Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 9 minutes
Patrick Bertrand, membre de la BRI pendant 22 ans, raconte les coulisses de sa carrière dans le livre "BRI, carnets noirs". 

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Plastique, bonjour.
00:01Bonjour Jean-Marie.
00:03Plastique, un surnom, celui de Patrick Bertrand.
00:06Bonjour, ça fait plaisir.
00:07Alors j'ai une première question pour vous, parce que ça je l'ai appris
00:10tout de suite, la devise de la BRI.
00:12Oui.
00:13Vous l'avez là dans votre tête, toujours ?
00:15Oui, bien sûr. En latin ou en...
00:18En latin, allons-y en latin.
00:19Per verbum, per gladium.
00:21Per verbum, per gladium, c'est ça ?
00:23Exactement, par le verbe et par le glaive.
00:25Voilà, par le verbe et par le glaive.
00:26Et moi ça me parle parce que le glaive, forcément pour une unité d'intervention,
00:31on comprend l'image, et par le verbe parce qu'on vient aujourd'hui
00:34pour parler de votre livre, qui sont un peu une forme de mémoire,
00:39vous allez me dire, mais c'est ici le verbe en tout cas
00:42qui est l'arme utilisée pour raconter un peu votre BRI.
00:46Exactement.
00:48Le verbe a pris la suite du terrain.
00:52J'ai changé, j'ai pas eu trop le choix non plus,
00:55parce qu'avec l'âge, voilà, j'ai échangé...
01:00On donnera pas l'âge.
01:01J'ai échangé mon arme, mon glaive, mais mon arme moderne contre la plume.
01:06Et moi je retiens cette formule que vous avez dans votre livre.
01:09Vous dites que c'est un testament de rue,
01:12un recueil de sueur et de vérité.
01:14Donc quand même dans cette formule,
01:16on sent la force, l'abnégation, l'intensité, l'énergie
01:22que vous avez mis quand même dans ces fonctions-là,
01:23les fonctions que vous avez eues.
01:24D'une part, oui, effectivement.
01:27Et puis on sent aussi le fait qu'on sort pas indemne
01:31d'un service aussi prestigieux,
01:35car pour y accéder, c'est pas donné à tout le monde.
01:39Il y a peu de place.
01:41En tous les cas, à mon époque, il y en avait beaucoup moins qu'aujourd'hui.
01:43Même si les tests, enfin les sélections étaient complètement différentes.
01:47Mais effectivement, c'est un service qui demande beaucoup,
01:53un engagement total, vraiment total, si on aime ce métier.
01:59Et puis lorsqu'on y reste 22 ans, c'est-à-dire quasiment les deux tiers,
02:03voire un peu plus de ma carrière, de mes 33 ans au Quai des Orfèvres,
02:07oui, ça marque.
02:08Ça marque parce que chaque jour, chaque jour, on s'investit,
02:14enfin chaque jour, chaque nuit aussi, on s'investit dans ce métier.
02:17Et puis les planques, les gilatures,
02:20elles ne s'arrêtent pas à 17h le soir.
02:23On peut découvrir un peu toutes ces anecdotes dans Plastique BRI.
02:28Ce sont des carnets noirs aux éditions Mareuil.
02:31Tout simplement, déjà, Carnet noir, c'est un titre quand même
02:34qui forcément impose une forme de...
02:38On va savoir ce qu'il y a dans l'obscurité de la BRI.
02:44Vous vouliez montrer des choses qui étaient jusque-là
02:46un peu oubliées peut-être ?
02:48Alors, Carnet noir, rien à voir avec Stephen King.
02:52Il y en a beaucoup moins, j'en ai une vingtaine
02:55dans ma cave aujourd'hui, donc j'en ai beaucoup moins.
02:59Donc là, ce qu'on lit, c'est une synthèse
03:02de cette vingtaine de carnets que vous avez noircis
03:06durant toute votre carrière, durant ces 22 ans passés à la BRI.
03:08Alors, toute ma carrière à la BRI, en tous les cas.
03:12Mes carnets, ce sont des carnets de route,
03:13c'est des carnets de mémoire,
03:15c'est la mémoire, c'est la mémoire du vécu,
03:18mais c'est la mémoire aussi de tout ce qui a été tu.
03:22Voilà, c'est pour ça que je parle aussi
03:24de l'envers du décor, des coulisses de ce service-là en particulier,
03:29mais ça peut être les coulisses aussi d'autres services
03:31du Quai des Orfèvres.
03:34Donc, Carnet de route, pourquoi ?
03:36Parce que lorsqu'on est en planque,
03:38eh bien, il faut bien retranscrire ce que l'on voit.
03:41À un moment donné, si on interpelle des gens en flagrant délit,
03:44de braquage ou pour d'autres infractions,
03:47on les a suivis.
03:48Vous avez écrit d'ailleurs, pendant les planques,
03:50c'est à ce moment-là que vous noircissiez ces cahiers ?
03:53Absolument.
03:53Donc, souvent dans les voitures ?
03:55Ah ben, essentiellement que dans les voitures, oui,
03:57parce qu'écrire dans la rue en piéton derrière un voyou,
03:59c'est un peu compliqué.
04:01Mais lorsque vous êtes en piéton ou dans la rue
04:03et que vous ne pouvez pas écrire,
04:04on a toujours une radio,
04:05on est toujours en lisant radio avec les collègues,
04:07donc, comme on dit dans le jargon,
04:09on balance des infos
04:10et elles sont notées par d'autres collègues
04:12qui, eux, peuvent écrire.
04:14Et tout ça, c'est écrit,
04:15c'est retranscrit en cas de besoin,
04:18évidemment, s'il y a un flagrant délit,
04:22pour présenter tout ça
04:23au magistrat.
04:24Et toute cette histoire, finalement,
04:25parce que là, finalement,
04:27concrètement, sont des hommes, effectivement,
04:29qui sont en intervention,
04:30vous échangez avec vous,
04:31vous noircissez de votre côté,
04:33mais ça vient nourrir un document
04:35qui est un peu...
04:37qui vient raconter l'héritage de la Béry.
04:39Ce document existe plus globalement
04:41au-delà de votre simple livre ou pas ?
04:44Alors, c'est carné...
04:46Vous me dites que, finalement,
04:46vous échangez avec vos collègues,
04:48ils peuvent noter aussi des choses.
04:49Et puis, comme vous le dites,
04:51c'est par le glaive et par le verbe,
04:53donc, on consigne, en fait,
04:54les actions, les opérations.
04:56Absolument.
04:57On parle du volet judiciaire
05:01de la Béry,
05:03et on consigne, effectivement,
05:04tout ce que l'on voit,
05:05pour pouvoir, ensuite,
05:06l'acter dans un procès verbal
05:08de surveillance,
05:09voire d'interpellation,
05:10si l'affaire va jusqu'à son terme,
05:14c'est-à-dire le flagrant délit,
05:15c'est-à-dire, concrètement,
05:17vous êtes derrière un voyou,
05:19il est en contact avec d'autres individus,
05:23donc, vous notez le signalement
05:25de ces personnes avec qui il prend contact,
05:27après, vous essayez de les identifier,
05:29si ils vont dans une voiture,
05:29enfin, il y a plein de moyens
05:30pour les identifier.
