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Depuis près de soixante ans, la rivière Toumandjé sépare le village de Toumanguié de la ville d’Adiaké. Pour des centaines d’élèves, cette rivière est devenue un passage obligé pour rejoindre chaque jour leurs établissements scolaires.
Avant l’aube, près de 300 enfants prennent la route. Après quinze minutes de marche, ils atteignent les berges et attendent la pirogue qui doit leur permettre de franchir les quelque 800 mètres de rivière. Une traversée effectuée dans des embarcations artisanales, souvent surchargées et sans gilets de sauvetage, avec le risque d’intempéries et de chavirement.
En 2021, cette réalité a été documentée au plus près des élèves, de leur départ du village jusqu’à leur arrivée à Adiaké. Retards, fatigue, fournitures scolaires endommagées et inquiétudes des familles rythmaient alors leur quotidien.
Pendant des années, les populations ont réclamé une solution à cet enclavement. Aujourd’hui, une nouvelle page s’écrit avec le lancement des travaux de construction d’un pont sur la Toumandjé.
Sur les berges, les engins de chantier commencent à prendre la place des pirogues. Au-delà de la sécurité des élèves, le futur ouvrage doit faciliter les déplacements, l’accès aux services essentiels et la circulation des produits agricoles.
De la traversée quotidienne à haut risque à la construction d’un ouvrage attendu depuis des générations, Toumanguié est aujourd’hui au cœur d’une transformation qui pourrait durablement changer le quotidien de ses habitants.
Par SYLLA Kamongnin.
#AIP #EDUCATION #UNICEF

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Transcription
00:00Depuis près de 60 ans, la rivière Toumanguie rythme le quotidien des habitants de Toumanguie,
00:05un village situé dans le département d'Adiaké.
00:07Si elle constitue une ressource naturelle pour les populations,
00:10elle représente aussi un obstacle majeur pour des centaines d'élèves
00:13contraints de la traverser chaque jour afin de poursuivre leur scolarité.
00:17Chaque matin, avant même le lever du soleil,
00:20près de 300 enfants quittent le village de Toumanguie avec un même objectif,
00:24rejoindre leur collège ou leur lycée à Adiaké.
00:27Mais avant d'accéder aux salles de classe,
00:29ils doivent affronter une traversée dangereuse qui fait partie de leur quotidien.
00:33Quand une pirogue va pour revenir là, c'est difficile.
00:36Les enfants sont nombreux, ils vont au collège, ils sont nombreux.
00:40À 4h du matin, à quoi une seule pirogue, les élèves se lèvent à 4h du matin.
00:44Il y a eu un moment même, la pirogue a chaviré.
00:47Dieu merci, Dieu a fait qu'il y a un enfant qui devait mourir mais il n'est pas mort.
00:52S'il y a un pont là, ça serait facile pour nous.
00:54Et puis, l'arrivée même n'est pas aussi longue.
00:58Et puis, quand nos enfants vont à l'école, 19h et 6h, ils ne sont pas encore venus.
01:03Toi-même, tu n'es pas en paix.
01:04On est obligé d'aller nous arrêter sur la route là-bas pour les attendre.
01:08Donc, je me lève à 4h du matin pour les réveiller, pour qu'ils partent vite.
01:12Là, au moins, s'ils vont vite.
01:15Deuxième groupe là, au moins, c'est un peu bon.
01:17En 2021, nous avons choisi de documenter cette réalité.
01:21Avec notre caméra, nous avons suivi les élèves depuis leur départ du village jusqu'à leur arrivée à Adiaqué.
01:27Chaque journée commence par 15 minutes de marche avant de rejoindre la rivière.
01:32Là, les enfants attendent parfois de longues minutes l'arrivée du piroguier.
01:36Souvent, quand nous arrivons à l'école, quand nous revenons, nous arrivons ici.
01:40Il n'y a pas de 7h du piroguier qui est là.
01:42Donc, nous attendons les autres pour traverser.
01:44Arrivé là-bas aussi, on n'a pas vu de traverser.
01:46On arrive en retard.
01:47Donc, nous nous dit d'aller chercher les billets.
01:49On se voit aussi, on dit de revenir demi.
01:51Quand on arrive, on arrive en retard.
