00:00On voulait respirer un peu avec Nathalie Decey, bonsoir.
00:03Merci d'être avec nous et de nous apporter, vous aussi, un peu de bonheur dans ce studio,
00:09un peu de gaieté, même si Francis Poulenc, c'est pas toujours très gai,
00:13je pense notamment au Dialogue des Carmelites.
00:14Ah bah Dialogue des Carmelites, là, ça finit mal, c'est sûr.
00:17Ça finit mal.
00:18Francis Poulenc and Friends, concert lyrique, Les Oiseaux de Passage,
00:22c'est dimanche 25 octobre à 17h, ça se passe en l'église Notre-Dame de l'Assomption
00:28à Auvers-sur-Oise, en partenariat avec le Lab Musée,
00:31c'est un concert qui est produit par les Arts de l'Écoute.
00:33Nathalie Decey, vous serez avec Philippe Cassard au piano,
00:36un autre grand artiste pour chanter Barbeur, Chausson, Ravel, Poulenc bien sûr,
00:45et puisqu'on parle de Poulenc, écoutons cet extrait de La Dame de Monte Carlo
00:49sur un texte de Jean Cocteau.
01:17Sous-titrage Société Radio-Canada
01:37Alors cette Dame de Monte Carlo, elle est bien triste,
01:40parce que c'est une personne seule, elle a eu grand train, grande vie à une époque,
01:47et puis la voilà, effectivement, dans ses palaces.
01:49Mais elle choisit de mourir joyeusement.
01:52Pour pas raconter la fin !
01:53Bah oui, mais quand même, c'est vers ça que ça va en tout cas.
01:57Donc on sait bien que quand on joue, on ne peut que perdre.
02:01Donc je parle du casino là.
02:03Bien sûr.
02:03Qu'est-ce qui vous a conduit à proposer ce concert,
02:07sachant qu'il y a eu un festival cet été ?
02:09Est-ce que c'est l'idée de se dire, tiens, on va quand même faire connaître Francis Poulenc un
02:14peu mieux aux Français ?
02:16Oui, c'est-à-dire que ce festival-là est axé autour de la musique de Francis Poulenc.
02:22Donc effectivement, je n'avais pas forcément beaucoup de pièces de Poulenc dans ce concert.
02:29J'avais effectivement une mélodie et La Dame de Monte Carlo,
02:33qui est une pièce de 7 minutes.
02:35Mais on a rajouté Les fiançailles pour rire,
02:38qui est un cycle absolument merveilleux sur les poèmes de Louise de Villemorin.
02:43Et voilà, c'est un peu la queue de comète de mes concerts d'adieu que j'avais fait l
02:50'année dernière.
02:51Adieu aux chants classiques.
02:52Pourquoi dire adieu aux chants classiques ?
02:54Parce que je veux me consacrer à autre chose,
02:57c'est-à-dire à la comédie musicale et à la chanson.
03:00Vous l'aviez déjà fait avec Michel Legrand ?
03:01Oui, oui, mais or ça demande beaucoup, beaucoup, beaucoup de travail technique.
03:05Et si vous êtes tout le temps en train de travailler votre voix lyrique,
03:09ça vous empêche, en fait moi ça m'empêche,
03:12de prendre un autre virage technique.
03:15Mais vous ne quittez pas, j'allais dire, avec fureur ?
03:20Vous ne claquez pas la porte du chant lyrique avec fureur en disant
03:24« Maintenant je veux faire de la variété, de la comédie musicale ».
03:26Vous avez déjà été absolument formidable sur les chants de Michel Legrand,
03:30qui sont d'ailleurs d'une certaine manière très très inspirés de la musique classique et des harmonies classiques.
03:34Oui, mais je trouve que je ne chantais pas comme on doit.
03:37Je chante aujourd'hui mieux avec plus de résonance de poitrine,
03:40c'est plus difficile, c'est plus grave,
03:43c'est une autre voix, une autre façon de chanter,
03:44de s'approprier le micro aussi.