05:32Et tout ça,
05:33eh bien, imaginons qu'une semaine,
05:35un mois après,
05:37toute cette petite bande
05:38qui se sont rencontrées,
05:39qui sont allées faire des repérages
05:40sur une banque ou sur autre chose,
05:43reviennent un beau matin
05:44pour braquer les employés,
05:46eh bien, vous avez
05:47une association de malfaiteurs
05:48qui est établie,
05:49donc, il faut le coucher sur le papier,
05:51même si la BRI,
05:52comme l'on dit
05:53et comme avait pour habitude
05:54de le dire nos aînés,
05:59c'est un service sans papier,
06:01mais malgré tout,
06:01il faut quand même écrire.
06:02Ça a son importance, l'écrit.
06:04Je voudrais juste revenir sur Noir,
06:05parce que j'ai parlé des carnets,
06:06ce sont des carnets de route,
06:07mais pourquoi Noir ?
06:08Effectivement,
06:09on pourrait se poser la question.
06:11Noir, pour diverses raisons.
06:14D'abord, c'est, je pense,
06:15c'est la signature opérationnelle
06:17de la BRI,
06:19puisque la BRI,
06:21dans le cadre de la brigade anticommando,
06:23qu'on appelle aujourd'hui
06:24la brigade de contre-terrorisme,
06:25la BRI intervient tout en noir,
06:28cagoulé, voilà.
06:30Les autres BRI provinciales,
06:33elles interviennent en gris,
06:35voilà, c'est leur tenue.
06:36Donc nous, on est restés en noir.
06:37Et ça ne fait pas référence
06:38à votre état d'esprit de l'époque,
06:41parce qu'à travers les pages,
06:42quand même,
06:42on comprend qu'il y a une équipe,
06:45qu'il y a un esprit de corps,
06:47qu'il y a notamment tout ce passage
06:49où vous décrivez,
06:50avec cette gouaille,
06:51tous vos collègues
06:53avec qui vous êtes,
06:54qui ont des surnoms.
06:56Et d'ailleurs,
06:56je voulais vous poser cette question.
06:58Pourquoi dans la police
06:59et dans d'autres corps de métier,
07:00bien sûr,
07:01mais cette idée
07:02d'avoir un surnom
07:03pour les uns, les autres,
07:05et le vôtre d'ailleurs,
07:06Plastique,
07:07pourquoi il y a toujours eu
07:08cette espèce d'habitude ?
07:10Alors moi,
07:11c'est particulier,
07:11Plastique,
07:12parce que mon chef de groupe,
07:13quand je suis arrivé à la BRI,
07:14portait le même prénom que moi
07:15et comme mon nom est Bertrand,
07:18Patrick Bertrand,
07:19bon voilà,
07:20ils ont fait une référence
07:22assez rapide
07:23au chanteur pop,
07:24Plastique Bertrand,
07:25ça plane pour moi,
07:26voilà.
07:27Et puis c'était de leur génération aussi,
07:28je pense.
07:29Donc moi,
07:30c'est un cas particulier.
07:32C'est pas lié
07:32à un maniement d'armes
07:33particulier de votre...
07:34Ah, du tout,
07:35ça n'a rien à voir
07:35avec les fractions chaudes,
07:36les explosifs,
07:37rien du tout.
07:38J'aurais pu le faire croire,
07:39mais non.
07:40En revanche,
07:41oui,
07:41pour d'autres collègues,
07:42pourquoi ?
07:43Parce que déjà,
07:44ça évite de donner des noms,
07:47parce qu'on peut se retrouver
07:49une fois qu'on a interpellé
07:51des individus qui sont à côté de nous,
07:53eh bien on peut s'appeler,
07:54logiquement,
07:55on peut s'appeler par nos indicatifs,
07:56mais ça va beaucoup plus vite
07:57de s'appeler par des surnoms
08:00comme Veuch,
08:01Le Zincou,
08:01et ce genre de choses.
08:02C'est ça,
08:02ou l'instructeur,
08:04Moumoun,
08:04alors qu'il y a peut-être moins,
08:05bien sûr,
08:05sur le terrain,
08:06mais j'entends quand même
08:07qu'il y a cette dimension
08:08de sûreté,
08:09finalement,
08:09c'est-à-dire en intervention,
08:10on ne donne pas les prénoms
08:12des opérateurs.
08:15Alors les prénoms,
08:15bon,
08:16pourquoi pas ?
08:17On pourrait le faire,
08:18ça doit arriver également,
08:21mais dans la mesure
08:22où on est protégé,
08:23en particulier
08:23dans ces services spéciaux,
08:28ces unités un peu d'élite
08:29comme l'ABRI,
08:30le RAID,
08:30on est protégé par l'anonymat,
08:32c'est la raison pour laquelle
08:33on porte une cagoule,
08:34même en civil,
08:35une fois qu'on est interpellé,
08:36on se masque,
08:36ou on masque les yeux
08:39des interpellés,
08:41donc effectivement,
08:42on ne va pas non plus
08:42balancer nos noms et prénoms,
08:44voilà,
08:45sauf quand on est à la retraite
08:45comme moi aujourd'hui.
08:47Et puis,
08:48voilà,
08:49vous parlez de certaines années,
08:51vous rentrez à la BRI,
08:53vous dites,
08:54c'est 10 ans avant d'atteindre ce Graal,
08:5610 ans quand même,
08:57dans différents corps de la police,
09:00et enfin,
09:01le 1er août 2000,
09:02vous rentrez,
09:03c'est votre date d'intégration
09:04dans l'Antigang,
09:05avant un petit passage éclair
09:07que vous racontez aussi,
09:08avant une forme de stage d'observation,
09:11mais en même temps,
09:12où on vient vous tester déjà,
09:13c'est ce que je comprends
09:14à travers ces images-là.
09:16Oui, allez-y, allez-y.
09:17Non, non,
09:17alors,
09:18je corrige juste,
09:20ce n'est pas 10 ans,
09:20c'est 6 ans,
09:226 ans,
09:22en réalité,
09:23enfin,
09:24oui,
09:246 ans,
09:25passé,
09:27avant d'intégrer la BRI,
09:29au groupe de répression du mandatisme,
09:30le GRB de la police judiciaire des Hauts-de-Seine,
09:33où là,
09:33j'avais un poste d'enquêteur,
09:36on était saisi,
09:38des braquages
09:39sur tout le département des Hauts-de-Seine,
09:42des vols par effraction,
09:43d'un certain montant,
09:45au-delà,
09:46c'était la BRB,
09:46enfin,
09:47voilà,
09:47donc,
09:47j'ai touché un petit peu à la procédure pendant 6 ans,
09:52c'était une époque encore,
09:54en 1993,
09:55où on pouvait faire,
09:58tout en faisant de la procédure,
09:59on pouvait quand même faire un peu de terrain,
10:00c'est-à-dire,
10:01je ne parle pas simplement des interpellations domiciliaires
10:04de 6h du matin,
10:04mais on pouvait aussi,
10:05quand les saisies ne tombaient pas trop souvent,
10:09voilà,
10:10suivre un peu nos malfaiteurs identifiés dans certains dossiers.
