00:00Pour moi, la question du logement, mais plus largement de la construction dans le bâtiment, n'est pas une inconnue.
00:06J'ai été ministre de l'enseignement professionnel.
00:09Le bâtiment est un des premiers employeurs du pays, un des premiers chiffres d'affaires,
00:13une des proportions les plus importantes de la richesse du pays.
00:17Donc j'ai eu à en connaître et à connaître quelques-uns d'entre vous, en tout cas vos organisations,
00:22dans le passé.
00:23Si bien que je sais à peu près où mettre les pieds pour ne pas être à côté du sujet.
00:29Mais commençons d'abord par aller sur le fond idéologique, parce qu'il y en a un.
00:34Nous ne sommes pas entre gens qui comparent des solutions techniques, les unes étant très raffinées et les autres très
00:41idéalistes.
00:42Il y a eu pendant plus de dix ans l'idée que le logement était un marché et seulement un
00:48marché.
00:49Et donc on y a appliqué toutes les recettes miracles du marché, dérégulé et effondré le secteur social de la
00:56production de logements.
00:57Le résultat, on le connaît tous, c'est une maltraitance sociale généralisée.
01:012 800 000 personnes qui sont en attente d'un logement social, 350 000 personnes qui n'ont plus aucun
01:08logement d'aucune sorte et qui sont à la rue,
01:11et des millions de gens qui aimeraient accéder à la propriété mais ne le peuvent plus parce que leurs revenus
01:17sont insuffisants d'une part,
01:18et d'autre part, ce qu'on leur propose est trop cher.
01:21Voilà le tableau d'ensemble, à partir de quoi il faut prendre des décisions et si possible des horizons chifflés.
01:27La première chose que nous vous offrons, c'est l'idée d'un contrat.
01:32Donc je ne suis pas venu caresser les uns ou les autres dans le sens du poil,
01:35mais dire le résultat que nous voulons atteindre en tant que gouvernement.
01:39En tant que gouvernement, nous voulons atteindre 400 000 logements.
01:43Nous voulons atteindre 700 000 réhabilitations.
01:46Et nous connaissons l'inconnu derrière ces chiffres.
01:49Où trouver les gens pour le faire ?
01:50Vous avez perdu 100 000 emplois.
01:52Il faut en trouver 300 000 pour faire redémarrer la machine au niveau auquel je le situe.
01:58Deuxièmement, il faut financer.
02:00Alors le financement, c'est le plus facile.
02:02De l'argent, il y en a en tas, en piles, en montagnes, en icebergs, il y en a des
02:07quantités considérables.
02:08Et si par hasard il venait à en manquer, en réorientant l'investissement public,
02:14c'est-à-dire en modifiant la proportion de ce qui va du livret A aux banques privées
02:19et à la partie qui est centralisée sur la caisse des dépôts et consignations, nous le trouverions.
02:25Je vous indique une ressource cachée de près de 30 milliards aujourd'hui disponibles
02:31si on décidait de le mettre dans cette direction.
02:34Mais pour vous dire franc, je n'ai aucune confiance dans ce qui a été décidé pendant les dix dernières
02:40années.
02:41J'ai assisté à une partie de l'édiction de ces règles, je n'y crois pas.
02:45Tout est idéologique là-dedans.
02:46C'est l'idée que, moi en contrôle, mieux tout va se passer.
02:50Et c'est le contraire qui s'est produit.
02:51Donc vous êtes des hommes réalistes à la tête d'entreprises
02:56qui représentent une part considérable de l'activité du pays.
02:59Vous et nous, quoi que vous pensiez de nous, et quoi que nous on pense de vous,
03:03on est obligés de s'entendre.
03:04Et on va le faire.
03:06Mais il faut que le compromis, on se comprenne bien.
03:10Nous, notre but, il est de nature écologique.
03:12Et je suis sûr que vous aussi, comme homme, comme citoyen,
03:16j'en sais rien moi, comme père de famille, comme ce que vous voulez,
03:19il n'y en a pas un parmi vous qui peut dire
03:20« Oh, je m'en fous le climat, non, c'est pas vrai, ça chauffe pas, c'est pas vrai
03:23».
