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  • il y a 36 minutes
Le cardinal François Bustillo, évêque d'Ajaccio, auteur de "Carnets corses. Tome III" (Fayard), se réjouit de la "bonne nouvelle" de la visite du pape en France. Léon XIV sera en région parisienne les 25 et 26 septembre, puis à Lourdes le 27 et à Metz le 28.

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Transcription
00:00Il est 7h49 et Benjamin Duhamel, vous recevez un cardinal.
00:04Bonjour Monseigneur François Bustillot.
00:05Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, je rappelle que vous êtes cardinal.
00:09Donc évêque d'Ajaccio, l'un des visages de l'église de France, vous publiez ce livre
00:14Carnécorce numéro 3 aux éditions Fayard, on va en parler mais je voudrais d'abord
00:18bien sûr vous entendre sur la visite du pape Léon en France dans 8 jours, déjà près
00:22de 600 000 inscrits pour la messe qu'il assurera à place de la Concorde, pour un pays sécularisé
00:28qui voit le nombre de baptêmes baisser d'année en année, c'est une surprise tombée du ciel
00:32cette ferveur ?
00:33Je pense que c'est une bonne nouvelle, c'est une attente.
00:36En fait je crois qu'en France, on navigue entre l'absence de Dieu et la soif de Dieu.
00:43D'un côté, on est entre 42 et 46% des Français à se dire catholiques, de l'autre côté,
00:50on
00:50voit qu'il y a beaucoup de baptêmes, qu'il y a une soif de spiritualité, beaucoup de Français
00:55séparent en Inde, au Tibet ou en Amazonie pour chercher la spiritualité.
01:00Donc quelque part dans le monde de l'avoir, du pouvoir, du savoir et du faire, peut-être
01:07qu'il y a un déficit d'être et il faut trouver une spiritualité, un sens à la vie, le
01:13sens
01:13de la vie.
01:13Et donc c'est ce qui explique cette ferveur autour de la visite du pape Léon, comment
01:17est-ce que vous l'envisagez, vous l'attendez évidemment avec impatience ? D'autant qu'il
01:22faut rappeler la relation que vous entretenez avec le pape Léon XIV, vous avez été créé
01:26cardinal par François le même jour que Léon XIV.
01:29La même cuvée.
01:30La même cuvée exactement.
01:32Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de lui ? Parce qu'on le connaît par définition
01:35beaucoup moins bien que son prédécesseur, il est plus discret, plus réservé.
01:39Qu'est-ce que vous pouvez nous dire de lui et de la relation que vous entretenez avec lui ?
01:42Pape depuis peu de temps, depuis un an, et c'est un homme discret et déterminé.
01:48Et moi ce que j'apprécie chez lui c'est qu'il parle beaucoup de liberté.
01:51Je crois que dans un pays comme le nôtre, où il y a beaucoup de tensions, beaucoup de
01:55divisions, beaucoup de fractures, beaucoup de violences, un peu de fatalisme, beaucoup
01:59de désespoir, un homme comme lui arrive, il va nous parler, il va parler de la foi,
02:06il va parler de l'espérance, il va fédérer, quand même plus de 600 000 personnes pour la
02:11Messe, ça fait du monde, et je crois que notre pays a besoin de fédérer, de retrouver
02:16des moments symboliques, où on n'est pas dans la polémique systématique, mais on
02:21retrouve la dimension d'être ensemble, de vivre ensemble, de croire ensemble, et
02:25d'aller ensemble.
02:26Et puis le pape Léon aime la France, visiblement, là où le pape François s'était rendu
02:31à Marseille, il s'était rendu en Corse, d'ailleurs à votre initiative, et quand
02:35on lui posait la question, est-ce que vous allez en France, il disait non, non, je vais
02:37à Marseille, je vais en Corse, voilà enfin un pape qui...
02:40Il est allé aussi à Strasbourg.
02:42Oui, mais voilà enfin un pape qui aime davantage notre pays que celui qui l'a précédé.
02:47Je pense que le pape Léon regarde vers l'Europe, et je crois qu'il veut réveiller l'Europe.
02:53Quand on passe à Jean-Paul II, il a réveillé l'Est.
02:57Je pense que le pape Léon va réveiller l'Ouest et l'Occident.
03:01Et on a besoin des paroles, on a besoin d'une culture, et lui il vise sur la culture.
