00:00La fenêtre d'Overton.
00:02Elle a bien explosé. J'aime bien ce concept de la fenêtre d'Overton.
00:05Sur ce que tu acceptes, ce qui est dans l'ordre d'acceptable au niveau du champ lexical.
00:11On va dire des choses, ça non, ça on ne peut pas le dire, ça va trop loin.
00:15Et aujourd'hui on peut tout se permettre.
00:16La fenêtre d'Overton c'était un truc qui cadrait des trucs de l'ordre de l'acceptable.
00:20Aujourd'hui c'est porte ouverte.
00:22Et est-ce que tu penses que tout ça va s'apaiser ?
00:25Qu'on va arriver à une France unique et à un moment,
00:28il va y avoir des gens comme toi qui vont être des artisans de paix
00:30et qui vont dire les gars on redescend d'un étage
00:33parce que la réalité du pays elle n'est pas celle qu'on voit sur les réseaux sociaux ou sur
00:36les plateaux.
00:37Il y a tellement d'endroits où ça se passe bien,
00:39tellement d'endroits où on se parle, où on se mélange.
00:41Moi je suis un optimiste.
00:42J'ai tendance à penser qu'on est dans un très mauvais cycle
00:45mais qu'on va changer de cycle.
00:47Il y a eu des périodes comme ça dans l'histoire de France
00:49où c'était très tendu.
00:51On est là j'espère dans une espèce de pic de tension
00:55et que ça ne peut pas durer comme ça.
00:57Il y a un moment, je ne sais pas ce qui va se passer,
00:59mais il va falloir que ça redescende.
01:02Est-ce que toi, originaire de Saint-Denis,
01:04je sais que tu as un lien très très fort avec la ville,
01:07tu as fait le film La vie scolaire,
01:10tu portes quel regard sur les mômes qui grandissent dans cette ambiance-là ?
01:14Et comment eux ils sont perçus, comment eux ils sont stigmatisés ?
01:17Qu'est-ce qu'on est en train d'en faire ?
01:18C'est pour ça que malheureusement le cycle ne va peut-être pas changer tout de suite.
01:22C'est évidemment que la violence engendre de la violence
01:25et on est très violents envers ces jeunes-là.
01:27On les monte du doigt, on les met de côté,
01:30on ne leur fait pas confiance.
01:32Et du coup, évidemment, ils vont grandir dans un univers
01:35où ils vont dire, moi je ne suis pas bien ici.
01:37On sait que ça va engendrer de la violence.
01:40Après, attention, je ne suis pas un porte-parole.
01:43Moi, ça fait une dizaine d'années que je n'habite plus à Saint-Denis.
01:45Tu l'as dit, merci beaucoup, j'approche des 50 ans.
01:49Donc aujourd'hui, ce que vraiment pensent les gamins dans les quartiers,
01:52je les croise de temps en temps, j'y vais, je vais à Saint-Denis, je croise des gens.
01:55Mais attention, il faut aussi savoir rester à sa place.
01:58Je ne sais pas tout ce qu'ils pensent et ils ne pensent pas tous la même chose.
02:01Nous, on a discuté avec Saladin Parnas, originaire d'Aubervilliers,
02:08bientôt champion du monde du UFC qui va avoir un destin incroyable,
02:12qui m'a rappelé qu'on n'était pas de la même génération.
02:15Lui, il est né en 97 et qui m'explique que lui, sa génération,
02:20il ne pense qu'à bosser, en fait.
02:22C'est-à-dire qu'ils veulent s'en sortir.
02:24Ils ont dépassé ce qu'on pensait d'eux.
02:27Et ça, on ne le dit pas non plus assez.
02:30C'est-à-dire que ce qu'on montre comme exemple,
02:34finalement, c'est des minorités très bruyantes.
02:37Bien sûr.
02:37Et puis ceux qui travaillent, qui s'en sortent,
02:39il n'y a pas que des champions du UFC, des rappeurs, des slammeurs et des footballeurs et des basketteurs.
02:46Ça, c'est la partie immergée de l'iceberg.
02:50Mais après, combien sont profs, avocats, fonctionnaires, tu vois ?
02:53Mais ça paraît tellement bateau de dire ça.
02:56Mais moi, quand j'avais fait un texte qui s'appelait Saint-Denis,
02:59puis après un texte qui s'appelait Je viens de là, où je parlais de la banlieue,
03:02mais vraiment, j'ai eu des questions de journalistes.
03:04Je me disais, mais vous êtes fous, en fait.
03:06C'était vraiment, bah oui, il y a des boulangeries à Saint-Denis,
03:08oui, il y a un marché, c'est un pays, c'est un lieu normal.
03:13Mais il fallait presque le rappeler.
03:15Et oui, en banlieue, il y a des gens qui bossent et qui s'en sortent
03:19et qui n'attendent pas tout ce qu'on dit d'eux dans les médias.
03:23C'est bon, ils tracent leur route.
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