01:53Souvent, ils font les devoirs derrière nous, on n'a pas de bonnes notes.
01:56Quand on parle, ils disent que c'est un compagnie pour un billet.
02:00Donc, le retour de la maison, c'est la même chose.
02:03Arrivé à la maison, nous ne pouvons pas bosser.
02:05On a dit qu'il n'y a pas de bonnes notes.
02:08La traversée dure une quinzaine de minutes lorsque la pirogue est disponible.
02:12À bord d'une embarcation artisanale, sans gilet de sauvetage et souvent surchargée,
02:16les élèves franchissent les 800 mètres de rivière dans des conditions particulièrement précaires.
02:21Cette voile que vous voyez, avant les voitures passaient ici, dans les années 60,
02:2761, 62, les voitures passaient.
02:30Et un moment après, on a vu que l'eau a commencé à prendre la route.
02:34Donc, en ce moment, les gens traversaient à pied.
02:38Ils marchaient dans l'eau pour traverser.
02:39Si tu as un vélo, tu soulevais le vélo, tu le mettais à l'épaule et tu traversais.
02:44Arrivé derrière, tu prends ton vélo et tu t'envoies.
02:47Et chaque fois, les TP réparaient à l'époque.
02:50Mais il arrivait un moment, les TP ne pouvaient plus.
02:53Donc, l'eau a pris toute la voie.
02:55Après ça, il fallait trouver les pirogues pour mettre sur l'eau.
02:59C'est ainsi qu'au juriste, avec la pirogue, la traversée s'est faite.
03:03Si tu arrives au bord, qu'il n'y a pas de pirogue, tu as oublié d'attendre.
03:08Attendre jusqu'à ce que quelqu'un vienne de l'autre côté pour venir à la pirogue pour traverser.
03:14S'il n'y a pas de pirogue du tout, si c'est une demi-journée, tu vas passer et
03:17tu as oublié d'attendre.
03:18Chaque voyage est marqué par l'incertitude, les intempéries, les risques de chavirements et la présence de crocodiles
03:25renforcent les inquiétudes des parents et des enfants.
03:28Au-delà du danger, cette traversée a de lourdes conséquences sur la vie des élèves.
03:32Les retards répétés, la fatigue accumulée, les fornitures scolaires souvent endommagées après certains chavirements
03:38et le manque de temps consacré aux révisions compliquent leur parcours scolaire.
03:43A tout mangué village, aucun registre officiel ne comptabilise les retards ou l'absentéisme des élèves.
03:48Pourtant, la réalité s'impose à l'œil nu.
03:51Lorsque la pirogue tombe en panne et que le courant est trop fort,
03:55ce sont des dizaines d'enfants qui restent bloqués sur la berge, condamnés à rater leurs premières heures de cours.
04:00Le verdict du terrain est ici bien plus parlant que n'importe quelle statistique administrative.
04:05Étant un premier co-gest, quand les enfants ont eu leur entrée en 6e et qu'ils doivent partir,
04:10chaque matin, nous les pères, nous les parents, nous souffrons.
04:13Ce qui me fait mal, quand il est soir matin, les enfants reviennent tous mouillés.
04:18Mais n'attendons pas à ce qu'il y ait au moins d'hommes.
04:20Pour venir faire ce qu'ils devaient faire pour éviter tout cela.
04:24Dans cette région enclavée, les incidents de pirogue n'intègrent aucune base de données ministérielles.
04:29Les cartables coulées, les enfants repêchés de justesse et les frayeurs face aux reptiles
04:33restent confinés dans l'anonymat des concessions.
04:36Faute de statistiques officielles pour mesurer le péril,
04:39le calvaire de ces enfants est longtemps resté invisible aux yeux des planificateurs étatiques.
04:43Pendant des années, les populations n'ont cessé d'appeler à la construction d'un pont
04:47afin de mettre fin à cet enclavement.
04:49L'eau de Toumangé a été enclavée depuis 1966.
04:56À ce temps, je fréquentais encore.
04:59J'étais petite, je fréquentais.
05:02Depuis ce jour jusqu'à aujourd'hui, rien n'est fait chez nous.
05:07Vraiment, on veut un pont.
05:09Les enfants de Toumangé souffrent.
05:13Ceux qui voient Adiaké à l'école, ils sont nombreux.