03:48Et du coup, voilà, ça fait maintenant plusieurs années que je travaille d'arrache-pied
03:52pour arriver à vraiment transformer ma voix.
03:56Puisqu'on parle de Francis Poulain, que c'est un grand monsieur,
03:58c'est d'abord un monsieur très élégant.
04:01On n'en parle jamais, on ne parle pas du physique des compositeurs.
04:06Debussy était un homme un peu bourru, avec une grande barbe,
04:09il n'était pas très commode, il ne faisait pas très sympathique,
04:12il disait des choses affreuses sur Ravel par exemple.
04:18Et Poulain, il y avait une sorte d'érudit un peu comme Rachmaninoff,
04:21il y avait un grand monsieur, et puis en même temps,
04:24il a composé des choses extra...
04:26On parlait du Diac de Carmelite, qui est très sain.
04:28Oui, oui, la Dialogue, c'est une pièce extraordinaire sur un texte de Bernanos.
04:34Mais c'est surtout que Poulain, qu'il a vraiment,
04:37tout comme Ravel ou Debussy,
04:39dès qu'on entend quelques notes de Poulain, on sait que c'est lui.
04:42On sait.
04:42C'est vraiment extrêmement personnel, extrêmement original,
04:47et c'est une signature majeure de la musique du XXe siècle français.
04:51Et alors, du coup, pour ceux qui seront à Auvers-sur-Oise,
04:56ils pourront entendre effectivement du Poulain, mais aussi du Barber.
04:59Ce qui est très connu chez Barber, c'est la Daggio,
05:02qui est très très lent, qui a été reprise par des tas de films,
05:06c'est presque une musique de film en réalité pour certains.
05:09Et puis, il y a aussi ce chausson,
05:12cette mélodie d'Ernest Chausson,
05:14sur un poème, là, pour le coup, de Le Comte de Lille,
05:16ça s'appelle Le Colibri.
05:18Et on écoute Le Colibri.
05:34Le verre colibri, le roi des colibri,
05:42Voyons la rosée, il se déclare,
05:50Lire dans son nez des célèbres filles,
05:59Comme un fré rayon s'échappe dans l'air,
06:09Il se hâte et vole aux sources voisines.
06:17Alors là, on est...
06:18Alors, Chausson, c'est plutôt un peu avant,
06:21parce que Poulain, qui est mort en 1963, je crois,
06:25donc on est quand même...
06:26C'est vraiment le 20e siècle.
06:27Tout le programme, sauf cette mélodie,
06:30date du 20e siècle.
06:32Oui, et donc, cette mélodie,
06:34elle est un petit peu ancienne,
06:35et en même temps,
06:36pourquoi est-ce que vous avez voulu la mettre ?
06:37Parce qu'en fait,
06:39mon concert d'adieu s'appelle Oiseau de passage.
06:42Et au départ, dans ce concert,
06:43il y avait des mélodies sur les oiseaux,
06:45parce que, en tant que soprano léger,
06:48j'ai toujours été beaucoup comparée aux oiseaux,
06:51et notamment au rossignol, à l'alouette,
06:53au mer, le moqueur, ou je ne sais quoi.
06:55Donc, je voulais rendre hommage
06:56à ces compagnons de route
06:59que sont les oiseaux.
07:01Et puis, en deuxième partie de concert,
07:04j'avais choisi la musique américaine,
07:06classique,
07:06parce que, justement,
07:07c'est la musique vers laquelle je veux me diriger,
07:10puisque je veux aller vers la comédie musicale américaine
07:12du Golden Age.
07:14Et là, du coup, vous changez de voix ?
07:16Non.
07:16Là, non.
07:17Là, vous ne pouvez toujours pas.
07:18Parce que nous sommes toujours dans de la musique classique.
07:20Tant que je chante de la musique classique,
07:21c'est sans écho.
