- il y a 4 semaines
À 43 ans, la danseuse étoile de l'Opéra de Paris s'apprête à quitter la scène après dix-huit ans passés au sommet de la hiérarchie du ballet. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-jeudi-10-septembre-2026-3434359
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00La grande matinale, le mag, tout ce qui secoue l'époque, tout ce qui l'enchante, on le met en
00:05onde.
00:06Avec Charline Wadenecker, on boit un coup au bistrot de Saint-Paul-de-Léon, un dernier pour la route.
00:11Et c'est un sujet ultra douloureux qui a surgi au micro de Charline.
00:15Tendez l'oreille tout à l'heure.
00:17Daphné Burki, elle a invité une jeune actrice à la personnalité archi-trempée, elle ne s'en laisse pas compter.
00:23Vous verrez, elle s'appelle Eva Huot.
00:25Ce matin, je ne vous annonce pas le sujet de la discute, car une fois par mois, c'est la
00:30médiatrice des antennes de Radio France qui prend le micro à 9h30.
00:34Et c'est avec vos messages qu'elle vient à l'antenne.
00:38Mais tout de suite, le grand portrait.
00:48Dorothée Gilbert a négocié avec la direction de l'Opéra de Paris.
00:52Elle part à la retraite à 43 ans et non à l'âge officiel de 42 ans.
00:57Ça approche plus qu'une poignée de représentations.
01:00Et la danseuse étoile, adorée du public, fera son dernier salut devant une salle chauffée à blanc.
01:07On le sait déjà.
01:08Je me demande ce qu'il habite.
01:10Depuis qu'elle a entamé sa dernière année, est-ce qu'elle a peur de se blesser, de rater son
01:16au revoir ?
01:17Est-ce qu'elle tente le tout pour le tout ?
01:19Est-ce qu'elle savoure ? Est-ce qu'elle trépigne ? Est-ce que finalement, elle en a marre
01:23?
01:23Est-ce qu'elle rechaussera des pointes ?
01:26Est-ce qu'elle saura encore faire un chignon ?
01:28Est-ce qu'elle reviendra à l'Opéra ?
01:30Est-ce qu'elle regardera les autres danser ?
01:33Portrait numéro 177.
01:38Bonjour Dorothée Gilbert.
01:39Bonjour.
01:40Alors, ce moment-là, ça fait plusieurs années que vous y pensez, forcément dans la carrière d'une danseuse.
01:45Vous l'avez écrit, je n'ai pas le bac, je n'ai jamais rien fait d'autre dans la
01:49vie.
01:50Alors, qu'est-ce qu'on va faire ?
01:52Après, forcément, la question vous hante.
01:55Ça y est, on y est, ça s'approche ?
01:57Ça s'approche, oui.
01:58Il n'y a plus qu'une poignée de représentations.
02:01En effet.
02:03Mais les réponses, je ne les ai pas forcément toujours.
02:05Oui, c'est ça.
02:06On les laisse venir petit à petit.
02:08Exactement.
02:09On les savoure, ces derniers moments sur scène.
02:12Oui, j'ai vraiment profité de chaque spectacle de cette dernière saison.
02:18J'ai vraiment dit consciemment adieu au rôle qui me tenait à cœur.
02:22Et donc, pour certains ballets, c'était plus touchant que pour d'autres.
02:25Oui, alors on va commencer par le ballet avec lequel vous avez choisi de terminer.
02:31C'est l'histoire de Manon.
02:35Voilà.
02:38Vous avez commencé les répétitions ?
02:40Oui.
02:43L'adieu à la scène, ce sera, vous allez le jouer quatre fois avec Hugo Marchand.
02:48Ce n'est pas rien de jouer avec Hugo Marchand.
02:50De danser.
02:51De danser avec Hugo Marchand.
02:54Parce que c'est un partenaire avec qui on a une grande complicité.
03:01Ça fait maintenant presque douze ans qu'on danse ensemble, très régulièrement.
03:07Et on s'est rencontrés d'ailleurs sur l'histoire de Manon.