05:17Les filles et les garçons, ils sont nombreux.
05:20Nous n'avons plus de pirogue.
05:21Il n'y a plus de bois pour faire pirogue.
05:24La dernière fois, j'étais avec le proviseur du lycée d'Adiaké.
05:27En anecdote, il disait comme ça.
05:30Comme il était nouveau, c'est un conseiller.
05:32Il lui disait, le chien du village, d'où viennent les enfants qui sont toujours mouillés.
05:39J'ai dit que non.
05:41Les solutions sont tentées d'être trouvées.
05:44Depuis les années 60, là-bas, cette voie était pratiquable.
05:51Lorsque mon papa me disait en 60,
05:54Fouboï était passé là avec sa voiture pour aller battre sa campagne à Boissot.
06:02Et depuis là, dans les années 60, environ autour des années 60,
06:08il y a eu une pluie de cinq jours qui engloutit les ponts.
06:12Il y avait des différents ponts jusqu'à la traversée qui engloutit les ponts.
06:18Et nos parents ont œuvré jusqu'à aujourd'hui dans l'obtention d'un nouveau pont.
06:24Quelques années après la réalisation de notre reportage,
06:27un changement majeur intervient à Toumanguillet.
06:30Les travaux de construction du pont tant attendu sont lancés.
06:33Sur les berges de la rivière, les engins remplacent progressivement la pirogue
06:37qui assurait jusque-là la traversée quotidienne des élèves.
06:40Pour les habitants, ce chantier marque le début d'une nouvelle étape de leur histoire.
06:44Ce pont va aider le village parce que ça va désenclaver le village.
06:51On a été enclavés.
06:53Pour avoir accès même à Bignan, c'était difficile.
06:56Pour avoir accès à Diaké, c'était difficile.
06:58Tout ça, c'était à pirogues.
07:00Les pirogues chavies, à tout moment, vraiment, bon, c'est les décès même sur l'eau.
07:06C'était quand même difficile pour nous.
07:08Et ça va faire que vraiment nos enfants, nos élèves,
07:12qui souffraient avant d'arriver même à l'école à Diaké,
07:16ça va raccourcir quand même sur leur arrivée à l'école.
07:20Aipé, je te dis merci parce que lors de ton reportage ici, ça a vraiment porté.
07:27Nous sommes dans la joie.
07:29Surtout nous les femmes même, nous sommes contentes.
07:31Parce que c'est nous qui souffrons plus.
07:33Moi, je veux qu'ils accélèrent même.
07:36Qu'ils accélèrent.
07:37On va voir le pont.
07:38Avant que nous ne mourions, il faut qu'on voit le pont.
07:40Au-delà d'un simple ouvrage d'art,
07:42ce pont représente un symbole de désenclavement.
07:45Il permettra aux élèves de rejoindre leurs établissements scolaires
07:48dans de meilleures conditions de sécurité.
07:50Il facilitera également les déplacements des populations,
07:53l'accès aux centres de santé,
07:54le transport des produits agricoles,
07:56ainsi que le développement économique de Toumanguié.
07:59Pour toute une génération,
08:00il incarne l'espoir d'un avenir
08:01où aller à l'école ne sera plus synonyme de danger.
08:04Pendant près de 60 ans,
08:05la rivière Toumanguié a séparé Toumanguié
08:07d'une partie de son avenir.
08:09Aujourd'hui, les fondations du pont annoncent
08:11une transformation attendue depuis des générations.
08:13Si le coût financier exact de l'infrastructure
08:16reste pour l'heure un secret bien gardé
08:17sur les tables des ingénieurs,
08:19pour les notables du village,
08:20le calcul est déjà fait.
08:22Le prix de ce pont ne se compte pas
08:23en millions de francs CFA,
08:25mais en vie épargnée,
08:26en heures de sommeil gagnées pour les tout-petits
08:28et en 60 années d'isolement qui prennent enfin fin.
08:31Si le chantier est encore en cours,
08:33il porte déjà l'espoir d'un quotidien plus sûr
08:35pour les élèves
08:36et d'un développement durable
08:37pour toute la communauté.
08:39À Toumanguié,
08:40l'histoire continue de s'écrit,
08:42cette fois sous le signe de l'espoir.
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