00:00C'est notre rendez-vous témoignage, le collectif des victimes de Bétharam boudé par le pape à Lourdes.
00:05C'est demain que Léon XIV débutera en France sa visite de 4 jours,
00:09mais Léon XIV ne va pas rencontrer le collectif des victimes de Bétharam.
00:13Nous sommes avec vous, Alain Esquer, vous êtes porte-parole du collectif des victimes
00:17qui regroupe environ 200 anciens élèves. Bonjour Alain Esquer.
00:22Bonjour Jacques Cardoze.
00:24Le pape refuse de recevoir le collectif. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle ?
00:30Eh bien, nous ne pouvons être que déçus que le pape ne reçoive que cette victime
00:36triée sur le volet par la Conférence des évêques de France
00:39pour une rencontre, je vous le rappelle, d'une seule heure, en timini, sans caméra,
00:47alors que le nombre d'enfants victimes d'abus sexuels dans l'Église,
00:51et je ne vous parle pas des victimes d'abus physiques, psychologiques, spirituels,
00:56est évalué par la SIAZ à plus de 330 000.
00:59Donc, est-ce à la hauteur de l'enjeu ?
01:03Et ne trouvez-vous pas plus pertinent que le pape, qui avait reçu 39 demandes d'audience,
01:10s'affiche au moment de la messe, vous voyez, sur la prairie de Lourdes,
01:16aux côtés de toutes ces victimes, devant les 150 000 fidèles,
01:20pour exprimer sa honte et surtout exhorter l'Église de France à enfin agir concrètement
01:27et de passer donc de la parole aux actes.
01:31Alain Esquerre, le pape va en effet recevoir sept victimes de violences,
01:37mais pas le collectif.
01:38Pourquoi ce distingo ? Comment vous l'expliquez ?
01:41C'est plutôt simple à comprendre.
01:44On préfère traiter ce problème d'une façon particulière comme un épiphénomène
01:54et non d'une façon systémique.
01:58C'est un peu comme si le gouvernement demain recevait deux ou trois syndiqués
02:03alors qu'il y a des centaines de milliers de personnes représentées par des syndicats.
02:10Vous voyez, c'est ça qui est extrêmement gênant.
02:13Alain Esquerre, qu'auriez-vous, vous, envie de dire au pape les yeux dans les yeux
02:18si vous aviez la possibilité de le voir ?
02:22Je ne veux pas choquer les auditeurs, mais je lui aurais dit la même chose
02:26que j'ai dit à Éric Moulin de Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France
02:32que j'ai rencontré l'année dernière à Lourdes, et là devant une caméra,
02:36donc ça a été filmé, je lui aurais dit qu'il faut s'imaginer ce que vit un enfant
02:42comme le père Ségur à Bétarame a éjaculé son visage à 12 ans d'un jeune garçon.
02:49C'est ça les violences sexuelles, c'est ça que les victimes de Bétarame ont subi pendant des décennies.
02:58Et donc on n'est pas à la hauteur de l'enjeu.
03:01Et ce que nous, nous lui proposions, c'était un plan d'action particulièrement ambitieux
03:06avec des victimes sur tout le territoire national qui étaient prêtes à s'engager
03:12pour de la prévention, pour de l'accompagnement, y compris de prêtres déviants.
03:16Parce que ce qui est le plus important pour les victimes, c'est la non-reconduction des crimes.
03:22C'est de pouvoir agir ici et maintenant pour le bien de nos enfants.
03:28Et donc c'est bien en les sensibilisant et en accompagnant les agresseurs,
03:33parce que dans ce pays, à un moment, on ne peut pas accepter qu'il y ait 5 millions d
03:38'enfants
03:38qui ont été abusés sur les 50 dernières années, dans l'église ou ailleurs.
03:43Il va falloir traiter aussi ce problème de tous ces abuseurs adultes.
03:49Pourquoi ils passent à l'acte sur des enfants ?
03:51Alain Esquer, dernière question.
03:53Certains membres du collectif ont entamé une procédure pour être débaptisés.
03:57Est-ce qu'il y a un lien avec le refus du pape de recevoir le collectif ?
04:01C'est évident.
04:03Brice Ducos est l'une des premières victimes qui a porté à mes côtés le combat.
04:10Son écœurement, il est total.
04:11Je rappelle que Brice, comme moi d'ailleurs, ont souhaité devenir prêtre.
04:15Et aujourd'hui, on en est à demander d'être débaptisés,
04:19de quitter cette église catholique qui ne veut pas ouvrir ses bras
04:25sur toutes les horreurs qui sont commises.
04:28Et c'est ça.
04:29Et quel dommage, parce qu'il y a une vraie ferveur
04:32autour du pape et on le voit, un grand nombre de chrétiens
04:36mais qui seront là, mais qui ne sont pas prêts demain
04:39à confier leur enfant à un séminaire ou à une retraite.
04:43Merci infiniment Alain Esquer de nous avoir livré votre témoignage ce matin
04:47et bonne journée à vous.