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  • il y a 5 minutes
Carburant : «Une réouverture du Détroit d'Ormuz entrainerait une forte baisse», assure Francis Perrin

Chaque matin dans Europe 1 Matin, Dimitri Pavlenko reçoit un invité pour évoquer les dernières actualités. Aujourd'hui, Francis Perrin, directeur de recherche à l’IRIS et spécialiste des problématiques énergétiques.

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Transcription
00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:02Il est 7h11 sur Europe 1.
00:04Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin
00:05le spécialiste des problématiques énergétiques
00:08Francis Perrin. Bonjour Francis Perrin.
00:11Bonjour.
00:12Bienvenue sur Europe 1, directeur de recherche à l'IRIS,
00:14l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques,
00:16chercheur associé au Policy Center
00:18for the New South au Maroc.
00:20On va parler avec vous de la crise des carburants
00:21qui pousse le gouvernement donc à une fois
00:24de plus sortir le chéquier
00:25pour aider les automobilistes les plus exposés,
00:28les gros rouleurs, comme on dit,
00:29à petit revenu. La crise des carburants
00:32elle est mondiale, mais elle est particulièrement
00:34vive en France sur le gasoil.
00:36Pendant longtemps, Francis Perrin, on achetait
00:38un véhicule diesel parce que le plein coûtait nettement
00:40moins cher que l'essence. Aujourd'hui, c'est exactement
00:42le contraire. Qu'est-ce qui s'est passé concrètement ?
00:46On parle pourtant de deux
00:48carburants pétroliers. Essence et
00:50gazole, ce sont deux dérivées du pétrole.
00:52Il y a des différences, mais elles ne sont pas
00:55extraordinaires.
00:56Vous avez raison de rappeler que pendant longtemps
00:58différents gouvernements ont poussé les Français
01:01à aller vers des véhicules diesel
01:03donc alimentés en gazole
01:06par une fiscalité
01:07qui était plus favorable
01:09pour le gazole que pour l'essence.
01:12Et ce qui devait arriver est arrivé
01:13tout le monde s'est précipité pour acheter
01:16très logiquement un véhicule diesel.
01:18Et puis après, on a dit, ah oui, mais c'est pas bon
01:20le diesel, les particules, etc.
01:21Ce qui n'est pas faux par ailleurs, mais pourquoi
01:23est-ce qu'on les a poussés à en acheter ?
01:25Et donc, on a commencé à resserrer
01:27l'écart de fiscalité
01:28entre ces deux carburants pétroliers.
01:31Il ne faut pas oublier que derrière le gazole,
01:33il y a, outre évidemment, vous et moi,
01:35puisque ça reste quand même le carburant
01:37le plus vendu en France au moment où nous parlons,
01:39devant le sans-plomb 95,
01:41derrière le gazole, il y a aussi
01:43les transportes routiers,
01:45il y a aussi l'agriculture,
01:47il y a aussi les taxis,
01:49donc un certain nombre de corporations
01:52que différents gouvernements
01:53voulaient un petit peu soigner
01:55pour des raisons politiques et sociales évidentes.
01:57Et oui, bien sûr, mais alors on a encouragé...
01:59Maintenant, c'est fini,
02:00et on revient avec des fiscalités
02:03qui sont à peu près comparables
02:04sur le gazole et le sans-plomb 95,
02:07alors que les prix du gazole,
02:09vous l'avez rappelé,
02:10ont beaucoup plus augmenté
02:11que les prix de l'essence
02:12et que les prix du pétrole brut
02:13depuis le début de la guerre d'Iran,
02:15pour une raison très simple,
02:17c'est que les pays arabes du Golfe,
02:18dont les livraisons sont bloquées,
02:21en tout cas partiellement,
02:22dans Hormuz, par l'Iran,
02:24ces pays sont de grands producteurs
02:26et exportateurs de gazole.
02:28Et donc, depuis le début de la guerre
02:30et la réaction iranienne
02:31qui a consisté à bloquer le détroit d'Hormuz,
02:33on bloque du pétrole brut,
02:35mais on bloque aussi des produits raffinés,
02:37notamment du gazole,
02:38ce qui fait que les prix du gazole
02:40ont plus augmenté que les prix de l'essence
02:41depuis le début mars 2026.
