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Au coeur du Shanghai de l'entre-deux-guerres, Félix Bouvier est une figure hors norme. Banquier, magnat de l'immobilier, entrepreneur de spectacles et maître des nuits de la Concession française, il est surnommé par les Britanniques "le roi sans couronne de Shanghai". Après une enfance misérable, il bâtit en quelques années une fortune considérable dans la ville la plus cosmopolite et la plus prospère d'Asie. Derrière sa trajectoire se cache une histoire plus vaste et largement méconnue : celle des concessions étrangères en Chine, territoires imposés par les puissances occidentales au XIXe siècle à l'issue des guerres de l'opium.
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AprendizadoTranscrição
00:06Vítrine de a puissance econômica de China, Shanghai, metropole tentaculaire e futurista,
00:12e a coqueluche dos turistas e dos expatriados.
00:17Um prestigio que a vila conquistou há mais de um século.
00:32Dans les années 30, Shanghai n'a déjà rien à envier à New York, avec ses gratte-ciels art déco,
00:39sa vie trépidante, ses usines qui tournent à plein régime,
00:44et ses banques d'affaires où l'argent coule à flot. On l'appelle alors la perle de l'Orient.
00:54Cet avant-gardisme, Shanghai le doit à la présence d'étrangers, qui en font la plus cosmopolite et la plus
01:01flamboyante des villes chinoises.
01:05Parmi eux, un homme va connaître une ascension fulgurante. Félix Bouvier.
01:14Parti de rien, il va devenir le français le plus riche et le plus célèbre du Shanghai des années folles.
01:20Prince de la finance, mania de l'immobilier, il va enflammer les nuits de cette ville qui ne dort jamais,
01:26avec ses établissements de jeu, ses courses de lévrier et ses dancing.
01:33Mais le destin de ce Gatsby d'Extrême-Orient sera marqué au fer rouge par l'histoire tourmentée de la
01:38Chine,
01:39déchirée par les conflits et les luttes fratricides.
01:43Une histoire de fureur et de sang qui finira par balayer l'empire de celui que l'on surnomme.
01:49Le roi de Shanghai.
02:04L'histoire de Félix commence loin de la Chine.
02:07Il voit le jour en Bourgogne, en 1888, dans une famille de métaillés.
02:14Son avenir paraît très assez d'avance.
02:16Une vie de labeur, comme celle de ses parents.
02:21Nous allions de ferme en ferme, selon les besoins de main-d'œuvre.
02:26Nous dormions dans les granges avec les bêtes pour nous tenir chauds.
02:29La vie était difficile et mon père était dur, extrêmement dur.
02:37Toute sa vie, Félix parlera très peu de son enfance.
02:41Mais cette pauvreté laissera une trace profonde.
02:45Elle sera le moteur sur lequel il va forger son destin.
02:53À 16 ans, il prend une décision radicale.
02:57Il quitte sa famille et part seul pour Paris.
03:05Un voyage sans retour.
03:08Félix ne reverra jamais ses parents.
03:21Dans la ville lumière, Félix, qui ne connaît personne, doit se débrouiller seul.
03:29Il enchaîne les petits boulots pour se payer des cours du soir,
03:32avec l'acharnement de ceux qui savent que l'instruction est leur seule arme.
03:38Il finit par décrocher un diplôme d'expert comptable,
03:42métier qu'il exerce pendant 8 ans.
03:45Dans les colonnes de chiffres et les bilans austères,
03:48il découvre comment les entreprises font fructifier leur capital.
03:52Un savoir précieux, qui lui sera utile toute sa vie.
04:00Un jour, son existence bien réglée de gratte-papier bascule,
04:05quand il voit une annonce.
04:07Une école de jésuites cherche un professeur de comptabilité,
04:10à Tianjin, en Chine.
04:13Félix sait-il seulement situer ce pays sur une carte.
04:17Mais après tout, qu'a-t-il à perdre, lui qui n'a rien ?
04:27En 1912, Félix a 24 ans quand il embarque depuis Marseille,
04:32pour l'Extrême-Orient.
04:34Les messageries maritimes, qui assurent la liaison une fois par mois,
04:39transportent aussi bien marchandises, courriers postaux,
04:42qu'une foule hétéroclite de passagers.
04:45Félix, qui voyage en 3e classe,
04:48celle des missionnaires catholiques et des petits fonctionnaires de l'administration coloniale,
04:53passe son temps à couder au bastingage.
04:59Pour le jeune homme qui n'a jamais quitté la France,
05:03chaque escale porte en elle un parfum d'évasion.
05:05Une promesse de vie plus dense, plus riche.
05:10Suez,
05:11Aden,
05:13Ceylan,
05:15Singapour,
05:17la mer de Chine.
05:19Au bout de 45 jours de traversée,
05:22Félix débarque enfin à Tianjin,
05:25ville portuaire près de Pékin.
05:36Le jeune bourguignon découvre Héberlué,
05:39un univers fascinant.
05:43Tout est motif à étonnement.
05:45L'odeur capiteuse du poisson séché et des piments,
05:48les idéogrammes indéchiffrables,
05:52le grincement plaintif des pousse-pousse.
05:59Mais ce qui l'étonne le plus,
06:01c'est de trouver dans cette ville du bout du monde un concentré d'Europe.
06:05Chaque nation y a emporté son style architectural,
06:09dans un mélange des plus improbables.
06:26Pour comprendre comment les Occidentaux ont pu s'installer en Chine,
06:30il faut remonter 70 ans en arrière.
06:38Au milieu du XIXe siècle,
06:40l'Empire chinois limite strictement les échanges commerciaux avec les étrangers,
06:44aux grands dames des Européens.
06:48Pour infiltrer ce vaste marché,
06:51les Anglais imaginent un stratagème perfide.
06:54Ils inondent illégalement le pays de l'opium qu'ils produisent en Inde.
07:01En quelques années,
07:03mandarins et riches marchands sont complètement accros.
07:08L'Empire chinois,
07:10excédé par ce trafic qui rend ses élites amorphes,
07:13ordonne de brûler des cargaisons d'opium.
07:21C'est le prétexte qu'attend la Grande-Bretagne pour déclencher les hostilités,
07:25au nom de la liberté du commerce.
07:29Les guerres de l'opium,
07:31auxquelles participent Européens, Américains et Russes,
07:35contraignent la Chine,
07:36vaincue par la puissance des flottes étrangères,
07:38à signer ce qu'elle qualifiera plus tard
07:40de « traités inégaux ».
