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  • il y a 7 minutes
Adèle Exarchopoulos joue le rôle-titre dans "Garance" de Jeanne Herry, qui sort en salles le 23 septembre. Le film dépeint la vie d'une jeune actrice alcoolique. Il montre "tous les dégâts insidieux qu'il y a autour, les black-out, les liens qui se fissurent", selon la comédienne. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mardi-15-septembre-2026-2563952

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Transcription
00:00À 7h48, Benjamin Duhamel, vous recevez une comédienne.
00:04Elle est l'un des visages les plus emblématiques du cinéma français.
00:07Vous l'avez découverte dans La vie d'Adèle.
00:09Elle nous a fait vibrer dans Bac Nord et Chien 51, rire dans les films de Quentin Dupieux.
00:13Sa réplique, bien, c'est pas suffisant dans l'amour ouf et devenu culte.
00:17Après, je verrai toujours vos visages.
00:19Elle vient nous présenter Garance, le nouveau film de Jeanne Hery.
00:22Bonjour Adèle Exarchopoulos.
00:23Bonjour.
00:24Merci d'être avec nous ce matin.
00:25On est très heureux de vous recevoir sur France Inter pour ce film sensible, lumineux.
00:30Vous y jouez une jeune actrice qui galère et qui est rongée par l'alcoolisme.
00:35C'est un sujet lourd, parfois tabou, a fortiori quand il concerne les femmes.
00:40Est-ce qu'avant d'accepter le scénario, cette proposition de Jeanne Hery,
00:44vous vous êtes inquiétée, vous vous êtes dit que c'est une montagne
00:47que de traiter cette thématique de l'alcoolisme féminin ?
00:51Non, c'est pas la thématique qui m'a fait peur.
00:56Au contraire, surtout entre les mains de Jeanne, qui justement évite toute forme de misérabilisme
01:02et a quand même à chaque fois une mise à l'honneur du service public et de la lumière,
01:07je trouve, dans ses films et du collectif.
01:08Donc ça, ça ne m'inquiétait pas.
01:09C'était plus très égocentrique de me dire, waouh, est-ce que je vais y arriver ?
01:13Est-ce que je vais être à la hauteur ?
01:14Je crois d'ailleurs que vous avez raconté sur le fait d'avoir accepté ce scénario
01:18que une semaine avant de le recevoir, comment ça s'est passé ?
01:21Vous parliez avec Gilles Lelouch, c'est ça ?
01:22Oui, j'étais avec Gilles, j'étais assise dans un jardin et je lui disais,
01:25il me disait, tu fais quoi en ce moment ?
01:26Je lui disais, là, rien, mais mon rêve, c'est d'être dans le film de Jeanne.
01:31Mais personne ne m'avait dit que potentiellement, elle allait m'appeler, au contraire.
01:35Et boum.
01:36Et une semaine après, c'est arrivé et Jeannery a raconté qu'en écrivant le scénario,
01:40elle pensait, évidemment, et vous, vous avez raison Adèle Exarchopoulos d'insister
01:43sur le fait qu'à aucun moment on est dans le misérabilisme, c'est très subtil.
01:47Simplement sur cette thématique des ravages de l'alcoolisme, comment on fait quand on
01:52est actrice comme vous pour se préparer à jouer ce rôle-là ?
01:57Est-ce qu'on, alors il y a bien sûr la discussion avec la metteuse en scène Jeannery, mais
02:01comment est-ce qu'on réussit à incarner avec autant de justesse quelqu'un
02:04qui est ravagé par ce mal-là ?
02:06Je pense qu'il y a déjà le squelette du scénario qui est ultra puissant et profond.
02:12Énormément de discussions avec Jeanne, justement, sur le fait que ce n'est pas forcément
02:16des grandes scènes d'ivresse qui l'intéressent, mais plus tous les dégâts insidieux qu'il
02:20y a autour, les blackouts, les liens qui se fissurent.
02:22Le fait, en plus, quand tu es une femme, de se sentir dans cette société, forcément,
02:27on attend beaucoup plus d'une femme, qu'elle soit fonctionnelle, que ce soit une mère,
02:32une bonne amie, une bonne sœur, quelqu'un qui se montre au travail, qui est sans faille,
02:37etc.
02:37Donc, à quel point ça, ça se brise au fil des années.
02:43J'ai rencontré aussi, j'ai eu la chance de parler à une addictologue et en fait,
02:46à la base, mais c'est marrant, c'est pas forcément ça que je venais chercher, mais
02:48j'ai inséré un, pas inséré, on dirait un ninja.
02:53J'ai intégré un groupe de paroles uniquement de femmes, alcooliques, enfin addictes en
02:58tout cas, pas forcément alcooliques d'ailleurs, et j'étais venue un peu à la base en curieuse
03:03de me dire, voilà, qu'est-ce qu'elles ont en commun dans le sevrage ? Et déjà, c'est
03:06marrant le reflet que ça a eu avec le scénario, dans le sens où, en fait, on a évidemment
03:10et heureusement pas parlé que d'alcool, parce que c'est pas uniquement ça qui les
03:13définit.
03:15C'était beaucoup plus large et ça m'a permis déjà d'humaniser quelque chose qui est
03:21très invisible dans la société.
03:23C'est vrai qu'un homme, on va dire que c'est un bon vivant, il est sorti, il fait
03:26du
03:26poker, je sais pas.
03:27Alors qu'une femme, tout de suite, on va chercher la faille et voir le problème.
03:30Bien sûr, c'est un peu honteux, c'est très vite pathétique.
03:33Et ce que j'ai trouvé, déjà, c'est de la sororité, chose qui n'avait rien à
03:37voir avec le scénario, mais c'est la première fois que je suis dans une salle et que d'un
03:39coup, vraiment, tout le monde pose son cœur sur la table et que tout le monde rigole et qu'on
03:42parle. Et puis après, c'est des choses beaucoup plus intimes sur aussi la peur de vivre sans
03:48alcool, qui est quelque chose de presque obsessionnel.
03:50Est-ce que j'aime la vie sans ça ? Est-ce que je sais aimer sans ça ? Est
03:53-ce que je sais
03:54faire l'amour, rire, prendre un scooter ? Comment tu fais quand d'un coup, tout a défini
04:00ta vision de l'apaisement et que tu t'y retrouves coupé ?
04:06Et que ça passe effectivement par l'alcool.
04:08Il y a cette scène assez géniale.
04:10Il faut, sans spoiler, comme on dit, il y a un échange entre votre personnage
04:14garant, c'est la médecin qui la pousse au sevrage et qui lui dit qu'il faut arrêter
04:17sinon Hélène, sinon elle va mourir.
04:20Et votre personnage a cette réplique en disant « mais si j'arrête, la vie, ça va être
04:24chiant ». Bien sûr.
04:25Et il y a cette inquiétude-là que vous avez vue quand vous discutiez avec des femmes qui
04:28étaient effectivement alcooliques.
04:29énormément, mais parce que je pense que ça détermine tes liens.
04:34Ta journée est construite autour de ça.
04:36Et puis aussi, il y a des grands moments de créativité, de devoir tout le temps se
04:40cacher à quel point ça isole.
04:43Elle te raconte comment elle cache leurs bouteilles.
04:45Moi, je me rappelle d'une histoire qui m'a marquée, pour ne pas travailler un peu
04:49déformée, mais je parlais avec une d'entre elles qui me racontait qu'elle emmenait son
04:52fils dans la forêt et qu'en fait, elle cachait toujours des bouteilles, parce qu'il faut
04:55quand même en avoir en stock, sinon c'est une immense source d'angoisse dans son coffre.
04:59Et elle jouait, elle lui envoyait une balle très très loin, il faisait un sport, elle
05:01lui envoyait une balle hyper loin, comme ça, le temps qu'il ait le dos tourné, pour
05:04pas qu'il voie, elle avait le temps d'attraper et de boire.
05:08Et son fils est devenu un grand champion.
05:11Non, mais vraiment un grand champion.
05:13Le gars a fait ça de sa vie, après, etc.
05:15Donc je me suis dit « waouh, c'est faux à quel point, même dans la galère, tu peux trouver
05:20beaucoup de lumière.
05:21Mais je n'ai pas du tout répondu à la question. »
05:23Non, mais c'était effectivement une façon de voir, et ce qu'on voit dans le film,
05:26à quel point ce mal, il détermine la façon dont vivent ces femmes qui sont touchées
05:32par ce mal et ce personnage que vous jouez.
05:34Ce qu'il faut dire aussi, c'est que ce film, c'est un portrait de femme magnifique.
05:38C'est pour ça que je disais que c'est une interprétation sensible, lumineuse, d'une
05:43actrice qui, au-delà du mal qui la ronge, est en galère.
05:46Elle enchaîne les petits rôles.
05:49Après, ça dépend, bien sûr, on le dit dans le film, on dit galérienne.
05:52Après, quelqu'un qui a ses heures, qui est dans une troupe, qui au moins joue un peu
05:57de sa passion, c'est la galère.
05:59Vous avez raison.
06:00Mais simplement, la question que je me suis posée en voyant ce film, c'est que quand
06:03on est une comédienne, une actrice qui a autant de succès que vous, qui va bientôt
06:07jouer à Hollywood avec Pedro Pascal, avec Matthew McConaughey.
06:10Est-ce qu'en jouant ce personnage, on se souvient des moments où on galérait, des moments où
06:15on attendait comme votre personnage une directrice de casting qui ne vous rappelle pas ?
06:19Est-ce qu'on se souvient de ça ?
06:20Il y a des petites humiliations qui nous marquent.
06:22Et d'ailleurs, même un peu bêtement, où tu te dis, toi, je ne t'oublierai pas.
