Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 minutes
«Jordan Bardella est l'auteur politique qui a le plus de ventes dans les supermarchés», note Jean-Laurent Cassely

Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Jean-Laurent Cassely, journaliste, essayiste et co-auteur de "Nous les Français" aux Editions Robert Laffont.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:02Vous êtes bien sur Europe 1, excellent début de journée, il est 7h10, vous écoutez Europe 1 Matin avec Dimitri
00:07Pavlenko.
00:08Dimitri, vous recevez le journaliste, chroniqueur et auteur Jean-Laurent Casselli.
00:12Bonjour Jean-Laurent Casselli.
00:13Bonjour Diame Edli.
00:13Bienvenue sur Europe 1, on se rappelle votre livre avec Jérôme Fourquet, La France sous nos yeux, on en avait
00:18beaucoup parlé sur Europe 1.
00:19Et vous publiez en cette rentrée sous la direction de Gérald Nondrieu avec d'autres auteurs, Nous les Français, chez
00:25Robert Laffont.
00:25Je le montre à l'image sur le site et l'appli Europe 1, ouvrage passionnant qui raconte la France
00:30en infographie et en images.
00:31J'ai promis à Anissa de lui prêter, je la laisse le feuilleter.
00:34Je vais me plonger dedans.
00:35Voilà, c'est absolument passionnant dans votre démarche Jean-Laurent, c'est que vous traquez le politique absolument partout, dans
00:40les livres que l'on lit,
00:41les films qu'on plébiscite, nos sports, nos loisirs, l'eau que l'on boit, selon qu'elle est en
00:45bouteille ou au robinet, nos voitures, nos emplois, etc.
00:48Nos martyres politiques aussi, les comptes que l'on suit sur les réseaux sociaux, parce que tout parle finalement quand
00:52on s'est écouté.
00:53Jean-Laurent Casselli, on va entrer dans les pages du livre dans un instant, mais pour commencer, je voudrais avoir
00:57votre regard sur ce qui est l'actualité du moment,
01:01la crise des carburants, nouvel avatar de cette crise du pouvoir d'achat qui est quand même sur la table
01:05des politiques depuis plus de 5 ans.
01:07Il y a cette angoisse sur la dette aussi, avec un bruit de fond de colère sociale.
01:12Qu'est-ce que vous voyez, vous, en ce moment, dans ce qui se passe en France ?
01:15C'est vrai que sur la crise des prix du carburant, il y a un aspect à la fois très
01:18matériel et très symbolique.
01:19Il y a un aspect matériel parce que c'est le pouvoir d'achat qui est touché, il est touché
01:22de manière immédiate.
01:24Pour beaucoup de gens, la voiture, c'est un moyen de locomotion.
01:26Pour d'autres, c'est un outil de travail.
01:28Et je dirais qu'au-delà de tout ça, ça fait déjà beaucoup, c'est aussi un objet totem un
01:33peu de la modernité des classes moyennes.
01:35Nous, on a écrit un livre sur les classes moyennes françaises, en fait, et c'est vrai que la voiture,
01:38la bagnole, c'est un objet de consommation, un attribut aussi des classes moyennes.
01:44Ça l'a longtemps été.
01:45Aujourd'hui, c'est un sujet de problème, en fait.
01:49D'ailleurs, il y a moins de constructeurs français.
01:50C'est moins important d'avoir telle ou telle marque.
01:53C'est juste contrainte, ça coûte cher.
01:55Le carburant coûte cher.
01:55L'achat d'une voiture coûte cher.
01:57Et la voiture, ça a permis quoi ?
01:59Ça a permis d'accéder à tout le panier de consommation et de mode de vie des Français.
02:04C'est les lotissements en périphérie, les supermarchés, le travail, les déplacements en domicile-travail.
02:09Donc, c'est tout ça, c'est tout ce modèle, quelque part, qui est remis en question derrière les prix
02:13à la pompe.
02:14Il y a plein de choses à dire là-dessus.
02:16Parce que c'est vrai que la bagnole, entre guillemets, c'était un objet de clivage politique il n'y
02:20a pas si longtemps que cela.
02:22Ça l'est de moins en moins.
02:23On voit que les Français sont assez, d'ailleurs, agnostiques dans cette crise des carburants.