07:45Depuis le traité,
07:46certains ports et certaines villes de l'intérieur
07:48ont reçu un statut spécial
07:51et les Occidentaux peuvent y demeurer dans des concessions.
07:54Ils peuvent s'adresser à leur propre gouvernement
07:56pour être protégés en cas de trouble.
07:59Pour sauvegarder la vie et les intérêts de leurs nationaux,
08:02les grandes puissances ont maintenu depuis de longues années
08:05une flotte dans les eaux chinoises.
08:11Ces enclaves étrangères sont une humiliation pour les Chinois
08:15et alimentent le discrédit du pouvoir impérial.
08:21La révolte gronde
08:23et en 1912,
08:25quelques mois avant l'arrivée de Félix en Chine,
08:28la dynastie Qing est renversée
08:30et la république proclamée par le révolutionnaire Sun Yat-sen.
08:35C'est un bouleversement majeur dans l'histoire de la Chine
08:38qui met fin à deux millénaires de pouvoir impérial.
08:46Mais la jeune république n'arrive pas à s'imposer
08:48sur un territoire aussi vaste.
08:51Le pays se morcelle.
08:53Chaque région devient le fief de potentats locaux,
08:56les seigneurs de la guerre,
08:58qui font régner la terreur.
09:15Protégés par leurs armées,
09:16les concessions échappent au chaos chinois.
09:24Félix, à l'abri dans cet Occident miniature
09:27planté au cœur de l'Asie,
09:29prend goût à la vie d'expatriés.
09:30À un ancien collègue,
09:32il confie avec enthousiasme.
09:35« Rejoins-moi à Tien-Sin.
09:37Ce pays est incroyable.
09:39Chaque mois,
09:40une nouvelle banque ou une société de commerce s'installe.
09:44Ici, tout est à faire,
09:46à inventer.
09:47Pour les gens sans le sou ni aucune relation comme nous,
09:50c'est l'Eldorado. »
09:54À son arrivée,
09:55Félix a pris son poste de professeur de comptabilité
09:57chez les jésuites.
09:59Mais l'enseignement ne lui suffit pas longtemps.
10:04Curieux,
10:05ambitieux,
10:06toujours à l'affût,
10:07il commence à proposer ses services aux banques,
10:10aux maisons de commerce
10:11et aux entrepreneurs étrangers installés dans la concession.
10:18Mais en 1914,
10:21la guerre qui éclate en Europe
10:22porte un coup d'arrêt brutal
10:24à son rêve d'ascension sociale.
10:27Félix doit rentrer en France
10:29pour combattre.
10:39Dans ses années de boue et de sang,
10:42il se fait la promesse,
10:43s'il en réchappe,
10:44de reprendre son aventure chinoise
10:46là où il l'a laissée.
10:58Félix survit à l'enfer des tranchées.
11:01Lorsqu'il retrouve la vie civile en 1918,
11:04le monde a changé.
11:06Lui aussi.
11:08Il a déjà 30 ans,
11:10du temps à rattraper
11:11et dans l'allégresse des célébrations de la victoire,
11:14pour la première fois de sa vie,
11:16Félix tombe amoureux.
11:21En 1920,
11:23il épouse Marie Bonnardo,
11:25une jeune femme vive et cultivée.
11:28Elle aussi est bourguignonne,
11:30mais contrairement à Félix,
11:32elle vient d'un milieu privilégié.
11:38Son père,
11:40polytechnicien,
11:41lui a donné une excellente éducation
11:43et le goût des voyages au long cours.
11:46Avec Félix,
11:47charismatique,
11:48débordant d'énergie,
11:50c'est une vie d'aventure qui se dessine.
12:03A peine mariée,
12:05le jeune couple embarque pour l'Asie.
12:09Cette fois en première classe
12:11et avec pour destination Shanghai,
12:13la ville qui exerce sur les ambitieux du monde entier
12:16une fascination comparable à celle de New York.
12:25Sur le pont du navire,
12:27Félix passe de longues heures à discuter
12:28avec les négociants français
12:30qui font affaire en Chine.
12:32Soyeux lyonnais,
12:33représentant de grandes maisons de spiritueux,
12:35de cosmétiques
12:36ou de haute couture.
12:39Tous racontent le même phénomène,
12:42l'essor spectaculaire de Shanghai.
12:46Cette ville où,
12:47pour devenir millionnaire,
12:49il est inutile de savoir lire.
12:51Savoir compter suffit.
12:54Cette fois,
12:55Félix ne part plus en quête
12:56d'une bonne situation.
12:58Il part chercher fortune.
13:04Quand Shanghai apparaît enfin
13:06derrière les palanqués de joncs et de navires,
13:09Marie cache difficilement sa déception.
13:15Ma chère sœur,
13:17Shanghai manque cruellement d'exotisme,
13:19avec ses tramways qui circulent
13:21dans un broie infernal
13:22et son éclairage électrique.
13:25On se croirait à Paris ou à Londres.
13:32Félix, pour sa part,
13:34n'a dieu que pour les immeubles
13:35cossus des banques d'affaires
13:36qui bordent le Bund,
13:37la célèbre avenue
13:38qui longe le fleuve au Wung Po.
13:43Shanghai est alors
13:44la troisième place financière du monde
13:45après New York et Londres.
13:47Félix a trouvé sa terre promise.
13:55Les époux Bouviers s'installent
13:56tout naturellement
13:57dans la concession française.
13:59C'est le quartier
14:00le plus prisé de la ville
14:01avec ses larges allées bordées
14:03de platanes,
14:04ses villas spacieuses
14:05et ses rues
14:06qui fleurent bon la France.
14:08Rue de Lafayette,
14:10avenue Joffre,
14:12rue Molière.
14:17Les Français sont à peine
14:18un millier dans une ville
14:19qui compte déjà
14:203 millions d'habitants.
14:25Un micro-cosme
14:26où Félix
14:26n'a aucun mal
14:27à trouver un poste
14:28d'expert comptable
14:29dans une banque.
14:31Mais son salaire
14:32suffit à peine
14:33à subvenir
14:33aux besoins du ménage.
14:35Ses débuts à Shanghai
14:36sont difficiles.
14:41Pour trouver
14:42une place plus enviable,
14:44Félix va user
14:45de sa carte maîtresse,
14:47celle qui a déjà
14:48fait succomber Marie,
14:49son incroyable culot.
14:53Malgré son accent bourguignon
14:54qui trahit ses racines
14:55paysannes,
14:56il parvient à se faire
14:57accepter au cercle
14:58sportif français.
