- il y a 2 heures
Le 14 septembre, la commission d'enquête du Sénat sur les violences dans le périscolaire auditionnait Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l'Education nationale. En juin 2026, le Sénat a lancé une commission d’enquête consacrée aux violences dans le périscolaire. La sénatrice LR de Paris Agnès Evren en est la rapporteure. La commission est née du scandale du périscolaire à Paris, révélé en avril 2026. Au 31 août 2026, 195 agents de la ville ont été suspendus, dont 74 pour violences sexuelles. Jean-Michel Blanquer a défendu une “vision globale du temps de l’enfant” devant le Sénat. Il est revenu sur son choix d’assouplir la réforme des rythme scolaires et a plaidé pour une refonte plus large de l’organisation du temps de l’enfant, entre école, périscolaire et vacances. Revivez leurs échanges. Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Générique
00:10Bonjour et bienvenue, c'est 100% Sénat, l'émission qui vous emmène au cœur du travail parlementaire.
00:16Direction tout de suite la commission d'enquête sénatoriale sur les violences dans le périscolaire.
00:20Les sénateurs ont interrogé l'ancien ministre de l'éducation nationale d'Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer,
00:25en poste de 2017 à 2022. Devant la commission, Jean-Michel Blanquer a plaidé pour une refonte plus large du
00:33temps de l'enfant
00:34entre l'école, le périscolaire et les vacances. On regarde.
00:38Bien mes chers collègues, nous allons poursuivre notre matinée avec l'audition de Jean-Michel Blanquer,
00:44ministre de l'éducation nationale de 2017 à 2022.
00:48Merci, monsieur le ministre, d'avoir répondu à notre invitation à participer à cette audition
00:55qui se tient dans le cadre de la mission d'information sur les abus sexuels dans le périscolaire,
01:04mission d'information qui s'est vue attribuer les compétences d'une commission d'enquête.
01:14Je tiens à excuser le président Lafon, retenu par des travaux préparatoires législatifs
01:20et qui m'a demandé de le remplacer sur un certain nombre de séquences.
01:24Le renouvellement sénatorial, madame la rapporteure le dira à son tour,
01:28fait que nous ne sommes pas nombreux, mais nous prendrons compte, bien sûr,
01:35d'ensemble de nos travaux devant la commission après le renouvellement sénatorial.
01:40Ce ministre, notre commission a eu l'occasion de vous auditionner à de nombreuses reprises
01:45au cours du temps que vous avez passé à la tête du ministère de l'éducation nationale.
01:53Comme nous avons eu l'occasion de le rappeler lors de nos précédents échanges,
01:57vous êtes le ministre de l'éducation nationale qui est resté le plus longtemps à ce poste.
02:02Par ailleurs, votre périmètre a intégré dès 2017 la jeunesse, puis à partir de 2020 le sport.
02:10L'un des premiers décrets que vous avez pris en juin 2017 a été de permettre aux communes
02:16qui le souhaitaient de revenir par dérogation à la semaine de 4 jours.
02:22Il s'agissait d'une des promesses de campagne du président de la République, Emmanuel Macron.
02:28Les réflexions qui ont présidé à cette modification nous intéressent.
02:32Votre connaissance du monde éducatif, de la jeunesse et des sports nous est également utile pour nos travaux
02:37et les travaux de madame la rapporteure.
02:40Donc, avant de laisser la parole à notre rapporteure pour des questions liminaires,
02:44puis de donner la parole à mes collègues, je rappelle qu'un faux témoignage devant notre mission d'information
02:50doté du pouvoir de commission d'enquête serait passible des peines prévues aux articles 434, 13, 14 et 15 du
02:59Code pénal.
03:00Je vous invite à prêter serment de dire toute la vérité et réglabilité en levant la main droite et en
03:06disant, je le jure.
03:08Je le jure.
03:09Je précise également qu'il vous appartient, en le cas échéant, d'indiquer vos éventuels liens d'intérêt
03:14ou conflits d'intérêt en relation avec l'objet de la commission d'enquête.
03:18Cette audition est diffusée en direct sur le site Internet du Sénat.
03:24Je cède la parole à notre rapporteur pour des propos préliminaires et ses premières questions.
03:29Merci, M. le Président.
03:30Merci, M. le ministre, de vous être rendu disponible pour cette audition.
03:34Et comme le disait notre président Max Brisson, on est en pleine interruption parlementaire
03:39parce que les travaux du Sénat reprennent en octobre, plus le renouvellement.
03:43Mais j'ai tenu en tant que rapporteur à organiser ces auditions parce que, comme vous le voyez dans la
03:49presse,
03:49il y a eu beaucoup de révélations sur des délits et des crimes commis sur des enfants dans le cadre
03:55des accueils périscolaires.
03:57Et l'objectif de cette commission, justement, c'est d'examiner toute la chaîne de protection de l'enfance,
04:03qu'il s'agisse de recrutement, de formation, de contrôle, de traitement des signalements.
04:08Et comme je le répète souvent, Paris, il est vrai, est un cas exceptionnel en fait par l'ampleur des
04:13affaires concernées
04:14et les familles concernées, 235 enquêtes pénales ouvertes, mais que ces défaillances se répètent au plan national.
04:22C'est pour ça que c'était intéressant de vous entendre, vous, parce que vous avez exercé des fonctions de
04:27ministre de l'Éducation,
04:28mais aussi, comme le disait Max Brisson, de la jeunesse et des sports.
04:31Et donc, votre connaissance de longue date, de l'éducation nationale, mais aussi votre regard sur le contrôle de l
04:37'honorabilité
04:38dans les associations sportives et des accueils collectifs de mineurs, nous sont évidemment très précieux.
04:44Et donc, ma première question, je vais commencer par celle-ci, concerne en fait la possibilité de déroger à la
04:49semaine de 4 jours et demi.
04:51Quelle a été la réaction des communes lorsque cette possibilité leur a été offerte,
04:56puisqu'on sait aujourd'hui que 93% des communes sont revenues à 4 jours.
05:00Et comment expliquez-vous ce retour massif à la semaine de 4 jours ? Merci.
05:09Merci, M. le Président. Merci, Mme la rapporteure. Et merci à vous, messieurs les sénateurs, de votre invitation.
05:16Je suis évidemment tout à fait honoré de pouvoir parler devant vous aujourd'hui.
05:20Ça me paraît important sur un sujet qui est à la fois fondamental dans sa dimension positive et dramatique dans
05:26sa dimension négative.
05:27Et je pense que c'est très important de contribuer à ce que les choses à la fois soient éclaircies
05:32pour le passé et améliorées pour le futur.
05:36Lorsque j'ai eu à prendre ces décisions, au milieu de nombreuses décisions, en cette période de juin 2017,
05:43c'était face à un constat, tout simplement, qui était une très grande hétérogénéité de la situation,
05:48de très grandes difficultés de mise en place de cette réforme depuis qu'elle avait commencé 4 ans et demi
05:54auparavant.
05:55Et c'était donc absolument nécessaire, tant on entendait de la part du terrain une espèce de difficulté générale
06:06qui se traduisait par l'hétérogénéité des situations dans toute la France,
06:12une absence d'évaluation nationale, d'ailleurs, de ce qui se passait,
06:18des difficultés d'organisation en milieu rural qui créaient des inégalités considérables entre les communes.
06:26Et des enfants qui n'y trouvaient pas leur compte, puisqu'on a beaucoup parlé d'intérêt de l'enfant
06:32dans ces questions.
06:33Et c'est en effet ce qui doit venir en premier.
06:35Pour autant, au fond, les choses avaient été faites de telle façon que l'intérêt de l'enfant était totalement
06:39abîmé
06:41par la manière dont les choses se passaient.
06:44Bien sûr, dans certains endroits, les choses se passaient très bien.
06:46Et le but de ce que nous avons fait n'a pas été d'abîmer ce qui pouvait se passer
06:52très bien,
06:52mais de permettre à ceux qui étaient en difficulté de pouvoir remédier à la situation et aux autres de continuer.
06:58C'est ce qui s'est passé.
06:59Donc c'était vraiment une réforme pragmatique pour arriver à tenir compte des situations extrêmement différentes
07:05entre petites communes et grandes communes, milieu rural et milieu urbain, et tout autre type de différences qui peuvent exister.
07:15Pour autant, ça n'a pas été une politique du laisser-faire, laisser-aller.
07:18Et immédiatement, j'ai mis en place ce qu'on a appelé à l'époque le plan Mercredi,
07:23qui s'est d'ailleurs situé dans une certaine continuité de ce qu'on appelait et qu'on appelait encore
07:29les PEDT,
07:31qui sont des projets éducatifs territoriaux, que je trouvais intéressants dans leurs principes,
07:37puisque ça permettait d'élargir à tous les interlocuteurs locaux les enjeux des activités périscolaires.
