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  • il y a 1 semaine
Camille De Foucauld, ancienne professeur de français, membre du Think Tank Vers le haut (Studio)

Guillaume Houzel, Directeur général délégué d'OpenClassrooms et Co auteur du rapport du conseil d'analyse économique sur l'école (Studio)
Regardez Les grands esprits se rencontrent avec Anne-Sophie Lapix du 08 septembre 2026.

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Transcription
00:06Je suis enseignant en lycée professionnel, qui n'est pas du tout de formation littéraire,
00:12mais maintenant avec le niveau des élèves que je reçois en bac professionnel, j'ai l'impression d'être Victor
00:18Hugo.
00:18Ce ne sont plus des fautes, ils ne savent tout simplement pas écrire,
00:21et on est même à la limite parfois de ne pas savoir tenir le stylo.
00:25Voilà, c'était Manuel, un professeur qui a appelé Amandine Bégaud ce midi.
00:30Depuis 2000, l'OCDE réalise une enquête tous les 3 ans auprès des élèves de 15 ans du monde entier
00:36pour tenter de comparer leur niveau d'enseignement.
00:38C'est le programme international pour le suivi des élèves, le PISA.
00:42Les résultats de la dernière étude sont sortis ce matin et ce n'est pas brillant.
00:45Notre niveau continue de chuter en maths et en compréhension à l'écrit.
00:49Ils n'ont jamais été aussi bas, comment l'expliquer ?
00:52Que se passe-t-il dans nos écoles ? Peut-on remonter la pente ?
00:56Face à face dans les grands esprits se rencontre Camille de Foucault,
01:00ancienne professeure de français et membre du Think Tank Vers le Haut.
01:02Bonsoir.
01:03Bonsoir.
01:03Et Guillaume Mouzel, directeur général délégué d'Open Classrooms
01:06et co-auteur du rapport du Conseil d'analyse économique sur l'école.
01:10Bonsoir.
01:11Bonsoir.
01:11D'abord, il faut préciser que les élèves ne sont pas interrogés sur les programmes scolaires.
01:16On les teste sur la capacité à mobiliser leurs compétences dans les situations de la vie quotidienne.
01:21Ça veut dire qu'on regarde si ce qu'ils apprennent leur sert à quelque chose, c'est ça, Guillaume
01:26Mouzel ?
01:27Et c'est très important de pouvoir se comparer aux autres.
01:30Parce que quand un enseignant donne un devoir, il a sa grille d'évaluation à lui.
01:35quand on a quelque chose de standardisé, où on vérifie que, par exemple, on sait multiplier par 100 un nombre
01:44avec une virgule,
01:46eh bien, on a une approche assez objective du niveau de maîtrise des principales compétences.
01:52Ça veut dire que vous pensez que c'est un bon thermomètre, ce classement PISA ?
01:56Il ne couvre pas tout, évidemment.
01:58Mais oui, c'est un thermomètre extrêmement utile.
02:01D'abord, aujourd'hui, parce qu'il révèle, justement, une dégradation du niveau qu'on pressentait malheureusement
02:06et qui est avérée dans les résultats qui tombent aujourd'hui.
02:08Mais est-ce que nos élèves savent des choses que les autres ne savent pas
02:12et qu'on ne peut pas mesurer avec ce classement PISA, qu'on ne peut pas évaluer, Camille de Foucault
02:16?
02:17Il y a quand même une chose qui a été évaluée par ce classement et qui est relativement positive
02:22par rapport à la moyenne de l'OCDE, c'est la croyance qu'ont les élèves dans leur propre capacité
02:26à progresser.
02:27Et ce n'est quand même pas rien, c'est une forme de confiance en soi.
02:31On appelle ça l'état d'esprit de développement.
02:33Et là-dessus, les élèves français sont à peu près à 80 quand la moyenne est à 60.
02:38Donc, c'est un des rares scores dans tout le classement PISA dont on peut quand même se targuer.
02:43Se réjouir.
02:44Ça fait une bonne chose, effectivement.
02:47Mais vous pensez que malgré tout, est-ce que c'est catastrophique, en fait,
02:52les résultats qu'on vient de découvrir ?
02:54Nos élèves baissent en maths, en sciences, en français.
02:56Qu'est-ce qui est le plus grave, d'ailleurs, selon vous ?
02:58Ce qui est certain, c'est que ça titille un peu la fierté nationale.
03:03Bon, après, ça fait 25 ans qu'on mesure nos résultats et 25 ans qu'ils sont finalement assez moyens.
03:08Mais ce qui est assez perturbant, je trouve, dans ces derniers résultats,
03:12c'est la chute, la dégradation de l'accompagnement humain des jeunes, des parents et des enseignants.
03:21On se rend compte que les parents sont de moins en moins nombreux à interroger leurs enfants
03:25sur la manière dont ils vivent l'école, et de moins en moins fréquemment.