14:59Un club très fermé
15:01où mania de la finance,
15:03avocats,
15:03architectes,
15:04négociants
15:05et diplomates
15:06ont leurs habitudes.
15:09Il y fait la rencontre
15:11du banquier d'affaires
15:12René Fano.
15:13Ce self-made man
15:15qui vit à Shanghai
15:15depuis 20 ans
15:16va devenir son mentor.
15:19Sur ses conseils,
15:21Félix oublie le patois
15:22de son enfance
15:23et apprend l'anglais,
15:24indispensable pour traiter
15:26avec les Britanniques
15:27et les Américains.
15:33Shanghai ressemble alors
15:35à une ville-monde
15:36où plusieurs territoires
15:37coexistent sans vraiment
15:38se mélanger.
15:40Les anglo-saxons
15:41dirigent la concession
15:42internationale
15:43et se sont arrogés
15:44l'essentiel des quais
15:45de déchargement
15:46le long du fleuve
15:47Wungpu.
15:49La concession française,
15:51bordée au sud
15:52par l'ancien bourg
15:53fortifié de Nanchoe,
15:55cultive jalousement
15:56son autonomie.
15:57Au nord,
15:59les Japonais étendent
16:00progressivement
16:00leur influence
16:01autour des quartiers
16:02industriels de Zabey.
16:17Félix a-t-il conscience
16:18qu'à quelques encablures
16:19des quartiers occidentaux,
16:21300 000 ouvriers chinois,
16:23dont des enfants,
16:24travaillent pour des salaires
16:25dérisoires dans les manufactures
16:27de coton,
16:28de tabac
16:28et de soie.
16:35Shanghai,
16:36par son dynamisme économique,
16:39attire ceux qui furent
16:40la misère et les exactions
16:41des seigneurs de la guerre.
16:42Mais il n'y trouve
16:43que des quartiers insalubres
16:45et la faim.
16:55Loin de cette pauvreté,
16:57Félix ne voit que les opportunités
16:58qui s'offrent à lui.
17:02Son poste de subalterne
17:04ne le satisfait pas.
17:09Encouragé par celui
17:10qui restera son ami à vie,
17:11René Fanon,
17:12il tente un premier coup
17:14de poker.
17:18Un an seulement
17:19après son arrivée à Shanghai,
17:21il décide de fonder
17:22sa propre banque,
17:23l'Union Mobilière.
17:28Pour mener ses affaires,
17:30il s'appuie sur les compradors,
17:32des Chinois polyglottes
17:33qui servent d'intermédiaires.
17:36Certains s'enrichissent
17:37au même rythme
17:38que les Occidentaux
17:38et forment une bourgeoisie
17:40prospère,
17:41mais minoritaire.
17:44Désormais,
17:45à son compte,
17:46à la tête de sa banque,
17:48Félix pose les premières pierres
17:49de son empire.
17:54Sa vie change de standing.
17:56Les domestiques sont légions
17:57pour aider Marie,
17:59désormais jeune maman.
18:03Elle a donné naissance
18:04à un petit garçon,
18:05Georges,
18:06en 1921,
18:07puis à sa sœur Claude,
18:09deux ans plus tard.
18:11Pour les enfants bouviers,
18:13Shanghai est un terrain
18:14de jeu et d'exploration
18:15extraordinaire.
18:17Georges en gardera
18:18un souvenir ému
18:19toute sa vie.
18:25J'aimais me promener
18:27dans les rues chinoises,
18:28voir les marchands ambulants,
18:30les prestidigitateurs,
18:32les scripts publics,
18:33les coiffeurs
18:33et les guérisseurs.
18:41J'achetais,
18:42malgré la défense
18:43de mes parents,
18:44des sucreries.
18:47J'admirais les mollets
18:48des tireurs de pousse-pousse
18:50et m'amusait
18:50des femmes chinoises
18:51courant derrière
18:52leur mari avec un balai.
18:54La foule chinoise
18:55m'était familière.
18:59Mais bientôt,
19:00Georges est privé
19:01de ses escapades
19:02dans la ville chinoise.
19:03Marie a peur pour lui,
19:05car l'atmosphère
19:06a brusquement changé.
19:14Dans toutes les villes
19:16abritant des concessions,
19:17la colère gronde
19:18contre les étrangers.
19:21A Nankin et Ankou,
19:23les occidentaux
19:24sont molestés
19:25et à Shanghai,
19:27une foule déchaînée
19:28envahit les rues.
19:31Les concessions
19:31se barricadent.
19:33Chez les bouviers,
19:35l'inquiétude
19:35est à son comble.
19:38Les populations
19:38étaient excitées
19:39contre les étrangers
19:40par des agitateurs,
19:42par des pamphlets
19:42immondes
19:43où s'étalaient
19:43toutes sortes
19:44de fables absurdes.
19:45l'accusation
19:46d'égorger
19:46les enfants
19:47et de leur arracher
19:48les yeux,
19:49la cervelle,
19:50le cœur
19:50pour servir
19:51à la préparation
19:52de médicaments.
19:55Cette campagne
19:56massive
19:57contre les occidentaux
19:58est orchestrée
19:59par le parti
19:59communiste chinois,
20:01créée à Shanghai
20:02en 1921,
20:03lors d'une réunion
20:04clandestine
20:05à laquelle participe
20:06un militant
20:07encore inconnu,
20:09Mao Zedong.
20:14Depuis,
20:15les idées marxistes
20:16se sont répandues
20:17aisément
20:17dans la ville
20:18la plus industrialisée
20:19de Chine.
20:25Pour les insurgés,
20:27l'heure de la révolution
20:29prolétarienne
20:29a sonné.
20:31Pour chasser
20:32les étrangers,
20:33les milices ouvrières
20:34comptent sur l'appui
20:35de l'armée régulière
20:36chinoise.
20:38À sa tête,
20:39Chiang Kai-shek.
20:41Ce jeune officier
20:43a pris le pouvoir
20:43à la mort de Sun Yat-sen,
20:45le fondateur
20:45de la République.
20:47Il dirige désormais
20:48le Kuomintang,
20:49le parti nationaliste
20:50chinois.
21:00En 1926,
21:01il a lancé
21:02une campagne militaire,
21:03l'Expédition du Nord,
21:05avec une double ambition.
21:06Se débarrasser
21:07des seigneurs de la guerre
21:08pour unifier le pays
21:09et mettre fin
21:10aux concessions.