02:44Il y a aussi le fait que la France
02:46raffine 90% de l'essence
02:48qu'elle consomme,
02:49met à peine la moitié de son gasoil.
02:51Dans un contexte où, on le sait maintenant,
02:52on a fermé les trois quarts
02:54des raffineries françaises
02:55dans l'espace de 50 ans.
02:56Il y en avait de l'ordre de presque 25,
02:59on n'en a plus que 6.
03:00Est-ce qu'on paye aussi aujourd'hui,
03:02dans la crise actuelle,
03:03la facture d'une sorte
03:04de désindustrialisation pétrolière,
03:06Francis Perrin ?
03:09Il est exact que notre parc de raffinage,
03:12qui a fortement diminué au fil du temps,
03:15comme vous l'avez rappelé,
03:16notre parc de raffinage a été conçu
03:18il y a des décennies
03:20pour produire le plus possible d'essence.
03:23Oui, et du chauffage au fioul,
03:24qu'on a abandonné au fil du temps aussi.
03:27Nos raffineries ne sont pas
03:28des raffineries récentes, bien sûr.
03:30On n'a pas construit de raffinerie en France
03:32depuis des dizaines d'années.
03:34Donc, on vit avec un acquis historique.
03:36Et à l'époque, l'important,
03:38c'était de produire le maximum d'essence
03:40pour notre parc automobile.
03:42Et comme après, pour les raisons
03:44qu'on a évoquées,
03:45fiscalité plus favorable pour le gazole.
03:47Tout le monde s'est précipité,
03:48tout le monde, j'exagère,
03:49mais beaucoup d'automobiles
03:50se sont précipitées pour acheter
03:51un véhicule diesel.
03:52On s'est retrouvés avec de gros besoins
03:54en gazole.
03:55Et un parc de raffinage
03:57qui n'en produisait pas assez.
03:58Résultat, on exportait de l'essence
04:00parce qu'on en avait trop.
04:01Et on importait du gazole
04:02des marchés internationaux.
04:04Donc, on est effectivement vulnérable
04:06en 2026.
04:07On l'était avant, mais encore plus.
04:09Alors que les prix du gazole
04:10ont très fortement augmenté
04:11du fait de la guerre d'Iran
04:13et du blocage du détroit d'Hormuz
04:15depuis le début mars 2026.
04:17Francis Perrin, on a vu aussi
04:18l'Iran, depuis le début de la semaine,
04:19envoyer des signaux un peu,
04:21disons, favorables
04:24déclarant qu'une réouverture d'Hormuz
04:26était jouable si les Etats-Unis
04:28consentaient à arrêter
04:29de frapper le pays,
04:30à desserrer son étau
04:31sur les ports iraniens.
04:33Est-ce que vous pensez
04:34qu'une réouverture d'Hormuz,
04:35qui, pour l'heure,
04:36n'est pas au programme,
04:38ça suffirait à rétablir
04:39le marché pétrolier
04:40à ces niveaux d'avant-crise ?
04:41Est-ce qu'on va retrouver
04:42des niveaux de prix de carburant ?
04:45Ceux que l'on connaissait
04:46ces derniers temps,
04:47c'est-à-dire autour de 2 euros,
04:49ce qui nous aurait paru
04:49excessivement cher
04:50il y a 5-6 ans en arrière,
04:52mais qui est un peu
04:52notre nouvelle normalité.
04:53Est-ce que ça va rebaisser,
04:55d'après vous ?
04:56Maintenant,
04:57on est effectivement
04:58sur des prix du carburant
04:59moyenne française,
05:00bien sûr,
05:01calculé sur environ
05:029000 stations-service.
05:04On est en gros
05:04à 2,40 euros
05:05pour le gazole
05:06et 2,20 euros
05:07pour le sans-plomb
05:0995.
05:10Donc,
05:11ce sont des prix
05:12historiquement
05:12très élevés,
05:14les plus élevés.
05:14On est à des niveaux records.
