00:00Et à 7h43, c'est l'invité d'ici matin.
00:03Après les incendies de cet été, un mouvement de grève nationale a débuté hier chez les pompiers.
00:08Leur syndicat réclame des moyens financiers, humains et matériels.
00:11Nous sommes en direct, Thomas, avec le secrétaire général adjoint de la CGT des Pompiers du Nord.
00:16Bonjour Frédéric Demartelard.
00:17Bonjour.
00:18Ce mouvement qui a débuté hier coïncide avec la préparation d'un projet de loi
00:21qui doit moderniser la protection civile ainsi que son organisation.
00:24Un texte qui a priori n'a pas convaincu l'intersyndicale.
00:26Il y avait une réunion hier au ministère, vous avez eu des échos ?
00:29Oui, en fait, on ne s'attendait à pas grand-chose.
00:33Bon, ben, on est ravis, on n'a rien eu.
00:35Donc, à part du blabla administratif, il nous parle, enfin, en vrai, il nous parle de résilience.
00:43C'est le mot très à la mode.
00:45Alors, la résilience, c'est mettre en adéquation les moyens et ce qui nous arrive,
00:51les chocs climatiques, etc.
00:55Ça peut se prévoir.
00:57Donc, en fait, il y a deux visions.
00:58Il y a la nôtre qui est de dire, ben, effectivement, il faut être résilient.
01:02Donc, il faut mettre les moyens nécessaires pour faire face aux risques qui sont en train d'arriver.
01:07C'est plus, c'est pas, enfin, qui sont là déjà.
01:09Ils sont déjà là, effectivement.
01:10Et il y a la vision de l'État qui dit, ben, on va faire mieux avec moins.
01:16Donc, pour nous, ça, c'est pas de la résilience, c'est de la résignation.
01:20En ce qui nous concerne, c'est pas acceptable.
01:21C'est-à-dire que le sujet essentiel, aujourd'hui, ce sont les moyens.
01:24Le porte-parole de l'intersyndical a dit, après cette réunion, que le projet de loi évitait les sujets essentiels.
01:29Donc, l'essentiel, c'est les moyens.
01:30Ce sont, avant tout, des moyens financiers, humains.
01:32Quelles sont les priorités, selon vous ?
01:33Ah ben, les deux.
01:35Le problème, c'est que les moyens financiers génèrent des moyens humains et des moyens matériels.
01:42C'est une question d'argent.
01:44De toute façon, c'est toujours la même chose.
01:45Il faut payer pour avoir du matériel qui vole correctement.
01:49Dans les années 80, on avait quand même plus de 30 Canadair.
01:52Aujourd'hui, on en a 12, dont 7 qui sont en mauvais état.
01:56Au plus chaud des feux de forêt, il y en avait 5 qui volaient.
02:01Enfin, je veux dire, on est quand même dans un grand pays.
02:02C'est quand même une catastrophe, quoi.
02:04Donc, à un moment donné, tout ça aurait pu être prévu, puisqu'en 2022, on avait déjà eu des gros
02:07feux.
02:08Et ils avaient déjà dit, on va mettre les moyens, on va faire ce qu'il faut.
02:10Et ils n'ont toujours rien fait.
02:12Ici Nord, il est 7h45.
02:13Nous sommes en direct avec Frédéric Demartelard, secrétaire général adjoint de la CGT des Pompiers du Nord.
02:18Concernant les moyens humains, à combien est-ce que vous chiffrez les besoins ?
02:21En France, pompiers, c'est à peu près 250 000 personnes, 44 000 pompiers professionnels.
02:27Le reste, ce sont des volontaires.
02:28Dans le Nord, si vous deviez chiffrer les besoins, par exemple ?
02:31Dans le Nord, là, dernièrement, on a eu un gros mouvement de colère.
02:36Parce qu'en fait, au mois de février dernier.
02:40Et on a obtenu 150 postes sur 3 ans, ce qui est déjà un effort de la part...
02:45C'est à peu près 2 000 personnes, les pompiers professionnels.
02:47Les pompiers professionnels, on est 2 200.
02:49Mais il en manque.
02:50En fait, les 150 qui ont été demandés, ce sont les 150 que l'administration a mis en place dans
03:00le ZAC.
03:00En fait, c'est un peu compliqué, mais en gros, c'est ce qui est juste nécessaire.
03:05Ce n'est pas un caprice.
03:07C'est ce que l'administration juge nécessaire pour faire fonctionner notre SDIS dans le Nord.
03:14Pour nous, il en manque au moins encore 150 supplémentaires à l'heure actuelle.
03:20Pour combler les carences en effectif dans tous les centres de secours.
03:25Parce qu'on est quand même un très gros département.
03:28Et donc, effectivement, pour nous, il en manquerait encore 150 après les 150 qui nous seront donnés d'ici 3
03:36ans.
03:36Et à l'échelle nationale, c'est environ 20 000 pompiers volontaires qu'il faudrait recruter, selon vous ?
03:4121 700, ça c'est le chiffre du ministère de l'Intérieur.
03:44Il manquerait 21 700 sapeurs-pompiers.