07:45Et donc il était très important d'avoir cette vision partagée,
07:49puisque un des problèmes dont on souffre beaucoup en ces matières, c'est le fait que les choses sont compartimentées.
07:55Et donc le plan Mercredi a été une façon d'aller plus loin dans le décompartimentage, si vous me permettez
08:02le mot,
08:04en permettant aussi de donner aux communes qui en avaient le plus besoin des moyens pour avoir des activités périscolaires.
08:11Tout ceci vient rejoindre une conviction générale que j'ai et qui va commander tout ce que je peux vous
08:18dire sur la question,
08:19c'est qu'on doit avoir une vision complète du temps de l'enfant.
08:22Et que cette vision complète, elle vaut pour la journée, elle vaut pour la semaine et elle vaut pour l
08:28'année.
08:28Et cette vision complète du temps de l'enfant, évidemment, elle ne relève pas que du temps scolaire.
08:32Et on doit réfléchir et agir pour que le temps de l'enfant hors temps scolaire soit un temps riche
08:42et instructif.
08:44La façon dont les choses s'étaient passées dans les quatre années qui ont précédé mon arrivée au ministère
08:49ne permettait pas de remplir ces conditions.
08:51Mais ce qui est certain, c'est que l'esprit qu'il y avait là était tout à fait valable
08:57et qu'on devait essayer de recomposer les choses à partir de ce même esprit,
09:02c'est-à-dire la qualité du temps scolaire, la qualité du temps périscolaire, la qualité du temps extrascolaire.
09:07D'où le plan mercredi, d'où ce que je ferai plus tard avec les vacances apprenantes.
09:13Le président Brisson a rappelé que j'étais ministre de la Jeunesse,
09:16ce qui me donnait quelques possibilités d'agir sur les associations.
09:20De même, à partir de 2020, ministre des Sports, j'ai essayé au maximum d'entraîner d'ailleurs les fédérations
09:25sportives dans cette logique.
09:30Avoir une vision globale du temps de l'enfant, ça signifie qu'on doit savoir distinguer ce qui relève de
09:36l'instruction
09:36et ce qui relève de l'éducation et qu'on peut se permettre, dès lors qu'on a des temps
09:42éducatifs riches en dehors du temps scolaire,
09:44de se concentrer davantage sur l'instruction et notamment sur les savoirs fondamentaux à l'école primaire,
09:49puisqu'ici nous parlons essentiellement de l'école primaire.
09:52Et donc avoir un système scolaire où l'école primaire se reconcentre sur les savoirs fondamentaux,
09:58ce qui évidemment n'exclut pas des savoirs qu'on appelle pas non plus savoirs fondamentaux,
10:03mais en tout cas où le noyau dur de ce qui doit être appelé à l'école fait l'objet
10:07d'une concentration pleine et entière.
10:09Et avoir pour toute une série d'autres sujets qui sont très importants aussi, comme notamment l'éducation artistique et
10:15culturelle,
10:16non seulement un peu de temps scolaire, mais aussi beaucoup de temps périscolaire,
10:20c'est à mon avis une des grandes pistes presque civilisationnelles que nous avons devant nous
10:25et pour lesquelles on ne partirait pas de zéro puisque des choses ont été faites.
10:29Il ne faut pas caricaturer la réalité. Il y a évidemment des choses positives.
10:33Mais je dirais qu'il y a évidemment deux volets une fois qu'on a dit ça.
10:36Il y a le volet qui vous occupe aujourd'hui et qui est de prévenir tout ce qui peut se
10:43passer de dramatique en la matière,
10:45donc la lutte contre les violences faites aux enfants.
10:48Et puis il y a le volet positif qui est comment on réussit à avoir des personnels de qualité
10:54pour faire des activités de qualité, alors même que tous les indicateurs sociétaux sont en rouge aujourd'hui
11:01sur la façon dont l'enfant utilise son temps en dehors de l'école,
11:06notamment avec la société des écrans dans laquelle nous sommes rentrés.
11:10Problème qui, comme on vient de le voir avec PISA, n'est pas un problème spécifiquement français,
11:14mais un problème mondial, y compris en Asie.
11:24Merci beaucoup.
11:26Juste réagir à vos propos, monsieur le ministre, sur l'hétérogénéité des territoires en matière de périscolaire.
11:37Ce qui est assez intéressant à constater, c'est qu'en fait 40% des communes aujourd'hui
11:42ne déclarent pas leur périscolaire à l'État, c'est-à-dire qu'ils ne perçoivent pas
11:46la subvention de la CAF, et vous avez été ministre de la Jeunesse et des associations,
11:51comment est-ce qu'on peut expliquer à des parents que du coup,
11:56toutes ces ACM, ces accueils mineurs collectifs, en fait, sont exemples de toute obligation,
12:04et en termes de contrôle d'honorabilité et en termes d'encadrement ?
12:10Alors, il y a plusieurs questions dans votre question.
12:13D'abord, sur l'hétérogénéité, elle est indépassable, c'est-à-dire que vous aurez toujours des petites communes,
12:19des grandes communes, des communes qui ont des coutumes diverses et variées.
12:23Je vous donnerai un seul exemple.
12:25La ville de Nice, qu'on ne pourrait pas donner comme exemple de petite commune ou comme commune désargentée,
12:32c'est une commune qui, avant la réforme de 2012-2013, avait un système de 4 jours,
12:41avec le mercredi au ski, puisqu'on est dans les Alpes-Maritimes,
12:44et donc ça permettait des enfants, et notamment des classes les plus défavorisées, à la montagne.
12:48À partir du moment où on a rendu obligatoire le fait de faire le mercredi matin,
12:52toutes ces activités-là se sont arrêtées, tout simplement.
12:55Et donc, il faut savoir prendre en compte ce genre de réalité.
13:00Si, par exemple, on avait pris des décisions en disant que toutes les communes ayant tel seuil de richesse
13:07doivent faire ainsi, les autres autrement, même en faisant ainsi, on ne recouvrerait pas la réalité.
13:13Donc il faut, premièrement, savoir être pragmatique sur un sujet comme celui-là,
13:19et faire confiance aux collectivités locales.
13:22Une fois qu'on a dit ça, il y a effectivement la question des moyens.
13:26Là aussi, ça nous renvoie aux politiques des CAF localement aussi,
13:30à la fois d'un point de vue financier et d'un point de vue, je dirais, administratif.
13:34De ce que j'ai vu, il y a, pour le coup, trop d'hétérogénéité dans les politiques des CAF
13:39localement.
13:39Et d'autre part, la question, disons, bureaucratique est importante.
13:44Je pense que dans le 40% que vous citez, il y a plusieurs communes qui doivent se dire
13:48que le jeu n'en vaut pas la chandelle par rapport aux difficultés.
13:52Alors je dis ça sans avoir, ces derniers temps, regardé ce qu'il en était.
13:56Mais c'est en tout cas ce que j'ai pu voir au moment de mes fonctions.
14:02Après, qu'il faille avoir un statut plus solide, non seulement du temps en tant que tel,
14:10et donc une meilleure articulation des temps, et aussi un statut plus en continuité
14:15des différents métiers d'accompagnement de l'enfant, je pense que ça ne fait aucun doute,
14:19même s'il y a eu des progrès en cette matière.
14:22D'ailleurs, j'ai pu entendre une petite partie de ce qu'a dit Vincent Péillon avant que je n
14:26'arrive,
14:26et je voudrais tout de suite m'inscrire en faux sur un point, c'est que c'est lorsqu'il
14:30dit
14:30que l'encadrement des élèves handicapés n'a pas évolué depuis qu'il était ministre.
14:35Donc j'ai une bonne nouvelle quand même pour lui et pour nous tous, c'est que quand je suis
14:39arrivé,
14:40c'était uniquement des contrats aidés. Et en 5 ans, c'est un sujet qui a fait logé
14:45de la plus grosse augmentation de moyens de tout mon ministère et probablement même de l'État,
14:50puisque ça a été une augmentation de 65% des moyens pour arriver à embaucher 80 000 personnes en CDD
14:56et au bout d'un certain temps en CDD. Je ne dis pas que la situation actuelle est meilleure,
15:02mais comme il faut être aussi positif et savoir regarder ce qui s'est amélioré,
15:07ce point-là s'est amélioré. Et j'ai toujours considéré, pour prendre cet exemple qui est très important
15:13du point de vue quantitatif et qualitatif, que le continent RH, si vous me permettez l'expression,
15:18le nombre conséquent de personnes qui rentrent dans le sujet de l'attention aux enfants par la question du handicap,
15:29c'est un vivier pour ce monde plus global de l'attention aux enfants, y compris d'ailleurs pour passer
15:36des concours
15:36de professeurs, mais aussi pour exercer des fonctions pour d'autres activités que de s'occuper des élèves handicapés.