03:24Donc on doit avoir une discussion rationnelle qui va tenir.
03:27À condition, encore une fois, je l'ai dit, il faut qu'on ait un pacte productif.
03:31On s'entend sur ce qu'on va produire, si on peut, comment on va le produire.
03:35Mais ça, c'est une affaire de formation.
03:37C'est la phase formation.
03:39Donc on peut arriver à s'entendre dans des conditions.
03:42Après, bon, alors, vous, il faudra entendre le museau,
03:44quand je vais vous dire qu'on passe le SMIC à 1700.
03:47Mais déjà, je vous suis reconnaissant de ne pas avoir commencé votre interrogatoire
03:50par les cotisations sociales, les taxes et le reste, dont ma tête est plus que saoulée.
03:55Je viens au dernier point.
03:57C'est le travailleur détaché.
03:58Alors, vous n'en avez pas parlé.
03:59Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il vous prend ?
04:01Vous en avez un... Combien vous en avez ?
04:02100 000 dans la branche.
04:04J'ai demandé ça ce matin.
04:05J'ai dit, mais à la fin, combien il y en a là-dedans ?
04:07Parce que ça discutait, j'avais été voir ceux de la FNB, là, qui m'ont invité.
04:13Hein, quoi ?
04:14Oui, oui, c'est ça.
04:15Voilà.
04:16Ils m'ont invité au centre de formation.
04:19On a discuté.
04:19On a passé toute l'après-midi ensemble.
04:21Et, bon, on a parlé des travailleurs détachés.
04:24Il y en a un qui me dit, non, non, mais les cotisations sociales, ils pègent.
04:27Je dis, monsieur, allez raconter ça à quelqu'un d'autre qu'à moi.
04:29Je sais bien que ce n'est pas vrai.
04:31Ça n'existe que pour ça.
04:32Le travailleur détaché, c'est de la délocalisation à domicile.
04:36Le travailleur détaché, on lui a imposé de payer des cotisations dans son pays.
04:40Vous voulez qu'on parle des cotisations sociales des pays qu'on a fait d'entrer dans l'Union européenne,
04:45de la Roumanie et d'autres pays comme ça ?
04:48Enfin, soyons sérieux.
04:50Donc, ils payent les cotises ici ou bien ils restent là-bas.
04:54Mais des fois, on en a besoin.
04:56On a besoin de bras aussi.
04:57Il faut être malin.
04:58Donc, il faut qu'ils puissent, s'ils veulent, continuer à travailler ici.
05:02Mais au tarif d'ici.
05:03Personne ne viendra chez nous avoir une situation qui, par sa propre sous-évaluation, va couler des boîtes françaises.
05:12Je me rappelle de gens qui étaient venus me voir à Perpignan.
05:15C'était des petits entrepreneurs.
05:18Et les gars m'ont dit, écoutez, nous, on a envie d'être honnête, M. Mélenchon.
05:21On ne veut pas tricher.
05:22On ne veut pas tricher.
05:23On n'aime pas ça.
05:24On veut respecter la loi.
05:26Mais ils me disent, qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse, là ?
05:28C'est de la concurrence déloyale.
05:30Et le gars me dit, je ne savais pas quoi lui répondre, il me dit, alors, qu'est-ce que
05:33vous me dites de faire ?
05:34De prendre, moi aussi, des travailleurs détachés pour pouvoir avoir ma part du gâteau qui me reviendrait ?
05:39Et ça m'a beaucoup ébranlé parce que ce dont je suis en train de vous parler, ça s'est
05:43passé il y a presque 10 ans.
05:44Et ça m'est resté à l'esprit.
05:46Parce que ce que ce gars était venu me dire, ce n'était pas, je vous demande ceci ou faites
05:50en sorte que cela.
05:51C'est dire, nous, on veut que ça se passe à la loyale.
05:53Donc, je vous prends au mot.
05:55Si c'est à la loyale, vous m'aurez pour allié.
05:57Ça, c'est sûr.
05:58Et allié à Manfer, parce que comme c'est déjà décidé, ça sera appliqué.