03:47Donc, ça fait un paquet quand même.
03:48Dans le cadre de cette mobilisation, vous mettez également en avant le fait que vous intervenez toujours davantage pour du
03:52secours d'urgence aux personnes.
03:55C'est-à-dire, sont des missions que vous n'étiez pas censés assurer au début, qu'on vous demande
03:59de faire aujourd'hui ?
04:00Alors, en réalité, nous, on est là pour faire du pronc-secours à la base.
04:04C'est-à-dire, tout ce qui est voie publique, etc.
04:06On n'est pas censés forcément aller chez les gens.
04:10sauf en cas de danger grave, où il faut intervenir rapidement.
04:16Mais bon, aujourd'hui, avec les politiques libérales, tous les services s'effondrent.
04:21Donc, en fait, aujourd'hui, on est un peu les couteaux suisses.
04:23C'est-à-dire qu'on nous appelle pour tout.
04:25Je vous donnais un exemple.
04:28Avant, enfin, avant, non.
04:30Aujourd'hui, en fait, quand les gens sont incapables de descendre de chez eux,
04:34et qu'ils se sont blessés, ou qu'ils font un malaise,
04:37on prend l'échelle, on va les chercher, et on les descendait.
04:40Dernièrement, on a été déclenché tout de même
04:43pour prendre un gars qui s'était fait opérer des genoux,
04:45qui ne pouvait pas remonter dans son appartement.
04:48Il n'y avait personne pour le monter.
04:50Donc, les pompiers ont été déclenchés pour le prendre,
04:54le mettre sur l'échelle, et le remonter chez lui.
04:56Et ça, normalement, ça aurait dû être des ambulanciers, par exemple ?
04:58Oui, après, ça aurait pu être des ambulanciers,
05:00ça aurait pu être d'autres structures, je n'en sais rien.
05:02Mais effectivement, c'est clair que ce n'est pas nos missions de base.
05:07Après, ce n'est pas dérangeant d'assister les gens.
05:10Nous, on est là pour aider les gens.
05:11Tout ce qu'on demande, en réalité, c'est pour avoir un service public de qualité.
05:16Le coût du sauvé, c'est quelque chose, mais pour nous, ce n'est pas un problème.
05:21Il faut juste mettre les moyens qui vont avec pour pouvoir le faire.
05:23Il y a cette question des moyens, il y a cette question des missions que vous effectuez.
05:27On pourrait aussi parler du matériel.
05:29Qu'est-ce que tout cela provoque chez vous, chez vos collègues,
05:33sur le sentiment général aujourd'hui ?
05:34Il y a un vrai ras-le-bol.
05:36Et puis, il y a une vraie fatigue professionnelle.
05:39Et puis, si on a le temps d'en parler, en réalité,
05:42nous, dans les revendications, il y a effectivement les moyens.
05:44Mais en fait, en ce qui nous concerne, il y a une forme de reconnaissance.
05:47On aimerait bien l'espérance de vie en bonne santé d'un sapeur-pompier,
05:51et ses 62 ans, on aimerait bien avoir la possibilité de profiter un tout petit peu de notre retraite,
05:56puisqu'en général, on part en retraite aux alentours de 60 ans.
05:59Bon, donc on aimerait bien avoir une retraite qui soit en adéquation avec la dureté de notre métier.
06:03La prise en compte aussi des maladies professionnelles, etc.
06:07En Europe, il y a des pays qui reconnaissent 26 maladies professionnelles liées aux fumées.
06:13En France, il y en a 4.
06:15Bon, enfin voilà, à un moment donné, ce ne serait pas déconnant
06:19qu'on soit un petit peu plus reconnus à ce niveau-là.
06:22Et tout ça, vous le portez dans le cadre de cette grève qui a débuté hier.
06:24Comment se traduit-elle d'ailleurs ?
06:25Parce que les interventions ne s'arrêtent pas.
06:27C'est-à-dire que vous le marquez ?
06:30On a pu voir des véhicules de pompiers marqués en grève ?
06:32En gros, la réponse sera graduée.
06:37En ce qui concerne le Nord, dans l'immédiat,
06:39on va inscrire sur les casernes les revendications,
06:42on va monter tranquillement, on va attendre le 29 septembre.
06:46Il y a les manifestations à Paris, on verra ce qu'il en découle.
06:51Et puis ensuite, on continuera.
06:53De toute façon, c'est un mouvement qui est censé durer,
06:55puisque ça fait des années qu'on réclame tout ça en fait.
06:57On a été patient et il n'y a jamais rien qui se débloque.
07:00Donc à un moment donné, il faut arrêter de prendre les gens pour des imbéciles.
07:03C'est un mouvement qui est parti pour durer.
07:04La date qui est donnée pour le moment, c'est le 20 octobre.
07:06C'est la date à laquelle doit être examiné le projet de loi dont on parlait tout à l'heure.
07:10Merci beaucoup Frédéric Demartelard d'avoir accepté notre invitation ce matin
07:13pour nous expliquer tout cela, secrétaire général adjoint de la CGT des Pompiers du Nord.
07:17Bonne journée à vous.