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Xavier Boy, président national de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels, répond aux questions d'Alexandre Le Mer.

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00:005h, 7h, Europe 1 bonjour, soyez les bienvenus, il est 5h43, très bon réveil, votre invité Alexandre Lemaire, Xavier Bois,
00:09pompier, président national de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels.
00:13Bonjour Xavier Bois, les pompiers se mettent en grève à partir d'aujourd'hui et pour plus d'un mois,
00:20un mois et demi de grève, neuf syndicats de pompiers réclament davantage de moyens et de recrutement.
00:24Vous représentez, Xavier Bois, le premier syndicat de sapeurs-pompiers professionnels, vous êtes aussi le porte-parole de cet intersyndical.
00:33Un mouvement de grève des pompiers, ça n'arrive pas tous les jours, pour quelles raisons ?
00:37Alors oui, effectivement, ce n'est pas tous les jours et on a une raison entre guillemets valable, c'est
00:42que là aujourd'hui, on dénonce l'affaiblissement de la sécurité civile.
00:46Aujourd'hui, les sapeurs-pompiers n'ont pas les moyens de remplir toutes leurs missions et de répondre à toutes
00:52les sollicitations de nos concitoyens.
00:54Bon, ce n'est pas un hasard si vous débarrez votre grève ce mardi, c'est aujourd'hui que doit
00:58vous être présenté le projet de loi de modernisation de la sécurité civile.
01:02J'ai envie de dire, pourquoi se mettre en grève avant même de connaître le contenu du texte, Xavier Bois
01:07?
01:08Parce qu'on commence à connaître un petit peu les gens qui nous gouvernent et on ne s'imagine pas,
01:14sauf aux grandes surprises, avoir des réponses concrètes à nos revendications.
01:19Si le ministre de l'Intérieur avait eu des réponses à nous fournir le 13 août, quand on l'a
01:24rencontré, il n'aurait pu nous donner quelques éléments concrets.
01:28On n'a eu aucune réponse. On lui a demandé des fourchettes parce que le plus gros des problèmes, c
01:33'est le financement.
01:34En fait, pour faire fonctionner les services départementaux d'un service de secours, il faut que l'État contribue aujourd
01:39'hui à aider les collectivités au financement des missions régaliennes.
01:43On lui a demandé une fourchette de savoir combien l'État pourrait abonder les financements des services.
01:48On n'a rien. On n'a même pas eu, ne serait-ce qu'entre 100 et 200 millions, entre
01:511 milliard et 1,5 milliard, on ne sait pas.
01:53Donc, on ne sait pas de quoi on parle. Nous n'avons pas eu, ne serait-ce qu'un brouillon
01:57de ce projet de loi.
01:59Donc, il va nous être présenté tout à l'heure à 11 heures et on verra de quoi il en
02:04est.
02:05Bon, vous demandez plus d'effectifs, notamment Xavier Bois ?
02:08Ce que l'on demande, c'est un financement qui puisse permettre à la sécurité civile, notamment aux sapeurs-pompiers,
02:13de fonctionner, de répondre à toutes les sollicitations.
02:15Et ça ne pourra passer qu'avec du recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels.
02:20Ça veut dire quoi, massif ?
02:22Ça veut dire quoi, massif ?
02:23Massif, c'est l'inspection générale de l'administration a constaté qu'il y avait 32 millions d'heures qui
02:29étaient montées par des sapeurs-pompiers volontaires d'heures de garde postée.
02:33Donc, en fait, quand le pompier est présent en caserne pendant 12 heures ou pendant 24 heures, ça représente 32
02:38millions d'heures.
02:39Et ces 32 millions, quand on le divise par le nombre d'heures d'un fonctionnaire, à 107 heures, ça
02:44représente 20 500 emplois.
02:46Donc, on dit environ 21 000 emplois de pompiers professionnels.
02:48Bon, il manque 20 000 pompiers, en fait.
02:50Pour fonctionner comme on le fonctionne aujourd'hui et réaliser toutes les missions qu'on nous demande, c'est 21
02:54000 pompiers qu'il est nécessaire d'avoir.
