00:015h, 7h, Europe 1 bonjour.
00:03Vous écoutez Europe 1 à 6h moins le quart, Alexandre Lemay, à votre invité, c'est Jean-Marc Rivera, délégué
00:09général de l'organisation des transporteurs routiers européens.
00:13Bonjour Jean-Marc Rivera.
00:15Bonjour.
00:15S'il y a un secteur d'activité en première ligne face à la flambée des carburants, c'est sans
00:21doute le vôtre.
00:22Vous représentez surtout des PME, quant à vous ce sont précisément les plus vulnérables.
00:263 600 entreprises, 110 000 salariés.
00:29Jean-Marc Rivera, déjà, quelle est la situation de vos adhérents ?
00:34Dans une situation très grave, les entreprises nous alertent très très fortement sur leur situation,
00:40et je dirais sur l'ensemble du secteur du transport routier, qu'il s'agisse du transport routier de personnes
00:45ou du transport routier de marchandises.
00:48Et avec un secteur marchandise qui est en crise depuis plus de 3 ans,
00:51donc cette crise des carburants qui arrive vient accentuer un phénomène qui a été déjà très impactant pour nos entreprises.
00:59Alors je rappelle que le prix du pétrole reste proche des 100 dollars le baril ce matin.
01:04Le litre de gazole a bondi de plus de 50 centimes depuis le mois de juillet.
01:08Il est à 2,41 euros en moyenne, c'est un record absolu.
01:12Vous parliez d'une situation très grave, Jean-Marc Rivera.
01:15Est-ce que c'est encore possible, aujourd'hui, d'absorber ce surcoût pour les transporteurs ?
01:21C'est le premier des objectifs, et d'ailleurs c'est un point sur lequel nous appuyons fortement, c'est
01:28nos clients.
01:29Et nous devons répercuter absolument ces fluctuations, ces augmentations de prix du carburant à nos clients.
01:36Il existe un dispositif légal qui, en théorie, devrait nous permettre de répercuter au plus juste ces augmentations.
01:43La réalité fait que nous sommes dans une négociation, une relation commerciale,
01:49avec, vous l'avez rappelé, une masse importante de petits transporteurs,
01:54de petites et moyennes entreprises, qui négocient avec des très grands honneurs d'ordre.
01:58Et très objectivement, cette répercussion, elle est loin d'être intégrale.
02:01Et ça, c'est le premier des problèmes.
02:03Alors, répercussion loin d'être intégrale.
02:05On va essayer de rentrer un petit peu dans le détail, en essayant d'être le plus clair possible.
02:08Vous faisiez référence à un dispositif légal, Jean-Marc Rivera.
02:11Il s'agit d'un mécanisme spécifique à votre secteur, l'indexation des contrats sur l'évolution du prix des
02:17carburants.
02:18C'est bien ça ?
02:19C'est bien ça.
02:20Le Code des transports oblige nos donneurs d'ordre, dans une relation commerciale,
02:25de mettre en place un dispositif d'indexation.
02:28Sauf que ce dispositif est en liberté totale, contractuelle et donc commerciale.
02:33Les parties se tombent d'accord.
02:35Et nous, ce que nous constatons, c'est que ce n'est pas tout à fait une négociation.
02:39C'est une indexation qui est imposée aux transporteurs.
02:43Vous prenez ou vous partez.
02:46Et cette indexation est loin de couvrir les augmentations réelles du carburant.
02:50Oui, donc un exemple.
02:51Vous dites un donneur d'or.
02:53Donc, on vous passe commande pour une prestation de transport de personnes ou de marchandises.
02:57Le tarif que vous appliquez est censé suivre les fluctuations des prix du carburant.
03:02Ça, c'est la théorie.
03:03Or, en pratique, ces tarifs sont figés à l'instant T.
03:07Vous ne pouvez pas le faire fluctuer selon vos nécessités.
03:11C'est tout à fait ça.
03:13La répercussion est une fluctuation.
03:15Et alors, on ne dit pas qu'on ne passe strictement rien.
03:18Mais on est absolument très loin de ce qu'on appelle, nous, la répercussion intégrale.
03:23Mais parce qu'il n'y a pas la souplesse que vous attendez ?
03:25Parce que ces tarifs ne sont pas révisés suffisamment souvent ?
03:27C'est ça le problème ?
03:28Alors, on a d'une part les prix de transport.
03:30Il faut savoir que le pavillon français et le pavillon européen
03:34qui dégage les marges bénéficiaires les plus faibles d'Europe.
