03Et elles me disent
32:03qu'il ne veut pas sortir du fourgon
32:04parce que les médias
32:07sont très prêts
32:08et qu'évidemment
32:09on ne peut pas assurer
32:10une confidentialité
32:10de ce qui va se dérouler
32:11et qu'il ne souhaitait pas
32:13être vu, filmé.
32:14Il avait une incarcération
32:15extrêmement difficile
32:16à la santé
32:16à raison notamment
32:17de la médiatisation extrême
32:19et je le dis
32:21mensongère qu'il y avait eu.
32:22Je ne fais aucun reproche
32:23au Parti civil.
32:24Alors conseil peut-être,
32:25pas au Parti civil.
32:25Le Parti civil,
32:26elles sont dans la douleur,
32:27elles ne connaissent pas
32:27tout le dossier.
32:28On n'a d'ailleurs
32:29jamais voulu communiquer
32:30avant, là,
32:32ça fait une semaine
32:32qu'on communique,
32:33avant on ne le faisait pas.
32:33Est-ce qu'ils sont toujours
32:35amis, copains ?
32:37Même en détention ?
32:37Romain Bouvier
32:38et Loïc Lepriole ?
32:39C'est une question
32:40un peu compliquée
32:41en tout cas pour y répondre.
32:42Ça fait quatre années
32:42qu'ils sont séparés
32:43avec évidemment
32:44interdiction d'entrer en contact.
32:47On le verra au procès.
32:48En tout cas,
32:50il me paraît clair
32:51qu'ils ne vont renier
32:52ni l'un ni l'autre
32:53l'amitié qu'ils ont eue.
32:54Alors est-ce qu'elle
32:55s'est arrêtée ce jour-là ?
32:56Ça c'est un autre problème.
32:57Chacun aura évolué.
32:58Le temps carcéral aussi
32:59fait évoluer.
32:59Le temps carcéral avec
33:01qu'on soit impliqué ou non.
33:02De toute façon,
33:03une implication physique
33:04dans ce drame absolu.
33:05Voilà.
33:06Moi, je vois le visage
33:07de Federico Martín Arumbrou.
33:08Je me le rappelle très bien.
33:09J'adore le rugby.
33:10C'était un joueur merveilleux.
33:13On ne sort pas indemne,
33:14même si,
33:15quelle que soit la personne en face,
33:16mais on ne sort pas indemne
33:16d'une histoire comme ça.
33:17Il y a une autre personne
33:18importante clé
33:19dans ce procès
33:20qui va venir,
33:21Sean Egarty
33:22qui a vu son ami
33:23mourir dans ses bras.
33:24Il a donné une interview
33:25à nos confrères
33:26de rugby, Rama
33:27et que dit-il ?
33:27D'abord, on sent
33:28qu'il y a un syndrome
33:29post-traumatique très fort
33:30là aussi de la difficulté
33:31de se relever
33:32après une telle épreuve.
33:33Et je voudrais donner
33:34deux citations.
33:35Je n'arrivais pas à me dire
33:36que c'était possible.
33:37Le cerveau n'est pas prêt
33:38pour une telle violence.
33:39Ça, c'est pendant
33:39le déroulé des faits.
33:41Et quand on lui pose
33:41la question de comment
33:42il se sent aujourd'hui,
33:43il dit aujourd'hui,
33:43je suis là,
33:44j'ai cette chance,
33:45mais la seule question
33:46que je me pose,
33:46c'est est-ce que Federico
33:47ne m'a pas sauvé
33:48de quelque chose ?
33:49Et ça, c'est des questions
33:51lancinantes
33:51qui vont être très dures
33:52à porter.
33:53Ce procès aussi,
33:54ça va être l'occasion.
33:55Il va y avoir,
33:55par la force des choses,
33:56une confrontation
33:57entre le survivant,
33:59celui qui a vu son ami
34:00mourir dans ses bras,
34:01et les deux co-auteurs présumés.
