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  • il y a 8 minutes
Dans son baromètre sur l'accès à l'IVG, le Planning familial note de plus en plus de difficultés. Sa présidente, Sarah Durocher, dénonce notamment l'augmentation des refus de prise en charge par les professionnels de santé. Elle appelle à mettre fin à la clause de conscience.

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Transcription
00:00France Inter
00:04Mathilde Munoz
00:07Le 5-7
00:08Il est 6h21, avorter en France est-il de plus en plus difficile ?
00:12C'est la question du jour alors que le planning familial publie son baromètre sur le sujet.
00:17Je reçois sa présidente. Bonjour Sarah Durocher.
00:19Bonjour.
00:19Cette enquête vous l'avez réalisée avec l'institut Cantar.
00:22Alors est-il de plus en plus difficile d'avorter en France ?
00:24Eh bien oui, ce qu'on observe, on a fait un baromètre il y a deux ans
00:27et là on en a refait un, on a décidé d'en faire un tous les deux ans.
00:31Et ce qu'on observe, c'est qu'il y a de plus en plus de difficultés d'accès à
00:34l'avortement.
00:34Ça veut dire que même si la loi n'a fait que progresser en 50 ans,
00:38aujourd'hui on voit sur le terrain et via aussi ce baromètre.
00:41Et à quoi vous le voyez ?
00:41On le voit parce qu'on entend les personnes, on écoute les personnes,
00:44on est une association de terrain qui écoute les femmes en demande d'avortement.
00:47Et en fait, ce qu'on écoute et ce qu'on observe au quotidien,
00:50on le revoit dans le baromètre, que ce soit des pressions,
00:53que ce soit un manque d'informations, c'est vraiment des choses qui ressortent en effet.
00:57Des délais plus longs aussi pour avoir un premier rendez-vous ?
00:59Oui, tout à fait.
01:00Ce qu'on a observé, c'est qu'il y avait trois femmes sur quatre
01:03qui avaient eu un délai de plus de sept jours pour avorter.
01:07Alors que c'est cinq jours dans la loi ?
01:08Alors que c'est cinq jours.
01:09Donc évidemment que pour nous c'est une alerte,
01:11c'est quelque chose qui a augmenté depuis deux ans.
01:13Et donc bien évidemment qu'on voit cette difficulté-là,
01:16en sachant que c'est très lié au manque de professionnels
01:19et c'est très lié aussi à des fermetures de proximité au niveau de la santé.
01:21Mais ce n'est pas que sur l'avortement malheureusement.
01:23C'est quoi ? Moins de maternité, donc moins d'avortement possible,
01:25moins de lieux pour avorter, c'est ça ?
01:26Tout à fait.
01:27Quand vous fermez une maternité,
01:28vous fermez un centre d'intervention volontaire de grossesse,
01:30les lilas, ça a été un symbole très important.
01:33Il faut savoir que plus de 20% des femmes et des personnes qui avortent
01:36sont obligées d'aller dans un autre département.
01:38Donc pour nous, c'est une alerte en tout cas.
01:40Et les refus aussi des professionnels de santé ?
01:42Parce que là, les chiffres sont vraiment impressionnants.
01:44Je trouve qu'il y a deux ans, donc votre précédente étude,
01:46une femme sur quatre disait qu'un professionnel avait refusé.
01:49Là, on est à une femme sur deux
01:51qui dit qu'un professionnel a refusé de l'aider.
01:55Comment vous l'expliquez ?
01:56On l'explique par un manque d'informations.
01:58Ça veut dire qu'une femme qui souhaite avorter,
02:00aujourd'hui, elle va taper sur Internet,
02:02elle va chercher une information.
02:03Et que bien évidemment,
02:04parce qu'il n'y a pas d'éducation à la sexualité,
02:06mais aussi parce que les femmes ne savent pas quoi faire,
02:08elles vont aller à la recherche,
02:09elles vont aller interpeller un professionnel.
02:11Et en fait, elles vont passer d'un professionnel à un autre
02:13jusqu'à trouver quelqu'un qui les accueillera.
02:16Et donc clairement, nous manquons de professionnels.
02:17Parce qu'il y a plus de professionnels de santé
02:18qui refusent aujourd'hui ou pas ?
02:20Oui, apparemment.
02:21En tout cas, il y a un grand manque.