02:55Oui, je rappelle les effectifs. Un peu plus de 44 000 pompiers professionnels aujourd'hui, un peu plus de 200
03:01000 pompiers volontaires.
03:02Vous demandez des moyens également, supplémentaires, qui ont manqué cet été face à la canicule, aux incendies de forêt, bien
03:08sûr, Xavier Bois.
03:09Oui, il faut des moyens matériels pour pouvoir réaliser nos missions.
03:14Parce qu'on l'a vu, quand nos dirigeants nous disent qu'il n'y a plus de problème de
03:17moyens ou un problème de personnel,
03:20quand on voit des citoyens avec des lances en train d'attaquer des feux et qu'il n'y a
03:24pas un seul pompier autour,
03:26c'est bien que les pompiers étaient absents.
03:27Et si les pompiers sont absents, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas envie de venir, c
03:29'est juste parce qu'on n'en a plus.
03:31En fait, on n'a plus les moyens, on n'a plus les camions.
03:32On a perdu 1 000 camions en 10 ans.
03:35Aujourd'hui, on a du mal parce qu'il faut investir et les départements n'ont plus les possibilités d
03:39'investir.
03:40Donc, il faut vraiment que l'État, il faut réformer notre système de sécurité civile.
03:45Il faut vraiment le réformer.
03:46Il faut que le Président de la République détermine le niveau de sécurité civile que l'on veut pour les
03:50citoyens français.
03:51Et à partir de là, il faudra qu'on s'en donne les moyens.
03:54Collectivement, aujourd'hui, la grève des pompiers, ce n'est vraiment pas pour demander des primes.
03:58On ne va pas chercher un centime pour nous.
04:01On ne va pas chercher du confort.
04:03On va vraiment défendre la distribution des secours.
04:06Aujourd'hui, il faut que les citoyens se saisissent aussi de cette problématique
04:10parce que c'est vraiment dans l'intérêt de tous.
04:12C'est le bien commun qu'on cherche à défendre.
04:13Nous sommes le dernier service public qui fonctionne.
04:16Et là, on commence à faillir.
04:18Et c'est vraiment important que tout le monde en prenne conscience.
04:21Vous avez été extrêmement sollicité, bien sûr, et en première ligne tout l'été face aux incendies.
04:27Xavier Bois, qu'est-ce qu'on dit dans vos rangs chez les pompiers ?
04:30C'est un mouvement de colère vraiment inédit.
04:32La colère est profonde, là.
04:34Oui, on est arrivé.
04:35Je crois que l'élastique, on a trop tiré dessus.
04:36Ce n'est plus possible.
04:37Les pompiers, on a un temps de travail qui est unique.
04:39On a des cotisations retraite qui sont uniques.
04:42On n'est pas traité comme les autres fonctionnaires.
04:45On va nous demander de travailler deux ans de plus.
04:46On est hyper fatigué.
04:48On est poly-exposé à des éléments cancérogènes.
04:51On attrape des maladies du fait de notre métier.
04:53Et puis, vous risquez votre vie.
04:55On vous risquez votre vie lorsque vous allez au feu, bien sûr, notamment.
04:58Pas seulement, mais au feu.
05:00Exactement.
05:00Alors ça, c'était partie du contrat.
05:01Quand on est pompier, on sait qu'on va être plus exposé aux risques que d'autres.
05:06Mais sauf qu'aujourd'hui, ce qu'on dénonce, c'est qu'on n'a pas les moyens d'être
05:08protégés.
05:09Il y a des moyens qui existent, des équipements qui existent.
05:11Nos employeurs ne les achètent pas.
05:13Donc, quand on va sur les feux de forêt, on n'a aucune protection respiratoire.
05:17Et ça, ce n'est pas normal.
05:18C'est criminel.
05:19Parce que quand on attrape la maladie, il faut qu'on se batte contre l'employeur
05:22pour faire reconnaître que la maladie, on l'a bien eue parce qu'on a été exposé à ses fumées.
05:26Donc, il y a un ras-le-bol.
05:28Il y a un ras-le-bol.
05:28La manifestation du 29 septembre, on est sur des chiffres qui frôlent l'inédit au niveau des organisations syndicales.