34:04Qu'est-ce que ça vous inspire ?
34:07Moi, ce que ça m'inspire,
34:10c'est ces quatre parcours,
34:14ces quatre destins
34:14qui se rencontrent
34:16à un endroit quand même
34:18relativement sombre
34:18qui est le Mabillon
34:19à 5h du matin,
34:20qui est un endroit
34:21globalement très difficilement
34:23fréquentable
34:23et de toute façon
34:25un endroit de noctambule.
34:28Pourquoi difficilement fréquentable ?
34:30Parce que globalement,
34:32je ne sais pas
34:33si vous seriez d'accord
34:33avec moi,
34:34je ne connais pas
34:34le Mabillon à 6h du matin.
34:36Mais passé 2h du matin,
34:38le seul débit de boisson ouvert...
34:40Ce que vous dites,
34:41c'est que c'est un rendez-vous
34:42de sa part.
34:42Oui, exactement.
34:44Je n'ai pas voulu dire
34:45comme ça,
34:45mais c'est un peu ça.
34:48C'est là qu'on vient
34:48se finir s'alcooliser,
34:50c'est ça, non ?
34:51Je ne sais pas,
34:52je ne sais pas,
34:53c'est un dépoint ouvert.
34:55Je crois que
34:56Cheney Gartuil et
34:56Federico Martina Ambrose
34:58sont venus y manger
34:58un hamburger
34:59parce qu'ils avaient faim.
35:01Et que la soirée
35:02s'est prolongée.
35:02Voilà.
35:03Et que la soirée
35:03s'est prolongée.
35:05Et c'est 4 vies
35:07qui basculent.
35:09Il y a un point de bascule
35:11absolument dramatique.
35:12Donc, en fait,
35:13c'est ça que ça m'inspire
35:14aujourd'hui.
35:14Et encore une fois,
35:15je voudrais éviter au maximum
35:16de troubler la sérénité
35:18des débats de demain
35:19et de commenter l'affaire
35:20en elle-même.
35:21En revanche,
35:22le travail que j'ai fourni
35:23pour Society,
35:25ça a été décrypter
35:26la personnalité
35:27d'un des deux auteurs.
35:28Loïc Lecriole
35:29et en l'occurrence,
35:30ça cavale.
35:31Vous pouvez quand même
35:31nous raconter
35:32ces 4 jours en pointillé
35:33ou vous ne voulez pas ?
35:34Ah si, si et non.
35:35Donc, ça démarre
35:37sur la scène de crime ?
35:38Ça démarre sur la scène de crime.
35:40Alors, il y a plusieurs taxis
35:42qui sont pris au départ.
35:43Il se rend d'abord
35:43chez Romain Bouvier,
35:44d'ailleurs,
35:44ce qui cherche quelqu'un
35:45qui a des connaissances en droit
35:46qui pourrait l'aider.
35:48Parce que lui,
35:50il déclare ne pas du tout
35:51savoir ce qui s'est passé.
35:52Lui, il déclare avoir tiré,
35:53avoir pris la fuite.
35:54Il n'a pas dit quand même
35:54appelle un avocat
35:55ou l'avocat va t'appeler ?
35:57Il y a eu...
35:58Alors, d'abord,
35:58il se rend en premier
36:00chez son avocat.
36:01Alors, un samedi matin,
36:04c'est zélé pour avoir
36:05leur bureau ouvert.
36:09Ensuite, il va à côté
36:11de chez Romain Bouvier.
36:12Il emprunte un portable.
36:13Il écrit un texto à Lison.
36:16Sa petite amie.
36:16Sa petite amie.
36:17Il n'a pas de réponse.
36:18Il prend le train
36:19vers Draguignan
36:20et vers la demeure familiale.