15:44Donc il y a une dimension d'ailleurs qui permet de faire d'une pierre plusieurs coups du point de
15:48vue social,
15:49puisque ça peut être un chemin de professionnalisation et de stabilisation pour des personnes d'horizons très différents,
15:57dès lors que la formation est au rendez-vous, ce qui là aussi a été plus le cas ces dernières
16:04années,
16:04puisque la formation continue des personnels concernés s'est améliorée, avec un nombre d'heures garanties,
16:12même si j'ai bien entendu du terrain que tout ceci n'était pas forcément parfait dans la mise en
16:17œuvre.
16:18Mais en tout cas, le cap à prendre, à mon avis, est très clair, c'est-à-dire une vision
16:24globale du statut des personnes
16:27qui doivent avoir affaire à des enfants, des possibilités de passerelles entre ces différents statuts,
16:34et évidemment des exigences renouvelées quant à ces statuts.
16:39Je pense que dans un pays qui, comme d'autres pays, va affronter une série de révolutions technologiques
16:46qui finalement vont d'un côté créer du chômage, mais de l'autre créer de la nécessité d'être de
16:52plus en plus attentifs aux enfants,
16:53eh bien je pense que nous avons là une piste d'évolution très importante.
17:01Merci. Je vais vous poser trois questions très précises.
17:04D'abord, sur le taux d'encadrement, est-ce que vous, vous aviez été alerté des difficultés,
17:11parce qu'on a rencontré beaucoup de maires qui nous disent qu'on gère la pénurie d'animateurs formés et
17:16qualifiés,
17:17et que c'est une énorme difficulté pour eux.
17:19Est-ce que vous avez été confronté et alerté sur ces difficultés-là à l'époque ?
17:24Deuxièmement, il y a un sujet très important de formation, et vous l'avez parfaitement bien dit,
17:27le BAFA est-il ou non suffisant ?
17:30On voit bien aujourd'hui qu'en fait, le BAFA n'est même pas obligatoire,
17:33et beaucoup réclament en fait un diplôme d'État avec deux ans de formation obligatoire,
17:38parce que c'est aussi une vocation d'être au contact des enfants.
17:41On ne peut pas s'improviser comme ça du jour au lendemain,
17:43pour boucher des trous dans des plannings et être face à des enfants.
17:47Et enfin, la troisième question, elle portait en fait sur les circuits de remontée.
17:52Je vois bien dans toutes les affaires, en fait, le traitement des signalements est absolument fondamental.
17:58Il y a des signalements qui ont été faits et qui n'ont pas abouti en fait à la saisine
18:03du parquet,
18:04alors que c'est l'article 40 et que c'est dans le code de procédure pénal.
18:07Dès lors que des fonctionnaires ou des autorités constituées prennent connaissance de délits ou de crimes,
18:15ils doivent immédiatement et sans délai, est-ce qu'à l'époque vous aviez mis en place des mesures spécifiques
18:20sur le traitement des signalements ? Merci.
18:23Alors sur votre première question qui est le taux d'encadrement,
18:25en fait il avait été allégé avant que je n'arrive au ministère,
18:31et c'était pour faire face, je pense, aux difficultés que vous mentionnez,
18:37c'est-à-dire à la difficulté de recrutement.
18:39C'est toujours un arbitrage compliqué entre le quantitatif et le qualitatif,
18:43mais le fait est que lorsque je vous dis que les choses étaient désorganisées en arrivant,
18:48c'est qu'il y avait énormément de complaintes sur la qualité de ce qui se passait pour les enfants.
18:57Et je l'ai même vécu comme parent d'élève, puisqu'à l'époque j'avais un enfant à l
19:00'école primaire
19:01dans une école publique de Paris,
19:04et je revois le directeur d'école en train de dire « après 15 heures, ce n'est plus mon
19:08problème,
19:09je ne veux pas savoir ce qui se passe »,
19:10et dire même à la volée qu'il n'était pas très fier de la qualité des personnes qui arrivaient
19:18ensuite.
19:19Donc ça, on l'entendait de partout, et personne ne peut le nier aujourd'hui.
19:23Donc même si on peut comprendre l'inspiration de la réforme de 2012,
19:28une réforme, ce n'est pas seulement une inspiration,
19:30c'est aussi de s'assurer de la réalité de ce qu'elle a permis.
19:36Donc on a, à partir de là, eu une série de mesures avant 2017,
19:42notamment sur l'allègement du taux d'encadrement,
19:47qui est une sorte de conséquence inévitable à partir du moment où vous faites une sorte de massification du périscolaire,
19:51sans avoir vraiment préparé, d'un point de vue de la formation des personnels
19:55et de leur recrutement, les choses.
19:58Alors vous me demandez ensuite, sur ce sujet justement du recrutement,
20:01si le BAFA est suffisant.
20:04Si une évaluation, en fait, de cet abaissement du taux d'encadrement a été faite ou non ?
20:09A ma connaissance, les évaluations qui ont été faites,
20:11c'est les évaluations plus générales qui intègrent cette question,
20:15mais ce n'est pas une évaluation...
20:16Je ne sais pas d'ailleurs comment pourrait se faire une évaluation
20:19qui mesurerait l'impact de la baisse du taux d'encadrement,
20:22mais en tout cas, il y a évidemment des évaluations de...
20:25Et encore, il y a eu un travail global de la Cour des comptes sur le sujet,
20:30mais il y a pu y avoir des évaluations locales,
20:32mais il n'y a pas, à ma connaissance, de travaux scientifiques très précis sur cela.
20:42Mais la question du BAFA et des exigences que l'on a,
20:46c'est une question délicate, parce que là aussi, c'est un arbitrage à faire.
20:50C'est-à-dire que soit on veut manifester une exigence particulière
20:55et on crée des complications supplémentaires pour accéder à ces métiers,
21:02soit on fait l'inverse.
21:05Et bien entendu, lorsqu'il s'agit des violences sexuelles ou des choses très graves,
21:09il est évident qu'il faut être d'une totale inflexibilité, ça va sans dire,
21:13mais je ne suis pas certain que ce soit une question de diplôme,
21:16c'est surtout une question de vérification de la moralité,
21:20c'est une question d'enquête et c'est une question sans doute de niveau.
21:24Mais le BAFA est quand même historiquement un grand succès français.
21:29Je pense qu'il faudrait faire attention à ne pas trop le remettre en cause dans le futur.
21:35En revanche, qu'il y ait un système en escalier,
21:39si je peux utiliser cette expression pour aller du BAFA vers autre chose,
21:45et que le BAFA permette certaines choses et ensuite d'aller vers d'autres responsabilités,
21:52ça, ça me paraît très important.
21:54Il faut pouvoir dire à toute personne qui s'intéresse à un métier ayant à voir avec l'enfance
22:01qu'il y a des passerelles dans les différentes activités qui peuvent être permises
22:10et que chacune de ces activités requiert des compétences.
22:12Donc je verrais bien un socle de compétences et des certificats en fonction des publics devant lesquels on est.
22:20Ça vaut même pour les professeurs.
22:21On sait bien que l'école maternelle, ce n'est pas la même chose que l'école élémentaire.
22:24Et j'ai toujours poussé pour qu'il y ait cette vision pragmatique des compétences nécessaires.
22:30Donc je pense que si on devait créer un schéma futur, ce serait une plus grande vision systémique des métiers
22:37de l'enfance
22:38et non pas forcément supprimer les qualifications actuelles,
22:43qui en plus le BAFA existe dans l'esprit public et vous reconstruisez pas ça forcément.
22:50En revanche, afin d'éviter le risque que l'on a,
22:54et j'ai entendu là aussi Vincent Péion, à juste titre sur ce sujet, parler des effets sociologiques négatifs
23:06d'être passé de l'exigence de Bac plus 3 à Bac plus 5 pour les professeurs des écoles,
23:10on comprend le raisonnement.
23:11Là encore, pareil, c'est un arbitrage entre deux choses contradictoires.
23:15C'est le même raisonnement qui pourrait valoir pour le périscolaire
23:17si on se mettait à multiplier les exigences et ensuite à ne pas trouver de situation.
23:22Donc je trouve qu'il y a les exigences morales d'un côté pour lesquelles, évidemment, il faut avoir une
23:31vigilance absolue.
23:32Et puis il y a les exigences de compétences pour lesquelles il faut avoir une vision en escalier.
23:39Mais il y a des gens avec des très grands diplômes qui sont coupables de pédophilie.
23:45Et il y a des gens sans diplôme qui sont remarquables et à l'honorabilité irréprochable.
23:52Donc il faut ne pas croire à une magie du certificat et vraiment avoir, à mon avis, deux actions complémentaires.
24:01Une sur la moralité en tant que telle et qui, encore une fois, n'est pas une question tellement de
24:06diplôme.
