00:01BFM Bourse, vos placements, nos conseils sur BFM Business.
00:05Donc le 10 ans français à l'instant est à 4,5%.
00:07On a quand même passé une quinzaine d'années avec des taux proches de 0,
00:10et nous voici à 4,5% à horizon de 10 ans pour ce qui concerne la dette française.
00:14Nicolas Domnesque est avec nous, conseiller en gestion de patrimoine,
00:17créateur de contenu Nicolas Finance.
00:19Bonjour Nicolas.
00:19Bonjour.
00:20On va parler déjà de l'impact de ces taux sur le patrimoine des Français.
00:24Déjà, quand l'État emprunte, qu'est-ce qu'il achète ?
00:26Qu'est-ce qu'on achète exactement ?
00:27Et pourquoi est-ce qu'on regarde surtout l'échéance à 10 ans sur les taux français,
00:31alors que la France emprunte sur toutes les durées ?
00:33Donc quand on achète une obligation, on devient créancier de l'entité pour laquelle on achète,
00:37une entreprise, un État, une institution financière.
00:40Donc par exemple, si on prête 100 à un État, on va lui donner 100,
00:43on devient créancier et de manière régulière, on va récupérer des coupons au taux de coupons,
00:46plus on récupère le capital à l'échéance.
00:49Donc ces titres, on les appelle les OAT, obligations assimilables du Trésor.
00:52Ensuite, pourquoi on regarde surtout les 10 ans,
00:54alors que l'État français emprunte du 3 mois à du 50 ans,
00:57c'est parce que c'est les titres qui sont les plus échangés.
01:00Donc ça sert un peu comme thermomètre pour voir l'état de la santé financière du gouvernement français.
01:05Et aussi, ça va un peu irriguer tout ce qu'il y a autour,
01:08par exemple sur les crédits immobiliers pour les ménages,
01:10on va beaucoup se servir de l'OAT à 10 ans pour un peu voir à quel point les taux
01:14du crédit immobilier seront.
01:15Pareil pour les investisseurs, quand on souhaite faire un arbitrage actions-obligations,
01:19quand on a des taux qui sont assez élevés sur des obligations,
01:21les investisseurs peuvent se dire,
01:22« Ok, pourquoi aller sur des actions qui vont me rémunérer un peu plus,
01:26mais à un risque plus fort, alors que je peux aller sur des obligations qui rémunèrent entre 4 et 5
01:29%. »
01:30Oui. Et dans la hausse des taux français, européens aussi, globaux, qu'on observe,
01:34qu'est-ce qui vient de l'inflation et pour nous de la BCE ?
01:37Et qu'est-ce qui vient de notre situation à nous, français, purement français ?
01:41Effectivement, dans cette hausse des taux, il y a deux facteurs.
01:43Il y a un facteur qui est plutôt externe à la France,
01:45et l'autre facteur qui est un peu le risque France.
01:48Donc le facteur externe, c'est assez simple, c'est l'inflation.
01:50Avec un pétrole à plus de 100 dollars, on a eu une grosse inflation,
01:53donc les banques centrales ont remonté les taux.
01:54La BCE a remonté le taux de dépôt à 2,5.
01:57La Fed a fait pareil.
01:58On a les obligations américaines à 10 ans à plus ou moins 5 %.
02:01Et quand on a un peu le taux sans risque mondial,
02:03les obligations américaines à 10 ans à 5 %,
02:06les autres suivent un peu la démarche.
02:07Donc ça fait que l'inflation plus la BCE a une hausse de taux.
02:11Et après, il y a le risque France, donc le facteur français.
02:13Et ça, il se quantifie assez facilement quand on compare la France
02:16aux bonnes élèves de la classe, qui est l'Allemagne, qui est triple A.
02:19On a plus ou moins 100 points de base d'écart.
02:22Et donc, la France veste l'Allemagne pour la même somme,
02:25la même maturité, la même devise.
02:27On aura une prime de risque, et c'est ce 1 %.
02:30Donc, ce risque France, c'est une note des notations.
02:35On est passé de double A à moins à A+.
02:37On a un budget qui a du mal à se mettre en place,
02:39on a une instabilité politique,
02:40plus le CDS qui est au plus haut depuis abri de 2025.
02:43Donc, c'est deux facteurs.
02:44Un, sur l'inflation et les banques centrales,
02:46et deux, le risque France.
02:47Justement, à cause de tout ça,
02:49on a un vrai problème en France,
02:50qui est celui des intérêts de la dette,
02:52la charge de la dette, comme on dit.
02:53C'est un des premiers postes du budget.
02:56Et concrètement, en fait, dès qu'il y a une hausse de taux,
02:59comment ça se transmet aux finances publiques ?
03:01À quelle vitesse ?
03:03Et comment le contribuable paie l'addition, en fait ?
03:06On va dire la bonne nouvelle dans tout ça,
03:08c'est que c'est un impact, mais il n'est pas immédiat.
03:10La France a, on va dire, un stock de dette de 3 000 milliards.
03:13On ne va pas la payer chaque matin.
03:15Et on va dire plus ou moins,
03:16la dette française, c'est des maturités à plus ou moins 10 ans.
03:19Donc, chaque année,
03:20on va rembourser un dixième du stock de la dette.
03:23Et donc ça, c'est la bonne nouvelle.
03:24Ça ne se fait pas immédiatement.
03:25La mauvaise nouvelle, c'est que du coup,
03:26comme on fait rouler la dette,
03:28on refinance l'ancienne dette par de la nouvelle.