10:12Vous,
10:13le terrain,
10:13c'est viscéral,
10:15à votre avis ?
10:16Complètement.
10:16Ah oui,
10:17oui.
10:18Parce que je dis ça,
10:19parce que quand on lit les pages,
10:21où vous quittez justement la BRI,
10:23avec d'autres circonstances,
10:25qui viennent bien sûr faire que votre départ de cette unité est vraiment particulière,
10:30mais on sent en tout cas que c'est un moment difficile,
10:32aussi parce que le terrain et l'équipe que vous avez bâtie,
10:37parce que vous avez pris la direction de la BRI à 36 ans seulement.
10:40de la BRI d'un groupe opérationnel.
10:42D'un des groupes.
10:43J'aurais bien aimé,
10:44mais j'en étais loin quand même.
10:45Mais c'est vrai de prendre...
10:46Et puis je n'aurais pas eu le même sort,
10:48ma fin n'aurait été complètement différente.
10:51Mais c'est ça,
10:52je voulais vous demander,
10:53le fait de prendre la direction d'un décor justement,
10:56à 36 ans,
10:57ça paraît jeune.
10:58Et on sent dans les lignes quand même que pour vous,
11:00ça l'est un peu à ce moment-là ou pas ?
11:02Vous sentez que vous êtes un peu vert ?
11:03Moi je ne m'en rendais pas compte,
11:05mais effectivement ça l'est,
11:06parce que j'en parlais d'ailleurs avec un collègue
11:10qui est malheureusement décédé depuis,
11:12qui était chef du groupe que j'ai dirigé moi,
11:14le groupe 40,
11:15mais il y a très longtemps.
11:17C'est un personnage qui a passé 40 ans à la BRI,
11:20quasiment toute sa carrière.
11:21Et il était devenu chef de groupe au bout de 17 ans.
11:2717 ans de BRI.
11:27Et moi effectivement,
11:29ça a été beaucoup plus rapide,
11:30puisque au bout de 5 ans,
11:32me semble-t-il,
11:32j'étais déjà chef de groupe.
11:34Mais c'est aussi les circonstances
11:37qui ont fait que,
11:39voilà,
11:39il n'y avait peut-être pas suffisamment d'officiers.
11:44Et puis j'avais fait quand même un parcours
11:46dans un autre groupe,
11:48en commençant en 4e, 3e, 2e.
11:50Et puis quand on a recréé le groupe 40
11:53qui avait été éteint pendant quelques années,
11:56mon chef de groupe,
11:57Gérard Sausson, pour ne pas le nommer,
11:58il est à la retraite aujourd'hui,
12:00et je le salue.
12:01Gérard a pris le groupe,
12:02et puis il est arrivé en fin de carrière.
12:04Donc il a fini à l'état-major de la BRI,
12:08et il m'a laissé au bout d'un an
12:10les rênes du groupe,
12:11donc ça a été très rapide.
12:12Voilà,
12:13mais je me sentais apte,
12:15je pense, à le faire.
12:17Et puis je pense que les résultats du groupe,
12:19en tous les cas,
12:20parce que c'est un travail d'équipe,
12:22l'ont démontré.
12:24Et en plus,
12:25ce qu'on découvre aussi à travers les pages,
12:27c'est qu'il y a un esprit particulier,
12:29c'est-à-dire,
12:30il y a cette expression
12:32de parler de la police d'initiative.
12:35Vous avez des phrases à travers votre livre,
12:37justement,
12:37quand vous parlez de cet ADN de la BRI,
12:39à ce moment-là,
12:40la police d'initiative,
12:41c'est alors une révolution,
12:43c'est l'art de précéder l'événement.
12:45Vous dites,
12:46on est à la fois le chasseur,
12:49patient,
12:49et le marteau qui frappe.
12:50Donc c'est vrai qu'il y a plusieurs fonctions,
12:51il y a le chasseur qui est en attente,
12:54et il y a le moment où il faut justement agir.
12:57Ça, on sent à travers votre livre,
12:58justement,
12:59Carnet Noir,
13:00que c'est ce que vous vouliez mettre en lumière,
13:03en tout cas.
13:03Vous me dites,
13:04si je dis des bêtises,
13:05mais que cet esprit de la BRI,
13:07d'être sur l'anticipation,
13:09et de pas juste être,
13:10finalement,
13:10à constater des faits,
13:13des méfaits,
13:13même des délits,
13:14ça,
13:15c'est quelque chose
13:15qui est un peu disparu,
13:18il fallait le remettre en lumière,
13:20il fallait faire en sorte
13:21que ça ne soit pas oublié.
13:23Alors ça,
13:23une grande importance pour moi,
13:25et c'est un peu
13:26une des raisons,
13:28au-delà de rendre hommage
13:29à mes collègues,
13:31et de mes collègues du groupe 40,
13:33et de mes parrains,
13:34de mes aînés,
13:35ceux qui m'ont formé,
13:36qui m'ont tout appris,
13:37c'est la volonté de souligner
13:44que la police judiciaire
13:46et la police d'initiative
13:47en particulier,
13:48parce qu'on a cette chance
13:49à la BRI
13:50de ne pas être saisi
13:51de dossier,
13:53en tous les cas,
13:54on ne prend pas de plainte,
13:55on ne fait pas des enquêtes
13:56comme les groupes d'enquête,
13:58d'initiative,
13:59enfin des groupes d'enquête,
14:00voilà,
14:01et on a cette chance,
14:03et je pense qu'il faut
14:05la préserver,
14:07malheureusement,
14:08c'est d'actualité,
14:09aujourd'hui,
14:10avec les différentes réformes
14:12qui ont eu lieu,
14:13à commencer par celle
14:14de la pub en 2005,
14:15et puis tout récemment,
14:17en 2024,
14:18voilà,
14:19la réforme
14:20et la réforme
14:21de la DDPN.
14:25Je crois sincèrement
14:27en regardant
14:29les résultats
14:30de ces réformes
14:30et l'évolution
14:32aujourd'hui
14:32de ces mentalités,
14:34c'est vraiment
14:35une fracture
14:38générationnelle
14:39et culturelle,
14:41c'est que cette politique
14:43d'initiative,
14:43si on ne la sauve pas
14:44aujourd'hui,
14:45elle sera perdue
14:46à jamais.
14:48Aujourd'hui,
14:49effectivement,
14:50les collègues
14:50passent tellement
14:51de temps
14:53derrière leur écran
14:54d'ordinateur
14:55à acter
14:56tout ce qu'ils font
14:58à travers
14:59leurs procès verbaux,
15:00qu'ils ont perdu
15:01le sens de la rue.