02:26Le passage à l'électrique, souvent, il n'est pas du tout fait par conviction écologique.
02:29On le fait parce qu'on n'a pas le choix budgétairement.
02:31Sur l'économie, quelque chose qui est assez intéressant dans le livre, ça dessine un portrait assez net, finalement, des
02:37Français.
02:37Ils veulent plus de protection.
02:39Et alors, franchement, pour moi, ça a été une surprise.
02:42C'est l'union sacrée contre le libéralisme en France, Jean-Laurent Cassel.
02:45Oui, parce qu'on s'est rendu compte que dans les sondages, finalement, les électeurs de la plupart des partis,
02:50de presque tous les partis, sont plutôt, on va dire, dans une veine un peu protectionniste.
02:54Après, je dirais qu'il y a quelque chose de...
02:55Par exemple, vous l'avez dit, on est plusieurs auteurs.
02:57On a écrit beaucoup d'articles.
02:58Donc, parfois, c'est un livre un peu miroir.
03:00C'est-à-dire, chacun, il voit un peu ce qu'il veut.
03:02Et ça peut être contradictoire.
03:03Et en fait, on s'est rendu compte qu'il y avait à la fois l'amour des services publics,
03:06la protection des services publics, la poste qui ferme dans un village.
03:09C'est vécu comme un déclassement.
03:11Ça, c'est vrai.
03:11Et il y a aussi...
03:13On sort là, on va sortir des années Macron.
03:14Il y a aussi eu un tournant entrepreneurial, libéral, de la société française, en partie.
03:19Y compris dans les classes moyennes, provinciales.
03:21Il y a cette idée d'utiliser l'économie des plateformes.
03:24Il y a cette idée du complément de revenu parce que le travail ne paie pas, selon la formule maintenant
03:28célèbre.
03:29Le style logement qu'on met sur Airbnb, ce genre de choses.
03:32Alors, il y a tout ça.
03:32Il y a toute cette économie, justement, des plateformes.
03:34Et il y a aussi, je dirais, l'envie de mieux gagner sa vie, voire l'envie d'être riche,
03:38qui était un peu un tabou français, qui devient une aspiration, peut-être pas majoritaire,
03:42mais en tout cas, qu'on voit chez beaucoup de Français, notamment dans les jeunes générations.
03:46Donc, vous voyez, encore une fois, on dessine souvent un portrait ambigu et contradictoire de nos concitoyens.
03:53Alors, vous écrivez aussi toute une double page très intéressante consacrée aux livres politiques.
03:59Qu'est-ce qui ressort de ce que lisent les Français en termes de livres politiques, vraiment sur ce rayon
04:04spécifique ?
04:05Alors, c'est vrai qu'on s'est penché sur les livres de 2025.
04:08Et on s'est rendu compte que si les ventes de livres en librairie, c'était un sondage pré-présidentiel,
04:13la droite la plus radicale, identitaire, on va dire, gagnerait haut la main,
04:16puisque une seule maison d'édition, Fayard, entre Nicolas Sarkozy, Jordan Bardella, Philippe De Villiers,
04:22fait quelque chose comme un demi-million d'exemplaires en librairie.
04:26Alors, la gauche aussi, assez star, assez gros vendeur de livres,
04:30mais c'est vrai que ça penche plutôt à droite.
04:33Est-ce que c'est prédictif de l'élection présidentielle ?
04:36On ne sait pas, parce que les gens qui achètent des livres, ils ont quand même un certain pouvoir d
04:38'achat,
04:38ils sont plus âgés, ils se rendent en librairie.
04:40On s'est rendu compte de quelque chose aussi d'intéressant,
04:41c'est que les livres de gauche et de droite ne sont pas forcément achetés aux mêmes endroits.
04:44On le sait, grâce aux chiffres de vente, on a les circuits commerciaux.
04:48En résumé, les livres de gauche sont plus achetés en librairie indépendante de centre-ville,
04:51ce qui correspond, on imagine, à leur électorat.
04:53Et puis, les livres de droite sont achetés un peu partout,
04:55notamment dans les grandes surfaces culturelles, mais aussi les super et les supermarchés.
05:00Avec Jordan Bardella, qui est finalement l'auteur politique
05:05qui a le plus de ventes dans les supermarchés,
05:06ce qui dit quelque chose probablement de sa popularité, de son électorat.