24:07Et l'autre sur les compétences. Évidemment, dans ces compétences, il y a des choses qui sont en interaction avec
24:13la moralité.
24:14Ça va de soi. Et qui sont en interaction avec le bon geste professionnel.
24:18Par exemple, ne pas s'énerver quand un enfant fait une crise de quoi que ce soit, être capable d
24:25'avoir la bonne...
24:26Ça, c'est des compétences qui s'apprennent et qui rejaillissent sur l'attitude morale, bien sûr.
24:32Mais en tout cas, ça fait quand même deux catégories de choses.
24:37Mais encore une fois, je pousserai l'idée de cette vision systémique et cette idée de passerelle.
24:47Et puis vous m'avez posé une troisième question sur les remontées.
24:52Lorsque je suis arrivé, j'ai créé immédiatement, là aussi, ça fait partie du train de mesure du mois de
24:58juin 2017,
24:59un système de signalement national, de l'éducation nationale, qui n'existait pas auparavant
25:05et qui a permis d'avoir – et ça existe encore aujourd'hui, bien sûr – au travers d'une
25:10cellule dédiée,
25:10très reliée au ministère de l'Intérieur, toutes les remontées en matière de violence scolaire.
25:18Alors j'ai regardé par sondage s'il y avait des violences périscolaires dans ces remontées.
25:24C'était très marginal. Ça ne pouvait arriver que par du personnel scolaire ayant vent de quelque chose dans le
25:30domaine périscolaire.
25:31Et donc c'est très marginal en termes de remontées.
25:35Je plaiderais pour une unification du système de remontée entre le périscolaire et le scolaire,
25:39ce qui rencontrerait quelques difficultés, puisqu'on n'est pas dans le même champ de compétences.
25:45D'un côté, les collectivités locales. De l'autre, l'État.
25:48Néanmoins, ça doit pouvoir se faire, à mon avis, assez facilement.
25:55Madame la rapporteure.
25:56Oui. Une remarque qui est très, très importante dans ce que vous venez de dire,
25:59c'est qu'y compris d'ailleurs le procureur de la République nous répondait dans un questionnaire
26:04qu'en fait, il n'y avait pas d'item pour les violences périscolaires.
26:07C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on n'est pas en mesure de recenser – c'est impressionnant –
26:12de recenser ou de quantifier, en fait, le phénomène au niveau national.
26:16C'est l'objectif, justement, de cette commission d'enquête, d'essayer de cartographier
26:19au plan national toutes ces violences périscolaires, parce que comment peut-on les traiter
26:23si déjà, on ne sait pas, encore une fois, les mesurer ?
26:26C'est ça ?
26:27Oui, oui. Alors, évidemment, certains vont…
26:30Alors, je suis complètement d'accord avec ce que vous venez de dire.
26:33Certains vous répondraient quand même. Il n'y a qu'en France qu'on se pose des questions
26:35comme ça, puisque dans d'autres pays, le périscolaire n'est évidemment…
26:38Enfin, déjà, en France, ça n'est pas national. Dans d'autres pays, non plus.
26:42Et donc, les remontées nationales, à ma connaissance, n'existent nulle part,
26:46parce que c'est des sujets qui sont traités localement.
26:49Et puis dès qu'ils relèvent du pénal, évidemment, relèvent de circuits locaux.
26:52Pour autant, je fais moi-même une objection, mais je vais faire une objection à l'objection.
27:00Je pense que la situation est tellement grave, nécessite une telle vigilance
27:05et une telle politique publique nationale, que je pense que ce serait justement une force de notre pays
27:10que d'être capable d'avoir et le renforcement des vigilances locales, qui sont indispensables,
27:15et la vision nationale du sujet, de façon à avoir un pilotage et une réaction appropriée pour cela.
27:22Et donc, une coopération avec les collectivités locales sur une telle question.
27:26C'est important, parce qu'en fait, les communes gèrent ces territoires par territoire.
27:31Et c'est pour ça que c'est très, très difficile d'arriver, encore une fois, à mesurer.
27:35Je vous remercie et je vous poserai éventuellement d'autres questions, si besoin.
27:37Mais je vais laisser la parole à mes collègues, bien évidemment.
27:39Une petite chose sur la faisabilité, c'est que, encore une fois, les remontées nationales sur les violences scolaires,
27:45sur chaque violence, pas les statistiques globales, mais ça, ça existait, bien sûr,
27:50ou les statistiques par sondage, ça, ça existait. Enfin, le chiffrage par sondage, ça, ça existait.
27:56Ce qui n'existait pas, c'était le fait de savoir tous les soirs ce qui s'était passé en
28:01France en matière de violences scolaires.
28:03Aujourd'hui, nous le savons. Depuis presque dix ans, maintenant, nous savons faire ça.
28:07En revanche, et donc, on voit bien qu'il y avait un avant et un après.
28:11Ça a permis des progrès considérables. Comme toutes les choses qui progressent, on en parle peu.
28:15Mais ça a permis, notamment, une coopération avec la police et la justice beaucoup plus forte.
28:19Et le ministère de l'Intérieur, d'ailleurs, aussi bien les autorités de justice que de police,
28:25peuvent en parler très bien de l'accentuation de cette coopération qu'il y a eu.
28:29Et donc, mutatis, mutandis, je pense qu'on devrait maintenant mener le même raisonnement pour le périscolaire, en effet,
28:35et donc avoir des remontées. Et là encore, il y aura un avant et un après.
28:44Merci. Adélisiane.
28:45Merci, Président. Monsieur le ministre, merci pour votre présence ce matin.
28:49Question très simple, mais en écho avec les auditions qui sont menées par notre rapporteur,
28:54en écho aussi avec l'ensemble des acteurs que nous avons pu rencontrer, sur la difficulté,
28:59le danger majeur aujourd'hui qui apparaît, qu'il n'y a pas de ce fichier national
29:04qui revient régulièrement dans les discussions en matière de périscolaire,
29:07ce qui permet parfois à un prédateur qui aurait pu commettre des actes ou des signalements
29:12qui mettent en évidence un profil de prédateur,
29:16celui-ci peut, par exemple, exercer des fonctions, être constaté qu'il y a un acte,
29:23et puis ensuite déménager, se retrouver dans un autre établissement,
29:26sans qu'il y ait possibilité pour les personnes qui vont mener les recrutements
29:31de pouvoir avoir des éléments. Est-ce que vous avez évoqué ce travail
29:35qui se fait au niveau national, au sein du ministère de l'Éducation nationale,
29:37pour faire remonter les problématiques, en forme de fichier unifié
29:41qui permet justement de faire un travail sur cette question.
29:45Est-ce que vous seriez favorable, justement, à vous entendez en creux dire
29:49qu'il faudrait peut-être unifier, malgré les difficultés,
29:51puisque c'est un temps éducation nationale, un temps périscolaire,
29:54mais c'est quelque chose qui remonte et qui revient régulièrement,
29:56moi je l'entends en tout cas de la part des maires,
29:58qui sont bien souvent très démunis quand il y a des problématiques
30:01qui émergent, justement, de violences dans le milieu périscolaire,
30:04et qui disent, nous sommes totalement laissés à l'abandon de ce point de vue-là,
30:07pour avoir des éléments concrets, et faire du ciblage,
30:10du ciblage lors des recrutements d'éducateurs ou d'éducatrices en milieu périscolaire.
30:14– Oui, je pense que, indiscutablement, vu la gravité de ce qui s'est passé ces derniers temps,
30:22il faut passer à quelque chose comme ça,
30:25alors sans négliger les obstacles et les objections qui sont bien réelles,
30:29auxquelles vous faisiez allusion d'ailleurs,
30:31c'est-à-dire qu'il y a évidemment des sujets informatiques et libertés sur de telles questions,
30:36si un nombre considérable de gens peuvent consulter des données
30:40sur un nombre considérable de gens, c'est évidemment un sujet,
30:45donc ça suppose techniquement de faire les choses comme il faut,
30:49mais enfin, ce genre d'obstacles, on arrive toujours à les dépasser,
30:53mais enfin, il faut les avoir à l'esprit, c'est pas simple.
30:56Deuxièmement, ça suppose une coopération très forte entre collectivité locale et État
31:00sur une telle question, qui là aussi n'est pas simple, mais tout à fait faisable,
31:04et puis je dirais, ça renvoie quand même au point que je disais précédemment,
31:07c'est-à-dire que ça va de pair avec l'existence d'une vision systémique
31:11des métiers de l'enfance, si vous voulez.
31:13Et donc, effectivement, quelqu'un qui a eu le moindre signalement
31:19de quelque chose qui ne va pas s'agissant des violences sexuelles,
31:24devrait, ad vitam aeternam, ne plus avoir la possibilité d'exercer son action
31:32dans un quelconque des métiers de l'enfance, si vous voulez.
