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Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, était l'invitée du Face-à-face de RMC et BFMTV. Elle revient notamment sur les mouvements de blocage des lycées, la grève de la fonction publique ou encore le budget.
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00:00Vous êtes secrétaire général de la CGT, vous appelez à une journée noire aujourd'hui.
00:04Fonction publique, lycéens, fonctionnaires, salariés, 155 manifestations prévues dans toute la France.
00:11Pouvoir d'achat, prix du carburant, politisation des syndicats aussi, c'est ce dont vous accuse le patron du MEDEF.
00:18Beaucoup de questions donc à voir avec vous.
00:20Je voudrais qu'on commence par les lycées parce qu'au moment où l'on se parle,
00:23les forces de l'ordre sont positionnées devant environ 200 lycées.
00:28Il y en a un certain nombre qui ont été bloqués hier, principalement en Ile-de-France.
00:33Une colère qui monte depuis une semaine et qui a dégénéré avec des dégradations, des violences et des blessés hier.
00:39Est-ce que vous appelez au calme ?
00:41Moi j'appelle le gouvernement à entendre la colère des lycéens et à cesser d'envoyer des policiers face aux
00:48jeunes qui se mobilisent
00:50pour faire entendre leurs revendications.
00:52Ce qu'ils demandent c'est très simple, c'est des tables, des chaises, des enseignants et enseignantes
00:57et on leur répond en leur envoyant les forces de l'ordre.
01:00C'est dangereux, il faut laisser les équipes éducatives faire leur travail,
01:05ouvrir le dialogue avec les lycéens et lycéennes et leur permettre d'exercer leur droit citoyen à la mobilisation.
01:10Donc pour vous le problème c'est les forces de l'ordre ?
01:12Ah oui c'est sûr, bien sûr.
01:14J'ai été conseillère principale d'éducation, j'ai travaillé dans des établissements très difficiles,
01:18j'ai été confrontée évidemment à des mobilisations lycéennes
01:20et je sais combien le travail des équipes éducatives est central pour éviter les débordements.
01:25Mais quand on envoie les forces de l'ordre, on organise les débordements.
01:28Donc il ne faut surtout pas faire ça, c'est au ministère de l'éducation nationale de gérer la mobilisation
01:32lycéenne,
01:33pas au ministre de l'intérieur.
01:34Le ministère de l'éducation nationale qui déplore un certain nombre de blessés
01:39et notamment parmi les proviseurs ou les conseillers d'orientation.
01:43Conseillers principaux d'éducation, oui.
01:46Et donc justement c'est pour ça qu'il faut les laisser faire leur travail et les accompagner
01:51de façon à ce que les lycées puissent être ouverts,
01:54à ce que les lycéens puissent avoir des espaces de dialogue à l'intérieur,
01:57puissent se réunir pour débattre collectivement de leur mobilisation
02:01et que s'ils décident collectivement de se mobiliser, ils puissent le faire.
02:04Le problème aujourd'hui c'est qu'on les empêche de se réunir, de débattre et de se mobiliser
02:09pour faire entendre leurs revendications.
02:10Le gouvernement distingue deux choses, en tout cas c'est ce que dit le ministre,
02:13de l'éducation nationale, il dit qu'il y a effectivement des revendications
02:16sur les moyens, sur le nombre de profs, sur les absences, etc.
02:20Mais il dit également qu'il y a eu un modus operandi de ces derniers jours
02:24qui était une petite dizaine de personnes, dit-il, cagoulées extérieures au lycée
02:30qui venaient des 6h du matin avec des palettes et des jerrycans,
02:34voilà ce qu'il dit, et qui attisaient cette colère.
02:37Est-ce que c'est possible selon vous ?
02:39Vous parlez uniquement des manifestants, mais est-ce qu'il se peut effectivement
02:42que le gouvernement ait raison là-dessus ?
02:43Bien sûr, c'est des choses qui peuvent arriver, mais pas devant 200 établissements scolaires.
02:47C'est des choses qui peuvent arriver très ponctuellement
02:50et contre lesquelles on ne lutte pas en envoyant les policiers contre les lycéens.