02:23Parce que nous, on a des témoignages de professionnels
02:25qui vont être très jugeants, très culpabilisants.
02:27Je pense qu'il ne faut pas sous-estimer ça.
02:29Et que même si les sages-femmes, aujourd'hui,
02:31ont fait un gros travail,
02:32et heureusement que les sages-femmes sont là,
02:33puisque c'est elles qui pratiquent la majorité des avortements aujourd'hui.
02:35Ce ne sont pas les médecins ?
02:36Non, ce sont les sages-femmes.
02:37Et que bien évidemment,
02:39qu'aujourd'hui, on est très inquiète sur tout simplement...
02:42Et puis d'avoir un refus, c'est quelque chose, en fait.
02:44C'est une non prise en charge.
02:44C'est très angoissant pour des femmes.
02:46Et parfois, elles sont obligées d'aller avoir un, deux, trois professionnels.
02:49C'est pour ça que l'orientation est sur tout le territoire.
02:52Nous, le planning, on est présent, par exemple.
02:54Et on peut orienter les femmes en demande d'avortement.
02:56Mais parfois, c'est le parcours de la combattante.
02:58Qu'est-ce qui doit être fait alors pour que les choses changent ?
03:01Que peuvent faire les pouvoirs publics ?
03:03Eh bien, c'est de faire en sorte que l'avortement,
03:04ça fait partie de la vie des femmes.
03:06Il faut redire que c'est une solution à un problème,
03:08à une grossesse non désirée.
03:09Et qu'aujourd'hui, on a besoin de vraies politiques publiques,
03:12mais pas que dans ce secteur-là.
03:14On le voit sur la loi intégrale actuellement,
03:15sur la question des violences,
03:16que les féministes demandent de manière générale.
03:19C'est des vraies politiques publiques.
03:20Et quand on dit politique publique,
03:22c'est des moyens, c'est des campagnes nationales.
03:23Surtout que là, ça concerne le dernier chiffre,
03:26259 416 femmes en 2025.
03:28C'est un chiffre qui ne bouge quasiment jamais.
03:29C'est toujours le même chiffre.
03:30Donc, il faut se dire que les femmes, de toute façon, avorteront.
03:33Quand une femme souhaite avorter, elle avortera.
03:36Et le mieux que ça se fasse dans le choix qu'elle souhaite,
03:38le lieu où elle veut,
03:39et que ça se fasse dans les délais les plus rapides pour elle,
03:42si elle le souhaite.
03:43Donc, bien évidemment que pour nous,
03:44il y a une grosse inquiétude là-dessus.
03:46Et je pense qu'il faut faire en sorte que l'avortement
03:48soit considéré comme un droit comme les autres.
03:51Et que des grandes campagnes nationales,
03:52c'est des demandes que le planning a, par exemple,
03:54pour que les femmes soient le mieux orientées
03:56et enlever ce tabou de l'avortement.
03:58Puisque une femme sur trois autour de vous a déjà avorté.
04:00Dans la rédaction de France Inter, c'est la même chose.
04:03Et que bien évidemment qu'aujourd'hui,
04:04il y a vraiment le besoin de répondre à ça.
04:06Et ce que vous notez aussi, par rapport à votre précédente étude,
04:08c'est qu'aujourd'hui, des femmes demandent à l'IA.
04:11Interroge l'IA sur le sujet.
04:12Eh bien oui, puisque la recherche d'informations,
04:14on se modernise et la question de la recherche d'informations,
04:17nous on le voit sur le terrain.
04:18En tout cas, les accueillantes le disent.
04:20C'est une des sources d'informations,
04:21comme dans le baromètre.
04:22En fait, rien d'étonnant.
04:24Aujourd'hui, l'IA oriente bien vers le planning familial actuellement.
04:28Mais vous savez très bien que c'est des choses qui peuvent évoluer.
04:30Et que les personnes en France et dans le monde
04:32qui sont anti-avortement ont beaucoup d'argent.
04:34Et parfois aussi, peuvent même un peu diriger les réseaux sociaux.
04:36Donc bien évidemment qu'on a une inquiétude.
04:38Mais la recherche d'informations,
04:40elle passe aussi par les réseaux sociaux et par l'IA.
04:42Est-ce qu'il faut supprimer la clause de conscience spécifique à l'IVG pour les soignants ?
04:46Oui, tout à fait.
04:46Pourquoi ?