15:05Et perdre le sens
15:06de la rue,
15:06c'est la mort
15:08de la police judiciaire,
15:08parce que la police judiciaire,
15:10sans renseignement,
15:11là je parle des sources,
15:13puisqu'on va
15:14venir à ce sujet,
15:14sans renseignement,
15:16la police judiciaire
15:16est sourde
15:17et aveugle.
15:18C'est d'ailleurs
15:19Joby
15:19qui le déclarait.
15:20Aujourd'hui,
15:20on n'accorde pas
15:21assez de place
15:22à cette source
15:22de renseignement,
15:23enfin voilà,
15:24la manière dont l'info
15:25arrive jusqu'à la police
15:26pour que des affaires
15:27justement s'ouvrent ?
15:29Non,
15:29parce que
15:29la lourdeur
15:32de la procédure,
15:34qui depuis tout temps
15:35devait être simplifiée
15:36et qui ne l'a jamais été,
15:38cette lourdeur de la procédure,
15:39cette lourdeur bureaucratique,
15:40administrative,
15:42en fait,
15:43coupe l'énergie,
15:45enfin cette synergie
15:46du policier
15:47à devoir aller dans la rue
15:49chercher du renseignement.
15:50Donc,
15:52je ne dis pas
15:52que le renseignement
15:53fait tout,
15:55mais il est indispensable.
15:56en tous les cas
15:57pour des services
15:58comme la BRI,
15:59les BRI d'ailleurs,
16:01qui sont des services
16:02d'initiative.
16:04Si vous vous contentez
16:05parce qu'aujourd'hui,
16:07et c'est cette fracture
16:08générationnelle
16:09que j'explique
16:10dans le livre,
16:12c'est que
16:13la BRI est de plus en plus,
16:15et moi je l'ai vécu
16:16sur mes dernières années
16:17à la BRI,
16:18est de plus en plus
16:19devenue le bras armé
16:20des services d'enquête.
16:21C'est-à-dire aujourd'hui,
16:22et c'est valable en province
16:24comme à Paris,
16:25au sein de la préfecture de police,
16:26et de la DPJ.
16:28Je veux dire par là
16:29qu'aujourd'hui,
16:31le premier district
16:32de police judiciaire,
16:33le GRB,
16:34va identifier un braqueur
16:35dans le cadre
16:36de ces procédures,
16:37on entend les victimes,
16:38etc.,
16:39par différents moyens.
16:40Comme ils n'ont plus le temps,
16:41en raison de la lourdeur administrative
16:43et la lourdeur de la procédure,
16:44de les surveiller,
16:47peut-être d'identifier
16:48des complices,
16:49peut-être d'identifier des cages,
16:50des voitures volées,
16:51de retrouver le butin,
16:52éventuellement,
16:54ils n'ont plus le temps
16:55d'aller sur le terrain
16:56et ils font appel à la BRI.
16:58Ce qui fait que ça occupe la BRI.
17:00La BRI excelle toujours
17:01par ses compétences
17:03sur le terrain,
17:04la filature,
17:06même si...
17:08Moi, j'ai connu que le début
17:09de la technologie
17:10qui nous aide malgré tout,
17:11mais voilà,
17:13ils sont toujours sur le terrain
17:14et ils excellent dans cette matière.
17:16Donc,
17:17pourquoi aller chercher
17:18du renseignement ailleurs
17:19auprès des informateurs,
17:20des sources,
17:21des tontons,
17:21comme l'on dit
17:23dans le jargon policier,
17:24puisque les services d'enquête
17:26vous appellent en disant
17:26voilà, nous,
17:27on a un mec identifié,
17:28je ne cherche pas
17:29auprès d'un informateur.
17:30Donc voilà,
17:31on est devenu le bras armé
17:33par la force des choses aussi.
17:34Et puis,
17:34je pense qu'il y a
17:36une autre raison
17:37qui fait que cette police
17:38d'initiative
17:39tente à disparaître.
17:41C'est un changement
17:43de culture
17:45d'une certaine hiérarchie.
17:46C'est celle du chiffre,
17:47la politique du chiffre.
17:48C'est la politique du chiffre,
17:49c'est la politique aussi
17:52d'une police
17:56zéro risque.
17:58Voilà.
17:59Cette hiérarchie,
18:00aujourd'hui,
18:02est guidée,
18:03j'ai le sentiment,
18:04d'ailleurs ça se voit,
18:06j'ai des cas concrets,
18:07mais elle est guidée
18:08par ce principe
18:10de précaution.
18:11Donc,
18:14pourquoi aller prendre
18:14des risques
18:15avec un informateur
18:16pour sortir une affaire
18:17aujourd'hui,
18:19sachant qu'on est,
18:21malgré tout,
18:22on sera quand même seul
18:23le jour où il y a
18:24un problème,
18:25parce que la gestion
18:27d'un informateur,
18:28c'est un art délicat.
18:31D'ailleurs,
18:32c'est pour ça qu'il a été
18:33encadré,
18:33et à mon sens,
18:34beaucoup trop,
18:35par des gens qui,
18:37certainement,
18:39n'ont peut-être
18:39géré aucun informateur
18:41de leur vie.
18:42C'est vrai,
18:42vous parlez d'un moment
18:43d'un de vos informateurs,
18:44Rabi,
18:44si je ne dis pas de bêtises,
18:45vous dites,
18:46je danse avec le diable,
18:48parce qu'il roule
18:49en grosse berline
18:50dans Paris,
18:50mais c'est quand même
18:51un informateur,
18:52quelqu'un avec qui
18:53vous pouvez,
18:53vous allez me dire
18:54si c'est le bon mot,
18:55travailler,
18:56parce qu'il y a des infos
18:56qui peuvent vous remonter,
18:57mais en même temps,
18:58ce n'est pas un collègue
18:58non plus,
18:59il faut se méfier,
19:01comment vous définiriez
19:02déjà la relation
19:03que vous pouviez avoir
19:04avec un informateur,
19:06un tonton,
19:06donc de ce calibre-là,
19:08où on se dit,
19:08je vais parler avec lui,
19:10il va me dire des choses,
19:11il va y avoir du vrai,
19:12il va y avoir du faux,
19:12il faut séparer
19:13le bon grain de l'ivraie,
19:14comment on fait
19:15dans ces cas-là,
19:15vous le dites,
19:16je danse avec le diable.
19:17Exactement.
19:19Exactement,
19:20c'est toute la difficulté
19:22de ce travail d'initiative,
19:24de recherche du renseignement,
19:26c'est que il faut avoir
19:28conscience que l'informateur
19:30va dans tous les cas
19:31essayer de vous manipuler.
19:33A l'inverse,
19:34en retour,
19:35nous,
19:36officiers traitants,
19:37on va l'exploiter,
19:39évidemment.
19:39Donc il faut garder
19:40une certaine limite,
19:41évidemment,
19:44dans ses relations
19:45avec ses informateurs,
19:48et l'informateur
19:50ne travaille pas
19:52pour vos beaux yeux,
19:53en général,
19:54même si Rabi,
19:55en question,
19:57a largement les moyens
19:58de vivre
19:58sans donner
20:01des informations
20:01à la police,
20:02parce qu'en plus,
20:04elle le faisait,
20:04ce n'était même pas
20:04pour de l'argent.