05:35On va avoir un grand mouvement de contestation.
05:38Oui, parce qu'effectivement, il y a des actions qui sont prévues à Paris par les pompiers grévistes les 27
05:44et 28 septembre.
05:45Et effectivement, vous l'avez dit, Xavier Bois, une journée de manifestation le 29.
05:49C'est une façon...
05:49Alors, on est à huit mois de la présidentielle.
05:51Vous mettez la pression sur l'exécutif, là.
05:53On met la pression oui et non.
05:55Parce que je ne sais même pas s'ils auront le temps de changer.
05:58Ils vont nous faire des promesses que peut-être le futur président ne tiendra pas.
06:03Donc, on ne sait pas.
06:04Là, aujourd'hui, vraiment, on est en train de dire que nous ne pouvons plus répondre à la sollicitation de
06:09nos concitoyens.
06:10Et ça, c'est vraiment très important.
06:11Aujourd'hui, il y a des milliers d'interventions qui ne sont pas réalisées comme elles devraient être réalisées.
06:18Les secours, nous, ce que l'on veut, c'est que quand quelqu'un fait un malaise, il faut que
06:22ce soit les secours les plus proches, les plus adaptés, qui viennent au chevet de la victime.
06:28On ne peut plus, aujourd'hui, moi, quand je prends ma garde, une fois que je suis parti en intervention,
06:34je sais que derrière, il n'y a personne qui pourra partir faire l'autre intervention.
06:37Et on sait que l'autre intervention, elle va arriver.
06:39Et donc, les délais d'intervention, ils se rallongent.
06:41On a pris trois minutes de délai d'intervention en dix ans.
06:44C'est un chiffre moyen.
06:46Donc, ça veut dire que ça gomme les extrêmes, en fait.
06:48C'est-à-dire qu'il y a beaucoup, beaucoup plus.
06:50Des délais d'intervention qui se rallongent, des interventions, dites-vous, Xavier Bois, qui ne sont pas réalisées.
06:56Alors, en cause, vous pointez le manque de personnel, le manque de moyens.
07:01Les appels abusifs, peut-être aussi, parce que ça existe et qu'ils ne sont pas sans risque ?
07:06Bien sûr, on a des appels abusifs, on a des missions, parce que d'autres services publics ne peuvent plus
07:10réaliser,
07:10parce que toute la fonction publique, tout le service public est en souffrance dans notre pays.
07:14Par exemple ?
07:15Donc, les hôpitaux.
07:16Les hôpitaux, quand on a des services d'urgence qui ferment, les pompiers sont obligés de transporter plus loin, donc
07:20plus longtemps.
07:21Donc, on a une indisponibilité des moyens qui est plus longue.
07:24Quand on a des ambulances qui attendent dans des salles d'urgence pendant plusieurs heures,
07:28c'est à la fois l'équipe et le matériel qui est mobilisé en attendant que la victime puisse être
07:33prise en charge.
07:33On a des problèmes avec les forces de sécurité intérieure, gendarmerie, police.
07:37Quand on a une personne qui est ivre sur la voie publique, ce qu'on appelle l'ivresse manifeste.
07:42L'ivresse manifeste, c'est prévu par le Code de la santé publique, c'est prise en charge par les
07:45forces de l'ordre, c'est l'aide de dégrisement.
07:47En fait, comme les forces de police ne sont pas suffisamment en nombre, c'est les pompiers qui interviennent sur
07:51ce trouble de l'ordre public.
07:53Et en plus de ça, on est souvent, sur ce genre d'intervention, agressés, insultés.
07:59Donc, du coup, on est obligés d'investir sur des moyens de protection pour nous protéger.
08:01Et donc, ce qui vient donner un poids encore plus sur les finances du ZIC.
08:05On a entendu votre ras-le-bol et le malaise profond qui est celui des pompiers.
08:09Xavier Bois, président, je le rappelle, de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels,
08:14porte-parole de l'intersyndicale des pompiers en grève à partir d'aujourd'hui.
08:18Merci, merci Xavier Bois d'avoir été avec nous.
08:20Merci, merci.
08:20Merci.
08:20Merci.
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