00:00Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, vous recevez un cardinal.
00:04Bonjour Monseigneur François Bustillot.
00:05Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, je rappelle que vous êtes cardinal.
00:09Donc évêque d'Ajaccio, l'un des visages de l'église de France, vous publiez ce livre
00:14Carnécorce numéro 3 aux éditions Fayard, on va en parler mais je voudrais d'abord
00:18bien sûr vous entendre sur la visite du pape Léon en France dans 8 jours, déjà près
00:22de 600 000 inscrits pour la messe qu'il assurera à place de la Concorde, pour un pays sécularisé
00:28qui voit le nombre de baptêmes baisser d'année en année, c'est une surprise tombée du ciel
00:32cette ferveur ?
00:33Je pense que c'est une bonne nouvelle, c'est une attente.
00:36En fait je crois qu'en France, on navigue entre l'absence de Dieu et la soif de Dieu.
00:43D'un côté, on est entre 42 et 46% des Français à se dire catholiques, de l'autre côté,
00:50on
00:50voit qu'il y a beaucoup de baptêmes, qu'il y a une soif de spiritualité, beaucoup de Français
00:55séparent en Inde, au Tibet ou en Amazonie pour chercher la spiritualité.
01:00Donc quelque part dans le monde de l'avoir, du pouvoir, du savoir et du faire, peut-être
01:07qu'il y a un déficit d'être et il faut trouver une spiritualité, un sens à la vie, le
01:13sens
01:13de la vie.
01:13Et donc c'est ce qui explique cette ferveur autour de la visite du pape Léon, comment
01:17est-ce que vous l'envisagez, vous l'attendez évidemment avec impatience ? D'autant qu'il
01:22faut rappeler la relation que vous entretenez avec le pape Léon XIV, vous avez été créé
01:26cardinal par François le même jour que Léon XIV.
01:29La même cuvée.
01:30La même cuvée exactement.
01:32Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de lui ? Parce qu'on le connaît par définition
01:35beaucoup moins bien que son prédécesseur, il est plus discret, plus réservé.
01:39Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de lui et de la relation que vous entretenez avec lui ?
01:42Pape depuis peu de temps, depuis un an, et c'est un homme discret et déterminé.
01:48Et moi ce que j'apprécie chez lui c'est qu'il parle beaucoup de liberté.
01:51Je crois que dans un pays comme le nôtre, où il y a beaucoup de tensions, beaucoup de
01:55divisions, beaucoup de fractures, beaucoup de violences, un peu de fatalisme, beaucoup
01:59de désespoir, un homme comme lui arrive, il va nous parler, il va parler de la foi,
02:06il va parler de l'espérance, il va fédérer, quand même plus de 600 000 personnes pour la
02:11Messe, ça fait du monde, et je crois que notre pays a besoin de fédérer, de retrouver
02:16des moments symboliques, où on n'est pas dans la polémique systématique, mais on
02:21retrouve la dimension d'être ensemble, de vivre ensemble, de croire ensemble, et
02:25d'aller ensemble.
02:26Et puis le pape Léon aime la France, visiblement, là où le pape François s'était rendu
02:31à Marseille, il s'était rendu en Corse, d'ailleurs à votre initiative, et quand
02:35on lui posait la question, est-ce que vous allez en France, il disait non, non, je vais
02:37à Marseille, je vais en Corse, voilà enfin un pape qui...
02:40Il est allé aussi à Strasbourg.
02:42Oui, mais voilà enfin un pape qui aime davantage notre pays que celui qui l'a précédé.
02:47Je pense que le pape Léon regarde vers l'Europe, et je crois qu'il veut réveiller l'Europe.
02:53Quand on passe à Jean-Paul II, il a réveillé l'Est.
02:57Je pense que le pape Léon va réveiller l'Ouest et l'Occident.
03:01Et on a besoin des paroles, on a besoin d'une culture, et lui il vise sur la culture.
03:07Moi je me dis quand même qu'on est en France, c'est le pays de la raison, de la
03:11culture,
03:11on a raisonné.
03:13On est à l'époque des réseaux sociaux, où on est dans l'émotion, action, réaction,
03:17sous l'émotion, sa réflexion.