20:05Il y a plusieurs motivations
20:07qui les poussent
20:08à travailler avec la police.
20:10Et c'est vraiment
20:11un art délicat
20:12et qu'il faut savoir maîtriser.
20:15Alors je sais que maintenant,
20:15avec ces réformes
20:17récentes,
20:18il y a des formations,
20:19il faut être habilité
20:21pour...
20:21Voilà.
20:22Mais moi,
20:22je pense que...
20:24Je pense que
20:25la méthode à l'ancienne,
20:27avec ses travers,
20:28mais aussi ses limites,
20:30n'était pas plus mal
20:31parce que la relation
20:32avec un informateur,
20:33c'est un contrat moral.
20:34En fait,
20:35vous le sentez
20:36ou vous le sentez pas.
20:38Aujourd'hui,
20:40un informateur
20:41va être évalué
20:42par une commission
20:42tous les deux ans,
20:45il me semble...
20:46Et cette commission,
20:48qu'il ne le connaît pas en plus,
20:49va vous dire
20:50ben non,
20:50là,
20:50vous n'allez plus travailler
20:51avec lui
20:51parce qu'il n'a pas donné
20:53d'affaires,
20:54parce que ses infos
20:56étaient des tuyaux percés,
20:58etc.
20:58Vous avez peut-être travaillé
20:59avec lui pendant des années
21:00d'un jour à l'autre
21:02alors qu'il y avait peut-être
21:03des informations
21:04qui vous ont permis
21:04d'avancer,
21:05on vous l'enlève.
21:06Oui.
21:06Et puis bon,
21:07il ne faut pas oublier
21:07que donner des informations,
21:09puis un informateur
21:09peut se retrouver en prison,
21:10donc la communication
21:11est beaucoup plus complexe
21:13avec l'officier traitant,
21:15évidemment.
21:17Et...
21:18Mais...
21:19Et ça,
21:20aujourd'hui...
21:20Un informateur
21:20ne va pas vous donner
21:21d'informations tous les jours.
21:22Ça peut,
21:23effectivement,
21:24on peut passer deux ans
21:25sans avoir...
21:26On a toujours de ces nouvelles
21:27parce qu'on les relance régulièrement,
21:29mais...
21:30Voilà.
21:31Lorsque l'info
21:32est bonne,
21:34construite,
21:35corroborée,
21:35parce qu'il faut évidemment
21:36vérifier tout ce qui est dit,
21:39des fois,
21:40ça peut prendre des années,
21:41mais vous gérez pas qu'une source
21:42en général.
21:43Question que je me pose
21:44d'ailleurs par rapport à ça,
21:45est-ce que des informateurs
21:47ont peut-être essayé
21:48de mettre différentes...
21:51Comment dire ?
21:53Différentes sections de police
21:54ou groupes de police
21:55en opposition,
21:56en donnant une info
21:57à l'un,
21:58une autre à l'autre,
21:59et...
22:00Parce qu'on peut imaginer ça aussi,
22:01comme vous dites,
22:02c'est un jeu de dupe
22:03où on se manipule
22:04les uns les autres.
22:04Est-ce qu'ils sont...
22:05Est-ce que ça a pu arriver,
22:06ça ?
22:07Alors,
22:08aujourd'hui,
22:08ils sont enregistrés,
22:09donc imaginons que moi,
22:11je vous enregistre
22:11comme ma source,
22:12aujourd'hui,
22:13et que demain,
22:14vous alliez voir
22:14un service concurrent,
22:17citerait la BRB,
22:17par exemple,
22:18en disant,
22:18ben moi,
22:19je vais travailler
22:19avec la BRB aujourd'hui,
22:20vous allez voir
22:20un chef de groupe là-bas.
22:22Il va vouloir vous enregistrer,
22:23parce que c'est l'obligation
22:24aujourd'hui.
22:26Mais...
22:27Lorsqu'il y a
22:28deux enregistrements
22:28qui sont faits
22:29auprès du BCS,
22:30c'est-à-dire
22:30le Bureau central des sources,
22:33le premier collègue,
22:34c'est-à-dire moi,
22:35en l'occurrence
22:35qui vous avez déjà enregistré,
22:36je vais être joint
22:37par le Bureau des sources
22:38en me disant,
22:39écoutez,
22:39votre source
22:40s'est rapprochée
22:41de la BRB
22:41pour travailler avec elle.
22:43Donc,
22:44moi,
22:44mon principe,
22:45c'est qu'on ne travaille
22:45pas pour deux services.
22:46C'est pas...
22:48Tout doit passer par vous.
22:50Il faut une confiance totale
22:51entre l'informateur
22:52et l'officier.
22:54si l'informateur
22:55vous transmet une information
22:56alors qu'il n'est pas
22:57du braquage,
22:58j'imagine,
23:00il vous donne
23:01pour information
23:01qu'un tel a tué,
23:03qu'est-ce que vous allez faire ?
23:04Vous allez appeler
23:05le service d'enquête
23:06qui travaille sur ce dossier,
23:07la brigade criminelle,
23:08en disant,
23:09voilà,
23:09mais vous ne dites pas
23:10à l'informateur,
23:11tiens,
23:12va en parler à la crime.
23:13Non, non.
23:13Tout doit passer par vous.
23:15Vous êtes le filtre.
23:16Et puis,
23:16c'est une question
23:16de loyauté,
23:18je pense.
23:19Exactement.
23:20Aussi.
23:20Alors,
23:21il y a,
23:22là,
23:22on vient de le dire,
23:23j'espère que les gens
23:23vont le sentir
23:24que c'est vraiment
23:25un livre qui est ancré
23:26vraiment dans le réel,
23:27c'est ce qu'on sent.
23:28Bien sûr,
23:28il y a votre vérité
23:30qui est subjective
23:31comme à chacun
23:31quand on raconte son histoire,
23:33mais c'est quand même
23:34un livre qui est vraiment
23:34ancré dans le réel
23:35avec,
23:36je dirais,
23:37sur la forme quand même,
23:38cette gouaille,
23:39ce vocabulaire
23:40qui fait que
23:41le décor,
23:42quand il est planté,
23:43on est parfois
23:44un peu dans un film
23:46avec,
23:47voilà,
23:47et puis aussi,
23:47on apprend,
23:48on apprend les terminologies,
23:49les mots,
23:50Ultima Ratio,
23:51le dernier recours,
23:53d'avoir une pilule
23:54dans le barillet,
23:54c'est quoi ça ?
23:56C'est une cartouche,
23:58alors dans le barillet,
23:59maintenant c'est dans le chargeur,
24:00parce qu'on a plus
24:01des armes,
24:01enfin des pistolets
24:02que des armes de poing,
24:03j'ai vu,
24:04le canonge aussi,
24:05c'est ça ?
24:06Le canonge,
24:07c'est le fichier canonge,
24:07c'est le fichier photo
24:08de la police.