36:22Là-bas, il se repose un peu
36:23et quelques heures plus tard,
36:26donc le samedi soir,
36:27puisque ça a lieu
36:28dans la nuit du vendredi au samedi,
36:29le samedi soir,
36:30il prend la Twingo de sa sœur
36:31et il décide de rouler
36:32vers le front ukrainien.
36:34Direction l'Ukraine.
36:34Direction l'Ukraine.
36:36Donc, Draguignan, l'Ukraine.
36:37Enfin, moi, c'est un trajet
36:38que j'ai refait
36:38avec une très vieille voiture.
36:40Pour vous mettre un peu
36:41dans les pas, sur les traces.
36:43Pour essayer de comprendre,
36:44Mais bon, c'est beaucoup plus
36:45un dispositif littéraire
36:46que journalistique
36:47parce que je suis écrivain
36:48et c'est comme ça
36:49que je travaille.
36:51Et donc, j'ai refait
36:52cette route-là
36:54jusqu'à d'abord
36:55le poste frontière
36:57en gros ukrainien.
36:59Là où il s'est fait arrêter.
37:00Là où il s'est fait arrêter.
37:01Et aussi en Ukraine
37:04à le vif
37:04puisqu'il y a un élément
37:07de géolocalisation
37:08dans le dossier
37:08qui dit qu'un des portables
37:09avec lequel
37:10il est trouvé
37:11aborné en Ukraine.
37:12Lui dit ne pas être rentré.
37:14D'accord.
37:14Le téléphone, lui, est rentré.
37:17Votre client, lui,
37:18il a été arrêté
37:19près d'une abbaye, c'est ça ?
37:21Oui, alors c'est un parcours
37:22peut-être qui peut paraître
37:23un peu particulier
37:23mais qui mérite au moins
37:24un mot d'explication.
37:26C'est qu'il a tiré.
37:28Il est convaincu
37:28de n'avoir pas touché.
37:29Il dit d'ailleurs
37:30ne l'avoir pas voulu.
37:31De fait, il n'a touché
37:32aucune zone vitale.
37:33On le sait d'ailleurs.
37:34La chambre de l'instruction
37:35l'écrit en disant
37:35c'est une tentative
37:36qui n'a manqué son effet
37:37parce que vous n'avez pas
37:38touché de zone vitale.
37:38Et la victime va repartir d'ailleurs.
37:41La victime va repartir.
37:42La victime n'est quasiment pas affectée.
37:45Elle recule parce qu'il y a des tirs
37:47et elle se met un peu à l'abri
37:48et Romain Bouvier part en courant
37:49persuadé d'ailleurs
37:50qu'il doit être suivi
37:51par les deux hommes.
37:51Il ne l'est pas
37:52et une minute après
37:54il y a le drame
37:55qui va se produire
37:55et lui est déjà parti
37:56derrière au moins
37:57deux blocs d'immeubles
37:58en sorte qu'il n'entend rien.
37:59Ça, on en est absolument certain.
38:01Et donc quand il part
38:02et qu'il entend
38:03que Federico Martinarumbo est mort
38:05il est persuadé
38:05que c'est lui
38:06qui lui a donné la mort.
38:06Il ne sait pas d'abord
38:08que Loïc Lepriol a tiré
38:09et quand on va dire
38:10qu'il a tiré
38:10on raconte des choses
38:11tellement inexactes
38:12par exemple qu'ils étaient
38:13tous les deux dans la Jeep
38:13qu'ils ont tiré ensemble
38:15que l'un a passé son arme à l'autre.
38:15C'est que raison pour laquelle
38:17il a pris la cavale aussi lui aussi.
38:19Non, il part dans ce contexte-là
38:20parce qu'il sait
38:21qu'il a tiré sur la voie publique
38:22qu'il était en contrôle judiciaire
38:23qu'il n'avait pas le droit
38:24de voir Romain Lepriol
38:25qu'il n'avait pas le droit
38:25de porter l'arme.
