00:00À propos de Minimati, quand vous les entendez, vous les recevez comment ? Vous vous dites quoi ?
00:03Je me dis qu'elle n'a aucune empathie pour la parole des victimes, ça c'est déjà la première
00:12chose.
00:12La deuxième chose, moi je trouve que c'est une question de décence, de décence.
00:18On pouvait aussi me dire que Bertrand Contat avait payé et qu'il était sorti de prison
00:24et qu'il fallait le laisser tranquille et qu'il fasse tranquillement sa vie.
00:28Lui, il a été condamné contrairement à Patrouvrel.
00:31Oui, mais il a payé. Soit dans un cas ou dans l'autre, c'est toujours trop ce que les
00:37femmes demandent.
00:39La justice que les femmes demandent, c'est toujours trop.
00:41Et on n'a pas empêché, on n'est pas allé taper les gens qui allaient voir,
00:45on est allé manifester devant en disant écoutez, écoutez ces 32 plaintes, écoutez ce qui se passe,
00:51soyez sorores, même si la justice n'a pas encore tranché.
00:56Donnez autant de relief à la parole des victimes qu'au propos de Bruel,
01:01qui est dans un déni total, donc on est toutes délirantes.
01:05Toujours dans cette affaire, on a entendu la colère de votre soeur Elena Noguera,
01:08qui a témoigné contre le chanteur quand elle a vu son nom sortir dans la presse.
01:13Cette info qu'elle voulait confidentielle est désormais connue, y compris ce dont elle l'accuse.
01:18C'est ce qui dissuade justement certaines, parfois, à franchir le pas.
01:23C'est évident puisque, enfin je vais parler très peu parce que je ne veux pas parler à sa place,
01:29mais la position d'Elena avait été impeccable.
01:33Elle a voulu soutenir la parole de ces femmes, elle ne voulait pas s'exposer,
01:38elle sait le prix à payer, puis elle n'avait pas envie de ça,
01:41mais néanmoins, elle voulait soutenir ces femmes.
01:44Et elle appelle directement les instances.
01:47Et elle décide de garder l'anonymat, mais de néanmoins soutenir.
01:52Et on a besoin de ces femmes-là aussi.
01:54Elles sont aussi très entendues, parce que justement, elles font moins d'éclats,
02:00que c'est plus facile pour les instances institutionnelles d'accepter ça.
02:07Et on a besoin de nous toutes, on a besoin de ça.
02:10Et je trouve épouvantable d'infliger à quelqu'un de...
02:14Enfin, c'est son intimité. Je trouve ça épouvantable.
02:17Vous savez ce qu'il en coûte de parler.
02:19Quand vous parliez tout à l'heure de l'affaire Bertrand Cantat,
02:22quand vous vous êtes exprimée, quand vous étiez seule.
02:24Et d'ailleurs, personne ne vous écoutait.
02:26Vous disiez, ce n'est pas un crime passionnel, ça vous a coûté en partie votre carrière.
02:32C'est aussi ça qu'il y a dans...
02:33Alors, je ne vais pas parler pour votre soeur, mais dans la tête d'autres femmes,
02:36d'autres femmes connues, puissantes aujourd'hui, et qui les empêchent de parler.
02:41Mais c'est intelligent. Il y a d'autres moyens.
02:44Tous les moyens sont bons.
02:45Moi, je fais feu de tout beau.
02:47Voilà, moi, ma personnalité aussi.
02:51En fait, quand j'ai parlé au départ, c'était contre les violences conjugales,
02:55parce que j'ai porté plainte.
02:57Et c'est sorti dans la presse.
02:59Je n'avais pas décidé à ce moment-là de parler.
03:01Vous comprenez ?
03:04Mais...
03:04Ça vous a dépassé ?
03:05Ça m'a dépassé.
03:06Et je me suis dit...
03:10Ce n'est pas glamour.
03:11Et ma maison de disque me disait, c'est fini.
03:14Ce n'est pas glamour, ce n'est pas ce qu'on veut.
03:16On ne veut pas entendre ces histoires-là d'une pop-modèle, en fait.
03:21Mais je me suis dit, qu'est-ce que je fais là ?
03:24Je nie, je minimise, je n'ai pas le droit.
03:27Je n'ai pas le droit.
03:28Je veux dire, c'est énorme.
03:30C'est terrible.
03:33Quand on va porter plainte, comme on est reçu,
03:35j'ai attendu 4 heures, alors que j'avais une entorce cervicale,
03:39qu'on me fasse rentrer.
03:41Enfin, c'est très dur.
03:43Et donc, comme ça avait fuité, j'ai décidé de parler.
03:45J'ai dit des bêtises.
03:47Je n'étais pas préparée.
03:48J'ai encore parlé d'amour.
03:50Même pour moi, ça a été un chemin difficile.
03:53Vous accusez votre compagnon de violences conjugales, de viols aussi.
03:56Et quand on regarde votre histoire, il y a ces viols que vous avez subis
04:00quand vous étiez petite, à 10 ans, les violences conjugales.
04:04Ce viol, c'est autre chose que vous ne racontez pas.
04:08Mais parfois, au détour d'une interview, vous dites,
04:11dans mon milieu professionnel, j'ai vécu des choses.
04:15Vous suggérez, sans dire, parce qu'à chaque fois,
04:19il y a le risque de ne pas être cru quand on est trop victime.
04:21C'est ce que disait Flavie Flamand aussi.
04:23Déjà ça.
04:24Alors, déjà parce qu'au départ, on y va comme ça en se disant,
04:28s'il y a des dégâts collatéraux, il y a des dégâts collatéraux.
04:31Puis petit à petit, on a juste envie de le faire avec plus de tendresse.
04:34Le monde a besoin de tendresse.
04:35La deuxième chose, c'est qu'en effet,
04:38c'est très difficile à faire rentrer dans la tête des gens
04:41qu'effectivement, quand notre intimité est bousillée,
04:45parce que dans un viol, il n'y a pas de désir,
04:50il y a une domination.
04:53Et que notre intimité, elle est explosée,
04:58eh bien on va avoir du mal à la remettre en place
05:02et les prédateurs le sentent.
05:04Et on devient vraiment une proie, très facile.
05:09Et étrangement, même moi aujourd'hui,
05:15quand je rencontre des femmes qui n'ont pas parlé,
05:18mais qui ont vécu vraiment des choses très violentes,
05:20je les capte en deux-deux.
05:22C'est une question de regard.
05:24Il y a quelque chose qui s'éteint dans le regard.
Commentaires