24:11Voilà,
24:11passer les gourmettes,
24:13débusquer une crèche,
24:14loger un malfaiteur,
24:15le soum,
24:16alors le soum,
24:17ça c'est un objet,
24:18c'est connu,
24:18c'est connu,
24:19c'est connu de surveillance,
24:20tout le monde connaît,
24:22origine BRI d'ailleurs,
24:24origine BRI,
24:25mais là,
24:26je laisse le lecteur
24:27découvrir dans mon livre,
24:28il y a des mots comme ça,
24:29d'un lexique qui vient spécial.
24:32Oui,
24:33alors ça met de la couleur
24:34dans mon livre,
24:35et puis comme vous le disiez,
24:37pourquoi pas en faire un film ?
24:39Parce que,
24:39voilà.
24:40On se sent comme s'il y avait
24:41un peu de retard.
24:41J'espère que des producteurs
24:42le liront,
24:44Olivier Marchal,
24:45à qui je fais coucou,
24:46et à d'autres.
24:47Eh bien,
24:47on espère que ça...
24:48Mais pourquoi ?
24:48Oui,
24:49parce que,
24:49alors moi je ne suis pas parisien,
24:50ça vous pourrez le découvrir,
24:52je ne suis pas du tout parisien,
24:54et je ne souhaitais surtout pas
24:56monter sur Paris,
24:57travailler.
24:58J'ai déménagé tous les deux ans,
25:00je suis d'une famille
25:02essentiellement de militaires,
25:04donc j'ai suivi
25:05les périgrénations de mon père,
25:07qui est...
25:08Voilà,
25:08et donc je suis né en Afrique,
25:09on a vécu beaucoup en Afrique,
25:11et puis en Allemagne,
25:12ailleurs, aux Antilles,
25:13et puis j'en passe.
25:15Donc je n'étais pas parisien,
25:16et je ne souhaitais pas
25:17venir sur Paris,
25:19sauf que ma promotion,
25:20qui était une grosse promotion
25:20à l'époque,
25:21puisqu'elle comptait 800 inspecteurs
25:23de police,
25:24il fallait renforcer
25:25la police judiciaire,
25:26et on s'est tous retrouvés
25:28à Paris,
25:30sauf un,
25:31le major de promo,
25:32qui lui a eu la chance
25:33de retourner à Marseille,
25:34il était gardien de la paix,
25:35et voilà,
25:35tant mieux pour lui,
25:36c'était un Marseillais.
25:37Et donc je me suis retrouvé à Paris,
25:40et j'ai découvert,
25:41alors je l'avais un peu découvert
25:43dans les films...
25:45des films...
25:46C'est ça,
25:47je voulais vous amener,
25:48voilà.
25:49Mais j'ai été entouré,
25:50effectivement,
25:51et notamment par Jérôme
25:53et d'autres,
25:53par de véritables titis parisiens,
25:56et cet humour,
25:59leur façon de parler,
26:01j'ai toujours adoré ça,
26:03parce que j'ai trouvé ça
26:04très imagé,
26:05et avec beaucoup
26:06d'imagination,
26:08beaucoup de...
26:10Enfin,
26:10c'est haut en couleur,
26:11donc à chaque fois
26:12que j'entendais des expressions,
26:14je l'ai noté.
26:15Vous l'ai noté ?
26:16Il y en a d'autres
26:18que je n'ai pas sortis
26:18parce que...
26:20Elles n'ont pas passé
26:21la douane,
26:22c'est ça ?
26:22Voilà,
26:22elles ne passeraient pas
26:23peut-être chez l'éditeur,
26:24c'est ça.
26:25Oui, allez-y, allez-y.
26:26Non, non, non, je vous en prie.
26:27Juste,
26:27il y avait cette dernière citation
26:28que je voulais dire
26:29parce que vraiment,
26:30elle est très sympa.
26:31Si tu n'aimes pas
26:31l'odeur de la jungle
26:32au petit matin,
26:33c'est que tu n'as rien à faire
26:33dans la colonne.
26:34Ça,
26:35ça veut bien dire
26:36ce qu'il faut avoir
26:37comme pédigré.
26:38Et il y a quand même
26:38aussi cette expression.
26:39Alors,
26:40les cow-boys du 36,
26:41celle-là,
26:41elle est restée.
26:42Un peu péjorative
26:44pour certains quand même.
26:46Oui.
26:47Est-ce que c'est justement
26:48une expression
26:50qui est un peu réductrice ?
26:51On se dit
26:52non,
26:53c'était aussi la vérité.
26:54Les cow-boys du 36,
26:55ça peut paraître
26:55un peu péjoratif.
26:56Qu'est-ce que vous en pensez
26:57du fait que cette expression
26:58soit un peu restée ?
26:59On est d'accord ?
26:59Oui.
27:01Elle est restée
27:02un peu moins peut-être maintenant,
27:03je pense,
27:03mais effectivement,
27:04elle était d'actualité
27:08à l'époque
27:09de la génération
27:11qui m'a précédée
27:12et un peu de la mienne
27:14au début.
27:15Non,
27:15je la trouve pas réductrice,
27:17au contraire.
27:18Il y a justement,
27:19il y avait ce côté
27:20où on se démarquait
27:21des autres services
27:22d'enquête
27:23par cette liberté
27:25de vestimentaire,
27:27cette liberté d'expression,
27:29cette liberté
27:30un peu d'action
27:31aussi sur le terrain.
27:32Parce qu'il faut reconnaître
27:33que quand vous étiez
27:35à l'Antigang,
27:38on nous passait quand même
27:39beaucoup plus de choses
27:40que dans d'autres services.
27:42Aujourd'hui,
27:42certainement beaucoup moins.
27:44Voilà,
27:45c'est le pari
27:46plus administratif
27:46qui s'ouvre
27:47de plus en plus.
27:48C'est le réchauffement climatique,
27:49on va dire.
27:50Mais ouais,
27:51à l'époque,
27:52c'était les cow-boys,
27:53les ninjas,
27:55voilà,
27:55selon que
27:56l'on parlait
27:56du volet judiciaire
27:57de la BRI
27:59ou du volet
27:59côté intervention.
28:01Avec des grosses personnalités,
28:02forcément.
28:03Et une très grosse personnalité,
28:04oui.
28:04Et c'est vrai que
28:05pour parler du quotidien,
28:06on a un peu parlé
28:07quand même des tontons,
28:09de l'information,
28:10les informateurs,
28:11comment on travaille avec eux.
28:12Mais il y a des moments
28:12très forts,
28:13c'est un peu ce qu'on disait
28:14au début,
28:15on retrouve tout ça
28:16dans Carnet Noir.
28:18Il y a les filatures,
28:19l'attente,
28:20et il y a l'intervention,
28:21le flagrant délit.
28:23Le flagrant délit,
28:24il y a plusieurs chapitres
28:25qui est dédié
28:26à ce moment,
28:27qui revient bien sûr,
28:28mais ce moment particulier
28:30où on vient faire
28:30l'interpellation.