31:34Parce qu'effectivement, il y a ce nomadisme qui peut être un nomadisme géographique,
31:38que vous avez évoqué, mais ça peut être un nomadisme statutaire, si je puis dire.
31:42Et il y a de tels besoins.
31:43C'est tellement considérable, si vous voulez,
31:44qu'il est facile de se faufiler, si je puis dire, pour certains prédateurs.
31:56J'en ai un premier.
31:58Oui, merci, monsieur le ministre, pour votre présentation.
32:01Moi, j'aurais deux points.
32:02La première, je voudrais revenir à ce que vous avez appelé
32:04la vision complète du temps de l'enfant.
32:07Votre prédécesseur ici-même, Vincent Payon, tout à l'heure,
32:09nous disait qu'à 144 jours, on était un des pays les plus faibles
32:12au niveau, je dirais, européen,
32:14et que ce temps n'a cessé de baisser depuis 1910.
32:17Est-ce que pour vous, il n'y a pas là, je dirais, un sujet
32:19absolument prioritaire et majeur, je dirais, pour essayer de remonter
32:24par rapport aussi à tous ces classements,
32:26plutôt à ces déclassements que l'on voit dans les éléments internationaux ?
32:31Mon deuxième point, et je rebondis sur ce que disait
32:33madame la rapporteure, c'est que compte tenu des problèmes graves
32:36et douloureux rencontrés ici ou là, dans le temps périscolaire,
32:41est-ce que la création par l'État d'un cadre national de formation
32:44plus approfondi des animateurs, en vue d'un recrutement plus sécurisé
32:49par les communes, est pour vous une priorité,
32:52même si les difficultés budgétaires actuelles ne le facilitent pas ?
32:55Merci.
32:57Alors, sur le premier point, il est vrai que les enfants français
33:01ont moins de journée, les enfants de l'école primaire en particulier,
33:04mais même dans le secondaire d'ailleurs, dans une moindre mesure,
33:07ont moins de journée que la moyenne des pays de l'OCDE,
33:12et qu'il y a une diminution historique,
33:14alors on va retrouver aussi une diminution d'ailleurs dans d'autres pays,
33:17liée au changement de type de société dans lequel nous sommes,
33:22même si par exemple les vacances d'été autrefois étaient un peu plus longues
33:24vers le mois de septembre, pour tenir compte, là aussi,
33:28des réalités sociologiques de l'époque, notamment des besoins de l'agriculture.
33:33Donc toutes ces choses évoluent, et on peut avoir des visions théoriques,
33:36mais on doit aussi avoir des visions pratiques sur cette question,
33:38c'est-à-dire qu'on peut notamment avoir des visions sur la reconquête des vacances d'été,
33:44qui permettraient de mieux répartir les heures des enfants.
33:50Moi, s'il y a un enseignement que je...
33:51Et je vais vous dire des choses très sincères, bien sûr,
33:55mais aussi pragmatiques, c'est-à-dire pas seulement des visions générales,
34:00mais comment réussir pour de vrai à apporter remède à ça.
34:05Parce que je partage quelque chose avec ce qu'a dit Vincent Péillon,
34:09et puis je vais peut-être avoir une divergence sur un autre point.
34:11Ce que je partage, c'est la vision globale du temps de l'enfant,
34:15et la nécessité de se reconcentrer sur l'instruction de l'enfant dans le temps scolaire.
34:22Et c'est ce que j'ai fait aussi par bien des aspects,
34:25en insistant beaucoup sur les savoirs fondamentaux à l'école primaire.
34:30Donc cette approche d'ensemble, c'est nécessaire.
34:33Je pense que le projet de société, j'emploie des grands mots volontairement,
34:37au-delà même du sujet de la prévention des violences,
34:39mais le sujet du progrès social, pour le dire comme ça,
34:41c'est le projet de priorité à l'enfance dans notre pays,
34:45et donc de s'occuper non seulement de ce qui se passe dans le temps scolaire,
34:48mais aussi dans le temps périscolaire et dans le temps extrascolaire.
34:50Donc concrètement, ce qui se passe le soir, le mercredi, le week-end,
34:56les opportunités de vacances pour tous les enfants de France.
35:00Et je crois que beaucoup de priorités éducatives que nous avons,
35:04pensez aux questions de santé, pensons aux questions d'éducation sexuelle,
35:09aux questions de tous ordres, de sécurité routière,
35:13tous ces sujets qui sont plus importants les uns que les autres,
35:16mais qui très souvent sont mis comme dans un entonnoir dans le temps scolaire de l'enfant,
35:21éventuellement au détriment du français, des mathématiques et d'autres,
35:26ou de l'histoire-géographie, des sciences,
35:30réussir un petit peu à élargir le bout de l'entonnoir,
35:33et même le rendre égal à ce qu'on met en haut,
35:37de façon à ce que, par exemple, le mercredi,
35:40beaucoup d'activités sportives, culturelles, suivies par l'enfant,
35:45permettent d'atteindre des objectifs éducatifs que l'on a pour l'enfant.
35:49On a des objectifs pédagogiques particulièrement puissants dans le temps scolaire
35:54et des objectifs éducatifs particulièrement puissants dans le temps périscolaire,
35:57même si ce sont des frontières qui ne sont pas complètement étanches, et tant mieux.
36:01Donc je pense qu'il y a un projet de société derrière cette façon de voir,
36:05et donc c'est importantissime de réussir à mobiliser les moyens,
36:11les esprits et les cœurs sur cette question.
36:15J'ai esquissé cela avec ce que j'ai pu faire,
36:19avec les moyens que j'avais, en tant que ministre de l'Éducation nationale,
36:22de la jeunesse et des sports.
36:23J'ai fait référence au plan mercredi.
36:24Je trouve que ce serait intéressant que votre commission regarde
36:27ce que nous avons fait au titre des vacances apprenantes,
36:30qui est quelque chose qui est un petit peu délaissé aujourd'hui,
36:33mais qui, quand même, au sortir du Covid,
36:35a permis d'envoyer des dizaines de milliers d'enfants
36:37dans des colonies de vacances, finalement, repensées,
36:40pour que les caractéristiques qualitatifs soient le plus haut possible.
36:44Et c'est pour ça qu'on a utilisé ce terme de vacances apprenantes,
36:47parce que les enfants apprenaient quelque chose,
36:49mais de manière ludique, agréable, pendant les vacances.
36:52Donc on faisait d'une pierre plusieurs coups.
36:55Et je pense que le modèle des vacances apprenantes,
36:58dès lors qu'on en aurait les moyens,
36:59pourrait, dans le futur, être un projet de société considérable.
37:03On parle des inégalités, et c'est sous-entendu, d'ailleurs,
37:06dans votre question, lié au temps scolaire,
37:08mais c'est vrai que c'est pendant les vacances,
37:10et notamment les vacances d'été, que les inégalités se creusent.
37:13Donc c'est pas le temps scolaire qui creuse les inégalités,
37:16quelle que soit sa qualité, jugée par les uns et les autres.
37:19C'est le temps non scolaire qui creuse les inégalités.
37:21Et on l'a vu pendant le Covid.
37:23Même si on a été un des pays qui a le moins fermé au monde,
37:27on a pu d'ailleurs le mesurer,
37:29grâce aux évaluations de début d'année,
37:34l'absence d'école, le fait de ne pas aller à l'école,
37:36a été un facteur terrible d'aggravation des inégalités,
37:40y compris sur des sujets non scolaires,
37:42comme la cantine, par exemple.
37:45Donc il y a un sénateur de Seine-Saint-Denis parmi nous,
37:48il voit de quoi je parle sur cette question,
37:51mais je pense que tout le monde voit.
37:55Donc là, sur votre première question,
38:00oui, il y a un sujet du temps de l'enfant,
38:02oui, c'est très compacté,
38:06mais nous devons tirer les leçons de l'échec de la réforme de 2012-2013.
38:09C'est-à-dire qu'il ne suffit pas de constater ça
38:11et de se dire, eh bien, étendons les horaires.
38:16Il n'a pas été démontré d'ailleurs une supériorité des résultats
38:19pour les enfants faisant 4 jours et demi
38:21par rapport à ceux faisant 4 jours,
38:23ni l'inverse, bien sûr.
38:25Et je pense qu'il y a eu énormément d'énergie déployée
38:28sur cette question-là, des 4 jours, 4 jours et demi,
38:31là où la vision plus gommale et plus pragmatique
38:35permettrait, au fond, d'accomplir les objectifs éducatifs,
38:39par exemple, encore une fois, par un plan mercredi très bien fait.
38:43Et donc je crois que les grandes pistes sont de ce côté-là.
38:46Je le crois vraiment.
38:50Évidemment, on peut approfondir beaucoup ce point.