21:15Son armée
21:16est maintenant
21:16aux portes de Shanghai.
21:24Prise en étau
21:25entre les milices communistes
21:26et les troupes nationalistes,
21:28les concessions font bloc
21:29et sortent l'artillerie lourde.
21:3416 000 soldats français,
21:37américains,
21:38britanniques
21:39et japonais
21:40arrivent en renfort
21:41pour protéger
21:42les occidentaux.
22:01Félix n'a pas vu venir
22:02l'explosion populaire
22:04et pour la première fois
22:05depuis qu'il vit en Chine,
22:07il voit vaciller le monde
22:08qui a rendu sa réussite possible.
22:10L'affrontement est pour bientôt
22:12et il sait
22:13qu'il peut tout perdre.
22:16Les chefs
22:17avaient promis
22:17à leurs troupes
22:18le pillage des concessions.
22:20L'état d'esprit
22:21était tel
22:21que la populace
22:22se serait chargée
22:23de le faire
22:24et il y a beaucoup
22:25de chance
22:26pour que tous
22:26les Européens
22:27aient été massacrés.
22:31Mais il se produit
22:32alors un véritable coup
22:33de théâtre
22:34à la stupéfaction générale.
22:37Chiang Kai-shek
22:38retourne ses armes
22:38contre ses alliés communistes
22:40à qui il n'entend pas
22:40laisser le contrôle
22:41de la ville
22:42la plus prospère
22:42de Chine.
22:44Il s'appuie
22:45sur la pègre locale,
22:46la redoutable
22:47et puissante bande verte
22:48pour désarmer
22:49les insurgés
22:50avant de les massacrer.
22:56Des milliers
22:57d'hommes
22:57et de femmes
22:58sont exécutés
22:58à coups de sabre
22:59ou d'une balle
23:00dans la nuque
23:00par les nervis
23:01de la mafia.
23:06La commune
23:07de Shanghai
23:07a vécu
23:08et fait près
23:09de 5000 victimes.
23:14Les insurgés
23:15qui échappent
23:15à la répression
23:16fuient la ville
23:17et entrent
23:18en clandestinité.
23:28C'est le début
23:29d'une guerre civile
23:30qui va opposer
23:31communistes
23:31et nationalistes
23:32pendant 20 ans.
23:41Désormais maître
23:41du pays,
23:43Chiang Kai-shek
23:44change d'attitude
23:44vis-à-vis des étrangers.
23:46Pour faire de la Chine
23:48une puissance moderne,
23:49il choisit
23:50de s'appuyer
23:50sur le dynamisme
23:51économique
23:51des concessions.
24:03Pour les occidentaux,
24:05c'est le soulagement
24:06et le début
24:06d'une décennie dorée.
24:16Les années 30
24:17vont être pour Félix
24:18bientôt cadragénaire,
24:19celles de sa consécration.
24:21Il s'ennuie
24:22dans sa banque
24:23et veut se démarquer,
24:24imposer sa griffe
24:25dans cette ville
24:26en pleine effervescence.
24:28Visionnaire,
24:29il a en 1928
24:30une idée de génie.
24:39Il est le premier
24:40à importer
24:41des voitures françaises
24:42à Shanghai
24:43et ouvre
24:44le grand garage.
24:50Il traite maintenant
24:51avec la crème
24:51des industriels.
24:53André Citroën
24:54en personne
24:54lui adresse
24:55ses hommages.
25:01Félix parade
25:02au volant
25:02de sa Delage
25:03des 815,
25:04le fleuron
25:04des automobiles
25:05de luxe
25:05made in France
25:06pour laquelle
25:07il a exprimé
25:08quelques exigences
25:09auprès du constructeur.
25:11Cette voiture
25:11étant destinée
25:12à faire ressortir
25:13la belle fabrication française,
25:15nous vous demandons
25:16de vouloir bien soigner
25:17tout spécialement
25:18sa présentation
25:19et aussi de voir
25:20s'il ne vous serait pas possible
25:21de nous accorder
25:22une réduction spéciale.
25:28Les automobiles
25:29qui créent la panique
25:30au milieu des pousse-pousse
25:31reflètent la vitesse
25:32avec laquelle Shanghai
25:33se modernise
25:34au début des années 30.
25:36Avec deux décennies d'avance,
25:37ce qu'on appellera plus tard
25:39l'American Way of Life
25:40des ferles sur la ville.
25:55Pour la bourgeoisie chinoise,
25:58les Occidentaux
25:58sont plus que jamais
25:59des modèles à suivre.
26:06Les films hollywoodiens
26:08connaissent un énorme succès
26:09et façonnent les rêves
26:10d'une génération entière.
26:13Ils inspirent
26:14les premiers studios
26:15shanghaïens de cinéma.
26:18Dans des appartements luxueux,
26:20les Greta Garbo chinoises
26:22jouent les femmes fatales.
26:27Shanghai n'a plus qu'un mot
26:29à la bouche,
26:30le glamour.
26:35Et la haute couture française
26:37fait briller les yeux
26:38des élégantes.
26:55La ville invente alors un style unique en Chine,
26:58le haïpai,
26:59joyeux syncrétisme
27:00entre mode occidental et oriental.
27:03La traditionnelle robe
27:04kipao,
27:05désormais plus moulante
27:06et ouverte sur la cuisse,
27:08en est le symbole.
27:19Félix sait capter l'air du temps
27:21et il veut être de la fête.
27:22Dans cette ville
27:24qui n'aspire qu'à s'étourdir,
27:25à danser
27:26et à dépenser son argent,
27:28il voit grand.
27:31En 1930,
27:33il fait édifier l'auditorium,
27:35une immense salle de spectacle
27:36avec dancing et restaurant.
27:44Jazzmen et crooners américains
27:46en font le Broadway
27:47de l'extrême-orient.
27:58Pour la clientèle fortunée
27:59venue du monde entier,
28:01l'auditorium incarne
28:02le Shanghai des années folles,
28:04brillant, cosmopolite
28:05et insouciant.
28:09Félix n'est plus seulement
28:11un homme d'affaires,
28:12il est devenu l'un des artisans
28:13de la légende de Shanghai.
28:17Le comble du chic
28:18est d'être invité
28:19à la table du sémillon bourguignon
28:20qui troque ses austères
28:22costumes de banquiers
28:23pour de clinquants
28:24complets de satin blanc.
28:27Longtemps courtisan,
28:29il devient courtisé.
28:34Mais l'insatiable Félix
28:36veut conquérir
28:36tous les publics.