02:55Moi, ce que j'ai vu, c'est des images de policiers
02:57qui s'en prenaient à des lycéens et des lycéennes,
03:00qui les gazaient et qui les empêchaient de se mobiliser.
03:02Et la question de fond, c'est quand même les revendications des lycéens et des lycéennes
03:07qui sont totalement légitimes.
03:08C'est quand même extrêmement choquant qu'il et elle soient obligés de bloquer leur établissement
03:12pour avoir des enseignants en face d'eux quand même.
03:15L'un d'eux, l'un de ces manifestants, a été hospitalisé hier avec de nombreuses dents cassées.
03:21Il avait commencé par donner un coup de pied à une membre, une policière semble-t-il.
03:25Un policier est arrivé, a tiré directement dans son visage.
03:29Il a été ensuite hospitalisé.
03:32Comment vous jugez cette scène ?
03:33C'est extrêmement choquant.
03:34Ça ne devrait jamais avoir lieu.
03:36On parle d'enfants.
03:37Je rappelle que les lycéens et lycéennes sont mineurs.
03:39C'est pour ça qu'on ne règle pas la mobilisation
03:42en envoyant des policiers devant les établissements scolaires.
03:45Il faut cesser tout de suite et répondre sur le fond à leurs revendications légitimes.
03:50Le ministre de l'Intérieur qui dit qu'on peut qualifier cela de violence urbaine.
03:54Moi, je qualifie cela de violence policière, ce qui s'est passé à ce lycéen.
03:59Il faut que toute la lumière soit faite sur ces événements
04:02et que les sanctions nécessaires soient prises.
04:04La police de police a d'ailleurs ouvert une enquête.
04:06Oui, mais surtout, le problème, ce n'est pas les faits individuels,
04:09c'est les consignes qui sont données aux policiers.
04:11Le ministre de l'Intérieur a donné consignes aux policiers
04:14d'empêcher tous les blocus de lycée.
04:16Il est là le problème.
04:17Si les lycéens souhaitent se mobiliser, ils doivent pouvoir le faire
04:20et les conditions doivent être réunies
04:22pour leur permettre d'exprimer leurs revendications.
04:24On ne peut pas leur apprendre à l'école la démocratie
04:27et quand ils souhaitent s'exprimer dans une démocratie, leur envoyer les policiers.
04:30Mais vous constatez qu'il y a eu des dégradations,
04:31qu'il y a eu des tirs de mortier ?
04:32Vous le constatez ?
04:34Oui, de fait.
04:35Mais pourquoi ?
04:36Parce que tout de suite...
04:37C'est l'œuf ou la poule.
04:38C'est-à-dire que vous vous dites, il y a des tirs de mortier
04:40et il y a des dégradations parce qu'il y a la police.
04:42Et la police dit, oui, mais non, on vient parce qu'il y a des dégradations.
04:45Oui, mais vraiment, d'expérience, ça n'est pas comme ça qu'on empêche les dégradations.
04:50On empêche les dégradations en laissant les équipes éducatives faire leur travail
04:54et organiser du dialogue avec les lycéens et les lycéennes.
04:57Là, de fait, ce sont les lycéens et lycéennes qui ont été gazés, chargés,
05:02violentés aussi par l'intervention des forces de police.
05:05Est-ce que vous appelez à ce qu'il y ait davantage de blocages de lycées ?
05:09C'est les lycéens et les lycéennes qui décident de leurs revendications,
05:12de leur mode d'action.
05:13Ils sont grands, ça n'est pas à la CGT, ça n'est pas à moi de leur dire ce
05:17qu'ils ont à faire.
05:18Est-ce que vous espérez qu'ils se mêleront à vous dans les manifestations d'aujourd'hui ?
05:22Évidemment, je pense que les manifestations d'aujourd'hui,
05:25le mot d'ordre central, c'est plus de moyens pour nos services publics.
05:28Donc ça correspond très fortement aux revendications qu'elles portent
05:32d'avoir plus de moyens pour leurs établissements scolaires.