03:09C'est aussi pour ça que j'ai voulu prendre ce ballet pour les adieux.
03:12Parce que c'est un ballet à l'opéra que j'ai dansé uniquement avec Hugo.
03:15Et c'est sur ce ballet que je l'ai rencontré.
03:17Donc je trouvais ça beau de terminer avec lui sur ce ballet.
03:21Il a peur du moment où il faudra vous lâcher pour la dernière fois.
03:24Il faudra vous dire au revoir.
03:25Il a peur du moment où vous ne vous retrouverez pas sur scène.
03:28Je ne sais pas, il faudra lui demander.
03:30C'est sûr que oui.
03:32Donc Manon, ça commence le 28 septembre à l'opéra.
03:35La dernière fois avec Hugo Marchand au Palais Garnier.
03:40Vous vous êtes étreint sur scène.
03:43Il y a la salle Hurley.
03:44Je sais, j'étais dans la salle.
03:45Je n'ai pas été très souvent dans ma vie à l'opéra.
03:47Mais il se trouve que ce soir-là, par ailleurs, par hasard, j'étais dans la salle.
03:51C'était Gisèle.
03:55C'était Gisèle.
03:58Ça, c'est votre rôle.
04:00C'est un des rôles que j'ai le plus dansé dans ma carrière.
04:04J'ai justement, récemment, j'ai essayé de compter combien de fois je l'avais travaillé.
04:09Alors danser le nombre de spectacles, non.
04:11Mais je crois que je l'ai travaillé plus de 12 fois.
04:14Sauf que dans une carrière de danse aux étoiles, c'est énorme.
04:1812 fois sur 18 ans de danse aux étoiles.
04:20Donc ça veut dire que deux années sur trois, j'ai travaillé et dansé le rôle de Gisèle.
04:26Donc il m'a accompagnée tout au long de ma carrière.
04:28Depuis mes débuts, c'était un de mes premiers grands rôles en tant qu'étoile.
04:32Et donc il fallait lui dire adieu.
04:33Il fallait lui dire adieu.
04:34Et ça a été très touchant.
04:36J'étais très émue.
04:37Ah, c'était très, très touchant.
04:38Je peux vous dire que dans la salle, c'était très touchant.
04:40Vous avez surgi, après une standing ovation délirante, vous avez surgi une fois le rideau fermé.
04:47Et Hugo Marchand vous a rejoint et vous vous êtes étreints tous les deux.
04:51C'était absolument magnifique.
04:53Parce que ça aussi, c'est un rôle que vous avez partagé avec lui, que vous avez tant aimé partager
04:56avec lui.
04:57Oui, et puis je pense qu'il a vu aussi mon émotion de quitter ce rôle et ça l'a
05:01touché.
05:02Donc il était là pour moi.
05:05Quand vous dites, je l'ai travaillé douce fois, comment on apprend, Dorothée Gilbert, comment on apprend une chorégraphie ?
05:10Comment on la mémorise ?
05:12On ne l'apprend pas.
05:12On ne l'apprend pas ?
05:13Non, on la connaît déjà.
05:15C'est vrai ?
05:16Gisèle, avant de faire le rôle de Gisèle, j'ai fait Les Vendangeuses, Le Pas-deux des Vendangeurs, Les Amis,
05:22Les Willis, Les Deux Willis.
05:24J'ai fait tous les autres rôles du corps de ballet et des rôles de demi-soliste avant de faire
05:28le rôle de Gisèle.
05:29Donc quand on fait le corps de ballet, moi quand je faisais le corps de ballet, la première chose que
05:33je faisais dès que je sortais en coulisse, c'était de regarder Les Étoiles sur scène.
05:37Donc je connaissais le rôle sans le savoir, à force de regarder les autres le faire.
05:42Gisèle, c'est aussi une révélation d'enfance.
05:45C'est ça qui est très très beau dans votre histoire.
05:47Vous aviez quel âge quand vous avez vu Gisèle ?
05:5010 ans.
05:5010 ans, oui.
05:51C'était à Toulouse.