03:07Moi je me dis quand même qu'on est en France, c'est le pays de la raison, de la
03:11culture,
03:11on a raisonné.
03:13On est à l'époque des réseaux sociaux, où on est dans l'émotion, action, réaction,
03:17sous l'émotion, sa réflexion.
03:20Je pense qu'il va nous apporter une vision sereine, qui plonge sa réflexion dans nos racines,
03:27dans les racines de la France, dans la culture, dans la réflexion.
03:31Il doit nous raisonner sur quoi, le pape Léon?
03:34Sur le sens de la vie.
03:35Je pense qu'on a besoin de retrouver le sens de la vie.
03:37On est dans le faire, dans le pouvoir, parfois on est sous pression ou en dépression,
03:42et on a besoin de retrouver la sérénité.
03:44Je ne dis pas qu'il faut anesthésier les consciences, mais il faut réveiller les consciences.
03:48Et nous avons un atout, un potentiel, où avec la spiritualité,
03:52je prêche pour ma paroisse, mais je le pense,
03:54avec la spiritualité, on apaise les esprits.
03:57On n'est pas en tension.
03:59On vit aussi du moment où on n'est pas encore au paradis,
04:02et donc on doit négocier aussi les méandres de la vie.
04:06Mais le pape va nous dire, courage, aller de l'avant,
04:09il ne faut pas sombrer ni dans le fatalisme,
04:11c'est-à-dire être en conflit avec l'avenir,
04:14ni dans l'individualisme, être en conflit avec les autres.
04:17Mgr Bustio, un mot encore sur la relation entre le Saint-Siège et la France.
04:21Puisque vous avez d'un côté cette visite XXL, trois jours en France,
04:25et en même temps, on sait les désaccords qu'il y a pu avoir entre le Vatican et Paris,
04:29notamment sur la question de la loi sur la fin de vie.
04:32On voit aussi, et c'est notamment nos confrères de la Croix qui nous l'ont raconté,
04:35que le président de la République aurait sans doute aimé avoir davantage de moments
04:38avec le pape Léon, notamment à Notre-Dame de Paris, ce qui n'arrivera pas.
04:43C'est quoi ? Il y a une sorte de relation contrastée entre la France et le Vatican ?
04:48Moi, je pense qu'il y a un lien de liberté.
04:51On peut faire des propositions, on est d'accord, on n'est pas d'accord,
04:55on est civilisé, on est capable de dire oui ou non.
04:58Alors, je ne suis pas dans l'organisation du voyage du pape Léon en France,
05:04mais je pense qu'il y a eu des négociations civilisées.
05:07Je me rappelle que quand le pape est venu en Corse,
05:09on a dit beaucoup de choses qui n'étaient pas vraies.
05:13Après, c'est dans la discrétion et dans le respect des institutions
05:18qu'on peut évaluer et bâtir le programme.
05:22Parmi les marqueurs du début de mandat de Léon XIV,
05:24il y a cette réflexion menée autour de l'intelligence artificielle.
05:26On se souvient de cet encyclique Magnifica Humanitas
05:29où il disait vouloir désarmer l'IA.
05:32Encore hier au Vatican, le pape s'est de nouveau exprimé pour mettre en garde,
05:35je cite, contre une dépendance croissante aux algorithmes.
05:38Est-ce que vous aussi, Mgr Bustio, vous êtes inquiet d'une IA
05:41qui échapperait à notre contrôle ?
05:44Avec l'IA, il y a un côté fascinant, parce que c'est du progrès,
05:49mais il y a un côté aussi inquiétant, parce qu'il faut l'accompagner.
05:53Je pense que l'être humain doit rester humain.
05:55Et on risque d'être un peu robotisé.
05:58Et si on perd la mémoire, si on perd la raison, encore une fois,
06:03on risque d'être dirigé par d'autres.
06:05Et on perd l'autonomie, on perd le génie propre de l'homme.
06:08Donc avec l'IA, moi je suis admiratif,
06:11mais je me dis, soyons vigilants et attentifs.
06:14Vous utilisez vous-même parfois l'IA pour écrire vos homélios, vos sermons ?
06:18Pas trop.
06:18Non, non, non, il ne vaut mieux pas.
06:20Donc, c'est une question.
06:22On parle à un peuple, on écrit une homélie.
06:25Il faut être cohérent et respectueux des personnes qui sont en face.
06:28Avec l'IA, ça va vite.