05:35J'imagine que puisque vous estimez qu'il n'y avait pas de dégradation
05:39avant qu'il n'y ait la police, vous n'appelez donc pas au calme ?
05:43J'appelle, si bien sûr, j'appelle au calme.
05:46J'appelle au respect de la mobilisation des lycéens et des lycéennes.
05:49Je veux dire, c'est les policiers que vous appelez au calme, pas les lycéens.
05:51C'est ça, c'est surtout le gouvernement que j'appelle au calme
05:55et a changé complètement de stratégie en direction des lycéens et des lycéennes
05:58parce que c'est extrêmement dangereux de répondre par la force à des revendications légitimes.
06:03Quand on vous dit que c'est dangereux, ça veut dire quoi ? C'est-à-dire que vous craignez
06:05quoi ?
06:06Un embrasement général ?
06:07Mais bien sûr, ce que je crains, c'est la surenchère et un accident.
06:10On a déjà un lycéen qui a perdu ses dents.
06:12On veut quoi demain ?
06:13Donc il faut accompagner la mobilisation lycéenne
06:15et surtout répondre à leurs revendications.
06:18C'est ça le point clé.
06:19Sophie Binet, de très nombreuses manifestations partout en France aujourd'hui,
06:22vous appelez à une journée noire.
06:24Grève et manifestations, pourquoi ? Contre quoi ?
06:29Aujourd'hui, on est à un point de rupture.
06:31Ce qui se passe, c'est celles et ceux qui font tenir le pays,
06:34celles et ceux qui étaient au front cet été pour sauver des vies,
06:37les soignants et les soignantes, les pompiers, les enseignants et les enseignantes,
06:41les auxiliaires de puériculture, etc., qui n'en peuvent plus
06:44et qui refusent qu'on leur demande encore des sacrifices.
06:48Il faut mesurer ce que ça veut dire le gel du point d'indice.
06:51Ça veut dire une baisse de salaire pour des millions d'agents publics
06:54qui sont déjà parmi les moins bien payés des pays de l'OCDE
06:57alors que l'inflation atteint des records.
07:00Cet été, qui était au front ?
07:01Ce n'étaient pas les milliardaires, les grands patrons ou les actionnaires.
07:05C'étaient les fonctionnaires et les travailleurs et les travailleuses.
07:07Comment est-ce qu'on les remercie ?
07:08En baissant leur salaire.
07:10Donc la colère, elle est énorme aujourd'hui.
07:12J'alerte le gouvernement.
07:14Il faut répondre aux revendications.
07:16Il faut changer ce projet de budget qui est dangereux pour le pays
07:19et qui nous fait foncer à 200 km heure dans le mur de la récession.
07:22Vous demandez, Sophie Binet, à ce que le gouvernement renonce dans son projet de budget
07:27à ce gel des points d'indice.
07:29Je précise que ça fait 4 ans que ce gel des points d'indice est en activité.
07:33Ça fait presque 10 ans en fait.
07:35Le point d'indice n'a pas été revalorisé.
07:36En 10 ans de Macronie, on a eu seulement 2 années où le point d'indice a été revalorisé
07:40alors que le salaire des fonctionnaires devrait être indexé sur l'inflation.
07:45Est-ce que ça veut dire, Sophie Binet, que tant que le gouvernement n'aura pas renoncé
07:48au gel du point d'indice, vous vous appellerez à manifester, à se mobiliser ?
07:54Évidemment que le principe, c'est que tant que les revendications n'ont pas été entendues,
07:57on continue à se mobiliser.
07:59Moi, ce que je constate, c'est que le gouvernement est très fragile.
08:02Donc, ça doit nous donner de la force et de la confiance pour continuer la mobilisation.
08:05Mais y compris, les fonctionnaires ne se mobilisent pas pour eux-mêmes.
08:08On l'a vu cet été, ce que c'était qu'un pays sans service public.
08:12Pourquoi presque 8500...
08:13Je précise que les pompiers sont à vos côtés et qu'ils seront dans la rue aujourd'hui à l
08:18'appel de l'intersyndicale.
08:19Bien sûr, parce que les pompiers sont des agents publics.
08:21Pourquoi est-ce que 100 000 hectares de nos forêts sont partis en fumée ?
08:24Parce qu'on a demandé aux pompiers d'éteindre des incendies méga-feux avec des verres d'eau.
08:28Parce que 80% des pompiers sont des volontaires.
08:31Il n'y a pas assez de pompiers professionnels parce qu'ils n'ont pas d'équipement.
08:34Ils ont même moins de camions qu'il y a 20 ans, 1000 camions en moins.
08:37Et donc le problème de ce projet de budget du gouvernement, c'est qu'il sacrifie l'avenir.
08:42Il ne tire aucune des leçons de cet été puisqu'il n'y a pas plus de moyens pour nos
08:46services publics.
08:46Et il n'y a aucun budget pour adapter la société au réchauffement climatique et lutter contre le réchauffement climatique.
08:52C'est un budget dangereux.
08:53Sophie Binet, qui sont ces grévistes ?
08:55C'est-à-dire que quand on regarde les chiffres de prévision d'aujourd'hui,
08:59on ne peut pas dire que ce soit une mobilisation et une journée noire comme vous vouliez.
09:03On va voir, il est seulement 8h30.
09:06Oui, mais vous avez les prévisions.
09:07Non, en fait, les prévisions, c'est une chose.
09:09La question, c'est la réalité des grévistes qu'on aura en fin de journée.
09:13Ce qui est sûr, c'est que la grève va être très suivie dans l'éducation nationale
09:17parce que les enseignants et les enseignantes n'en peuvent plus.
09:19Que la grève est suivie à 100% chez les pompiers
09:23parce que les pompiers n'en peuvent plus d'être traités comme des chiens
09:25après ce qui s'est passé cet été
09:27et alors que des centaines d'entre eux et d'entre elles ont été blessés.
09:30La mobilisation est très suivie dans la santé
09:33parce que les soignants et les soignantes n'en peuvent plus.
09:35On a fermé 45 000 lits depuis 10 ans.
09:39Aucune leçon de la canicule de 2003 n'a été tirée.
09:42Nos hôpitaux ne sont toujours pas isolés et climatisés.
09:44Vous serez dans ces manifestations, dans ces convois partout en France,
09:49je le disais, plus de 150 manifestations prévues.
09:51Plus que 200 au moment où l'on se parle, le compteur a augmenté,
09:55la CFDT également, c'est une intersyndicale, vous êtes tous ensemble.
10:01Marie-Lise Léon, elle dit, cette manifestation aujourd'hui, c'est pour les fonctionnaires
10:04mais c'est surtout pour la défense du pouvoir d'achat.
10:06Quand on regarde le prix des carburants qui désormais ne bouge plus,
10:11c'est-à-dire qu'il ne monte pas, mais enfin il est extrêmement haut,
10:14mais il ne baisse pas.
10:15Le fuel également, on va y revenir.
10:16Vous plaidiez pour un prix à la pompe à 1,70€.
10:19On fait comment pour revenir à 1,70€ quand on a dépassé les 2€ ?
10:23Il faut juste bloquer les prix et bloquer les marges des pétroliers.
10:26Moi, ce qui me scandalise...
10:27Il faut juste bloquer les prix et les marges.
10:29Voilà, tout à fait.
10:30Si facile.
10:31Peut-être qu'il faut un peu de courage politique pour affronter Total, en fait.
10:34Ce qui me scandalise, c'est que Total, depuis 5 ans,
10:37c'est-à-dire depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie,
10:40a fait 120 milliards de profits.
10:43120 milliards.
10:44Et nous savons que cette année, ça va encore être une année record
10:46encore plus forte que l'année dernière.
10:48Pourquoi je dis juste ?
10:50Parce que bloquer les prix et bloquer les marges des pétroliers,
10:52ça ne coûte rien aux finances publiques.
10:54Et ça permettrait de sécuriser le pouvoir d'achat.
10:57Moi, la question que je pose au gouvernement, c'est pour qui travaille-t-il ?
11:00J'ai entendu un ministre à votre micro, M. Papin, le ministre...