38:26Bref, toutes choses qui font
38:27qu'on part parce qu'il aura
38:28des comptes à rendre
38:28mais pour lui
38:29pour des coups de feu
38:30qui n'ont même pas touché
38:31l'homme qui était en face de lui.
38:32Donc ça lui fera
38:33une autre procédure correctionnelle
38:34mais il part
38:35et il apprend la mort
38:37de Federico Martinarumbrou
38:38il est convaincu
38:39d'en être l'auteur
38:40et là il est confronté
38:43à l'idée
38:44qu'il a tué un homme.
38:45Donc il ne veut pas se rendre
38:46donc il fuit.
38:47Non, pas du tout.
38:48Non, précisément pas.
38:49Si vous voulez
38:49l'abbaye de Solem
38:50c'est peut-être pas le meilleur lieu
38:51pour fuir sérieusement.
38:52Donc je crois qu'il s'y rend
38:53avec l'idée
38:54qu'il a besoin
38:56de faire le point
38:56avec lui-même.
38:57Il vient de tuer un homme.
38:58C'est ce qu'il pense.
38:59Et puis finalement
39:00il est interpellé.
39:01Mais quand même
39:02la bagarre
39:04des bagarres
39:04il y en a tout le temps
39:06en état d'ébriété
39:07on le rappelle.
39:07Ce que vous disiez tout à l'heure
39:08c'est que vous vous êtes bien complétés
39:09tous les deux.
39:10Ce n'est pas un meurtre
39:12comme il est.
39:12Ce n'est pas un meurtre
39:13d'extrême droite
39:14type d'extrême droite
39:15qui vont tuer quelqu'un
39:15parce qu'il ne l'aime pas.
39:17En revanche
39:18ce que vous disiez tout à l'heure
39:19c'est intéressant
39:19c'est qu'ils ont des armes
39:20et les armes
39:21ça pose problème quand même.
39:22Quand on sort avec des copains
39:23si ça avait été
39:24une simple bagarre
39:26entre les deux rugbymen
39:27et puis les deux jeunes
39:28du GUD
39:29c'était une bagarre quoi.
39:31Comment ça se fait
39:31qu'ils aient ces armes ?
39:32Là on est dans autre chose
39:33il y a des armes
39:33et ces armes
39:34elles viennent d'où ?
39:35Qu'est-ce qu'on va vous
39:36le demander ?
39:37On va vous dire
39:37pourquoi est-ce qu'on sort
39:38avec un gun ?
39:39Pardon
39:40avec un pistolet
39:41qu'est-ce que vous allez dire ?
39:43Sinon ça aurait été
39:44une simple bagarre.
39:45Pour moi il n'y a pas
39:45de simple bagarre.
39:46La violence est une chose épouvantable.
39:48Non mais quand vous rajoutez
39:49les armes
39:49je suis d'accord
39:51on est dans un autre degré
39:51et un autre niveau.
39:52Ça aurait été une bagarre.
39:53Oui j'enlève le sable.