05:52C'était à Toulouse, au Capitole.
05:54Et j'ai appris plus tard que c'était Manuel Le Gris et Noël Pontois qui dansaient avec le Capitole
05:59de Toulouse ce jour-là.
06:01Et quand je suis sortie de la représentation, c'est là où j'ai compris que c'était un métier
06:06la danse, qu'on pouvait faire ça plus tard en tant qu'adulte.
06:11Et puis j'ai surtout compris que les pas qu'on apprenait le mercredi après-midi, ils servaient à raconter
06:16des histoires.
06:17Ils servaient à exprimer des émotions.
06:19Et il y avait le décor, l'orchestre, les costumes.
06:22Et j'ai tout de suite dit à mes parents que c'était ça que je voulais faire.
06:26C'était une évidence.
06:27C'était une évidence.
06:28En sortant du Capitole.
06:29En sortant du Capitole.
06:31Manuel Le Gris.
06:32C'est drôle parce que j'ai vraiment réalisé que j'avais fait un beau parcours quand j'ai fait
06:37mes adieux.
06:38C'est-à-dire que tout d'un coup, j'ai réalisé avec tous les gens aussi qui sont venus,
06:41qui m'ont témoigné leur affection.
06:44Et c'était une vraie fête de partir.
06:46C'était très très drôle parce que c'était quelque chose d'accompli.
06:49Et c'est là que je me suis rendu compte du chemin parcouru et de ce que j'avais pu
06:53faire.
06:53Mais en même temps, les années précédentes, je ne me rendais même pas compte.
06:56Je ne me rendais même pas compte de tout ce que j'avais fait.
06:58Et effectivement, c'est vrai que j'ai fait beaucoup.
07:00Comprendre le jour de ces adieux.
07:03D'abord, vous y avez assisté aux adieux de Manuel Le Gris.
07:05Ah bah oui, à tous.
07:07Tous les adieux, bien sûr.
07:10Tout le monde est là.
07:11Tout le monde est là.
07:12C'est une célébration.
07:14Contrairement à une nomination d'étoiles où on n'est pas au courant, les adieux, tout le monde sait.
07:17Tout le monde connaît la date.
07:18On sait que tel jour, c'est le dernier spectacle.
07:21Est-ce qu'il y a plusieurs générations de l'opéra qui se rassemblent ce jour-là ?
07:24Parce que j'ai retrouvé un papier, un vieil article de presse sur les adieux de Manuel Le Gris en
07:302009.
07:30Il y avait je ne sais combien de générations de professeurs de danse qui étaient ce soir-là dans la
07:35salle de l'opéra.
07:36Il y a toutes les anciennes étoiles qui reviennent.
07:40C'est un peu une fête qui rassemble encore plus les adieux que les nominations.
07:47Parce que les adieux sont prévus.
07:49Donc tous les gens viennent pour...
07:51C'est aussi une manière de célébrer l'opéra, je pense.
07:55La tradition et la transmission.
07:57La transmission et puis la maison.
08:00Parce que Manuel Le Gris, vous l'aviez surnommé votre petit père.
08:03Oui, oui, oui.
08:03Donc c'est plus que de la transmission, c'est presque de la filiation ?
08:08Oui, oui.
08:08C'est-à-dire qu'à l'école de danse, on peut choisir un petit père et une petite mère.
08:12Ce sont des danseurs expérimentés professionnels qui...
08:15Ah, c'est dans le jargon de l'école de danse.
08:17C'est dans le jargon de l'école de danse.
08:18Et ils vont nous aider si on a des questions, on peut leur poser des questions, etc.
08:23Et moi, j'avais choisi Manuel Le Gris comme petit père.
08:25Et après, j'ai dansé avec lui.
08:29Vous avez dansé avec votre père de danse.
08:31Et c'est un souvenir merveilleux.
08:33C'est un souvenir merveilleux.
08:35Et ce qu'il y a de drôle pour la petite histoire, c'est que Caznoisette, j'ai dansé le
08:39rôle de Clara avec Manuel Le Gris.