05:16Alors,
05:16pour Hormuz,
05:17vous avez raison de dire,
05:18pour l'instant,
05:19ce n'est pas à l'ordre du jour.
05:20Il y a des espoirs.
05:23On prête
05:24à des dirigeants iraniens
05:25certaines déclarations
05:26un peu plus positives
05:27que d'habitude,
05:28mais il faut préciser,
05:29on prête
05:30à certains dirigeants iraniens.
05:32L'un des grands problèmes
05:33dans ce conflit,
05:34et pour essayer
05:35d'en sortir,
05:36c'est qu'au sein
05:37de l'État iranien,
05:38tout le monde
05:39n'est pas sur la même ligne.
05:40Et il y a,
05:41en gros,
05:41pour simplifier,
05:42deux camps.
05:43Un camp,
05:44je dirais,
05:44plus réaliste,
05:45autour notamment
05:46du président
05:47de la République iranienne,
05:48du ministre
05:49des Affaires étrangères,
05:50du président du Parlement,
05:51qui se dit,
05:52il faut quand même
05:52trouver une sortie.
05:54L'économie iranienne
05:55va très mal,
05:56de plus en plus mal,
05:56on a une population
05:57à nourrir.
05:58L'Iran,
05:59c'est quand même
05:5992 à 93 millions d'habitants,
06:01ce n'est pas rien.
06:02Donc,
06:02il faut arriver
06:03à un compromis
06:04avec les États-Unis.
06:05On n'aura pas tout
06:05ce qu'on veut,
06:06mais il faut en sortir.
06:07Et les plus durs
06:09du régime,
06:09ça ne veut pas dire
06:10que les autres sont bons,
06:10mais ils sont encore plus durs
06:11autour des gardiens
06:12de la Révolution,
06:13qui pensent que par la guerre,
06:15par la pression,
06:15par les menaces,
06:16on va en sortir par le haut
06:18et gagner face aux États-Unis
06:20et éventuellement
06:20face à Israël.
06:22Donc,
06:22qui parle au sein
06:23de l'État iranien,
06:24c'est un des grands points
06:25d'interrogation
06:26pour la suite.
06:26Donald Trump,
06:27régulièrement,
06:28nous dit,
06:28ça va aller mieux,
06:29on a parlé avec les Iraniens,
06:31ça se passe bien,
06:32mais il a joué ce jeu
06:33à plusieurs reprises
06:34pour faire baisser
06:35les prix du pétrole
06:36pendant quelques jours.
06:37Après,
06:38quand on voit
06:38qu'il n'y a pas grand-chose,
06:39ça remonte.
06:39Il y a eu un cessez-le-feu
06:40en avril,
06:41ça n'a pas donné grand-chose.
06:42Il y a eu un protocole
06:43d'accord le 17 juin,
06:45on n'en voit pas
06:45beaucoup la couleur.
06:46Donc,
06:46je ne suis pas en train de dire
06:47qu'on n'en sortira jamais,
06:48il y a toujours une issue
06:49à une guerre,
06:50mais soyons très très prudents.
06:51Alors,
06:52plaçons-nous quand même
06:52dans cette hypothèse,
06:54supposons que,
06:55rapidement,
06:55il y a un accord
06:56pour débloquer Hormuz.
06:58À ce moment-là,
06:59ça va libérer
06:59des volumes très importants
07:01de pétrole brut
07:02et de produits raffinés
07:03qui vont sortir du Golfe,
07:05sortir du Moyen-Orient
07:06et aller vers
07:07les marchés internationaux,
07:08notamment Asie et Europe.
07:11Cela entraînerait
07:12très rapidement
07:12une forte baisse
07:14des prix du pétrole
07:15sur le marché mondial
07:17sans aucun doute.
07:18Parce que ce qui a fait
07:19une délégation
07:19en 2026,
07:20c'est un peu l'Ukraine
07:22mais principalement
07:23de loin
07:24la guerre d'Iran.
07:25Merci Francis Perrin.
07:27Merci à vous.
07:28Je vous en prie.
07:28Merci beaucoup.
07:29Bonne journée à vous.
07:30Merci de vos lumières
07:31sur le marché pétrolier.
07:33Bonne journée.
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