03:30Et ça, c'est très important pour les élèves ?
03:32Alors, il y a une corrélation qui est certaine, qui a été mesurée,
03:35entre l'intérêt, l'implication des parents dans leur scolarité et les résultats des élèves.
03:41Donc, c'est très important et c'est, je pense, un levier qu'on peut activer.
03:45Et ça, on sait pourquoi il y a ce désintérêt des parents ?
03:48Je ne sais pas si on peut parler de désintérêt, d'ailleurs, mais une rupture, en tout cas dans le
03:51suivi.
03:52Ce n'est pas expliqué dans PISA de manière limpide.
03:57En revanche, on a une sorte de perte d'espoir dans l'école aujourd'hui,
04:03qui est dramatique pour toute la société,
04:06et qui touche une communauté enseignante qui a choisi son métier,
04:10mais qui est à la fois épuisée et assez défiente,
04:14tellement des réformes successives lui ont été assénées.
04:18Et pourquoi pas des parents qui sont désemparés,
04:21parce que c'est difficile,
04:23mais derrière, l'impact, il est pour toute la société.
04:26On sait le climat politique que la France traverse aujourd'hui,
04:31parlant au nom d'un collectif d'économistes,
04:33les trois quarts de la hausse de la productivité
04:35viennent du progrès de l'investissement dans le capital humain.
04:40Lorsque les élèves n'ont plus le niveau d'avant,
04:43on est juste moins efficace.
04:44La tendance est à la baisse pour la France,
04:47mais pour l'ensemble des pays,
04:49ça plaide pour une cause universelle.
04:51Alors, est-ce que ça y est, on tient la preuve
04:53que les écrans, que les réseaux sociaux
04:55font baisser le niveau des élèves ?
04:57C'est quand même beaucoup plus compliqué que ça.
04:59On a envie de trouver un coupable facile,
05:01et ce seraient les réseaux sociaux, les écrans.
05:03Mais en fait, les élèves, là, dont on mesure
05:07les progrès par le classement PISA,
05:09ont vu leur téléphone interdit en collège.
05:13Après, évidemment, ils étaient sur les réseaux sociaux chez eux.
05:18Mais les effets très négatifs,
05:21auxquels on a envie de croire,
05:23c'est beaucoup plus complexe,
05:24et c'est beaucoup plus difficile à mesurer que ça.
05:27Le ministre de l'Éducation nationale,
05:28comme Édouard Geffrey,
05:29lui qualifie les réseaux sociaux
05:30d'armes de destruction intellectuelle massive.
05:33Ce serait quoi le processus ?
05:35Pourquoi les réseaux sociaux
05:36empêchent nos enfants d'apprendre ?
05:38Au moins, on a une corrélation.
05:40Le rapport PISA montre que
05:43l'évaluation, le niveau de compétence maîtrisé
05:49est supérieur quand on utilise les réseaux sociaux
05:52moins d'une heure par jour,
05:54et qu'il est nettement dégradé
05:56quand on est au-delà de 3 heures,
05:58et même au-delà de 5 heures,
05:59et au-delà de 6 heures,
06:00parce qu'il y a des enfants, des adolescents
06:02qui sont vraiment otages de ceci.
06:04Et donc, effectivement,
06:05on a, avec les réseaux sociaux,
06:07certainement un problème sociétal général
06:12qui a sa traduction scolaire
06:14et qui a beaucoup d'autres traductions
06:16dans la situation de santé mentale
06:18dans notre pays,
06:20probablement aussi dans la sédentarité
06:22et des problèmes sanitaires.
06:23Mais, comme le disait Camille,
06:26ça serait trop facile
06:27s'il n'y avait qu'un coupable,
06:28et si, d'ailleurs,
06:30interdire à l'école
06:32l'usage des téléphones
06:34allait radicalement changer la donne.
06:36Non, il y a beaucoup d'autres facteurs
06:39à...
06:39Et interdire les réseaux sociaux,
06:40parce que c'est ce qu'on n'a pas pu faire,
06:42ce qui était la volonté du gouvernement.
06:45On verra bien ce que l'Union Européenne
06:47prend comme type de mesure,
06:49et il y a des inquiétudes
06:50qui sont de plus en plus fondées
06:52par des arguments.
06:53La recherche est encore assez fragile,
06:57parce que la recherche a besoin de temps,
06:59et qu'elle n'a pas encore livré
07:01tous ses enseignements.
07:02C'est normal qu'on agisse sur ça,
07:04mais il y a beaucoup d'autres leviers
07:06sur lesquels on peut agir,
07:07et justement, avec mes collègues,
07:09ce qui nous a intéressés,
07:10c'est de ne pas regarder les pays
07:12qui étaient tout en haut du classement,
07:14c'est de regarder les pays
07:15qui avaient progressé.
07:16Mais il n'y en a plus beaucoup,
07:17des pays qui progressent.
07:18Alors, dans les résultats 2025
07:21qui viennent de tomber,
07:22qu'on n'a pas examinés absolument en détail,
07:27mais il y a une baisse générale.
07:29Cela dit, la Grande-Bretagne,
07:31enfin l'Angleterre précisément,
07:34a engagé un plan significatif,
07:37motivant, qui a donné des résultats.
07:40Et on peut, en remontant un peu plus loin,
07:42le Portugal a connu d'abord une première phase
07:47de 1995 à 2003,
07:48et puis ensuite une décennie jusqu'à 2015.
07:51Et ce qui est intéressant,
07:52c'est que quand la réforme pour différents facteurs
07:55a été abandonnée,
07:56les résultats ont baissé au Portugal.
07:57Et donc, on a désormais,
08:00en matière d'efforts pédagogiques en tant que tels,
08:03un certain nombre d'enseignements
08:04sur qu'est-ce qui marche,
08:05qu'est-ce qui ne marche pas.
08:06Alors justement,
08:07le ministre de l'Éducation nationale,
08:09Edouard Geffray,
08:10a cité également le Royaume-Uni.
08:12Il explique qu'il faut fixer
08:14des objectifs pédagogiques,
08:17les partager avec les enseignants d'abord,
08:20avec les parents également.
08:22Et ça, ça marche ?
08:23Alors ça, c'est quelque chose
08:25auquel on croit beaucoup chez Verleau,
08:27c'est l'idée que le projet d'établissement
08:29ne soit plus une coquille vide.
08:30Et c'est quand même,
08:32enfin c'est mon expérience d'enseignement de Nantes,
08:33mais c'est quand même souvent le cas,
08:35c'est-à-dire que c'est quelque chose d'obligatoire,
08:38qu'on va faire assez vite,
08:40et puis on va contenter comme ça la hiérarchie,
08:42alors que le projet d'établissement
08:45pourrait être un levier d'investissement
08:47des enseignants qui leur donne
08:49non seulement beaucoup plus envie
08:51de croire en ce qu'ils font,
08:53d'aller dans le même sens,
08:53mais aussi beaucoup plus d'occasion
08:54de travailler en collectif.
08:56Là-dessus, les enseignants ont besoin
08:57d'être accompagnés, d'être rémunérés,
09:00ça y est, en conscientius là-dessus,
09:01on le sait, la formation continue des enseignants
09:04a une marge de progression qui est énorme.
09:06C'est quasiment dans tous les programmes
09:07des candidats à la présidentielle,
09:08il se passe quelque chose là-dessus,
09:10il y a une prise de conscience.
09:11On l'espère.
09:13J'ai plus entendu parler
09:15de rémunération des enseignants,
09:18et c'est un sujet important
09:19parce qu'il y a des problèmes d'attractivité,
09:21et surtout en milieu de carrière,
09:23pas tellement en début de carrière,
09:25les enseignants français sont moins payés
09:27que les autres.
09:28En revanche, j'aimerais bien les entendre
09:31s'engager davantage sur le développement professionnel,
09:35la formation continue des enseignants.
09:38En France, elle n'est pas prévue particulièrement
09:41au secondaire, il n'y a rien d'explicite.
09:43Il y a des enseignants qui n'ont jamais,
09:45qui ne reçoivent jamais de formation continue.
09:47Ça n'est rien de...
09:48Donc, par goût, la plupart d'entre eux
09:51trouvent les moyens du bord pour se cultiver,
09:54mais il n'y a pas de politique
09:56complètement explicite de formation
09:58des enseignants du secondaire.
10:00Dans le primaire, sont prévues 18 heures
10:03par an de formation continue,
10:06ce qui n'est pas beaucoup
10:07et ce qui est plus ou moins fait.
10:10Si on prend tout en haut du classement,
10:13à Singapour, il prévoit une centaine d'heures
10:16et en ayant regardé à la fois ce qui était réaliste
10:20et ce qui avait marché dans des pays,
10:22nous, on a fixé un objectif à 80 heures
10:24pour tous les enseignants de formation continue.
10:27Sinon, on ne peut pas avoir
10:28des méthodes pédagogiques vraiment bien dominées.
10:30Voilà, mobiliser les enseignants,
10:32mobiliser les parents,
10:34avoir un projet précis,
10:36ça fait partie de ces solutions
10:38que vous proposez chacun.
10:40Merci à tous les deux d'être venus débattre.
10:42À présent, on va entendre le meilleur
10:44de nos invités, de nos humoristes,
10:45de nos auditeurs.
10:46C'est la story RTL de Florian Gazan.
10:48C'est après la pause.
10:49Merci.
10:51Bonne soirée.
10:55Sur RTL.
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