39:54Mais je peux vous dire
39:55que même si l'issue est dramatique
39:58et que la victime
39:59c'est Federico Martinarumbo
40:00il faudra parler de tout
40:01y compris de la violence initiale
40:03qui est un geste
40:03qui le même geste
40:05je l'ai vu entraîner la mort
40:06c'est le geste sur Loïc Lepriol
40:07dont je ne suis d'ailleurs
40:08pas le conseil
40:09c'est un geste sans sommation
40:10sur un homme au petit matin
40:11qui a trop bu
40:12qui doit être fatigué
40:13où on tire la capuche
40:14très fortement vers l'arrière
40:16normalement
40:16c'est la tête qui vous arrête
40:17ça peut être un hématome sous-dural
40:18le lendemain matin
40:19vous êtes éventuellement mort
40:20et en fait
40:21moi je me demandais toujours
40:22comment Loïc Lepriol
40:24n'avait pas touché le sol
40:24comment il avait eu le temps
40:25d'avoir un réflexe
40:26il ne l'a pas
40:27c'est qu'il y a un tabouret
40:27qui est derrière la chaise
40:28qui arrête la chaise
40:29et que donc la chaise
40:30étant à mi-parcours
40:31il tombe sur le côté
40:33et il n'a pas la tête qui cogne
40:34sinon il n'y a pas de bagarre
40:35Mais ça ne me dit pas
40:36comment ils ont les armes
40:37Et donc c'est pour ça que je dis
40:38attention attention
40:39quand on parle de violence
40:40bon bref
40:40et ensuite
40:41le fait qu'ils soient armés
40:42pose évidemment difficulté
40:44qu'ils le soient tous les deux
40:45et là on peut interroger
40:45et il est légitime de se demander
40:47est-ce que ça a quelque chose à voir
40:49est-ce que ça nous dit quelque chose
40:50de leur pensée politique
40:52ou de la préméditation
40:53ou de la préméditation
40:54Alors la préméditation
40:55sans doute pas
40:55même si elle est retenue
40:56mais pour moi
40:56c'est complètement tabérant
40:58et je le dirai évidemment à la cour
40:59j'entendais tout à l'heure
41:00Yann Lebras
41:01quand vous avez fait le mémo initial
41:03disant
41:03il y a quand même plusieurs juges
41:05qui ont considéré que
41:05non
41:06ils ont considéré
41:06qu'il y avait des charges
41:07ça n'a rien à voir avec la preuve
41:09et sinon l'audience
41:10n'aurait pas d'intérêt
41:10ces gens-là ne sont pas jugés
41:12ne sont pas condamnés
41:12Il y a des charges suffisantes
41:13pour que le procès s'ouvre demain
41:14pour qu'on leur reproche
41:15ce qu'on leur reproche
41:16d'ailleurs moi je considère
41:17qu'il n'y avait pas de charges suffisantes
41:18mais en tout cas pour qu'il y ait des preuves
41:19c'est autre chose
41:19bon
41:20ils ont des armes
41:21pourquoi est-ce qu'ils en ont
41:22cette question mérite d'être posée
41:23ils ont peur de quelqu'un
41:24de quelque chose
41:25ou une attention à les prenant
41:26moi je vais parler que pour Romain Bouvier
41:36vous rentrez chez vous
41:36vous allez chercher votre arme
41:37vous revenez avec votre arme
41:38là il y a sans doute
41:39une préméditation
41:40c'est pas ce qui s'est passé
41:40pas du tout
41:41ils les avaient l'un et l'autre sur eux
41:42première scène par exemple
41:43mais ils reviennent
41:44c'est le retour qui pose problème
41:46je l'ai dit dès le départ
41:47Romain Bouvier ne revient
41:48que parce qu'on lui a menti
41:49et qu'on lui a dit
41:50ton ami
41:52et ça c'est incroyable
41:53celui qui a menti
41:54le fait en disant
41:55pour moi il avait fini
41:56sa discussion avec le portier
41:57et je ne voulais pas
41:59que le trouble de voisinage
42:00se poursuive
42:00donc je lui ai menti
42:01bon c'est un truc dingue
42:02ça c'est une responsabilité
42:03causale essentielle
42:05merci merci beaucoup
42:05à tous les deux
42:06d'être venus dans notre émission
42:07nous avoir éclairé
42:08on le rappelle
42:08le procès ouvre demain
42:09à 14h30 devant
42:10les assises de Paris
42:10on suivra ça attentivement
42:12Dominique la semaine prochaine
42:13c'est vous qui gardez
42:14les clés de la maison
42:14affaire suivante
42:15avec François Gapillan
42:16dans un instant
42:16vous avez rendez-vous
42:17avec l'info
42:17avec Karine de Ménonville
42:19et Jérémy Brossard
42:20tout de suite c'est la météo
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