08:41C'est là où j'ai été nommée Danse aux étoiles.
08:43Et dans le programme, il y avait une photo, une ancienne photo de lui dansant le rôle.
08:48Et moi, j'étais en petit enfant de l'école de danse sur la photo.
08:53Et Guillaume Dioff m'a dit la même chose.
08:56C'est-à-dire qu'il faisait les enfants de l'école de danse quand moi, je dansais Clara.
09:00Alors, Guillaume Dioff, c'est un jeune danseur étoile.
09:04Et c'est très beau que vous soyez tous les trois embarqués dans cette même histoire.
09:09Parce que Manuel Le Gris, c'est lui qui a été votre petit père.
09:13C'est lui qui vous a transmis le flambeau, qui vous a choisi, qui vous a aidé, qui vous a
09:17élevé.
09:18Et vous avez fait la même chose avec Guillaume Dioff quand il est arrivé.
09:21Et c'est avec lui que j'ai été nommée Danse aux étoiles.
09:23Et Guillaume, c'est avec moi qu'il a été nommé Danseur étoile.
09:25Alors, vous avez grandi, parce que vous avez un petit père, une petite mère à l'Opéra de Paris.
09:30Mais vous, vous avez grandi dans une maison à Toulouse d'Orethée Gilbert,
09:34où cohabitaient quatre générations, si j'ai bien compris.
09:38Non, mais c'est rare ça, quand même.
09:40C'est le côté espagnol, je pense.
09:41C'est le côté espagnol.
09:42D'ailleurs, on parlait encore espagnol à la maison.
09:45Pas du tout.
09:46Pas du tout.
09:46Non, mais même quand je suis née, qu'il y avait mon arrière-grand-mère et ma grand-mère,
09:50tout le monde parlait français.
09:51C'est-à-dire qu'au contraire, c'était interdit de parler espagnol, parce qu'il fallait s'intégrer.
09:55C'était cette génération-là où, finalement, la culture d'être bilingue, de parler deux langues,
10:03c'était même presque interdit.
10:06C'est-à-dire qu'il fallait s'intégrer et il fallait parler la langue.
10:08Et donc, on ne parlait plus espagnol à la maison.
10:10On parlait plus espagnol.
10:11On parlait le français.
10:12Il y avait l'atelier de couture, l'atelier de confection au rez-de-chaussée.
10:16C'est ça ?
10:16Il y avait les grands-parents, il y avait les parents, il y avait l'arrière-grand-mère.
10:20Qu'est-ce que ça façonne comme enfance d'être la seule petite fille,
10:23parce que vous êtes fille unique, dans cette maison habitée par quatre générations,
10:28en fait, et qui tourne autour de vous ?
10:31Voilà, j'avais plein de parents.
10:32Plein de gens pour s'occuper de moi.
10:34Donc, moi, j'étais comme une petite princesse là-dedans.
10:38Oui, non, c'était une très belle enfance.
10:41C'était une très belle enfance.
10:42Ça vous a donné, ça a forgé quelque chose, comment dire,
10:47de très sécure, de très joyeux chez vous ?
10:52Oui.
10:53Oui.
10:53Après, je pense que c'est aussi quand même dans mon caractère.
10:57Je pense qu'il y a des gènes quand même.
10:59Et c'est ce qui fait que, par exemple,
11:01vous n'étiez pas pensionnaire à l'école de danse de l'Opéra.
11:04Vous êtes restée dans le cocon familial.
11:06Oui, parce que mes parents ne voulaient pas que je sois interne.
11:08Ils avaient été tous les deux à l'internat quand ils étaient petits.
11:10Ils l'avaient très mal vécu.
11:11Et ils m'avaient dit, si tu es prise à l'école de danse,
11:14on viendra avec toi parce qu'on ne veut pas que tu sois interne.
11:18Mais je pense finalement que c'est grâce à eux que j'ai réussi aussi bien mes années à l
11:23'école de danse.
11:23C'est-à-dire que quand on a 12 ans, on est trop jeune pour être interne.
11:27Et puis, parce qu'aussi, je prenais énormément de cours le week-end.
11:30Et s'ils n'avaient pas été là, j'aurais dû rentrer à Toulouse
11:33et je n'aurais pas pris des cours avec des professeurs aussi bons que ceux qu'il y avait à
11:37Paris.
11:37Et donc, je n'aurais pas progressé autant.
11:38Donc, quand on est à l'école de danse de l'Opéra, quand on a 12 ans,
11:41on prend des cours le soir, on prend des cours le week-end en plus.
11:43Pas le soir, mais le week-end, oui.
11:44Oui, c'est ça. Claude Bessy, c'était la fameuse directrice pendant 30 ans.
11:5130 ans. Elle est une ancienne danseuse étoile, évidemment.
11:5330 ans directrice de l'école de danse de l'Opéra.
11:56Discipline, discipline, discipline. C'est une discipline terrible.
11:59Tout ce que vous me dites est normal.
12:00Et c'est ce qu'on appelle la discipline.
12:02Que les parents soient laxes et qu'ils se couchent quand ils veulent
12:04et qu'ils fassent ce qu'ils veulent, qu'ils ne rangent pas leurs affaires.
12:07Mais ça, les regarde s'ils aiment le bordel,
12:09s'ils aiment que leurs gosses leur répondent mal,
12:11que les mômes soient mal élevés.
12:12Ça, les regarde.
12:13Ça, c'est leur problème. Moi, je dirige une école.
12:15Je veux que mes enfants, ils soient bien élevés, souriants,
12:18qu'ils travaillent correctement.
12:20On est là pour les aider.
12:21S'il y a un problème, s'ils sont malades,
12:23s'ils ont besoin de parler, on est là.
12:25On fait ce qu'on doit faire.
12:27Si les parents ne font pas ce qu'ils doivent faire,
12:29ce n'est pas mon problème.
12:30Ça vous amuse ?
12:33Elle est géniale.
12:34Moi, je l'ai adorée, Claude Bessy.
12:36Elle était stricte,
12:39mais elle est incroyable.
12:40Elle est morte très récemment.
12:42Elle est morte juste avant.
12:42J'étais tellement triste.
12:44Parce qu'alors, justement, Claude Bessy,
12:45c'était vraiment une des personnes qui venaient à tous les adieux.
12:49Elle manquait aucun adieu.
12:50Donc, elle ne sera pas là pour le vôtre.
12:51Elle ne sera pas là pour le mien.
12:53Et à chaque fois qu'elle me voyait aux autres adieux,
12:55elle me disait,
12:56« Bon, c'est quoi tes adieux ? Je viendrai. »
13:00Alors qu'elle vous a choisie, d'une certaine manière.
13:02Elle vous a repérée ?
13:03Oui, oui.
13:05Elle m'a découverte en seconde division
13:09quand j'ai remplacé une fille de première division
13:13qui était blessée,
13:14qui ne pouvait pas faire le rôle titre de la gitane
13:15dans « Les deux pigeons ».
13:16Moi, je faisais les quatre gitanes
13:17et Christiane Vossard aussi m'a aidée.
13:21Elle a dit à Claude,
13:22« Essaye la petite dans la variation de la gitane,
13:25peut-être que ça pourrait être bien. »
13:27Alors, moi, je voudrais comprendre, Dorothée Gilbert,
13:29justement, des années où vous avez commencé
13:31sous le regard, sous la férule de Claude Bessy,
13:34à aujourd'hui,
13:36qu'est-ce qu'il vous a fallu travailler particulièrement ?
13:38Qu'est-ce que la technique vous a permis
13:41de compenser que vous n'aviez pas naturellement ?
13:43Les lignes ?
13:44C'est-à-dire ?
13:45L'en dehors, le coup de pied, la souplesse.
13:49J'étais une pierre brute, très brute.
13:55Très, très brute.
13:56Et il a fallu la polir et l'embellir.
13:59C'est-à-dire que j'arrivais à faire tous les mouvements.
14:02J'avais une très bonne technique
14:04parce que je l'avais apprise à Toulouse très jeune.