06:26Mais il faut être décent.
06:28C'est-à-dire que moi, j'ai galéré.
06:29J'étais jeune.
06:31Je n'étais pas du tout partie pour faire ce métier.
06:32J'ai commencé avec Jane Birkin.
06:34J'avais 13 ans.
06:35Donc, je ne pourrais pas dire que j'ai galéré parce que ça n'a pas atteint comment
06:38je ne vais pas payer mon loyer.
06:40Est-ce que ça n'a pas conditionné des choses ?
06:41Et quand vous parlez de petites humiliations, vous pensez à quoi, par exemple ?
06:43Des choses où tu arrives dans une soirée parce que tu n'es pas important.
06:46On te dégage de la photo ou on te fait galérer en casting.
06:49Tu reviens 12 fois en callback et finalement, on a pris la fille ou la cousine du Réal.
06:53Et on me dit non, non, mais c'est parce que tu es brune et tu as envie de dire
06:56mais non, mais dis-moi comme ça, moi, je travaille.
06:57Dis-moi qu'est-ce que j'ai raté.
06:58Au moins, j'apprends un truc.
07:01Mais ce n'est rien comparé à ce que peut être la vraie galère.
07:04Il y a cette phrase où Garance, votre personnage, vient parler dans une classe
07:07pour parler du métier d'actrice.
07:09La scène est géniale.
07:10Elle dit jouer, c'est génial, mais être actrice, c'est dur.
07:13Et elle rajoute à ses petits écoliers, à tous les petits fragiles,
07:17les petits sensibles qui sont dans cette classe,
07:19essayer d'en faire quelque chose parce que ça vaut de l'or, la fragilité, la sensibilité.
07:22Mais c'est vrai qu'on ne t'apprend pas forcément ça à l'école.
07:26Mais la vulnérabilité et ce que tu peux en faire en termes de...
07:29Enfin, je sais qu'Aurel San avait dit ça dans un son.
07:31Que ce soit une petite blague ou une larme, il faut en faire quelque chose.
07:35Il faut le mettre dans quelque chose.
07:36Et je suis d'accord.
07:37Et jouer, c'est génial, mais être actrice, c'est dur ?
07:39Je pense.
07:40Pourquoi c'est dur ?
07:42Parce qu'il y a d'immenses acteurs qui ne travaillent pas assez.
07:46Parce que c'est une industrie qui peut être extrêmement cruelle.
07:50Cruelle parce que le talent ne paye pas suffisamment ?
07:55Oui, je pense.
07:56En tout cas, moi, je connais des merveilleux acteurs qui ne travaillaient pas assez.
08:00Il faut qu'on parle aussi de la relation que vous nouez dans le film avec Sarah Giraudot,
08:04qui, à certains égards, fait penser à la relation que vous aviez avec Léa Cédoux dans la vie d'Adèle.
08:09Mais de façon beaucoup plus pudique, de façon peut-être beaucoup plus douce.
08:14Est-ce qu'au fond, cette relation que vous nouez avec Sarah Giraudot dans le film Garance,
08:18c'est Adèle qui aurait grandi, qui aurait mûri et qui verrait l'amour et la passion différemment ?
08:24Je ne pense pas.
08:25Je pense que c'est vraiment deux histoires d'amour ultra différentes.
08:28Et en plus de ça, le personnage qu'incarne Sarah Giraudot a merveille.
08:31Et en plus, c'est marrant parce que c'est tellement un amour inconditionnel et sain.
08:35C'est tellement dur d'accompagner quelqu'un qui est malade et qui est addict.
08:38Et je trouve que la patience, la résilience, le fait qu'elle ne lui dise pas arrête
08:44parce qu'elle sait que c'est vain et qu'elle tente de l'accepter avec son addiction
08:47et en même temps de l'aider.
08:49Et qu'en même temps, elle a cette complication à y mettre des limites, etc.
08:52C'est quelque chose que je n'avais jamais vu.
08:53Et quand on en parlait avant, je disais, ouais, mais elle n'est pas trop passive.
08:56Elle ne pourrait pas.
08:56Et en fait, Jeanne, elle a eu l'intelligence de absolument pas écouter mes retours
09:01et de montrer ce personnage qui aime d'une manière où je pense qu'aujourd'hui,
09:05c'est très rare quelqu'un qui reste au point de dire, voilà en fait ce que tu as à
09:09perdre.
09:09Maintenant, c'est ton choix.
09:10Et quoi que tu choisis, je serai là.
09:12Et c'est ça que tu as à perdre.
09:13Si tu veux te prendre le mur et mourir, je serai là.
09:15Ça ne m'arrange pas.
09:16Et si tu veux vivre, je serai là aussi.
09:19Merci beaucoup, Adek Zarkopoulos, d'être venu au micro d'Inter.
09:21Je rappelle, le film, ça s'appelle Garance.
09:23C'est magnifique et ça sort le 23 septembre.
09:25C'est gentil.
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