05:10L'offre de droite tendance radicale, produit de grande consommation, leader en France,
05:14c'est ce que vous écrivez, la droite aussi qui vend plus que la gauche,
05:17et le rejet qui fait vendre.
05:19Moi, cette phrase m'a interpellé, parce que vous écrivez aussi
05:21qu'on sent qu'il y a cette colère qui travaille le pays,
05:25que la France donne une prime à l'antagonisme, Jean-Laurent Cassely.
05:28Ça veut dire quoi, ça ?
05:29Alors, c'est vrai que si on se penche sur les ventes de livres d'intellectuels en librairie,
05:36les médias, les grands sujets de clivage,
05:38on a l'impression que la France est complètement fracturée.
05:40Et je pense que, dans les faits, c'est pas vrai.
05:43C'est-à-dire qu'en fait, c'est vrai si on joue ce jeu des débats contradictoires,
05:47qu'on adore tous, on voit comme les réseaux sociaux en plus adorent le clivage,
05:52les algorithmes sont faits pour qu'on s'engueule,
05:54et que ce soit non pas la guerre civile, mais qu'il y ait beaucoup de conflits.
05:57En fait, sur le terrain, dans le milieu, notamment dans les associations,
06:01dans les fêtes de voisins, les fêtes de village,
06:02on se rend compte qu'il y a encore quand même beaucoup de communs
06:05dans le rapport à l'école, le rapport à la santé, le rapport aux institutions,
06:08et un certain modèle français aussi de démocratie.
06:11C'est quelque chose qui est fait avec les Etats-Unis, par exemple,
06:14souvent de sociétés, enfin c'est vraiment la société polarisée par excellence,
06:17vous dites finalement que ça ne s'applique pas tant que ça à la France.
06:19Moi, ce qui m'a beaucoup marqué dans la presse américaine,
06:21c'est des articles sur le fait que les Américains déménagent
06:23dans des Etats démocrates ou républicains
06:25pour être avec des gens qui votent comme eux.
06:26En France, on n'en est pas à déménager pour aller chez des gens
06:29avec des voisins de gauche ou des voisins de droite, heureusement.
06:31Mais oui, il y a cette tendance renforcée par les réseaux sociaux
06:34d'avoir autour de soi des gens qui nous ressemblent
06:36et de ne plus tolérer ou de ne plus supporter parfois l'antagonisme.
06:40C'est en ça qu'on dit que c'est plus une dérive
06:43qu'une réalité concrète de la France d'aujourd'hui.
06:46Dernier mot, puisqu'on parlait des livres politiques,
06:48il y a aussi le phénomène Sarah Knafou en cette rentrée,
06:50plus de 120 000 exemplaires écoulés en l'espace de quelques semaines.
06:53Et alors qu'est-ce que ça nous dit justement,
06:55ce succès-là particulièrement selon vous ?
06:56C'est vrai que c'est un livre qui vient de cette droite identitaire,
07:01extrême, mais qui ne parle pas d'identité et d'immigration.
07:04C'est relativement nouveau.
07:05C'est un livre qui parle de pouvoir d'achat,
07:07qui décortique la fiche de paix des Français,
07:09du fameux Nicolas Kippé, que ce Français fictif,
07:12qui se sent, se pense ou se croit complètement submergé par la fiscalité.
07:18Je pense que ça dit que c'est un sujet de clivage
07:20et que ça va être un sujet porteur pour probablement la campagne présidentielle.
07:23Le pouvoir d'achat, la dette, les impôts,
07:25évidemment sujet majeur en ce moment.
07:27Merci d'être venu sur l'antenne d'Europe 1, Jean-Laurent.
07:29Avec plaisir.
07:30Nous, les Français, votre livre,
07:31vous n'êtes pas tout seul à l'avoir écrit,
07:33Gérald Dandrieu, Laure Coromine, Franck Dedieu,
07:35Laureline Dupont et Raphaël Yorkel s'y sont tous mis.
07:37C'est passionnant, c'est super agréable à lire.
07:39Merci d'être venu ce matin sur l'antenne d'Europe 1.
07:41Bonne journée à vous.
Commentaires

Recommandations