04:47Parce que c'est le seul acte où il y a une clause de conscience spécifique.
04:50Tous les médecins ont une clause de conscience.
04:51Vous pouvez aller voir votre médecin, il y a un refus.
04:53Sauf que là, c'est inscrit dans la loi.
04:55Et en fait, nous, ça participe à la stigmatisation d'un acte.
04:58Pourquoi l'avortement ?
04:59Il y aurait une double conscience spécifique.
05:01Je pense que c'est vraiment un changement de culture.
05:02Un changement de faire en sorte que l'avortement soit un acte comme les autres.
05:06Et ça, c'est une revendication des féministes depuis très longtemps.
05:08Et les médecins qui vous disent que ce n'est pas un acte comme les autres,
05:10que ce n'est pas anodin comme acte, vous l'entendez ou pas ça ?
05:13Oui, je peux l'entendre.
05:15Moi, la question, c'est que j'ai été par exemple plus de 10 ans accueillante
05:17et j'ai accueilli des femmes en demande d'avortement.
05:20Évidemment que pour des femmes, ça peut être compliqué sur le choix, la pression.
05:22On reste dans une société patriarcale qui regarde le ventre des femmes et le choix des femmes.
05:26Je peux vous assurer que la plupart des femmes sont soulagées.
05:28Moi, j'ai fait plusieurs avortements.
05:29Et à chaque fois, j'ai été soulagée d'accéder à ce droit.
05:32Aujourd'hui, l'IVG est possible jusqu'à la 14e semaine de grossesse.
05:34Est-ce qu'il faut allonger les délais ou on reste à 14 ?
05:37Alors, le planning familial, lui, souhaite que ça soit jusqu'à 22 semaines.
05:40Comme dans d'autres pays européens, il faut savoir aujourd'hui que le planning
05:43accompagne des femmes à aller à l'étranger puisque les délais sont dépassés.
05:46Et je pense que la question...
05:47Il y a des femmes aujourd'hui en France qui ne peuvent pas avorter en France
05:49et qui sont obligées d'aller à l'étranger encore aujourd'hui ?
05:51Tout à fait. Encore aujourd'hui, donc c'est des frais.
05:53Tout le monde ne peut pas le faire.
05:54Tout le monde n'a pas forcément l'information.
05:56C'est encore plus culpabilisant, bien évidemment.
05:58Et aujourd'hui, nous, ce qu'on aimerait, c'est qu'on soit au moins à 22 semaines
06:01pour faire en sorte pourquoi ça existe en Espagne, en Hollande
06:05et qu'en France, ça ne serait pas possible.
06:06Mais en tout cas, des femmes partent encore dans d'autres pays pour avorter.
06:09Et ailleurs dans le monde, est-ce que ce droit est attaqué aussi ?
06:11Je ne parle pas des Etats-Unis, mais plus le battement dans le monde.
06:13Les Etats-Unis, ça a été un symbole hyper important.
06:16L'Italie, la Pologne...
06:17Aujourd'hui, on voit qu'il y a une montée du conservatisme très importante.
06:20Et à chaque fois, c'est le droit à l'avortement qui est attaqué en premier.
06:24Donc, bien évidemment qu'il y a une mobilisation internationale à faire.
06:28On est en solidarité avec les féministes.
06:30Et juste, je le précise, en France, si jamais la droite conservatrice arriverait au pouvoir,
06:35bien évidemment que le droit à l'avortement sera attaqué.
06:37Ce n'est pas une exception.
06:38Ça ne sera attaqué pas par la loi, mais par l'accès beaucoup.
06:40Et vous appelez justement à se mobiliser aujourd'hui en cette journée internationale pour le droit à l'avortement.
06:46Le planning familial appelle à se mobiliser.
06:48Et vous tenez aussi à rappeler ce numéro vert national très important, le 0800 08 11 11.
06:54Tout à fait.
06:55Et il y a aussi un site internet, IVG Contraception Sexualité, où il y a un chat.
06:58Où l'objectif, c'est vraiment de permettre aux personnes d'avoir une réelle information
07:02et de lutter contre les mouvements anti-choix actuellement et la désinformation.
07:05Et à chaque fois, c'est anonyme, confidentiel et gratuit.
07:07Tout à fait.
07:09Merci Sarah Durocher, présidente du planning familial.
07:12Vous étiez en direct dans le 5-7.
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