28:31Vous aujourd'hui,
28:32comment vous le définissez
28:33ce moment-là ?
28:34Est-ce qu'il vous manque ?
28:35Est-ce qu'il y a cette adrénaline
28:38que l'on ressent ?
28:39Oui, ça me manque,
28:40évidemment.
28:41Évidemment,
28:42parce que c'est l'aboutissement
28:43d'un travail d'enquête,
28:45de surveillance,
28:46de filature
28:47qui est parfois très ingrat.
28:50mais c'est l'aboutissement
28:51de tout ce travail.
28:54C'est l'assurer sur le gâteau,
28:56pour prendre une image.
28:59Effectivement,
29:00la plus grosse des qualités,
29:03la grande qualité,
29:03je rebondis là-dessus,
29:04la grande qualité
29:05d'un membre de l'anti-gang,
29:07c'est la patience.
29:09Si vous n'êtes pas patient,
29:10si vous n'êtes pas capable
29:11de rassurer dans votre voiture
29:12des jours, des nuits,
29:13à surveiller parfois quelque chose
29:15qui ne bouge pas
29:15ou que vous ne voyez pas...
29:16Le plus long que vous aviez fait ?
29:18Le plus long,
29:21ça doit être 3-4 jours.
29:23Oui.
29:23Alors bon,
29:24on ne reste pas dans la voiture,
29:25on sort,
29:25on a tous des besoins naturels
29:27et puis voilà.
29:28Mais au même endroit.
29:30Ah oui, oui.
29:31Oui, oui.
29:31C'est ce qu'on appelle
29:32des planques statiques
29:33et puis il faut avoir cette...
29:35Alors,
29:35il y a cette première qualité
29:36de la patience
29:38et après,
29:39cette faculté de bascule,
29:42d'intervention,
29:43parce que
29:45vous surveillez
29:46un établissement bancaire
29:47ou un autre objectif,
29:50ça vous prend des jours,
29:51des mois
29:52et puis d'un moment
29:54à l'autre,
29:55l'équipe arrive
29:56et braque.
29:57Donc là,
29:57si vous n'avez pas
29:59cette capacité
30:00de basculer tout de suite
30:01dans l'intervention,
30:02dans l'interpellation
30:03ou dans la filature,
30:05c'est que vous n'êtes pas fait
30:06pour être à la BRI.
30:07Donc ça,
30:08ça s'apprend,
30:11mais il faut l'aimer.
30:13Et vous donnez aussi
30:14la formule du flag,
30:16parce que là,
30:16vous nous parlez beaucoup
30:17d'attente.
30:18Elle est dans la formule,
30:19vous la connaissez de tête ?
30:20Moi, je peux vous la lire,
30:21vous l'avez écrite.
30:22La formule du flag,
30:23selon Einstein.
30:25Alors,
30:25on est sur...
30:26Je ne suis pas mon mathématique,
30:27mais je l'ai écrite.
30:28Labeur plus patience,
30:30plus courage,
30:32moins imprévu managérial.
30:35Exactement.
30:35C'est quoi ça ?
30:36Alors,
30:37qu'on s'entende bien,
30:38parce que ça n'a rien
30:40de négatif
30:43à l'égard
30:43de la hiérarchie,
30:46quelle qu'elle soit,
30:47d'ailleurs,
30:48chef de service
30:49ou adjoint,
30:50parce que
30:50je me suis entendu
30:51avec beaucoup d'entre eux.
30:52En 22 ans,
30:53j'en ai vu passer
30:54plus d'une quinzaine,
30:55chef et adjoint.
30:57Mais non,
30:58c'est simplement...
30:59Et ça,
30:59c'était les réflexions
31:00que les collègues nous faisaient,
31:01mais je partage
31:02leurs réflexions.
31:03C'est que vous planquez
31:04pendant des mois
31:08sur un individu,
31:09vous le surveillez,
31:10vous le filochez,
31:11vous connaissez ses habitudes,
31:12enfin voilà.
31:13Et quand ça sent
31:14un peu la poudre,
31:15c'est-à-dire que
31:16ça va passer à l'action,
31:18ça va braquer,
31:19donc vous vous rendez compte
31:20de tout ça
31:21à votre hiérarchie,
31:22évidemment,
31:23au quotidien,
31:25et que vous les voyez
31:26ou pour certains
31:28débarquer juste pour le flag,
31:31passer les pinces
31:33avec nous.
31:34En général,
31:35il y a quelques petites réflexions
31:37qui fusent
31:38sur les ondes radio
31:40pour dire,
31:40en gros,
31:42si tu veux ta place
31:42avec nous,
31:43tu viens vivre
31:44au quotidien avec nous
31:45et tu manges ton pain noir
31:46comme tout le monde.
31:47C'est ça,
31:48parce que la filière...
31:49Mais bon,
31:49après,
31:49il y en a à qui on pardonne
31:51parce qu'on sait
31:53qu'ils ont d'autres missions
31:54et puis pour certains,
31:57c'était aussi
31:57des anciens officiers
31:58comme moi
32:00et ils ont connu le terrain,
32:01ils ont mangé
32:02leur pain noir,
32:03donc on les accepte volontiers.
32:05Exactement.
32:05Mais il y a un risque
32:06à prendre
32:06parce que
32:07quand vous ne connaissez pas
32:08les individus
32:09et que vous arrivez derrière,
32:13d'une minute à l'autre,
32:15vous vous mettez en filoche derrière,
32:16j'ai plein d'anecdotes là-dessus.
32:17Vous avez eu peur
32:18pour votre vie ?
32:21Réellement, non.
32:22Celle de vos coéquipiers ?
32:24Celle de vos camarades ?
32:26Non,
32:27parce que j'avais
32:27entièrement confiance en eux
32:28et puis ils étaient bien...
32:31Ils étaient expérimentés,
32:32ils étaient formés.
32:34On a toujours
32:35une petite crainte,
32:36évidemment,
32:36parce que sans crainte,
32:38voilà,
32:39moi je pense que sans crainte,
32:39on n'avance pas.
32:40Mais au contraire,
32:41moi,
32:42c'était tout l'effet inverse.
32:44Dans les moments
32:45où ça a commencé,
32:46cette bascule
32:48commençait à se faire
32:49où on n'est pas loin d'intervention,
32:50j'étais
32:52plutôt relativement serein.
32:55C'est paradoxal,
32:57mais je l'ai été,
32:58je ne sais pas,
32:59c'est instinctif.
33:01Et puis après,
33:02on passe dans l'action,
33:03etc.
33:03Donc là...
33:04Mais vous sentiez que le temps
33:05se ralentissait un peu pour vous
33:06à ce moment-là ?
33:08Oui,
33:08parce que moi,
33:09en tant que chef de groupe,
33:11j'avais une vision générale
33:12de la scène,
33:14si j'ose dire,
33:15même si j'y participais,
33:16comme tout le monde.
33:18Mais j'avais cette vision générale
33:19parce qu'il fallait
33:20que je sois concentré
33:21sur le dispositif
33:23d'interpellation,
33:25de surveillance,
33:26puis d'interpellation,
33:27puisqu'on passe
33:28aux flags.