28:39Il connaît la passion
28:41des Chinois
28:41pour les jeux d'argent
28:42et propose à ses parieurs
28:43invétérés
28:44de miser sur un sport
28:45plutôt inattendu
28:46en Chine.
28:48La preloque basque.
28:53À grands coups
28:54de publicité,
28:55son aïe à l'aïe
28:56devient rapidement
28:57l'une des attractions
28:57les plus courues
28:58de la ville.
29:01Les paris affluent,
29:02les bénéfices aussi.
29:09Les Britanniques
29:10le surnomment désormais
29:11le roi français
29:15sans couronne
29:16de Shanghai.
29:19Le moindre
29:20de ses faits et gestes
29:21est scruté par la presse.
29:27Tout ce qui touche
29:29la famille Bouvier
29:29est digne d'intérêt.
29:31qu'il s'agisse
29:32des bals
29:33costumés
29:33organisés
29:34pour l'anniversaire
29:35de Claude
29:39ou des vacances
29:40de Georges.
29:46Mais dans cette ville
29:47où l'argent,
29:48la politique
29:48et le crime
29:49entretiennent
29:50des liens étroits,
29:51la réussite
29:52a un prix.
29:55Pour protéger
29:56ses intérêts,
29:57Félix a besoin
29:58d'alliés puissants.
30:01C'est à cette époque
30:01qu'il fait la connaissance
30:02de la figure
30:03la plus sulfureuse
30:04de Shanghai,
30:05Duyusheng,
30:06le chef
30:06de la bande verte,
30:08la redoutable mafia
30:09qui avait aidé
30:09quelques années plus tôt
30:10Chiang Kai-shek
30:12à se débarrasser
30:12des insurgés communistes.
30:21Le Al Capone chinois,
30:23sous ses abords respectables,
30:25n'hésite pas
30:26à éliminer
30:26ceux qui nuisent
30:27à ces trafics.
30:35Un jour,
30:36deux gangsters,
30:37un Américain
30:38et un Chinois,
30:39sont venus
30:39pour raqueter mon père.
30:42Il leur a dit
30:42qu'il était
30:43un ami
30:43de M. Duyusheng
30:44qu'il connaissait
30:45certainement.
30:48Nous n'entendîmes
30:49plus parler d'eux.
30:54Grâce à la protection
30:55de son ami mafieux,
30:57Félix ne craint
30:58ni mauvais payeur
30:58ni maître chanteur.
31:02Mais il n'est pas
31:03le seul à s'appuyer
31:04sur la bande verte.
31:07Sous couvert
31:08de lui servir
31:08d'interprète
31:09et d'indique,
31:10la mafia a infiltré
31:11la police
31:12de la concession française.
31:13qu'elle aide
31:14au maintien
31:14de l'ordre
31:15et à la surveillance
31:16des milieux séditieux.
31:19En échange
31:20de ses bons
31:20et loyaux services,
31:22la bande verte
31:23obtient le monopole
31:24du trafic d'opium
31:24dans la concession
31:25sans jamais
31:26être inquiétée.
31:28Un véritable pacte
31:29faustien.
31:34Au fil des années,
31:37Félix
31:37nous déliens
31:37étroits
31:38avec Douyousheng.
31:39L'orphelin
31:40des quartiers
31:40misérables
31:41s'est extrait
31:42de sa condition
31:42tout seul,
31:43comme lui.
31:44Une complicité
31:46s'instaure
31:46entre les deux hommes.
31:49Au contact
31:50du parrain
31:50de la pègre,
31:52Félix découvre
31:53les plaisirs
31:53de l'opium.
31:55Une addiction
31:56qu'il gardera
31:57toute sa vie,
31:57mais qui ne portera
31:59jamais préjudice
32:00à son sens
32:00inné des affaires.
32:06Félix règne
32:07désormais
32:08sans partage
32:08sur les nuits
32:09de Shanghai.
32:10La ville
32:11est un îlot
32:12de prospérité
32:12et d'insouciance,
32:14dans une Chine
32:14pourtant ravagée
32:15par la guerre civile
32:16qui se poursuit
32:17entre nationalistes
32:18et communistes.
32:22Ni Félix,
32:23ni personne
32:24dans les concessions
32:24n'imagine que c'est
32:26de l'extérieur
32:26du pays
32:27que va venir
32:27la menace.
32:34En septembre 1931,
32:37à 2000 kilomètres
32:38au nord de Shanghai,
32:39le Japon envahit
32:40la Montchourie.
32:46L'Empire du Soleil-Levent
32:47veut s'imposer
32:48comme la puissance
32:49dominante en Asie
32:50et cherche à conquérir
32:51de nouveaux territoires
32:52pour en exploiter
32:53les ressources.
32:54Et quel meilleur butin
32:56que la perle
32:56de l'Orient ?
33:03En janvier 1932,
33:05les troupes nippones
33:06attaquent
33:06les quartiers chinois
33:07de Shanghai.
33:09Les Japonais
33:10préparent minutieusement
33:11l'offensive
33:11de grande envergure
33:12qui les rendra
33:13définitivement maîtres
33:13de Shanghai.
33:14du moins,
33:16ils l'espèrent.
33:23Les troupes nationalistes
33:24de Chiang Kai-shek
33:25résistent désespérément
33:27dans les rues étroites
33:27de la ville.
33:30bientôt ensevelies
33:31sous les bombes.
33:37Quelques centaines
33:38de mètres plus loin,
33:39les concessions,
33:40elles,
33:41sont épargnées.
33:42Le Japon veut à tout prix
33:43éviter une réaction
33:44des chancelleries occidentales.
33:46De fait,
33:47les étrangers se montrent
33:48peu concernés
33:49par cette guerre
33:50qui se déroule
33:50pourtant sous leurs yeux.
33:58Dans les concessions,
34:00la vie continue
34:00avec une normalité
34:01déconcertante.
34:08Le journal de Shanghai,
34:10quotidien le plus lu
34:11par la communauté francophone,
34:13n'évoque que
34:14de simples incidents
34:15qui ne sauraient faire oublier
34:17le début des soldes.
34:30Les théâtres affichent
34:31complet
34:32et l'auditorium
34:33ne désemplit pas.
34:40Chaque soir,
34:42Félix et Marie tournoient
34:43au milieu des danseurs
34:44jusqu'à l'aube
34:44en raison du couvre-feu
34:46imposé par les combats.
34:50Plus loin,
34:52les quartiers populaires
34:52brûlent.