03:20Je pense qu'il va nous apporter une vision sereine, qui plonge sa réflexion dans nos racines,
03:27dans les racines de la France, dans la culture, dans la réflexion.
03:31Il doit nous raisonner sur quoi, le pape Léon?
03:34Sur le sens de la vie.
03:35Je pense qu'on a besoin de retrouver le sens de la vie.
03:37On est dans le faire, dans le pouvoir, parfois on est sous pression ou en dépression,
03:42et on a besoin de retrouver la sérénité.
03:44Je ne dis pas qu'il faut anesthésier les consciences, mais il faut réveiller les consciences.
03:48Et nous avons un atout, un potentiel, où avec la spiritualité,
03:52je prêche pour ma paroisse, mais je le pense,
03:54avec la spiritualité, on apaise les esprits.
03:57On n'est pas en tension.
03:59On vit aussi du moment où on n'est pas encore au paradis,
04:02et donc on doit négocier aussi les méandres de la vie.
04:06Mais le pape va nous dire, courage, aller de l'avant,
04:09il ne faut pas sombrer ni dans le fatalisme,
04:11c'est-à-dire être en conflit avec l'avenir,
04:14ni dans l'individualisme, être en conflit avec les autres.
04:17Mgr Bustio, un mot encore sur la relation entre le Saint-Siège et la France.
04:21Puisque vous avez d'un côté cette visite XXL, trois jours en France,
04:25et en même temps, on sait les désaccords qu'il y a pu avoir entre le Vatican et Paris,
04:29notamment sur la question de la loi sur la fin de vie.
04:32On voit aussi, et c'est notamment nos confrères de la Croix qui nous l'ont raconté,
04:35que le président de la République aurait sans doute aimé avoir davantage de moments
04:38avec le pape Léon, notamment à Notre-Dame de Paris, ce qui n'arrivera pas.
04:43C'est quoi ? Il y a une sorte de relation contrastée entre la France et le Vatican ?
04:48Moi, je pense qu'il y a un lien de liberté.
04:51On peut faire des propositions, on est d'accord, on n'est pas d'accord,
04:55on est civilisé, on est capable de dire oui ou non.
04:58Alors, je ne suis pas dans l'organisation du voyage du pape Léon en France,
05:04mais je pense qu'il y a eu des négociations civilisées.
05:07Je me rappelle que quand le pape est venu en Corse,
05:09on a dit beaucoup de choses qui n'étaient pas vraies.
05:13Après, c'est dans la discrétion et dans le respect des institutions
05:18qu'on peut évaluer et bâtir le programme.
05:22Parmi les marqueurs du début de mandat de Léon XIV,
05:24il y a cette réflexion menée autour de l'intelligence artificielle.
05:26On se souvient de cet encyclique Magnifica Humanitas
05:29où il disait vouloir désarmer l'IA.
05:32Encore hier au Vatican, le pape s'est de nouveau exprimé pour mettre en garde,
05:35je cite, contre une dépendance croissante aux algorithmes.
05:38Est-ce que vous aussi, Mgr Bustio, vous êtes inquiet d'une IA
05:41qui échapperait à notre contrôle ?
05:44Avec l'IA, il y a un côté fascinant, parce que c'est du progrès,
05:49mais il y a un côté aussi inquiétant, parce qu'il faut l'accompagner.
05:53Je pense que l'être humain doit rester humain.
05:55Et on risque d'être un peu robotisé.
05:58Et si on perd la mémoire, si on perd la raison, encore une fois,
06:03on risque d'être dirigé par d'autres.
06:05Et on perd l'autonomie, on perd le génie propre de l'homme.
06:08Donc avec l'IA, moi je suis admiratif,
06:11mais je me dis, soyons vigilants et attentifs.
06:14Vous utilisez vous-même parfois l'IA pour écrire vos homélios, vos sermons ?
06:18Pas trop.
06:18Non, non, non, il ne vaut mieux pas.
06:20Donc, c'est une question.
06:22On parle à un peuple, on écrit une homélie.
06:25Il faut être cohérent et respectueux des personnes qui sont en face.
06:28Avec l'IA, ça va vite.
06:29Mais je pense qu'il vaut mieux réfléchir, méditer et proposer quelque chose de bon et de bien.
06:34Mgr Bustillo, dans votre livre, vous racontez donc la relation avec les Corses.