38:52Et j'ai d'ailleurs répondu à certaines questions
38:55de votre questionnaire que je vous donnerai tout à l'heure.
38:59Sur votre deuxième question,
39:00qui est la question du cadre national,
39:04là, on a, je pense, une sorte d'évidence devant nous.
39:09C'est-à-dire qu'il faut ce cadre national.
39:11C'est ce que je commençais à dire tout à l'heure.
39:14Et ça relève aussi de ce projet de société.
39:17Parce que qui dit une vision complète du temps de l'enfant
39:21dit de nouvelles activités, donc de nouvelles personnes.
39:25Et donc c'est un véritable monde professionnel
39:29qui va s'élargir et se déployer dans les temps qui viennent.
39:34Je pense que plus notre société devient technologique,
39:37plus elle doit chercher à être humaine.
39:40Et c'est particulièrement vrai vis-à-vis des enfants.
39:41Donc il doit y avoir de l'être humain,
39:44des êtres humains concrets dans la vie de tous les jours des enfants.
39:49Et comme il y a aussi beaucoup de difficultés familiales
39:53dans notre société,
39:54même si on doit aussi avoir une politique familiale
39:56qui peut-être permettra dans le futur
39:59d'avoir moins de familles monoparentales,
40:00moins de difficultés,
40:01c'est encore tout un sujet,
40:04en prenant la société telle qu'elle est,
40:06nous devons avoir des adultes dédiés à l'enfance,
40:09des adultes de confiance dédiés à l'enfance,
40:11avec du prestige attaché à ces missions.
40:15Comme vous le dites, ça suppose de l'argent.
40:18Mais en réalité, je ne vais pas élargir trop le propos,
40:22mais je pense que ce n'est évidemment pas sur ce sujet
40:24qu'on doit faire des économistes.
40:25Je l'ai plaidé.
40:27Mais je suis heureux de voir que les candidats à l'élection présidentielle,
40:29aujourd'hui, sont assez unanimes
40:31à dire que c'est désormais la priorité budgétaire absolue.
40:36Mme la Porteure,
40:38et après, je poserai moi-même une question de questions.
40:39Merci, M. le Président.
40:41Merci au sénateur de vos questions.
40:42Et vos réponses, M. le ministre, sont très éclairantes.
40:45Je vous ai entendu dire
40:46que vous aviez été confronté en tant que parent d'élève
40:49à cette dichotomie
40:51entre, d'un côté, le scolaire et le périscolaire.
40:53Moi, j'ai rencontré énormément de parents dévastés,
40:57dévastés parce qu'ils ont subi.
40:58C'est des vies brisées, pas seulement les enfants,
41:00c'est des traumatismes énormes également pour les parents.
41:04Et qu'ils me disent
41:05cette distinction entre scolaire et périscolaire
41:07fait que s'il est 15h05
41:09et qu'on va voir la directrice d'école
41:11et qu'il lui dit
41:12« Voilà, mon enfant a subi, par exemple, un délit,
41:14une violence verbale, physique ou sexuelle. »
41:18Eh bien, on lui dit
41:18« Mais là, ce n'est pas de mon ressort,
41:21ça n'est plus de ma responsabilité,
41:22aller voir du côté périscolaire. »
41:25Périscolaire, donc, c'est la mairie.
41:27Et c'est là où, en fait,
41:28les parents ne comprennent pas
41:30cette frontière artificielle
41:32entre d'un côté l'école et le périscolaire
41:34parce que pour eux, encore une fois,
41:36l'enfant doit être dans une bulle de sécurité
41:38au moment où il est à l'école.
41:40C'est un lieu sacré.
41:42Et donc, quand il s'agit de violences sexuelles,
41:44physiques et verbales,
41:44est-ce qu'on peut encore faire cette dichotomie ?
41:46Et est-ce que, d'après vous,
41:48les directeurs doivent ou non
41:51saisir le procureur,
41:52bien un article 40,
41:53parce que c'est le code de procédure pénale,
41:54quand ils sont confrontés à ces situations ?
41:57Parce que ce que beaucoup de parents me disent,
41:59c'est qu'ensuite, ils sont confrontés
42:01en plus à un silence institutionnel
42:02où, en fait, chacun se renvoie un peu la balle.
42:07Oui. Sur ce sujet, il ne faudrait pas
42:09que certains déplorent les conséquences
42:11de choses dont ils ont chéri les causes.
42:14C'est-à-dire que si on n'a pas
42:17un vrai statut de l'école primaire en France,
42:19on ne peut pas avoir un système
42:23à la fois de responsabilité
42:25dans le meilleur des sens de ce terme.
42:29Le sénateur Brisson et d'autres
42:30se souviennent de choses
42:32que nous avons tentées en ces matières,
42:35avec de très nombreux obstacles.
42:37Mais si je veux tourner
42:38cette question positivement,
42:41je proposerais qu'on regarde
42:42ce que nous avons fait
42:43avec les cités éducatives,
42:44qui sont quelque chose
42:44qui fonctionne bien aujourd'hui,
42:46dont le principe consiste,
42:48un peu comme pour les PEDT,
42:49mais dans une échelle plus large,
42:52d'avoir l'ensemble des acteurs
42:54qui concernent l'enfant
42:56rassemblés avec des moyens financiers
42:59pour mener des actions
43:00qui, concrètement, sur le terrain,
43:02apparaissent comme bonnes pour les enfants.
43:05Vraiment, je pense qu'il serait
43:07très positif pour votre commission
43:09de regarder quelques cas particuliers
43:11de cités éducatives,
43:12parce que la généralisation
43:14de ce type de dispositif
43:16pourrait être inspirante
43:18pour la solution
43:19que vous préconiserez.
43:21Il faudrait évidemment
43:22aller encore plus loin juridiquement,
43:24mais d'un point de vue organisationnel,
43:27c'est quelque chose
43:28qui fait dialoguer
43:29tous les acteurs de l'enfance,
43:31généralement sous la coordination
43:33d'un responsable de l'éducation nationale,
43:35par exemple un principal de collège,
43:37et de permettre cela.
43:38Mais imaginez un directeur d'école
43:40qui soit directeur
43:41d'un établissement public,
43:42ce qui n'est pas le cas aujourd'hui,
43:43que son école soit
43:44un vrai établissement public,
43:46ou que vous ayez
43:47un principal de collège
43:48qui soit le responsable
43:51et des écoles primaires
43:52et du collège
43:53d'un point de vue juridique,
43:54avec ce que ça veut dire
43:54en termes de responsabilité.
43:56Que cette personne soit d'ailleurs
43:57bien rémunérée,
43:58avec aussi des assurances
44:01dans l'exercice de sa fonction,
44:03etc.
44:03Enfin, quelque chose
44:04qui solidifie son statut
44:06et ses responsabilités,
44:07mais qui lui permette
44:08d'avoir,
44:09comme dans une situation éducative,
44:10la vision de tout ce qui se passe
44:12pour les enfants
44:13sous sa responsabilité,
44:14c'est-à-dire non seulement
44:14les élèves du collège,
44:15mais aussi,
44:17avec la coopération
44:18des directeurs d'école,
44:20eux-mêmes devenus adjoints,
44:22en quelque sorte,
44:23du principal,
44:24si c'est une école-collège,
44:25mais ça peut être
44:26à l'échelle d'un collège,
44:26d'une école,
44:29eh bien,
44:31ce responsable,
44:32au sens plein du terme,
44:33aurait la vision d'ensemble
44:34et il aurait des prérogatives juridiques
44:35pour le signalement.
44:37Le signalement,
44:38un signalement article 40
44:39ne nécessite pas d'avoir...
44:41Tout le monde peut faire
44:42un article 40 dès aujourd'hui.
44:43Cette évolution-là,
44:44elle n'a pas besoin
44:45d'être faite.
44:47Mais par contre,
44:48être celui ou celle
44:49qui,
44:51depuis un poste
44:52de fortes responsabilités,
44:53qui donne la vision
44:55systémique
44:55de ce qui se passe
44:56pour un enfant,
44:58soit de la maternelle
44:58jusqu'au CM2,
44:59soit de la maternelle
45:00jusqu'à la troisième,
45:02on pourrait avoir
45:03les deux cas de figure,
45:04a fortiori avec les évolutions
45:05qu'il va y avoir
45:06dans le monde rural
45:06ces prochains temps,
45:08et être dans ce contexte-là
45:12avec un statut juridique
45:14qui permette d'avoir
45:17non seulement ce continuum
45:18dans le temps,
45:19mais le continuum dans l'espace,
45:21c'est-à-dire les différentes activités
45:22qui concernent un enfant,
45:24eh bien ça aurait beaucoup d'impact,
45:26d'abord sur la dimension positive
45:27du sujet,
45:27c'est-à-dire une vision
45:29qui permette de multiplier
45:31les activités pour les enfants,
45:32d'avoir des effets de masse critique
45:33pour l'organisation des choses,
45:35d'avoir de vraies équipes
45:36dédiées au périscolaire,
45:38mais aussi sur les aspects
45:40négatifs du sujet,
45:41c'est-à-dire pour la prévention
45:42des violences.
