00:00Voici l'édito politique. Patrick Cohen, en 2027, les Français voudront-ils vraiment renverser la table ?
00:06C'est ce que semble dire la dernière vague de l'enquête électorale Ipsos-BVA pour le Cevipof,
00:10Le Monde, l'Institut Montaigne et la Fondation Jean Jaurès, auprès de 13 000 personnes,
00:14dans une série d'affirmations impressionnantes.
00:1680% des Français veulent transformer ou réformer en profondeur la société.
00:2120 points de plus en 3 ans.
00:2371% attendent de la présidentielle, un vrai changement social et politique.
00:27Là aussi, 20 points de plus qu'il y a 5 ans.
00:3048% réclament davantage de radicalité.
00:3411 points gagnés en 6 mois.
00:36C'est donc pas une simple envie de changement qui s'exprime, comme à chaque élection,
00:40mais un profond désir de rupture.
00:43Si vous y ajoutez, ce que montre aussi cette enquête,
00:45le sentiment très majoritaire que le pays s'enfonce,
00:48que les responsables politiques ont conduit la France à la faillite
00:51et que le peuple n'est pas bien représenté à l'Assemblée nationale,
00:55vous avez, comme l'écrit Brice Tinturier dans Le Monde,
00:57cocher presque toutes les cases qui annoncent une bascule populiste au printemps prochain.
01:03Et pourtant...
01:04Eh bien, pour presque, ça veut dire que le doute est encore permis, Patrick !
01:07Merci de cette relance.
01:09Vous le savez, les Français sont des gens compliqués,
01:11ce qui est une façon de dire qu'ils sont bourrés de contradictions.
01:15Vous voulez donc tout changer, leur dit le sondeur.
01:17Mais quoi exactement ?
01:18Et là, pas grand-chose ne sort, sauf le changement de ceux qui nous gouvernent.
01:22Avant de renverser la table, les Français veulent virer les convives, ça c'est clair.
01:26Mais s'ils plébiscitent les grands principes, réduction de la dette, baisse des dépenses,
01:30seuls 25% accepteraient un recul de l'âge de départ en retraite,
01:3559% veulent deux meilleures pensions,
01:38et aucune hausse d'impôt n'est majoritaire, 9% seulement pour un relèvement de la TVA.
01:43Pas touche au modèle social, la rupture souhaitée est conservatrice,
01:47on change de convive, mais on garde les couverts.
01:50Mais ça veut dire qu'il n'y a pas une mesure radicale qui suscite l'adhésion ?
01:52Il y en a une, et ce n'est pas un hasard, il s'agit de la mesure phare du
01:55Rassemblement National.
01:5764% disent oui à l'idée de réserver en priorité certaines aides et certains droits aux Français.
02:03C'est le levier le plus fort du RN, approuvé par 83% des sympathisants LR,
02:0959% de ceux du Bloc Central et même un tiers de ceux de LFI.
02:13Mais contrairement à Marine Le Pen, la plupart des partisans de la préférence nationale
02:18n'en font pas du tout une priorité.
02:20Et puis autre paradoxe, quand on demande aux Français s'ils préfèrent un président capable de compromis
02:25ou un président intransigeant, 53% répondent le compromis.
02:30Seuls les électorats RN et reconquêtent plébiscis de l'intransigeance.
02:33LFI est partagé, sans doute la crainte de l'affrontement, du désordre.
02:36Il n'y a pas de majorité pour casser la vaisselle.
02:39On pourrait dire que les Français ne veulent pas renverser la table, ils veulent la débarrasser.
02:42Est-ce qu'aujourd'hui c'est Marine Le Pen qui correspond à ses attentes contradictoires ?
02:45Oui, plutôt, ses idées sont jugées radicales, ce qui est devenu un atout.
02:49Mais comme il y a un doute sur sa capacité à les mettre en œuvre, sur sa compétence,
02:54elle est davantage perçue comme inoffensive.
02:56C'est à la fois son point fort, elle fait moins peur,
02:59et son point faible, elle ne saura pas faire.
03:01Mais la campagne est encore longue.
03:03De fait, merci Patrick Cohen.