03:37Les entreprises ont entre 1 et 2% de marge, ce qui est extrêmement faible.
03:42Donc, dès que nous tombons dans une période de crise,
03:44immédiatement, les entreprises se retrouvent en difficulté.
03:47Donc, on a deux objectifs.
03:48Un, augmenter les prix de transport.
03:50Mais quand je suis tombé d'accord sur un prix de transport
03:52dans le cadre d'une relation commerciale,
03:55et que j'ai un prix du carburant qui augmente pratiquement chaque jour,
03:58je dois pouvoir, en plus de ce prix de transport,
04:01mettre en place une indexation pour suivre cette fluctuation.
04:05Et c'est le deuxième problème,
04:06c'est que cette indexation-là, elle n'est pas intégrale.
04:09On ne passe qu'une infime partie des fluctuations du prix de carburant
04:13dans ce qu'on appelle le pied de facture à nos clients.
04:17Bon, il y a eu une réunion d'urgence hier à Matignon.
04:19De nouvelles aides vont être annoncées tout à l'heure
04:22à partir de 17h à Bercy
04:23pour atténuer la flambée des prix des carburants.
04:26On imagine que vous allez suivre cette conférence de près.
04:29Je vois que votre ministre de tutelle,
04:31Philippe Tabarro, le ministre des Transports,
04:32n'est pas annoncé dans cette conférence de presse,
04:34Jean-Marc Riviera.
04:35Alors c'est l'autre problème, les aides.
04:37Vous savez que le secteur a bénéficié d'aides
04:40pour les mois d'avril, mai, jusqu'à août.
04:44En réalité, les entreprises ont touché l'aide du mois d'avril
04:48que fin août, et encore pas toute.
04:51L'aide du mois de mai, elle commence à peine à l'apercevoir.
04:55Nous sommes en septembre.
04:56Et concernant la période de juin à août,
04:59on ne peut pas obtenir les aides
05:01parce que le décret n'a pas encore été publié.
05:04Bon, ça traîne.
05:04Donc potentiellement, c'est d'abord des aides
05:07qui étaient dites d'urgence
05:08et qui arrivent avec trois mois de décalage.
05:10Et on nous a déjà annoncé, sans qu'on comprenne vraiment pourquoi,
05:14et alors que le carburant repart enflambé au mois de septembre,
05:17que pour nous, à compter du mois de septembre,
05:19il n'y avait plus d'aides.
05:20Donc on attend effectivement que tout ceci soit réévalué.
05:23Un, que les aides promises,
05:25cinq mois d'aides au moins,
05:26soient versées aux entreprises
05:27dans des délais extrêmement rapides.
05:29Et qu'on regarde la suite.
05:31Si c'est la prime gros rouleur
05:32qui est prolongée jusqu'à la fin de l'année,
05:34comme il en est question,
05:35ça veut dire que vous serez écartés,
05:37vous les transporteurs de ce type de mesures,
05:39ce sont les salariés.
05:40À qui cette aide s'adresserait, Jean-Marc Riviera ?
05:43Alors, à date, oui, nous en sommes écartés.
05:45Nous ne comprenons pas.
05:46Vous parlez de la prime grand rouleur.
05:48C'est une prime que nous regardons.
05:50Nous pensons également à nos salariés.
05:52Il y a aujourd'hui,
05:53nous constatons que nous avons des salariés
05:54qui ont des difficultés pour venir au travail.
05:56Cette prime grand rouleur,
05:58nous la regardons aussi avec intérêt pour nos salariés.
06:01Bon, il y a de la colère chez vous, justement,
06:04de vous sentir, vous disiez, écarté
06:05de ces dispositifs qui sont envisagés, Jean-Marc Riviera.
06:09Oui, il y a de la colère.
06:10Il y a de la colère parce que depuis le Covid,
06:13nous traversons cette crise.
06:14Et depuis le Covid, à chaque fois, on nous dit,
06:16mais vous êtes un secteur stratégique.
06:18Heureusement que vous êtes là.
06:20Aujourd'hui, les stations-service,
06:21ce sont nos véhicules qui viennent les alimenter.
06:24Si on détruit l'emploi en France,
06:26il n'y aura pas moins de transport routier
06:28dans deux ans, dans cinq ans.
06:29Il sera simplement étranger.
06:31Pour un secteur stratégique,
06:32confier le transport à des pavillons,
06:35à des pays étrangers,
06:37je pense que ce n'est pas très stratégique, justement.