45:44C'est une vision nouvelle
45:46de la dimension éducative.
45:49Je pense que ça heurterait
45:51des visions ancrées
45:54de la façon dont doit être
45:56organisé le système,
45:57que j'ai déjà eu à avoir
46:00en face de moi,
46:01mais je pense que si on dessine
46:03le cap,
46:04et à l'occasion
46:04d'une grande valorisation générale,
46:06pas seulement au sens financier,
46:07mais au sens de priorité absolue
46:09de la nation,
46:11alors oui,
46:12il y a quelque chose de possible
46:14et on le voit bien,
46:15il est nécessaire d'avoir
46:16cette vision systémique
46:18et nationale du sujet.
46:20Ça me semble d'autant plus important
46:21que malheureusement,
46:23les maires sont souvent accusés,
46:25moi j'ai vécu des réunions
46:27très très houleuses
46:27avec les parents,
46:29mais un,
46:30ils gèrent la pénurie déjà
46:31de recrutement,
46:32de personnel formé et qualifié
46:34et deuxièmement,
46:36ils n'ont pas les informations.
46:38C'est pour ça
46:38qu'est-ce que parfois
46:39l'État ne doit pas
46:40en effet peut-être piloter
46:42dans les écoles
46:42qu'il y ait un seul pilote
46:44pour éviter de tomber
46:45en fait dans ces zones grises
46:46qui fait que les pédocriminels
46:47peuvent passer à l'acte
46:48parce qu'ils savent
46:49cette fragilité.
46:50Ils savent cette fragilité.
46:51Donc votre question
46:52de ce point de vue-là
46:52a été à mon avis
46:53très constructive.
46:54En effet,
46:55je vous remercie.
46:57En fait,
46:59un certain nombre
47:00des questions
47:00que je voulais vous poser
47:01ont l'entêté
47:03par mes collègues
47:04et par les rapporteurs.
47:04Mais je voudrais
47:06y revenir peut-être
47:07pour vous permettre
47:08d'expliciter vos réponses
47:11et en vous remerciant
47:12du caractère très concret
47:13et pragmatique
47:14des réponses
47:15que vous nous apportez
47:16et qui vont nourrir
47:17très certainement
47:18le rapport
47:19d'Agnès Sévren.
47:20D'abord,
47:21une incise d'actualité.
47:23J'ai sous les yeux
47:24la une
47:24de mon quotidien
47:25du matin,
47:26le journal Sud-Ouest
47:28sur le nomadisme
47:29dont parlait
47:30Adelziane tout à l'heure.
47:32Le titre du journal
47:32Sud-Ouest ce matin,
47:33Centre de loisirs
47:34de Tarnos,
47:35un animateur écarté
47:37à Tarnos
47:38avait déjà été exclu
47:39à Bayonne,
47:41à 7 ou 8 kilomètres
47:43de là,
47:43même s'il y a
47:44deux départements
47:44qui séparent
47:46ces deux centres.
47:48Je voudrais
47:50revenir sur
47:51quelque chose
47:53où il me semble
47:54que l'on
47:56aborde la question
47:57peut-être
47:57de manière
47:58un peu trop globale.
48:00Dans le périscolaire,
48:02il y a toutes
48:02les activités
48:04qui sont
48:06initiées
48:07par les communes,
48:08parfois depuis longtemps,
48:11et bien,
48:12indépendamment
48:12de l'école,
48:14sauf bien sûr
48:14liées au temps scolaire,
48:15aux vacances,
48:16les centres de loisirs,
48:17sans hébergement,
48:18qu'on appelait
48:19centres aérés
48:20il y a beaucoup plus
48:21longtemps,
48:21etc.
48:22Donc,
48:22il y a toute
48:23une politique
48:26de prise en charge
48:27des enfants
48:28en dehors du temps scolaire,
48:29et puis,
48:30il y a le périscolaire
48:31dont parlait tout à l'heure
48:31Agnès Sévren,
48:32tellement particulier,
48:34parce que,
48:35en particulier
48:35depuis la réforme
48:37de 2012,
48:38mais aussi
48:39en fonction
48:40de l'évolution
48:41de la société,
48:42et du fait,
48:43donc,
48:43que les parents
48:45travaillent
48:46très loin
48:46du lieu
48:47où ils habitent,
48:48et qu'il y a donc
48:48des temps de mobilité
48:49qui s'ajoutent
48:50au temps de travail,
48:51il y a un périscolaire
48:52qui s'est développé
48:53sous le toit,
48:54sous le toit de l'école,
48:55le matin,
48:56à la pause méridienne,
48:58et le soir.
48:59Et que les parents,
49:01quand ils placent
49:02les enfants
49:02sous le toit
49:03de l'école,
49:05font confiance
49:06à l'école
49:07de la République,
49:08à l'institution
49:09elle-même,
49:09et qu'il y a là
49:10un sentiment
49:12de confiance
49:12quelque part
49:13trahi,
49:13parce qu'il n'entre
49:14pas obligatoirement
49:14dans les mécanismes
49:16d'un système
49:17particulièrement complexe,
49:17vous l'avez évoqué,
49:19puisque les écoles
49:19ne sont pas
49:20des établissements
49:21publics
49:22avec une seule organisation,
49:25même si,
49:26dans les collèges
49:26et les lycées,
49:27il y a des fonctionnaires
49:28de collectivité
49:29territoriale
49:29et des fonctionnaires
49:31d'Etat.
49:32Et donc,
49:33moi,
49:33je voudrais revenir
49:34sur deux éléments
49:35que vous avez développés.
49:36D'abord,
49:36vous nous dites,
49:37en gros,
49:38bien sûr,
49:39que le diplôme
49:41ne préjuge en rien
49:42des potentialités
49:44de chaque homme
49:45de dériver un jour
49:46et que les démons
49:50le rejoignent,
49:51c'est évident.
49:52Il n'empêche
49:53que l'absence
49:54d'organisation,
49:56un système
49:57où la précarité
49:58domine,
49:59un système
50:00d'horaire émietté,
50:01un système
50:02de recrutement
50:03qui n'a pas été pensé,
50:05qui est le fruit
50:05d'une histoire multiple,
50:07conduit aussi
50:08à cette pénurie
50:09et que cette pénurie,
50:10on l'a bien vu
50:11dans certaines autres auditions,
50:12conduit
50:13à des recrutements
50:15qui sont extrêmement...
50:17S'il n'y avait pas
50:18les drames
50:18que nous connaissons,
50:20ils seraient presque risibles
50:21dans la manière
50:22où certains recrutements
50:23se sont produits
50:24alors que les mêmes communes
50:26prendraient beaucoup
50:27de précautions
50:28pour recruter
50:29des agents techniques,
50:30des jardiniers
50:32ou d'autres catégories
50:35de fonctionnaires.
50:36Donc,
50:36on voit bien
50:37que la clé,
50:38c'est réduire
50:39la pénurie
50:39en créant
50:40une véritable filière
50:41et dont vous avez
50:42beaucoup parlé
50:42du rôle
50:43qui pourrait être
50:43celui de l'État
50:44sur la définition
50:46d'agents spécialisés
50:48dans la prise en charge
50:49de l'enfant
50:50en dehors du temps d'école.
50:52J'aimerais peut-être
50:52que vous reveniez
50:53plus techniquement
50:54sur ce que vous entendez.
50:55Est-ce que c'est
50:56un diplôme reformaté ?
50:58Est-ce que c'est
50:58un parcours
50:59qui pourrait être créé
51:01ou dans lequel l'État,
51:02me semble-t-il,
51:03jouerait bien son rôle
51:04tout en acceptant bien entendu
51:05ensuite que la mise en œuvre
51:06revienne pleinement
51:08aux collectivités
51:09territoriales ?
51:10Et puis,
51:10je reviens sur le temps,
51:12sur l'unité de lieu.
51:14C'est-à-dire que
51:15l'enfant déposé,
51:17aussi bien
51:17dans une école
51:19en territoire rural
51:20qu'en territoire urbain,
51:22l'enfant déposé
51:22à 7h,
51:237h30,
51:247h30
51:24est repris à 18h15,
51:2618h30
51:26et qui est à l'école
51:27avec un temps de classe
51:29qui n'est qu'une partie
51:30du temps d'école.
51:31Alors,
51:32vous avez parlé
51:32des cités éducatives,
51:34vous avez évoqué aussi
51:36peut-être des choses
51:37plus contraignantes
51:38sur le plan du droit
51:39mais sur lesquelles
51:39on connaît
51:40les résistances.