14:07Et ça m'a énormément servi tout au long de ma carrière, ça.
14:09Donc, je ne le regrette absolument pas.
14:11Mais par contre, j'avais un peu appris n'importe comment,
14:15si on doit résumer.
14:17Et donc, il a fallu que je police tout ça, que j'arrange, que je comprenne comment pallier à mes
14:23défauts physiques.
14:24Parce qu'il y a certaines choses qu'on peut améliorer, même si on a des limites physiques.
14:32Et donc, ça a pris du temps.
14:33Là, je vous fais écouter la Bayadère.
14:38Ah, c'est le rôle de Gamzati, ça.
14:42Non, mais je vous fais écouter la Bayadère.
14:44Parce que c'est aussi le souvenir, la Bayadère, d'un moment où vous vous êtes blessée.
14:48Ah, ben justement, sur Gamzati.
14:49Voilà.
14:51Très bien.
14:51Vous avez très bien choisi, alors.
14:54D'abord, comment on le danse, ce rôle-là ?
14:56Ce rôle ?
14:56Oui.
14:58Alors, c'est un rôle très sympa dans le sens où on a rarement l'occasion d'être méchante.
15:05Et c'est vraiment un rôle de méchante.
15:08Alors, ça s'explique, mais elle est vraiment horrible.
15:12Et donc, toute la première partie, ça va être vraiment que de la pantomime.
15:16On a des chaussures, des ballerines.
15:20On a des chaussures, des ballerines.
15:23Ah oui.
15:24Oui, non, mais on n'est pas ni en huit-pointes, ni en pointes.
15:26Non, mais vous n'êtes pas en apprise qu'ils n'ont plus.
15:29On a des chaussures.
15:30On a des boon-boots.
15:32On a des ballerines joliment décorées.
15:36Et donc, toute cette première partie, c'est vraiment que de l'interprétation et que de la pantomime.
15:40On raconte l'histoire.
15:42Et après, la seconde partie, deuxième acte, on met un tutu et des pointes et on fait des choses techniques
15:47très difficiles.
15:48C'est au deuxième acte que vous vous êtes blessée ?
15:50Oui, c'est au deuxième acte où je me suis blessée.
15:51C'est la seule fois où je me suis blessée en scène.
15:54Enfin, non, la deuxième fois d'ailleurs.
15:55Donc, sous le regard du public.
15:56Sous le regard du public.
15:59Et c'était horrible.
16:00Tout le monde l'a vu ?
16:01Tout le monde l'a vu parce que j'ai posé mes mains sur les hanches et je suis partie
16:04en marchant dans les coulisses.
16:06C'est-à-dire que tout d'un coup, il y a eu un bug dans ma tête.
16:11Un bug de douleur ?
16:13Pas de douleur, mais parce que oui, une déchirure, ça fait mal, mais ça ne fait pas non plus extrêmement
16:18mal.
16:18C'est le mollet qui a l'âge ?
16:19C'est le mollet, une déchirure mollet.
16:21De toute façon, moi, mon tendon d'Achille, mon talon d'Achille, ce sont les mollets.
16:27Et voilà, ça m'a suivi toute ma carrière.
16:29Et voilà, encore aujourd'hui, il faut que je fasse attention.
16:32Je sais que j'ai les mollets fragiles.
16:35Et puis, en vieillissant, ça ne s'arrange pas.
16:37Mais bon, bref.
16:38Et dans ma tête, tout d'un coup, le spectacle était terminé.
16:42Alors que j'étais encore sur scène en costume et que le public me voyait.
16:47Mais il y a eu un...
16:47Vous ne pouviez plus ?
16:48Oui, je savais que je ne pouvais plus.
16:51Alors qu'il y a énormément de danseurs qui dansent, blessés Dorothée Gilles.
16:54Alors, ça dépend quelle blessure.
16:55Qui finissent une représentation blessée.
16:57Une autre fois, je me suis fait aussi une lésion au mollet.
17:00Et j'ai continué le spectacle jusqu'à la fin.
17:03C'était pour ma yearling.