06:39S'il n'y avait pas eu de véhicules français,
06:41s'il n'y avait pas eu d'entreprises pendant le Covid,
06:43je pense que la situation aurait été beaucoup plus grave
06:46pour l'ensemble des Français et des commerces.
06:48Donc, on a besoin d'être soutenu par ce gouvernement.
06:52Je vois que paradoxalement,
06:54dans votre secteur, Jean-Marc Riviera,
06:55les défaillances d'entreprises,
06:57elles sont en baisse de 5%
06:58sur les huit premiers mois de l'année.
07:00On imagine, hélas,
07:01avec ce qu'on entend de votre part,
07:03ça ne va pas durer.
07:04Alors écoutez, en marchandises,
07:07en 2024, c'est environ 2000 défaillances,
07:10idem en 2025,
07:11et nous sommes sur le premier semestre 2026
07:15à 850 défaillances.
07:17C'est déjà trop.
07:18C'est déjà trop,
07:20d'autant plus que les effets
07:21de l'accès du Moyen-Orient,
07:22on va dire du printemps,
07:23ne sont pas encore comptabilisés,
07:25ils n'ont pas encore porté leur effet
07:27et leur effet négatif.
07:28Donc, on pense, nous,
07:29que le seuil des 2000 entreprises
07:31sera encore dépassé cette année,
07:34mais c'est gigantesque.
07:35Trois années avec une forme défaillance,
07:37c'est absolument abyssal.
07:39Vous avez demandé un rendez-vous, je crois,
07:40avec le premier ministre Sébastien Lecornu.
07:42Est-ce qu'il va vous recevoir ?
07:43Écoutez, on espère qu'il va nous recevoir.
07:45Vous n'avez pas de réponse.
07:47À date, nous n'avons pas de réponse.
07:49La demande a été officialisée
07:50dans l'heure qui a suivi l'annonce
07:52du président de la République
07:54demandant au premier ministre
07:55de réévaluer tous les dispositifs d'aide.
07:58Donc, c'était vendredi.
07:59À date, nous n'avons absolument pas eu de retour.
08:02Alors, nous appelons tous les jours
08:04pour obtenir ce rendez-vous
08:06et obtenir surtout des réponses à nos attentes.
08:08Alors, des réponses, tiens.
08:09Il semble que la mobilisation est claire
08:11des pêcheurs à payer
08:12puisqu'ils ont été entendus.
08:13En tout cas, ils ont rapidement levé
08:14le blocage des raffineries.
08:15Est-ce que vous, les transporteurs routiers,
08:17vous envisagez, je ne sais pas,
08:18le même type d'action coup de poing
08:19pour vous faire entendre votre tour,
08:21Jean-Marc Riviera ?
08:22C'est une question qu'on nous pose régulièrement.
08:25Mais bien sûr.
08:26Les entreprises, aujourd'hui,
08:27ce qu'elles veulent, c'est travailler.
08:29Elles sont en difficulté.
08:31Manifester, vous comprenez bien
08:32que ça veut dire arrêter de travailler.
08:34Donc, c'est peut-être également
08:35pour l'entreprise
08:36de les mettre un peu plus en difficulté.
08:37Donc, elles n'ont pas vocation
08:39à vouloir se mobiliser, très clairement.
08:41Mais la colère monte.
08:43Et ils ne sont pas poussés trop loin
08:44parce qu'on sent, effectivement,
08:46cette colère monter.
08:48Nous avons vécu cet élément
08:49au mois d'avril.
08:50Nous avons certaines de nos régions,
08:52donc au début de la crise,
08:53avec cette première poussée des carburants,
08:55qui se sont mobilisées.
08:56Je pense notamment à la région
08:57Aura, Paca,
08:58avec quelques mobilisations de transporteurs.
09:01Nous les avons accompagnées.
09:02Nous sommes toujours
09:03aux côtés de nos adhérents.
09:04Voilà.
09:05Mais aujourd'hui,
09:06l'esprit est ailleurs.
09:07Les entreprises veulent travailler.
09:09Elles veulent travailler
09:09dans de bonnes conditions.
09:10Oui.
09:10Des clients qui payent réellement
09:12et un gouvernement
09:13qui tient ses paroles.
09:14Bien.
09:14Eh bien, nous l'entendons
09:15dans votre voix ce matin
09:16sur Europe.
09:17Pas cette colère qui monte
09:18chez les transporteurs.
09:19Jean-Marc Rivéra,
09:19délégué général
09:20de l'Organisation
09:21des transporteurs routiers européens.
09:22Merci d'avoir été avec nous ce matin.
09:24Merci d'avoir regardé cette vidéo !
09:24Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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