07:22Vous aurez votre voix de lyrique.
07:23Et j'aurai ma voix normale, j'allais dire.
07:24La voix d'opéra, pour ceux qui...
07:26Ça, c'est de la musique.
07:28Le Barber, le Summer 1915, Knoxville,
07:31se chante avec une voix opératique, classique.
07:34Une voix opératique.
07:35Et alors, du coup,
07:36Philippe Cassart est au piano.
07:37C'est votre complice depuis toujours ?
07:38Depuis, oui, 2000...
07:41Je ne sais plus si c'est 10, 12.
07:43Je ne sais plus.
07:43Oui, 12, je crois.
07:45On a fait près de 150 concerts ensemble
07:47à travers le monde.
07:48Et voilà,
07:50on partage encore quelques concerts.
07:53Alors, à deux.
07:55Et puis, à Géométrie Variable,
07:56avec d'autres gens.
07:58On fait par exemple
07:59un programme Mozart,
08:02avec Delphine Eddent,
08:04Karine Deshaies,
08:05Marie, Laurent Lauri,
08:07Pierre Génisson.
08:08Voilà.
08:09Ça nous arrive
08:10de faire comme ça.
08:11J'ai une question pour vous,
08:12de visite de chambre.
08:13J'ai une question pour vous,
08:13Nathalie Dessay,
08:13alors qu'on sort de 4 jours
08:15de visite papale,
08:16qu'est-ce que ça vous a fait
08:17la visite du pape en France ?
08:19Alors, strictement rien.
08:20Moi, je ne suis ni croyante,
08:22ni rien du tout.
08:22Mais même,
08:22il y a des gens
08:23qui ne sont pas du tout croyants
08:24et qui ont vécu ça.
08:25Oui, pour moi,
08:26c'est mes complètement étrangers.
08:27Pour moi,
08:28c'est comme de l'idolâtrie,
08:30je ne comprends pas.
08:31Je ne comprends rien à ça.
08:34Ça me fait même plus peur
08:36qu'autre chose.
08:37Et la musique,
08:37du coup,
08:38ça vous garde ?
08:39C'est une sorte de religion pour vous ?
08:41Oui, voilà.
08:41C'est ma façon de transcender
08:44la vie courante.
08:46C'est ma façon d'être
08:46dans la spiritualité.
08:49Et c'est d'une certaine façon,
08:53même si je ne crois pas en Dieu,
08:56de m'élever.
08:57Vous avez plusieurs dieux,
08:58ce sont les compositeurs, peut-être ?
08:59Même pas,
09:00parce que ce sont des êtres humains.
09:01Mais en tout cas,
09:02la musique elle-même,
09:04je pense,
09:05nous rend plus grands qu'on est.
09:07Et c'est un peu la fonction
09:09qu'a la religion.
09:10Notre dieu à tous,
09:12Mozart,
09:12disait Arthur Rubinstein,
09:13le pianiste polonais
09:16qui disait,
09:17moi je vois très bien,
09:18j'imagine très bien
09:20la disparition du Nil,
09:22quelque part, etc.
09:23Mais un monde sans Beethoven,
09:25nous sans Mozart,
09:26je n'y arriverai pas.
09:27ce serait un monde
09:28tellement plus triste.
09:30Merci beaucoup,
09:31Nathalie Dessay,
09:33Concert Lyrique,
09:33Les Oiseaux de Passage,
09:34Chausson, Ravel,
09:36Poulenc,
09:37Barbaire,
09:37entre autres,
09:38c'est dimanche 25 octobre à 17h,
09:41dans l'église d'Auvers-sur-Oise.
09:43Réservation sur le site
09:44www.festivalpoulenc.com
09:47Elle fait ça bien !
09:48Merci beaucoup,
09:49très bonne soirée sur Europe.
09:50Sous-titrage Société Radio-Canada,
09:50Sous-titrage Société Radio-Canada,
09:50Sous-titrage Société Radio-Canada,
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