06:40Certains parlent même de Bustillomania.
06:42Je cite certains articles de presse.
06:44Et vous écrivez dans votre introduction qu'il est facile de regarder notre époque avec inquiétude.
06:48Est-ce que cette inquiétude, elle vaut notamment pour le début de cette campagne présidentielle ?
06:52Là encore, je m'adresse aux responsables religieux.
06:54Il s'avère que la religion a été dans le débat ces derniers jours,
06:56puisque vous avez par exemple la favorite de l'élection présidentielle, Marine Le Pen,
06:58qui a affirmé vouloir interdire le voile dans l'espace public.
07:02Quel est le regard du religieux sur cette proposition ?
07:04Moi, je pense que la campagne pour l'élection présidentielle est une chance,
07:10une responsabilité grave pour les pays.
07:13Et il me semble que la spiritualité doit contribuer,
07:16ou les religions doivent contribuer à leur place, évidemment.
07:19On a un régime de laïcité, donc on respecte la laïcité.
07:22Mais contribuer à bâtir des valeurs qu'au lieu d'inquiéter, rassurent, relancent.
07:30Je pense qu'il faut revenir aux fondamentaux de la vie publique et de la vie sociale.
07:34Revenir aux fondamentaux.
07:36La fraternité, l'égalité, la liberté.
07:38On n'est pas fraternel, on est toujours dans la tension, la division.
07:43On n'est pas libre.
07:44Mais est-ce que ces valeurs-là, ça correspond ?
07:46Est-ce que c'est cohérent avec le fait de vouloir interdire un signe religieux dans l'espace public ?
07:50La question des signes religieux est un détail et une diversion.
07:55Moi, je pense que cela touche aussi à la fraternité.
07:57Comment on vit la fraternité ?
07:59Si on ne vit pas la fraternité comme il faut, avec sa densité et avec sa force,
08:03on va se disperser en plein de détails.
08:06Vous trouvez qu'il y a des discours politiques qui sont aujourd'hui contraires aux messages de l'Église ?
08:10Il y a des messages qui sont contraires à l'Église, mais on vit en société, dans une société plurielle,
08:17où il y a de tout.
08:18On vit ensemble.
08:19Donc, il est légitime qu'il y ait des avis contraires à l'Évangile.
08:23Nous, on prêche l'Évangile, mais après, on est toujours, je le répète, civilisés.
08:27Un dernier mot, Mgr Bustio.
08:28Il y a quelques jours, à votre place, je recevais les deux auteurs d'un livre sur Vincent Bolloré
08:32et son rapport à la religion.
08:33Et on y découvrait que le groupe Bolloré aimerait vous voir en futur archevêque de Paris.
08:37On apprenait aussi que vous échangez régulièrement avec lui.
08:40Et je précise que vous êtes édité chez Fayard, sa maison d'édition,
08:43où sont aussi édités Éric Zemmour, Jordan Bardella.
08:45Est-ce que c'est dur à porter d'être le cardinal préféré de Vincent Bolloré ?
08:49Je crois que ce n'est pas le cardinal préféré de M. Bolloré.
08:52Ah bon ?
08:53Alors, je viens chez vous, on me dit, mais comment tu vas chez les gauchos ?
08:56J'ai publié chez Fayard, on me dit, mais tu es facho ?
09:01Alors, on les trouve dans la caricature.
09:03Moi, M. Bolloré, je ne le fréquente pas tous les jours.
09:07Non, mais on apprend dans ce chiffre que vous déjeunez avec lui, chez lui,
09:09que vous échangez régulièrement.
09:11Une fois, je l'ai vu.
09:13Donc, je pense qu'après, il ne faut pas exagérer.
09:15Je ne suis pas le candidat à l'archevêché de Paris.
09:19Voilà, je pense que le scientier fait sa démarche, ses démarches, ses enquêtes.
09:25Je pense qu'il y a des personnes beaucoup plus compétentes que moi pour être à Paris.
09:29Merci beaucoup, Mgr Bustio.
09:30Donc, ni gauchos, ni fachos.
09:32Et je rappelle votre livre, Carnet Corse numéro 3, Osidio.
09:35Et merci, Benjamin Diamel, à tout à l'heure pour le grand entretien.
Commentaires