34:56Les bouviers
34:57sont-ils seulement conscients
34:58alors des souffrances
34:59du peuple chinois ?
35:12Au bout d'un mois de combat,
35:13les puissances occidentales
35:15poussent finalement
35:16les belligérants
35:16à cesser les hostilités.
35:19Il faut que l'activité portuaire
35:21reprenne.
35:31Une fois encore,
35:32l'ordre semble avoir
35:33triomphé du chaos.
35:37Félix poursuit son ascension
35:39dans l'industrie
35:39du divertissement
35:40où son talent
35:41est unanimement reconnu.
35:44Il est nommé président
35:46d'un étonnant lieu
35:47de Paris sportif,
35:49le Canidrome.
36:08Le Canidrome
36:09devient très vite
36:10une véritable institution
36:11dans la ville.
36:14C'est la nouvelle marotte
36:16de Félix
36:16qui passe ses journées
36:17à bichonner ses chiens racés
36:19qu'il fait venir d'Australie.
36:21Sa fille, Claude,
36:22désormais jeune femme,
36:23est sollicitée
36:24à chaque remise de prix.
36:27Toujours tirée
36:28à quatre épingles,
36:29elle pose à côté
36:30de son père,
36:31tellement fière
36:32d'avoir offert
36:32à ses enfants
36:33la jeunesse dorée
36:33qu'il n'a pas eue.
36:38Les bouviers
36:39peuvent assister
36:39aux courses
36:40depuis leur terrasse.
36:44Ils se sont offerts
36:45un somptueux logement
36:46au-dessus du Canidrome,
36:47dans un immeuble
36:48de standing.
36:52Au-dessus
36:53des tribunes sud,
36:54mon père avait fait
36:55construire
36:55une superbe villa
36:56de deux étages,
36:58sorte de jardin
36:59suspendu
36:59où j'habitais
37:00pendant plusieurs années
37:01avec pratiquement
37:02le même personnel
37:03qui m'avait connu
37:04tout jeune
37:05et m'avait toujours
37:06appelé l'AOP,
37:07le petit patron,
37:09surnom que j'ai gardé.
37:12Au fil des années,
37:14Félix a adopté
37:15tous les codes
37:15des élites européennes.
37:17Il a depuis longtemps
37:18gommé son accent bourguignon
37:20et il monte à cheval.
37:25Mais sa soif
37:26de revanche sociale
37:26n'est jamais comblée.
37:28Quinze ans après
37:29y avoir été accueilli
37:29du bout des lèvres,
37:31il vise désormais
37:32la présidence
37:32du Saint-Dessin,
37:33le cercle sportif français.
37:36Mais son succès
37:37suscite bien des jalousies.
37:39Aujourd'hui,
37:40c'est l'assemblée générale
37:41du cercle sportif français
37:43et je me présente
37:44pour la présidence
37:45du comité.
37:47Y aura-t-il une cabale
37:48contre moi ?
37:48C'est très possible
37:49et je serais curieux
37:51de voir cela.
37:53Après une brève campagne
37:55où son sens politique
37:56fait merveille,
37:57c'est la consécration.
37:58Désormais président du cercle,
38:00Félix en invite
38:01les membres les plus éminents
38:02sur son yacht.
38:05Avocats en vue,
38:06hommes d'affaires américains,
38:07britanniques ou chinois.
38:10Et son vieil ami
38:11René Fanon.
38:14Vingt ans après
38:15leur rencontre,
38:16le vieux banquier
38:17demeure son conseiller
38:18le plus précieux.
38:20C'est avec lui
38:21qu'il va se lancer
38:22dans une nouvelle aventure,
38:24la construction
38:25de Grat-de-Ciel.
38:31Au cœur des années 30,
38:32le duo participe
38:34à l'élan architectural
38:35qui transforme
38:36la physionomie de Shanghai
38:37en quelques décennies.
38:39Il finance l'édification
38:41d'une série d'immeubles
38:42de style art déco
38:43aux noms bien français.
38:45Le Picardie,
38:47le Béarn,
38:50le Bretagne,
38:53le Normandie,
38:56le Dauphiné
38:57ou encore le Gascogne.
39:02Le fils de Méteillé
39:04façonne désormais
39:05le paysage même
39:06de la ville
39:07qui l'a enrichi.
39:10Jamais sa puissance
39:11n'a été aussi grande.
39:13Jamais son influence
39:14n'a été aussi étendue.
39:17L'empire que Félix a bâti
39:18semble indestructible.
39:20Mais il repose en réalité
39:22sur des bases fragiles.
39:25Shanghai,
39:26plus que jamais,
39:27danse sur un volcan.
39:32La guerre fait rage.
39:34Cette fois,
39:35c'est de l'extrême-orient
39:36qu'arrivent
39:36les tragiques messages
39:37d'un nouveau conflit,
39:39la chronique sanglante
39:40de la guerre
39:40que mène le Japon
39:41pour écraser la Chine,
39:43pour acquérir
39:44la maîtrise de l'Orient.
39:47Cinq ans après son invasion
39:49de la Montchourie,
39:50le Japon reprend
39:51sa politique expansionniste.
39:53En quelques semaines,
39:55les troupes nippones
39:55déferlent sur les principales
39:57villes chinoises,
39:58Pékin,
39:59Tianjin
39:59et évidemment,
40:01Shanghai.
40:05Mais cette fois,
40:06les bombes s'abattent
40:08aussi sur les concessions
40:09et pulvérisent
40:10les illusions
40:10des Occidentaux.
40:14Deux missiles explosifs
40:16sont landés
40:17dans Nanking Road,
40:18le main thoroughfare
40:19et dans le monde.
40:32les cafés et les hôtels
40:33sont blessés
40:34par des bombes énormes.
40:35600 personnes,
40:37non-combatants,
40:38tous,
40:38sont hurlés
40:38à la mort.
40:56Malgré les bombardements,
40:58les concessions
40:58deviennent un refuge
40:59pour des milliers
41:00de Chinois terrorisés.
41:02Les Occidentaux
41:03ne peuvent plus détourner
41:04le regard.
41:27Ces pauvres gens
41:28ont tout perdu.
41:29Ils n'ont plus de maison,
41:30plus rien à manger
41:31et aucun vêtement
41:32ouatiné
41:33alors que l'hiver arrive.
41:36Le père Jacchino
41:37et les sœurs
41:38de Saint-Vincent-de-Paul
41:39se dépensent
41:40sans compter
41:40pour les aider.