51:42Il n'empêche que
51:43si on ne veut pas
51:45affaiblir
51:46l'image symbolique
51:47forte
51:48qu'encore
51:48l'école
51:49et le frontispice
51:50de ces écoles
51:52figurent
51:52la devise
51:55de la République,
51:56est-ce qu'il n'est
51:56quand même pas tant
51:57que l'éducation nationale
51:58là
51:58joue son rôle
51:59de pilote
52:00de manière plus forte
52:01et c'est
52:03quelqu'un de très girondin
52:04qui vous le dit
52:04qui vous a parfois
52:05accusé d'être
52:06jacobin
52:07qu'il y ait
52:08un véritable rôle
52:10de pilote
52:11sur ce temps d'école
52:12dans lequel
52:13le temps de classe
52:14est limité
52:15mais sur lequel
52:16l'éducation nationale
52:17ne peut pas
52:18tourner un regard
52:19plus politique.
52:21Non mais je partage
52:22absolument tout
52:23ce que vous avez dit
52:24et donc vraiment
52:25et donc je le traduis
52:28d'abord par le fait
52:29que le ministère
52:30de l'éducation nationale
52:31il est bon
52:32qu'il soit
52:32ministère de l'éducation nationale
52:34de la jeunesse
52:34et des sports.
52:36Alors ce que j'ai pu faire
52:38de 20 à 22
52:39parce que par exemple
52:39pour ne prendre que cet exemple
52:41mais il est énorme
52:42les fédérations sportives
52:44sont aussi concernées
52:45par tout ce dont nous parlons là
52:47en tant que fédérations sportives
52:48et leur rôle éducatif
52:50doit être désormais
52:51pleinement reconnu
52:53avec les droits et devoirs
52:54qui vont avec tout ça.
52:57Alors je pense
52:58qu'il est bon
52:59que le ministère
53:00de l'éducation nationale
53:01soit aussi ministre
53:01de la culture
53:03parce que c'est la question
53:04de la mobilisation
53:07des moyens culturels
53:10très nombreux
53:10de la France
53:11publique
53:11au service des enfants
53:13et on a fait beaucoup de choses
53:14pour l'éducation artistique
53:15et culturelle
53:15mais ce n'est pas la même chose
53:17s'il y a un pilotage commun
53:18y compris localement.
53:21Comme je suis aussi
53:21assez favorable
53:22à l'enseignement supérieur
53:23et la recherche
53:23joint à l'éducation nationale
53:25vous voyez bien
53:25que tout ceci
53:26nous mène à une vision
53:27assez large
53:29de ce que serait ce ministère.
53:30J'y crois quand même.
53:31Je pense que
53:33dès lors qu'on a
53:34un système
53:35bien organisé
53:36aussi bien à l'échelle
53:37des rectorats
53:38qu'à l'échelle nationale
53:38qu'à l'échelle locale
53:41on doit pouvoir
53:43avoir cette vision
53:44intégrée
53:44et c'est quelque chose
53:45de responsabilisant.
53:47Notre système
53:48je pense que c'est
53:48un défaut français
53:50en particulier
53:52a créé des césures
53:53partout.
53:54La césure
53:55entre la maternelle
53:56et l'élémentaire
53:57entre l'élémentaire
53:58et le collège
53:59entre le collège
53:59et le lycée
54:00entre le lycée
54:00et le supérieur
54:02et alors ça
54:03c'est les césures
54:04internes à l'éducation nationale
54:05mais la césure
54:06entre le scolaire
54:07et le périscolaire
54:08le périscolaire
54:08et l'extrascolaire
54:09et l'enfant lui
54:11fort heureusement
54:12est un.
54:14Et on sait bien
54:15qu'on perd
54:15des enfants
54:16dans toutes ces césures.
54:17Donc tout ce qui permet
54:19d'avoir la vision globale
54:20et notamment
54:21de créer des effets
54:23de cohérence
54:24entre les différents
54:25niveaux de l'action publique
54:27est bon.
54:28Et ensuite évidemment
54:29tout ceci se délègue
54:30à un niveau
54:30très local.
54:32Et donc
54:33ce que je disais tout à l'heure
54:34en partant de l'exemple
54:35des cités éducatives
54:36est un bon exemple.
54:38le responsable
54:39de cités éducatives
54:40il est un peu
54:40un ministre local
54:42de l'éducation nationale
54:44de la jeunesse
54:45des sports
54:45et de la culture
54:45parce qu'il agit
54:47sur tous ces domaines
54:48en lien avec le monde associatif
54:49etc.
54:50Et on verrait à ce moment-là
54:51qu'en réalité
54:52les moyens français
54:52sont énormes.
54:54Quand vous prenez
54:54l'argent
54:57des collectivités locales
54:58des CAF
54:59de l'État
54:59sur l'ensemble
55:00des sujets
55:01qui ont trait à l'enfance
55:01nous mettons déjà
55:02des sommes
55:03en réalité
55:04assez considérables.
55:05Donc mieux utilisées
55:06mieux canalisées
55:07rendues plus cohérentes
55:08ces sommes
55:09pourraient être
55:10au service
55:11d'une politique
55:12rénovée.
55:12Donc oui
55:13je crois
55:14à cette vision
55:17systémique
55:18qui responsabilise
55:19et permet
55:20d'avoir
55:22une vision
55:23d'ensemble
55:23de l'enfant.
55:24J'observe
55:24qu'il y a
55:25à l'occasion
55:26des rénovations
55:27d'écoles
55:28ou de collèges
55:29et de lycées
55:29mais notamment d'écoles
55:30des lieux
55:31et aussi
55:32des RPI
55:33en milieu rural
55:34etc.
55:35La semaine dernière
55:36était au moment
55:38de la rentrée
55:38à l'inauguration
55:39d'un établissement
55:40public international
55:41dans un des quartiers
55:42les plus défavorisés
55:43de France
55:44autrement dit
55:45des opportunités
55:46de développement
55:49pour ces enfants
55:49dans un rêve
55:50plus de trois
55:51je peux vous dire
55:52que le bâtiment
55:54est magnifique
55:54et ce bâtiment
55:56et j'ai déjà vu
55:57la même chose
55:58à Arras
55:59et je l'ai vu
56:00dans plusieurs RPI
56:02de France
56:04vous avez aujourd'hui
56:05des bâtiments
56:05qui permettent
56:06parfois même
56:07une continuité
56:08crèche maternelle
56:09par exemple
56:09et qui permettent
56:10de faire du sport
56:11dans l'enceinte scolaire
56:13hors temps scolaire
56:15si vous regardez
56:16la façon
56:16dont le Japon
56:17utilise
56:17ces bâtiments scolaires
56:20c'est beaucoup plus
56:21optimisé
56:21que les nôtres
56:22alors encore une fois
56:24des choses
56:24ont été faites
56:25dans le passé
56:27qui ont permis
56:29d'aller dans la bonne
56:29direction
56:31mais demain
56:32avec en plus
56:33l'évolution démographique
56:34actuelle
56:35que je déplore profondément
56:36et qui j'espère
56:37ne durera pas
56:37mais en tout cas
56:38étant ce qu'elle est
56:40nous allons avoir
56:41des espaces nouveaux
56:42et nous allons aussi
56:43avoir des taux d'encadrement
56:45qui vont s'améliorer
56:46il faut donc
56:46que cette situation
56:48quantitative
56:49qui est ce qu'elle est
56:51amène à une amélioration
56:52qualitative
56:54très grande
56:54puisqu'encore une fois
56:56il faut être très pragmatique
56:57quel est le bâti scolaire
56:59quelle est la situation
57:00des transports localement
57:01quelles sont
57:03les ressources humaines
57:03disponibles
57:04tous ces enjeux
57:05doivent faire l'objet
57:06d'une vision
57:08rassemblée
57:08par une autorité locale
57:10et à l'échelle nationale
57:11par un ministre
57:11en charge en fait
57:13de l'enfance
57:13au travers de tout ça
57:15C'est la fin
57:16de cette audition
57:16de Jean-Michel Blanquer
57:17ancien ministre
57:18de l'éducation nationale
57:19une des nombreuses auditions
57:21de la commission d'enquête
57:22sur les violences
57:23dans le périscolaire
57:24les sénateurs
57:25ont d'ailleurs prévu
57:26de remettre
57:26leurs rapports
57:27et leurs propositions
57:28au mois d'octobre
57:29et ce sera évidemment
57:29à suivre
57:30sur Public Sénat
57:31en attendant
57:32100% Sénat
57:33c'est terminé
57:33merci beaucoup
57:34de nous avoir suivis
57:35très bonne journée
57:35sur les chaînes parlementaires
57:37Sous-titrage Société Radio-Canada
57:39Sous-titrage Société Radio-Canada
57:44Sous-titrage Société Radio-Canada
57:47Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires