00:0013h, 14h, Europe 1 Info
00:03Avec Lélie Mathias sur Europe 1, et ses deux chroniqueurs, les deux journalistes, Yvan Riaufel et Thomas Bonnet.
00:08Lélie.
00:09Avant de parler du RN plus spécifiquement, je fais un détour par l'Allemagne,
00:12puisque vous savez que dans une région de l'Est de l'Allemagne, la Saxe-en-Alpes,
00:18un jeune candidat, Ulrich Sigmund, 35 ans, a largement emporté les élections hier.
00:26Alors, il a entamé des négociations, parce qu'il n'a pas encore tout à fait la majorité,
00:29pour pouvoir instaurer un gouvernement régional sur place.
00:33Mais en tout cas, il est arrivé avec près de 44% des voix, ce qui est historique.
00:38Je rappelle que ce parti est clairement classé dans l'extrême droite.
00:43Et un seul camp a témoigné sa satisfaction en France.
00:46Le parti reconquête d'Éric Zemmour et Sarah Knafo, qui a affiché également, elle aussi, un large sourire.
00:52Mais le RN ne l'a pas fait.
00:54Alors, on se pose la question, pourquoi ?
00:55Eh bien, écoutez, Philippe Ballard, député RN de l'Oise,
00:57qui a expliqué pourquoi Marine Le Pen avait pris ses distances avec l'AFD.
01:00Il était ce matin sur Europe 1.
01:02On siégeait dans le même groupe au Parlement européen.
01:05Déjà, nous, on prend acte.
01:06Les Allemands, il y a 2 millions, je crois, d'habitants dans ce lande.
01:08Ils ont voté pour ce parti.
01:10En ce qui est d'Allemagne de l'Est.
01:11Voilà.
01:12Merci le communisme, entre parenthèses, parce qu'on voit dans quel état.
01:15Ces landes ont toujours du mal à accrocher les wagons avec l'ex-Allemagne de l'Ouest.
01:19Après, je regrette, mais les déclarations, c'est des lignes rouges qui ont été franchies
01:23sur la Deuxième Guerre mondiale revisitée, sur les Waffen-SS qui n'étaient pas forcément criminels.
01:29Après, le concept de remigration, si vous voulez expulser des gens qui sont en situation régulière,
01:33ça peut paraître paradoxal.
01:34On devrait commencer à expulser le million de clandestins qui se trouvent en France
01:37et les 120 000 OQTF sur le territoire national qui ne sont toujours pas expulsés.
01:42Voilà.
01:42Ça, ça serait déjà une bonne chose.
01:44En pleine campagne présidentielle française, le RN qui prend bien soin d'avoir des nettes distances
01:50avec l'AFD allemande.
01:51Thomas Bonnet.
01:52Le RN est dans une stratégie de dédiabolisation.
01:54Ils sont en conquête du pouvoir.
01:56Ils ne peuvent pas se permettre d'être associés à ce parti qui a charrié un certain nombre
02:01de problèmes, soit par ses représentants, soit par ses slogans, soit par son programme.
02:06En tout cas, ce n'est plus possible pour le RN de s'associer avec ce parti.
02:10On note quand même, en tout cas, je note quand même une forme d'embarras de leur part.
02:14C'est-à-dire que je vois les réactions, c'est vrai, des porte-parole du parti
02:17qui rappellent immédiatement qu'ils ont rompu en 2024.
02:21La réalité, c'est que les ressorts du vote pour l'AFD sont les mêmes que les ressorts du vote
02:26pour le RN.
02:26Après, les idées ne sont pas les mêmes, les réalités ne sont pas les mêmes.
02:30On est en Allemagne de l'Est ou en France, ce n'est pas la même chose.
02:33Mais il y a, bien sûr, un terreau commun sur le ras-le-bol des Français, des oubliés.
02:40Je fais la promotion d'Yvan à sa place, ce qu'il a décrit dans son livre.
02:43Ceux qui ont l'impression d'avoir complètement été oubliés depuis 50 ans par toutes les politiques publiques,
02:47qu'elles soient européennes, allemandes, françaises.
02:49C'est la réaction de ça.
02:51Après, dans l'AFD, il y a des choses qui sont inadmissibles.
02:54C'est pour cette raison-là que pour le RN, c'est impossible de s'afficher avec eux.
02:57– Est-ce que vous diriez, vous aussi, Yvan Riuffol, que là, c'est plus, en Allemagne en tout cas,
03:03un vote contre le pouvoir en place, notamment Freyden Schmerz, qu'un vote pour l'AFD ?
03:10– Je ne connais pas encore les ressorts, il va falloir qu'on voit ça de plus près,
03:13mais ça me semble être un vote, en tout cas protestataire, un vote anti-système,
03:17qui ressemble beaucoup, mais ça vient d'être dit, au vote qui porte également le RN.
03:21C'est pour ça qu'il y a quand même une incongruité dans les réserves du RN,
03:29qui en effet a le syndrome du chien battu, et qui ne veut surtout pas être assimilé
03:32à ce que l'on présente comme étant un parti néo-nazi, on y reviendra,
03:35je trouve qu'il n'a rien de néo-nazi ni de fasciste, mais en effet,
03:40le RN a suffisamment souffert de…
03:43– Très, très, très à droite, et très polémiques surtout.
03:45– Oui, il est très à droite, c'est un parti, d'abord qui est présidé par une femme
03:50qui vit en couple avec une autre femme d'origine sri-lankaise,
03:53donc pour un parti fasciste et nazi, je trouve quand même qu'il est quand même
03:57beaucoup plus moderne que ce que l'on avait pu connaître des nazis,
04:00c'est un parti qui soutient Israël, donc je ne vois pas très bien ce qu'il a de nazi
04:03là-dedans,
04:03c'est un parti libéral et conservateur, donc je ne vois pas très bien non plus
04:06ce qu'il a de national et de socialiste, donc c'est un parti qui est facilement caricaturable,
04:10en effet, parce qu'il y a dû y avoir, et il faudrait creuser cela,
04:13quelques déclarations peut-être dans le corps de ces représentants
04:17qui étaient insupportables à entendre, mais au bout du compte,
04:20ça reste un parti qui est porté par un peuple, par ce peuple oublié,
04:24en effet, par cette classe moyenne, je crois que j'ai cru lire
04:28qu'il y avait plus de 60% de la classe ouvrière qui avait voté pour l'AFD,
04:32donc cela démontre à nouveau, s'il fallait le démontrer,
04:36que vous avez toute une partie d'un peuple, un peuple oublié,
04:38de ce peuple invisible, qui ne se reconnaît plus dans ses dirigeants,
04:41pas simplement en Allemagne, en Allemagne de l'Est,
04:45mais en Allemagne tout court, et singulièrement également en France,
04:48et donc il y a quand même une corrélation dans les votes,
04:51dans cette révolte, dans cette colère allemande,
04:53et je trouve que le Rassemblement National,
04:55qui cherche effectivement à ne pas se montrer radical,
04:58ne comprend pas précisément que les peuples ont besoin aujourd'hui de radicalité,
05:02et deuxièmement, que si le Rassemblement National cherche à se dédiaboliser,
05:07les électeurs de Saxe ont montré qu'ils se foutaient complètement de leur diabolisation,
05:12c'est-à-dire qu'ils passent outre aujourd'hui les procès en sorcellerie,
05:15qui ont été coutumes de lancer contre ceux qui votaient mal.
05:20Thomas Bonnet, un décrétage,
05:22puisque s'il y en a un qui fait le pari de la radicalité,
05:24et qui a félicité les dirigeants de l'AFD de Saxe-en-Alte,
05:27c'est Éric Zemmour, et Sarah Knaffo, et reconquête.
05:30Alors on ne sait pas encore si Éric Zemmour sera bien ou non candidat à la présidentielle,
05:34il y a une sorte de suspense ?
05:35Oui, alors ils sont alliés au niveau européen, c'est important de le préciser.
05:40Malgré tout, j'ai entendu aussi Sarah Knaffo,
05:43bon, en effet, là encore, les ressorts du vote reconquête et du vote AFD sont les mêmes,
05:48ils partagent un certain nombre de propositions.
05:51Après, je suis persuadé que ni Éric Zemmour ni Sarah Knaffo ne valident certains des propos,
05:55parce que c'est vrai, il y a eu des propos,
05:57c'est-à-dire qu'on peut en effet dire que ce n'est pas l'intégralité de l'AFD,
06:00on a entendu aussi des gens qui ont l'air d'être des personnalités de droite
06:04comme on en connaît beaucoup en Europe.
06:05Malgré tout, il y a parfois des références au nazisme,
06:08parfois la volonté de minimiser ce qui s'est passé pendant la Seconde Guerre mondiale.
06:12Bon, tout ça, moi, me paraît insupportable.
06:14Je pense qu'en France, personne ne pourrait voter pour un parti
06:16qui aurait ces ressorts-là, ces références-là.
06:20Après, en Allemagne, peut-être que la logique électorale est différente,
06:23surtout qu'on est en Allemagne de l'Est aussi,
06:25il y a, en Allemagne de l'Est, un profond ressentiment
06:30depuis justement qu'ils ont réintégré l'Allemagne.
06:32Il faut bien avoir ça en tête.
06:32C'est-à-dire que certains regrettent, aussi paradoxal que ça puisse paraître,
06:35regrettent l'époque de l'Allemagne de l'Est et de l'Allemagne soviétique.
06:38D'où son arrivée en campagne avec la petite Simpson,
06:40qui était la petite motocyclette, qui était typique de la RDA.
06:44J'en reviens en France quand même.
06:45Petit point sondage, un décryptage assez rapide quand même.
06:47On a eu évidemment les sondages là, le week-end.
06:49Donc, Édouard Philippe est à ce stade le mieux placé du socle commun
06:53pour accéder au second tour.
06:54Il est crédité de 14,5% des votes dans le sondage Ipsos-BVA.
07:00Parce qu'évidemment, il y en a d'autres.
07:02Contre 7,5% pour Gabriel Attal, 6% pour Bruno Retailleau.
07:06Et les trois, donc...
07:08Alors, bien sûr, si les trois sont sur la ligne de départ.
07:11Marine Le Pen, elle, elle résiste.
07:14Elle confirme son avance, loin devant, avec 34%.
07:18Alors, évidemment, on est à huit mois de la présidentielle.
07:20Tout peut encore bouger.
07:21Mais qu'est-ce que cela dit, notamment pour Édouard Philippe, Thomas Bonnet ?
07:24Édouard Philippe est le mieux placé à cette heure.
07:27Mais ça me paraît encore très fragile.
07:28Les écarts ne sont pas énormes.
07:30Il bénéficie aussi d'une forme de dynamique,
07:33même si je la trouve très légère.
07:34Parce qu'il a enregistré le ralliement de Gérald Darmanin, par exemple.
07:37Je pense quand même que tout ça est très fragile.
07:40Parce qu'Édouard Philippe ne propose pas grand-chose pour l'instant.
07:43Vous ne l'entendez pas proposer énormément de choses.
07:44Il s'oppose beaucoup, oui.
07:46Il s'oppose au LFI, il s'oppose au RN.
07:48Mais on ne sait pas vraiment, lui, quel est son programme qui nous avait pourtant promis massif.
07:52Et puis dans cette position-là, dans ce trio, Rotaillot-Philippe-Attal,
07:57je pense que d'être le premier n'est pas forcément la position la plus facile, paradoxalement.
08:02Parce qu'en fait, vous allez être chassé par les deux autres.
08:04Et les autres n'ont rien à perdre.
08:05Et je pense que aussi bien Gabriel Attal que Bruno Rotaillot
08:07peuvent aller mordre les chevilles d'Édouard Philippe.
08:11En tout cas, Marine Le Pen, elle, est en tête.
08:14Et justement, ils ont été accusés, notamment depuis quelques jours,
08:16est-ce qu'il y a eu des dissensions entre Jordan Bardella et Marine Le Pen ?
08:19Et pour se défendre, ils disent oui, mais c'est parce qu'on est favoré.
08:23Alors forcément, tout le monde nous attaque.
08:24Mais quand même, la rentrée n'a pas si facile que ça pour le RN, Yvan Riaufol.
08:29Vous voulez parler de quoi ?
08:31De la rentrée du RN.
08:32La rentrée du RN.
08:33Pour l'instant, on voit qu'il y a une sorte d'improvisation, en effet, du RN.
08:36Il y a eu quelques faux pas.
08:37Il y a eu d'abord des dissensions, en tout cas,
08:39des discours qui n'étaient pas en harmonie concernant notamment le voile.
08:43On a compris qu'il y avait une réticence de la part de Bardella
08:46à interdire le voile dans l'espace public qui avait été proposé par Marine Le Pen, notamment.
08:49On a vu que lors de sa conférence conjointe avec Niall Farage,
08:56en Grande-Bretagne,
08:57il a signé un accord léonin,
09:01enfin, que je n'ai toujours pas compris,
09:02parce que Bardella s'engagerait, à travers ce texte-là,
09:07à ce que la France récupère l'ensemble des clandestins
09:09dont la Grande-Bretagne jugerait qu'ils seraient indésirables,
09:13alors même que la Grande-Bretagne pourrait elle-même
09:16se charger d'expulser ces clandestins à se repasser par la France.
09:19Donc, on voit qu'il y a quand même, me semble-t-il,
09:21une sorte d'impréparation, de naïveté de la part de Bardella,
09:24qui en plus peut-être, et ça ce sont les journaux qui le disent,
09:26moi je ne connais pas les luttes intestines,
09:29Marine aurait été déçue naturellement de ne pas pouvoir conquérir à la présidence
09:34après la décision de Marine Le Pen le 7 juillet
09:36de passer outre les intimidations de la justice,
09:40donc on voit effectivement qu'il y a quelque chose qui patauge,
09:42mais au bout du compte, malgré tout,
09:44la dynamique la porte très largement,
09:47et la dynamique la porte plus généralement tous les partis radicaux,
09:50c'est-à-dire également la France insoumise,
09:52au détriment du bloc central,
09:54qui de plus en plus ne représente plus rien,
09:56et on retombe sur cette opposition traditionnelle
10:00entre la droite et la gauche,
10:01même si ce sont des droites et des gauches
10:02qui deviennent de plus en plus radicalisés,
10:04parce que le désir des Français le demande.
10:06À gauche, Fabien Roussel est candidat,
10:08vous l'entendrez, et vous l'entendrez aussi dans Europe 1 Info,
10:11Rorberger, la ministre de l'égalité entre les femmes et les hommes,
10:15qui lance un nouveau plan, une nouvelle campagne
10:17d'affichage inédite dans les relais,
10:20vous savez, tout ce qui est bureaux de presse,
10:22notamment dans les gares,
10:23contre les violences sexistes et sexuelles.
10:25À tout de suite sur Europe 1.
10:26Il est 13h43, bon début après-midi avec Léa Mathias sur Europe 1.
10:3013h, 14h, Europe 1 Info.