41:52Après trois mois
41:53de combats interminables,
41:54l'armée chinoise,
41:56submergée,
41:56doit abandonner la ville.
42:00Elle se replie
42:01au centre du pays
42:01autour de Chiang Kai-shek
42:02pour continuer la lutte.
42:07À Shanghai,
42:09atterrée,
42:10Félix regarde
42:11les troupes japonaises
42:12victorieuses
42:13défiler sur l'emblématique
42:14Boone.
42:16Seule la communauté japonaise
42:17se réjouit
42:18de cette démonstration
42:19de force.
42:35Dans les quartiers chinois,
42:37le Japon impose sa loi
42:38d'une main de fer.
42:45Les pauvres chinois
42:46qui passaient
42:47devaient se découvrir
42:48et saluer bien bas.
42:50Et surtout,
42:51ne pas regarder
42:52la sentinelle dans les yeux
42:53car elle représentait
42:54le Mikado,
42:55l'empereur japonais.
42:57Dieu vivant
42:58que nul mortel
42:58ne peut regarder en face
43:00sous peine
43:00d'un coup de baïonnette
43:01ou de sabre.
43:05Dans les concessions,
43:06l'atmosphère
43:07a radicalement changé.
43:10Encerclée
43:11par les forces japonaises,
43:12elle ressemble
43:13à des îlots assiégés.
43:16Pour la première fois,
43:18Félix cède
43:18à l'abattement.
43:21Quant à l'avenir
43:22de Shanghai,
43:23nous sommes arrivés
43:24à la conclusion
43:24qu'il n'y en avait pas
43:25pour longtemps
43:26pour les étrangers.
43:27Peut-être 10,
43:29peut-être 20 ans
43:30ou plus,
43:31mais tôt ou tard,
43:33il faudra abandonner
43:34ce que nous avons.
43:41L'insouciance
43:42des années 30
43:42a disparu.
43:47Les conversations
43:48sont désormais
43:49dominées
43:49par les nouvelles
43:50inquiétantes
43:50qui arrivent d'Europe.
43:54Français,
43:56c'est le cœur
43:57serré
43:57que je vous dise
43:58aujourd'hui
43:59qu'il faut
44:00cesser le combat.
44:03Le 22 juin 1940,
44:06la nouvelle sidère
44:07les Français
44:07installés en Chine.
44:09La France a demandé
44:10l'armistice
44:10à l'Allemagne.
44:12Chez les Bouviers,
44:14c'est la consternation.
44:17La nouvelle
44:17de la défaite
44:18tomba sur Shanghai
44:19comme une bombe.
44:20La ville
44:21sembla morte.
44:22Plus de circulation
44:23automobile,
44:25bureaux fermés,
44:27Français,
44:28étrangers
44:28et même Chinois,
44:30stupéfiés.
44:35Dans la concession française,
44:37les autorités décident
44:38de rester fidèles
44:39à Pétain,
44:40ce qui facilite
44:40la vie des ressortissants
44:41hexagonaux,
44:42considérés comme
44:43des alliés par Tokyo.
44:46Mais Félix,
44:48qui n'a jamais oublié
44:49l'horreur des tranchées,
44:50refuse la capitulation.
44:52Il rejoint les résistants
44:54de la première heure
44:54dans une association,
44:56la France quand même.
44:57A ses côtés,
44:58son fils Georges,
45:00qui n'a que 19 ans.
45:03Je parle à la radio anglaise
45:04et aide les marins
45:05de commerce français
45:06à déserter.
45:07Résistance plutôt symbolique,
45:09mais résistance quand même.
45:11Alors que toute la population
45:12française ou presque,
45:14consulat et municipalité
45:15en tête,
45:16est pour le maréchal.
45:19Georges veut combattre.
45:20Il parvient à quitter
45:21Shanghai en 1941
45:23sur un navire écossais
45:24et s'engage
45:25dans les forces françaises libres.
45:27Il laisse derrière lui
45:28ses parents fiers,
45:29mais pétrés d'angoisse.
45:31Durant tout le conflit,
45:33Georges ne recevra
45:34qu'une seule lettre
45:34de son père,
45:35le courrier ne circulant plus
45:37entre Shanghai
45:37et le reste du monde.
45:39Notre ambassadeur
45:40est venu de Pékin
45:41pour essayer d'enrayer
45:42le mouvement
45:42dit de Gaulle,
45:43comme si ce mouvement
45:45n'était pas un mouvement français.
45:47Je vais être démissionné
45:48du cercle sportif.
45:49Ces messieurs
45:50ne peuvent supporter
45:51d'avoir un président gaulliste.
45:56En affichant ouvertement
45:57ses convictions,
45:58Félix,
45:59qui a atteint la cinquantaine,
46:01devient un paria
46:02au sein de la communauté française.
46:07L'homme,
46:08qui quelques années plus tôt
46:09recevait tout le gotha
46:11de la ville
46:11sur son yacht,
46:13est désormais seul.
46:23Mais le sort de la guerre
46:24est en train de basculer.
46:37En décembre 1941,
46:40l'attaque japonaise
46:41contre Pearl Harbor
46:42précipite les Etats-Unis
46:43dans la guerre.
46:45Du jour au lendemain,
46:46le conflit
46:47prend une dimension mondiale.
47:02À Shanghai,
47:03les conséquences
47:04sont immédiates.
47:05Les autorités japonaises
47:07s'en prennent
47:07aux ressortissants
47:08britanniques et américains.
47:11spoliés de leurs immeubles
47:12et de leurs entreprises,
47:14ils sont internés
47:15dans des camps
47:15avec leurs femmes
47:16et leurs enfants.
47:19Ils découvrent brutalement
47:21ce que signifie vivre
47:22sous la domination japonaise.
47:25Au milieu de ce chaos,
47:27Félix s'accroche
47:28à une conviction.
47:30Avec l'entrée en guerre
47:31des Etats-Unis,
47:32la victoire est possible.
47:37De fait,
47:38Chiang Kai-shek,
47:39qui lutte depuis des années
47:40contre l'armée japonaise
47:41avec des moyens limités,
47:43peut désormais compter
47:44sur le soutien militaire
47:45de la première puissance
47:46industrielle mondiale.
48:03En 1943,
48:05pour encourager une Chine
48:06épuisée par une décennie
48:07de combats,
48:08Roosevelt et Churchill
48:09rétrocèdent à Chiang Kai-shek
48:11les concessions
48:12qu'ils possèdent
48:13depuis près d'un siècle.