03:29Les anciens taux, c'était 1-2%.
03:32Maintenant, c'est 4,5%.
03:33Et du coup, ce décalage, ce taux supplémentaire,
03:35on va le garder jusqu'à la maturité du titre.
03:38Donc, on va payer plus cher.
03:39Et le contribuable, il le paye de deux façons.
03:42On ne va pas le payer d'une forme d'impôt
03:43avec une ligne intérêts sur la dette.
03:45C'est plutôt de l'arbitrage.
03:46Si l'État met plus de son budget
03:48pour le remboursement de la dette,
03:50du coup, il aura moins de budget
03:51pour les services publics, hôpitaux,
03:52même pour faire baisser les impôts.
03:54Donc, la première façon, c'est un peu de l'arbitrage.
03:57On a des choses en moins ou moins bien.
03:58Et la deuxième façon, c'est que comme
04:00les taux à 10 ans,
04:02les obligations d'État françaises à 10 ans,
04:04ça va beaucoup indexer les taux du crédit immobilier.
04:07Du coup, on aura mécaniquement un peu
04:08une baisse du pouvoir d'achat immobilier.
04:10Donc, la France s'emprunte à 4,5%
04:13en horizon 10 ans.
04:14Pour ceux qui investissent dans les obligations françaises,
04:15ça veut dire que ça remporte 4,5%.
04:17C'est de l'argent facile, non, pour l'investisseur ?
04:19Il y a un risque quand même en contrepartie
04:20quand on prête à l'État ?
04:22Quand on compare à d'autres classes d'actifs,
04:244 à 5%, ça peut être intéressant,
04:27surtout avec le risque des obligations.
04:28Mais ce n'est pas non plus l'argent facile.
04:30Forcément, il y a des risques.
04:31Les trois gros risques.
04:32Donc, le premier, c'est le risque de taux.
04:33Je suis rémunéré 4,5% si je reste à l'échéance
04:36et je vais récupérer mon capital.
04:38Si je sors avant et qu'il y a une hausse des taux,
04:40je peux avoir une moins-value sur ce que j'ai mis.
04:42Ça, c'est le premier risque, le risque de taux.
04:44Deuxième risque, c'est le risque de l'inflation.
04:46Je suis rémunéré à 4,5%, mais avant inflation.
04:49Donc, c'est la rémunération au nominal.
04:51En réel, si j'ai 2% d'inflation, c'est 2,5%.
04:53Mais si on a une grosse période d'inflation sur les années à venir,
04:56je peux avoir, si on a 4% d'inflation sur les prochaines années,
04:59ma rémunération à réel approche de 0% avant impôt,
05:02donc après impôt, c'est nul.
05:04Donc, quand on regarde ça, avec l'inflation, il faut faire attention.
05:08Et enfin, le troisième risque, c'est le risque de crédit.
05:10Je ne pense pas que la France fera défaut sur cette maturité,
05:12mais ce risque, ce price,
05:13et c'est l'écart entre la France et l'Allemagne.
05:15Donc, on a ces trois risques qui font qu'on n'a pas le taux de l'Allemagne.
05:18– Oui, mais du coup, quand on est investisseur,
05:20on se demande quand même, à force de voir les taux progresser,
05:22est-ce qu'investir dans les obligations souveraines devient une bonne idée,
05:25un bon plan ? Comment y investir ?
05:27Il y a aussi la concurrence des obligations d'entreprise
05:29qui rapporte aussi de plus en plus.
05:32– Un point qui peut être intéressant quand on se pose la question
05:34« Est-ce que les obligations souveraines font sens ? »
05:36C'est de comparer le livret A avec le taux à 10 ans des obligations françaises.
05:39On a le livret A 1,7 net,
05:42et les taux d'obligation d'État française à 10 ans,
05:44c'est 4,5 mais avant impôt.
05:46Donc, ça, cet écart, c'est le plus fort qu'on a eu depuis 15 ans.
05:49Donc, ça fait que la thématique peut être intéressante.
05:51Après, ce qui est aussi intéressant, c'est le véhicule par lequel on va s'y exposer.
05:54Il y a trois véhicules qui font sens.
05:56Le plus simple, c'est le fonds euro des assurances vie.
05:59Donc, dedans, c'est majoritairement des obligations d'État française à 10 ans.
06:02Le seul petit bémol, c'est qu'il y a en général un petit décalage
06:05entre les obligations actuelles et le taux qu'on a dans le fonds euro de l'assurance vie.
06:10Petit décalage de 1 à 3 ans.
06:12La deuxième façon de s'y exposer, c'est les fonds obligataires classiques,
06:16ETF ou PCVM, dont les ETF en général ont fait rouler les obligations.
06:19Donc, on va toujours être soumis à ce risque de taux.
06:22Le point positif, c'est que c'est simple à comprendre,
06:24c'est liquide, il n'y a pas de frais.
06:26Et enfin, la troisième façon de s'y exposer, je dirais,
06:27c'est la façon la plus puriste pour les investisseurs plus avancés,
06:30c'est d'aller sur des obligations soit pleines, soit fractionnées
06:34et d'y aller, mais attention aussi aux risques de taux.
06:37Nicolas Domnesque avec nous cet après-midi.
06:39Nicolas Finance, merci beaucoup.
06:40Et conseiller en gestion de patrimoine, bon retour Nicolas.
06:43Votre argumentaire sera retrouvé en replay, bien sûr.
06:45En replay aussi, tiens.
Commentaires