06:29Mais je pense qu'il vaut mieux réfléchir, méditer et proposer quelque chose de bon et de bien.
06:34Mgr Bustillo, dans votre livre, vous racontez donc la relation avec les Corses.
06:40Certains parlent même de Bustillomania.
06:42Je cite certains articles de presse.
06:44Et vous écrivez dans votre introduction qu'il est facile de regarder notre époque avec inquiétude.
06:48Est-ce que cette inquiétude, elle vaut notamment pour le début de cette campagne présidentielle ?
06:52Là encore, je m'adresse aux responsables religieux.
06:54Il s'avère que la religion a été dans le débat ces derniers jours,
06:56puisque vous avez par exemple la favorite de l'élection présidentielle, Marine Le Pen,
06:58qui a affirmé vouloir interdire le voile dans l'espace public.
07:02Quel est le regard du religieux sur cette proposition ?
07:04Moi, je pense que la campagne pour l'élection présidentielle est une chance,
07:10une responsabilité grave pour les pays.
07:13Et il me semble que la spiritualité doit contribuer,
07:16ou les religions doivent contribuer à leur place, évidemment.
07:19On a un régime de laïcité, donc on respecte la laïcité.
07:22Mais contribuer à bâtir des valeurs qu'au lieu d'inquiéter, rassurent, relancent.
07:30Je pense qu'il faut revenir aux fondamentaux de la vie publique et de la vie sociale.
07:34Revenir aux fondamentaux.
07:36La fraternité, l'égalité, la liberté.
07:38On n'est pas fraternel, on est toujours dans la tension, la division.
07:43On n'est pas libre.
07:44Mais est-ce que ces valeurs-là, ça correspond ?
07:46Est-ce que c'est cohérent avec le fait de vouloir interdire un signe religieux dans l'espace public ?
07:50La question des signes religieux est un détail et une diversion.
07:55Moi, je pense que cela touche aussi à la fraternité.
07:57Comment on vit la fraternité ?
07:59Si on ne vit pas la fraternité comme il faut, avec sa densité et avec sa force,
08:03on va se disperser en plein de détails.
08:06Vous trouvez qu'il y a des discours politiques qui sont aujourd'hui contraires aux messages de l'Église ?
08:10Il y a des messages qui sont contraires à l'Église, mais on vit en société, dans une société plurielle,
08:17où il y a de tout.
08:18On vit ensemble.
08:19Donc, il est légitime qu'il y ait des avis contraires à l'Évangile.
08:23Nous, on prêche l'Évangile, mais après, on est toujours, je le répète, civilisés.
08:27Un dernier mot, Mgr Bustio.
08:28Il y a quelques jours, à votre place, je recevais les deux auteurs d'un livre sur Vincent Bolloré
08:32et son rapport à la religion.
08:33Et on y découvrait que le groupe Bolloré aimerait vous voir en futur archevêque de Paris.
08:37On apprenait aussi que vous échangez régulièrement avec lui.
08:40Et je précise que vous êtes édité chez Fayard, sa maison d'édition,
08:43où sont aussi édités Éric Zemmour, Jordan Bardella.
08:45Est-ce que c'est dur à porter d'être le cardinal préféré de Vincent Bolloré ?
08:49Je crois que ce n'est pas le cardinal préféré de M. Bolloré.
08:52Ah bon ?
08:53Alors, je viens chez vous, on me dit, mais comment tu vas chez les gauchos ?
08:56J'ai publié chez Fayard, on me dit, mais tu es facho ?
09:01Alors, on les trouve dans la caricature.
09:03Moi, M. Bolloré, je ne le fréquente pas tous les jours.
09:07Non, mais on apprend dans ce chiffre que vous déjeunez avec lui, chez lui,
09:09que vous échangez régulièrement.
09:11Une fois, je l'ai vu.
09:13Donc, je pense qu'après, il ne faut pas exagérer.
09:15Je ne suis pas le candidat à l'archevêché de Paris.
09:19Voilà, je pense que le scientier fait sa démarche, ses démarches, ses enquêtes.
09:25Je pense qu'il y a des personnes beaucoup plus compétentes que moi pour être à Paris.
09:29Merci beaucoup, Mgr Bustio.
09:30Donc, ni gauchos, ni fachos.
09:32Et je rappelle votre livre, Carnet Corse numéro 3, Osidio.
09:35Et merci, Benjamin Diamel, à tout à l'heure pour le grand entretien.
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