48:17Sous la pression du Japon,
48:20le régime de Vichy
48:20doit également
48:21abandonner ses concessions.
48:26L'enclave française
48:28sur laquelle Félix
48:28a bâti son empire
48:29cesse d'exister.
48:31Mais c'est une autre angoisse
48:33qui le ronge.
48:34Il n'a aucune nouvelle
48:35de Georges.
48:36Est-il encore en vie ?
48:37Plus que jamais,
48:39Félix espère
48:40la victoire des alliés.
48:47En août 1945,
48:50les bombes nucléaires
48:51sur Hiroshima
48:52et Nagasaki
48:53obligent le Japon
48:54à capituler.
49:09Quelques jours plus tard,
49:11les troupes de Chiang Kai-shek
49:12entrent dans Shanghai.
49:14Après huit ans
49:15d'occupation japonaise
49:16et de souffrance,
49:17la foule est en liesse.
49:44Dans les anciennes concessions,
49:45le retour de la paix
49:47donne lieu à des célébrations
49:48où le soulagement
49:49le dispute à l'allégresse.
49:55Chez les Bouviers,
49:57l'émotion est plus grande encore.
49:59Georges est enfin de retour.
50:01Il a tant de choses
50:03à raconter.
50:04Il a combattu
50:05pour la France libre en Afrique,
50:07rencontré De Gaulle
50:08à Brazzaville
50:09et participé
50:10à la libération
50:11de la mère patrie.
50:13Mes sœurs chéries,
50:15Georges est enfin
50:16auprès de nous.
50:17Voilà donc
50:18quatre ans et demi
50:19de misère
50:19et d'angoisse effacées.
50:21Comment décrire
50:22notre immense bonheur,
50:23notre gratitude infinie
50:25envers Dieu
50:25qui a permis
50:26que Georges revienne
50:27sain et sauf
50:28de cette atroce guerre
50:29et notre fierté ?
50:33Hélas,
50:34le bonheur
50:35des Bouviers
50:36est de courte durée.
50:43En 1946,
50:45la guerre civile
50:46entre nationalistes
50:47et communistes,
50:48mise en sommeil
50:48pendant la résistance
50:49contre les Japonais,
50:50reprend de plus belle.
51:01Mais les troupes
51:02de Mao
51:02sont désormais
51:03les plus fortes.
51:06L'armée de Chiang Kai-shek,
51:08éreintée par
51:08huit ans de conflit,
51:10ne résiste pas
51:10à l'offensive communiste.
51:13À l'hiver 1948,
51:16le leader nationaliste
51:17se réfugiait à Taïwan.
51:32Le 27 mai 1949,
51:35vingt ans après
51:36les massacres
51:36des militants communistes
51:37par les troupes nationalistes
51:38et leurs alliés
51:39de la bande verte,
51:41l'armée de Mao Tse-tung
51:42entre dans Shanghai
51:43sans un coup de feu.
51:46Et voici les premières images
51:47qui nous parviennent
51:48de la grande cité chinoise,
51:49aujourd'hui,
51:50aux mains des troupes communistes.
51:52Images classiques
51:53de l'entrée
51:53de troupes victorieuses
51:54dans une ville
51:55qui a renoncé à la lutte.
52:02Les communistes
52:03savourent leur revanche
52:04en organisant
52:05d'immenses défilés.
52:16Mais dans cette Chine
52:17devenue rouge,
52:19il n'y a pas de place
52:19pour les étrangers.
52:21Symbole du capitalisme occidental.
52:31Félix comprend que tout est fini.
52:39Accompagné de Marie
52:40et de leur fille Claude,
52:41il embarque
52:42à destination de la France
52:43pour un voyage sans retour.
52:53Sur le pont,
52:55le cœur brisé,
52:56il voit s'éloigner à l'horizon
52:58les immenses gratte-ciels
52:59qu'il a édifiés,
53:01vestiges glorieux
53:02d'une vie entière
53:03passée en Chine.
53:10Georges, lui,
53:11reste à Shanghai
53:12avec une mission périlleuse
53:15sauver ce que son père
53:16n'a pas pu rapatrier en Europe,
53:17son immense patrimoine immobilier.
53:21C'est le début
53:22d'une saison en enfer
53:23car pour les communistes,
53:25il incarne le mal absolu.
53:34Les anciens colonialistes
53:35que nous étions
53:36devaient obligatoirement
53:37expier les fautes de leur père
53:39et rendre gorge
53:40après leur profit illicite.
53:43Très vite,
53:44nous fûmes convoqués
53:45au tribunal du peuple.
53:50Assigné à résidence,
53:52Georges assiste horrifié
53:54à la violence
53:55qui déferle sur la ville.
54:08Le canidrome,
54:09jadis lieu de ferveur populaire,
54:12sert désormais
54:13aux exécutions publiques.
54:15Les mois s'écoulent pour Georges
54:17dans l'angoisse
54:18d'être la prochaine victime.
54:20Il finit par abandonner
54:22toute prétention
54:22à l'héritage familial.
54:25Il obtient finalement
54:26l'autorisation
54:27de quitter la Chine,
54:29le pays où il a vu le jour
54:30en cédant la fameuse
54:31de l'âge de son père
54:32à un officiel corrompu.
54:35Je ne voyais pas
54:36sans appréhension
54:37le retour
54:37au pays de mes ancêtres bourguignons.
54:40Petit français en Chine,
54:42petit chinois en France.
54:44Ce fut un drame
54:45qui me marqua longtemps.
54:58Les bouviers s'installent
55:00à Monaco
55:00au début des années 50.
55:02Sur la rivière A,
55:03ils retrouvent le faste
55:05et la vie mondaine
55:06qu'ils avaient en Chine.
55:21Mais tous les soirs,
55:23Félix s'enferme seul
55:25dans son bureau
55:25avec ses pipes à opium.
55:29Et dans les volutes de fumée,
55:32les pensées du bourguignon
55:33s'envolent
55:34vers l'autre bout du monde,
55:36vers la ville
55:36dont il fut le roi
55:38et qu'il n'a jamais
55:39vraiment quitté.
55:42Shanghai.
55:46Shanghai.
55:53Sous-titrage Société Radio-Canada
55:56Sous-titrage Société Radio-Canada
56:12Sous-titrage Société Radio-Canada
56:14Sous-titrage Société Radio-Canada
56:17Sous-titrage Société Radio-Canada
56:19Sous-titrage Société Radio-Canada
56:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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