17:05Parce que, d'abord, c'était une plus petite lésion.
17:07C'est-à-dire, ça dépend de la gravité de la lésion aussi.
17:09Sur Bayé d'Air, c'était une grosse lésion.
17:11Donc, j'ai senti tout de suite que mon bas de jambe ne répondait plus.
17:15Donc, ça ne servait à rien.
17:16En plus, Gemsati, c'est tellement dur techniquement qu'on ne peut pas faire semblant.
17:20Dans l'histoire de votre corps, Dorothée Gilbert,
17:23il y a une histoire bien particulière.
17:25C'est celle d'une grossesse.
17:26Oui.
17:27À l'Opéra de Paris.
17:29Oui.
17:29Il n'y a pas de tant de danseuses que ça, en fait,
17:32qui ont eu un enfant.
17:34De plus en plus.
17:35De plus en plus.
17:35De plus en plus.
17:37De plus en plus.
17:38C'est vrai.
17:39Vous avez dansé enceinte ?
17:41Pas trop.
17:41Pas trop.
17:42Non.
17:43C'est-à-dire que dès que vous avez su, vous avez arrêté.
17:45Oui, en plus, parce que je faisais un balai où il y avait plein de sauts.
17:47C'était lequel ?
17:48C'était la Sylphide de Pierre Lacotz.
17:51On ne danse pas la Sylphide enceinte.
17:52La Sylphide n'est pas enceinte.
17:55Non.
17:55Non, mais il y avait beaucoup de sauts.
17:57Et non, ce n'est pas passé tout à fait comme ça.
17:59C'est-à-dire qu'il y avait beaucoup de sauts.
18:01On avait fait la générale avec mon partenaire.
18:04C'était Mathieu Gagnon.
18:05Je dansais avec Mathieu pour ce balai-là.
18:08Et Mathieu s'est fait mal.
18:11Et donc, je ne me revoyais pas retravailler avec un autre partenaire.
18:15En même temps, je venais juste d'apprendre que j'étais enceinte.
18:17Je me suis dit, bon, il s'est fait mal.
18:18C'est le signe du destin.
18:20Il faut que moi aussi, je me retire.
18:21Et donc, j'ai dit, j'ai un peu mal au mollet.
18:24Parce que je ne le disais pas.
18:26C'était le tout début.
18:27On ne peut pas dire encore.
18:27C'est trop tôt.
18:28Donc, j'ai dit, bon, moi aussi, j'ai un peu mal au mollet.
18:30Je vais m'arrêter là.
18:31Imagine la tête du directeur de la danse.
18:33Et se planter par ses deux danses.
18:35Oui, c'est ça.
18:36Exactement.
18:37Et ma Sylphide, alors.
18:38Elle est partie.
18:39Dorothée Gilbert.
18:41Le 28 septembre, vous commencez l'histoire de Manon.
18:44Vous allez le danser quatre fois.
18:46Ce sera avec Hugo Marchand.
18:47Qui va pleurer le 4 octobre, évidemment.
18:52Sachez que comme la salle est archi, archi comble.
18:55Le 15 octobre, pardon.
18:56Comme la salle est archi, archi comble.
18:59Ça va être diffusé en direct sur la plateforme numérique du site de l'Opéra.
19:04On pourra vous voir aussi dans le fantôme de l'Opéra.
19:07Ça, c'est du cinéma.
19:08Ça, ça vous amuse beaucoup.
19:10Et vous êtes en train de finir de tourner un documentaire avec votre mari.
19:15Sur cette dernière année, sur ces dernières représentations, sur ces dernières sorties de scènes.
19:20J'imagine qu'on le verra à la télévision, au cinéma.
19:24Au cinéma.
19:24Au cinéma.
19:25Ah, mais vous reviendrez.
19:26Vous reviendrez tous les deux pour nous raconter.
19:28Merci beaucoup.
19:29Savourez.
19:30Savourez.
19:31C'est ce que je compte faire.
19:33Dorothée Gilbert.
19:33Sous-titrage Société Radio-Canada