00:00Depuis près de 60 ans, la rivière Toumanguie rythme le quotidien des habitants de Toumanguie,
00:05un village situé dans le département d'Adiaké.
00:07Si elle constitue une ressource naturelle pour les populations,
00:10elle représente aussi un obstacle majeur pour des centaines d'élèves
00:13contraints de la traverser chaque jour afin de poursuivre leur scolarité.
00:17Chaque matin, avant même le lever du soleil,
00:20près de 300 enfants quittent le village de Toumanguie avec un même objectif,
00:24rejoindre leur collège ou leur lycée à Adiaké.
00:27Mais avant d'accéder aux salles de classe,
00:29ils doivent affronter une traversée dangereuse qui fait partie de leur quotidien.
00:33Quand une pirogue va pour revenir là, c'est difficile.
00:36Les enfants sont nombreux, ils vont au collège, ils sont nombreux.
00:40À 4h du matin, à quoi une seule pirogue, les élèves se lèvent à 4h du matin.
00:44Il y a eu un moment même, la pirogue a chaviré.
00:47Dieu merci, Dieu a fait qu'il y a un enfant qui devait mourir mais il n'est pas mort.
00:52S'il y a un pont là, ça serait facile pour nous.
00:54Et puis, l'arrivée même n'est pas aussi longue.
00:58Et puis, quand nos enfants vont à l'école, 19h et 6h, ils ne sont pas encore venus.
01:03Toi-même, tu n'es pas en paix.
01:04On est obligé d'aller nous arrêter sur la route là-bas pour les attendre.
01:08Donc, je me lève à 4h du matin pour les réveiller, pour qu'ils partent vite.
01:12Là, au moins, s'ils vont vite.
01:15Deuxième groupe là, au moins, c'est un peu bon.
01:17En 2021, nous avons choisi de documenter cette réalité.
01:21Avec notre caméra, nous avons suivi les élèves depuis leur départ du village jusqu'à leur arrivée à Adiaqué.
01:27Chaque journée commence par 15 minutes de marche avant de rejoindre la rivière.
01:32Là, les enfants attendent parfois de longues minutes l'arrivée du piroguier.
01:36Souvent, quand nous arrivons à l'école, quand nous revenons, nous arrivons ici.
01:40Il n'y a pas de 7h du piroguier qui est là.
01:42Donc, nous attendons les autres pour traverser.
01:44Arrivé là-bas aussi, on n'a pas vu de traverser.
01:46On arrive en retard.
01:47Donc, nous nous dit d'aller chercher les billets.
01:49On se voit aussi, on dit de revenir demi.
01:51Quand on arrive, on arrive en retard.
01:53Souvent, ils font les devoirs derrière nous, on n'a pas de bonnes notes.
01:56Quand on parle, ils disent que c'est un compagnie pour un billet.
02:00Donc, le retour de la maison, c'est la même chose.
02:03Arrivé à la maison, nous ne pouvons pas bosser.
02:05On a dit qu'il n'y a pas de bonnes notes.
02:08La traversée dure une quinzaine de minutes lorsque la pirogue est disponible.
02:12À bord d'une embarcation artisanale, sans gilet de sauvetage et souvent surchargée,
02:16les élèves franchissent les 800 mètres de rivière dans des conditions particulièrement précaires.
02:21Cette voile que vous voyez, avant les voitures passaient ici, dans les années 60,
02:2761, 62, les voitures passaient.
02:30Et un moment après, on a vu que l'eau a commencé à prendre la route.
02:34Donc, en ce moment, les gens traversaient à pied.
02:38Ils marchaient dans l'eau pour traverser.
02:39Si tu as un vélo, tu soulevais le vélo, tu le mettais à l'épaule et tu traversais.
02:44Arrivé derrière, tu prends ton vélo et tu t'envoies.
02:47Et chaque fois, les TP réparaient à l'époque.
02:50Mais il arrivait un moment, les TP ne pouvaient plus.
02:53Donc, l'eau a pris toute la voie.
02:55Après ça, il fallait trouver les pirogues pour mettre sur l'eau.
02:59C'est ainsi qu'au juriste, avec la pirogue, la traversée s'est faite.
03:03Si tu arrives au bord, qu'il n'y a pas de pirogue, tu as oublié d'attendre.
03:08Attendre jusqu'à ce que quelqu'un vienne de l'autre côté pour venir à la pirogue pour traverser.
03:14S'il n'y a pas de pirogue du tout, si c'est une demi-journée, tu vas passer et
03:17tu as oublié d'attendre.
03:18Chaque voyage est marqué par l'incertitude, les intempéries, les risques de chavirements et la présence de crocodiles
03:25renforcent les inquiétudes des parents et des enfants.
03:28Au-delà du danger, cette traversée a de lourdes conséquences sur la vie des élèves.
03:32Les retards répétés, la fatigue accumulée, les fornitures scolaires souvent endommagées après certains chavirements
03:38et le manque de temps consacré aux révisions compliquent leur parcours scolaire.
03:43A tout mangué village, aucun registre officiel ne comptabilise les retards ou l'absentéisme des élèves.
03:48Pourtant, la réalité s'impose à l'œil nu.
03:51Lorsque la pirogue tombe en panne et que le courant est trop fort,
03:55ce sont des dizaines d'enfants qui restent bloqués sur la berge, condamnés à rater leurs premières heures de cours.
04:00Le verdict du terrain est ici bien plus parlant que n'importe quelle statistique administrative.