33:29Et donc,
33:30il faut savoir
33:31qui fait quoi.
33:34quand vous êtes seul,
33:36votre rôle,
33:36vous le connaissez.
33:38Vous êtes en filature,
33:39vous êtes derrière
33:39la voiture des braqueurs.
33:41Si vous êtes derrière,
33:42vous savez que vous allez
33:43devoir bloquer la voiture
33:44derrière.
33:45Et puis après,
33:47sortir du véhicule,
33:48braquer, etc.
33:49C'est pas rien.
33:51Non, c'est pas rien.
33:52Mais ça, votre rôle.
33:53Mais quand vous êtes
33:54chef d'un groupe,
33:55voire de plusieurs groupes,
33:57parce que parfois,
33:57on avait le renfort aussi
33:58sur des grosses équipes,
33:59on avait le renfort
34:00des autres groupes opérationnels
34:01de la BRI.
34:02Donc, on peut très rapidement
34:03se retrouver à 30-40
34:04sur un dispositif
34:07lorsqu'il...
34:08le flag approche.
34:10Et donc,
34:10quand vous avez
34:11cette vision globale
34:12d'un dispositif
34:13que vous devez gérer,
34:15que vous allez décider
34:17du feu vert,
34:18du top interpellation,
34:21du blocage de la voiture,
34:22etc.
34:23Même si vous laissez parler
34:25et puis les collègues
34:25sont expérimentés,
34:26donc voilà.
34:28Mais il faut quand même
34:28garder cette vision.
34:29Donc, vous n'avez pas le temps
34:31de, comment dirais-je,
34:33d'avoir peur.
34:35Vous n'avez pas le temps
34:36de vous sentir mal,
34:40de vous poser des questions,
34:42etc.
34:42De réfléchir à la situation.
34:44Exactement.
34:44De conscientiser.
34:45Alors, effectivement,
34:46les premiers flags,
34:47vous avez toujours cette crainte
34:48quand vous gérez
34:49un premier flagrant délit.
34:51Mais après,
34:52je ne dis pas
34:53que c'est une question d'habitude
34:53parce qu'il n'y a aucun flagrant délit
34:55qui se ressemble.
34:56Mais vous avez
34:57les bons réflexes.
34:58C'est ce moment-là
34:59qu'on est en train
35:00de décrire,
35:00que vous décrivez,
35:01qu'on appelle la onzième heure,
35:02c'est ça ?
35:04Lequel, pardon ?
35:05Ce qu'on raconte,
35:06l'interpellation,
35:07le moment délicat
35:08où il faut y aller.
35:08Je vois qu'il y a cette expression
35:09qui revient à la onzième heure.
35:11C'est ça ?
35:12C'est ce moment-là
35:13qu'on décrit ?
35:13C'est ça aussi.
35:14Et c'est aussi
35:16la douzième heure
35:18lorsqu'on fête
35:18la victoire,
35:20le flagrant délit,
35:21ce qu'on appelle
35:22le dégagement,
35:23qui existe toujours,
35:24d'ailleurs.
35:25D'ailleurs,
35:26on a plus tendance
35:26à dégager du service
35:27parce qu'avant,
35:28on pouvait boire
35:28un petit verre.
35:29Là, on quitte le service,
35:31on ne peut plus fêter
35:32dans les locaux.
35:33Ça dépend des chefs de service,
35:35mais c'est quand même compliqué.
35:36Plus délicat.
35:37Vous pouvez avoir
35:37une bouteille d'eau
35:38dans votre frigo.
35:39J'ai noté l'endroit,
35:40vous donnez l'endroit
35:41où il y avait
35:41les fêtes post-opération
35:43qui étaient organisées
35:45parce que c'est vraiment
35:46ce qu'on ressent,
35:47en tout cas,
35:47dans votre livre
35:48Carnet Noir.
35:49Là, on a parlé un peu
35:50de procédures,
35:52bien sûr,
35:52du quotidien
35:53que vous aviez à la Béry,
35:54mais aussi de l'humain
35:55qui se dégage de tout ça.
35:57C'est aux éditions
35:58Mareuil.
35:59Il y a, voilà,
36:01cette phrase,
36:01je trouve,
36:02qui résume bien.
36:02D'ailleurs,
36:03à la fin du livre,
36:05vous mettez cette lettre
36:06que vous avez faite
36:07à la Béry
36:07au moment où vous partez.
36:09Et cette phrase,
36:11moi,
36:11que je trouve vraiment
36:11assez forte,
36:13c'est
36:13« Mon métier n'était pas
36:14une fonction,
36:15c'était ma sève. »
36:17On ne peut pas
36:18aller plus profondément
36:19finalement dans le sujet
36:20en se disant
36:20qu'elle vous habite
36:21encore, cette Béry.
36:23Elle m'habite encore.
36:24Je n'ai plus,
36:25je ne vis plus
36:25avec,
36:27au sein de la famille,
36:28Béry,
36:29parce que c'était
36:30réellement,
36:30je parle du groupe 40,
36:31plus généralement de la Béry,
36:32mais essentiellement
36:33du groupe 40,
36:34c'était une véritable famille.
36:37Je les revois
36:39en dehors
36:39des murs du 36.
36:41Je n'ai plus passé
36:42le Porsche du 36
36:43depuis que je suis parti,
36:44en 2021.
36:46Mais oui,
36:47ça me manque beaucoup.
36:47C'est effectivement,
36:48ça vous prend tout,
36:49en fait,
36:50ce service.
36:51C'est pour ça
36:51que j'ai écrit
36:53ce testament.
36:54j'estime
36:55être un testament
36:56en léguant
36:57quelques conseils
36:58à ceux
36:59qui vont me succéder
37:00et qui m'ont succédé
37:01depuis,
37:01puisque je suis parti
37:02depuis un petit moment.
37:05Je voulais lancer
37:06un petit message
37:07et puis finalement,
37:09voilà,
37:09il y a un livre
37:10qui est sorti,
37:11donc il y a beaucoup
37:12plus de messages
37:13qu'il y en avait
37:15dans ce texte
37:17que j'ai écrit
37:18en partant de la Béry
37:18et que j'ai envoyé
37:19sur le fil rouge
37:22du service.
37:23Chaque ligne
37:24est une cicatrice
37:25ou une promesse,
37:26vous léguer aussi
37:28à travers ce livre.
37:30Merci beaucoup
37:30de cet échange
37:31qu'on a pu avoir
37:32ensemble
37:33et voilà,
37:34on espère que
37:34les auditeurs,
37:36téléspectateurs
37:37de BFM
37:38auront appris
37:38beaucoup de choses
37:39et auront eu envie
37:40de découvrir
37:41plus profondément
37:42votre histoire plastique.
37:44Patrick Bertrand
37:45à la Béry
37:45dans Carnet Noir.
37:46Merci beaucoup.
37:47Merci Jean-Marie.
Commentaires

Recommandations