04:05Étant un premier co-gest, quand les enfants ont eu leur entrée en 6e et qu'ils doivent partir,
04:10chaque matin, nous les pères, nous les parents, nous souffrons.
04:13Ce qui me fait mal, quand il est soir matin, les enfants reviennent tous mouillés.
04:18Mais n'attendons pas à ce qu'il y ait au moins d'hommes.
04:20Pour venir faire ce qu'ils devaient faire pour éviter tout cela.
04:24Dans cette région enclavée, les incidents de pirogue n'intègrent aucune base de données ministérielles.
04:29Les cartables coulées, les enfants repêchés de justesse et les frayeurs face aux reptiles
04:33restent confinés dans l'anonymat des concessions.
04:36Faute de statistiques officielles pour mesurer le péril,
04:39le calvaire de ces enfants est longtemps resté invisible aux yeux des planificateurs étatiques.
04:43Pendant des années, les populations n'ont cessé d'appeler à la construction d'un pont
04:47afin de mettre fin à cet enclavement.
04:49L'eau de Toumangé a été enclavée depuis 1966.
04:56À ce temps, je fréquentais encore.
04:59J'étais petite, je fréquentais.
05:02Depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui, rien n'est fait chez nous.
05:07Vraiment, on veut un pont.
05:09Les enfants de Toumangé souffrent.
05:13Ceux qui voient Adiaké à l'école, ils sont nombreux.
05:17Les filles et les garçons, ils sont nombreux.
05:20Nous n'avons plus de pirogue.
05:21Il n'y a plus de bois pour faire pirogue.
05:24La dernière fois, j'étais avec le proviseur du lycée d'Adiaké.
05:27En anecdote, il disait comme ça.
05:30Comme il était nouveau, c'est un conseiller.
05:32Il lui disait, le chien du village, d'où viennent les enfants qui sont toujours mouillés.
05:39J'ai dit que non.
05:41Les solutions sont tentées d'être trouvées.
05:44Depuis les années 60, là-bas, cette voie était pratiquable.
05:51Lorsque mon papa me disait en 60,
05:54Fouboï était passé là avec sa voiture pour aller battre sa campagne à Boissot.
06:02Et depuis là, dans les années 60, environ autour des années 60,
06:08il y a eu une pluie de cinq jours qui engloutit les ponts.
06:12Il y avait des différents ponts jusqu'à la traversée qui engloutit les ponts.
06:18Et nos parents ont œuvré jusqu'à aujourd'hui dans l'obtention d'un nouveau pont.
06:24Quelques années après la réalisation de notre reportage,
06:27un changement majeur intervient à Toumanguillet.
06:30Les travaux de construction du pont tant attendu sont lancés.
06:33Sur les berges de la rivière, les engins remplacent progressivement la pirogue
06:37qui assurait jusque-là la traversée quotidienne des élèves.
06:40Pour les habitants, ce chantier marque le début d'une nouvelle étape de leur histoire.
06:44Ce pont va aider le village parce que ça va désenclaver le village.
06:51On a été enclavés.
06:53Pour avoir accès même à Bignan, c'était difficile.
06:56Pour avoir accès à Diaké, c'était difficile.
06:58Tout ça, c'était à pirogues.
07:00Les pirogues chavies, à tout moment, vraiment, bon, c'est les décès même sur l'eau.
07:06C'était quand même difficile pour nous.
07:08Et ça va faire que vraiment nos enfants, nos élèves,
07:12qui souffraient avant d'arriver même à l'école à Diaké,
07:16ça va raccourcir quand même sur leur arrivée à l'école.
07:20Aipé, je te dis merci parce que lors de ton reportage ici, ça a vraiment porté.
07:27Nous sommes dans la joie.
07:29Surtout nous les femmes même, nous sommes contentes.
07:31Parce que c'est nous qui souffrons plus.
07:33Moi, je veux qu'ils accélèrent même.
07:36Qu'ils accélèrent.
07:37On va voir le pont.
07:38Avant que nous ne mourions, il faut qu'on voit le pont.
07:40Au-delà d'un simple ouvrage d'art,
07:42ce pont représente un symbole de désenclavement.
07:45Il permettra aux élèves de rejoindre leurs établissements scolaires
07:48dans de meilleures conditions de sécurité.
07:50Il facilitera également les déplacements des populations,
07:53l'accès aux centres de santé,
07:54le transport des produits agricoles,
07:56ainsi que le développement économique de Toumanguié.
07:59Pour toute une génération,
08:00il incarne l'espoir d'un avenir
08:01où aller à l'école ne sera plus synonyme de danger.
08:04Pendant près de 60 ans,
08:05la rivière Toumanguié a séparé Toumanguié
08:07d'une partie de son avenir.
08:09Aujourd'hui, les fondations du pont annoncent
08:11une transformation attendue depuis des générations.
08:13Si le coût financier exact de l'infrastructure
08:16reste pour l'heure un secret bien gardé
08:17sur les tables des ingénieurs,
08:19pour les notables du village,
08:20le calcul est déjà fait.
08:22Le prix de ce pont ne se compte pas
08:23en millions de francs CFA,
08:25mais en vie épargnée,
08:26en heures de sommeil gagnées pour les tout-petits
08:28et en 60 années d'isolement qui prennent enfin fin.
08:31Si le chantier est encore en cours,
08:33il porte déjà l'espoir d'un quotidien plus sûr
08:35pour les élèves
08:36et d'un développement durable
08:37pour toute la communauté.
08:39À Toumanguié,
08:40l'histoire continue de s'écrit,
08:42cette fois sous le signe de l'espoir.
Commentaires