11:04Qui était à ce même micro la semaine dernière.
11:05...dire, je n'ai pas envie d'embêter Total.
11:07Mais le problème, c'est que, est-ce que son travail, c'est d'être au service de Total
11:12pour ne pas l'embêter, ou au service de l'intérêt général
11:14et des 40 millions de travailleurs et de travailleuses et de retraités
11:17qui ne peuvent même plus aller travailler ?
11:19Maintenant, ça coûte cher d'aller travailler.
11:22Maintenant, on ne peut plus aller voir ses proches
11:23parce qu'on ne peut plus faire son plein.
11:25On est dans cette situation-là en France.
11:27Total, de bloquer les prix à 1,70€ ?
11:29Non, ce que nous demandons, c'est au gouvernement
11:30de bloquer les prix et de bloquer les marges pour tout le monde.
11:33Et de financer ça en taxant les marges ?
11:36Oui, c'est ça. Enfin, juste d'imposer un prix de vente.
11:38Non, mais c'est-à-dire où est-ce qu'ils trouvent l'argent ?
11:39Parce que ça coûtera évidemment de l'argent, il faudra payer l'éditeur.
11:41C'est ça, ça ne coûte rien à l'État.
11:44On bloque le prix de vente des pétroliers aux distributeurs
11:48de façon à ce que...
11:49Parce que là, la stratégie de Total, elle est quand même honteuse.
11:51Eux, ils ont un prix plafonné dans leur station-service,
11:54mais par contre, ils vendent toujours très cher leur carburant aux autres distributeurs.
11:57Ce qui d'ailleurs est considéré par les autres distributeurs
12:00et notamment la grande distribution
12:01comme étant une forme de concurrence déloyale.
12:03Exactement, c'est du dumping.
12:04Ils sont en train de les asphyxier
12:05et derrière, ils vont racheter des stations-service en faillite
12:08et élargir leur monocole.
12:10Est-ce qu'il faut obliger ?
12:11Et c'est d'ailleurs à cette question-là que Serge Papin répondait
12:13« je ne veux pas embêter Total ».
12:15La question que je lui posais, c'est
12:16faut-il obliger Total à vendre moins cher le pétrole tel qu'il le vend ?
12:22Parce qu'il n'est pas que distributeur, il est aussi fournisseur.
12:25Exactement, c'est notre proposition d'imposer à Total et aux autres majors du pétrole
12:30de vendre le pétrole moins cher, le carburant moins cher aux distributeurs.
12:35C'est ça la solution ?
12:35Les routiers ont dit qu'ils allaient rentrer dans la danse,
12:38qu'eux aussi allaient acter une forme de mobilisation,
12:41probablement à la fin de la semaine.
12:43Vous soutenez les transporteurs, les routiers, qui est un secteur privé ?
12:46Bien sûr, on a beaucoup de syndiqués chez les routiers, on les soutient,
12:50et nous appelons l'ensemble des salariés à l'action, on ne va pas se laisser faire.
12:54Aujourd'hui, la situation est très grave, c'est des millions de travailleurs et des travailleuses
12:58qui ne peuvent plus boucler leur fin de mois, et on n'est qu'au début,
13:00parce que l'hiver va arriver, et avec l'hiver, l'explosion des prix de l'énergie,
13:05de l'électricité et du case, et on sait qu'il y a déjà des centaines de milliers de familles
13:09qui ne peuvent pas faire leur plein de fuel, par exemple.
13:11Il y avait le plein de fuel qui a augmenté de 40%.
13:15Ce matin, je recevais sur RMC l'un des représentants de la filière
13:19qui disait qu'on devrait commencer déjà par suspendre les certificats d'énergie,
13:22ça ferait 350 euros d'économie par plein de fuel.
13:26Ce n'est pas notre proposition.
13:28Notre proposition, c'est de bloquer les prix et d'augmenter les salaires.
13:33Les certificats d'énergie sont là parce qu'ils servent à quelque chose.
13:36Il y a la grève, il y a les manifs, est-ce qu'il faut des blocages ?
13:38Il y a les blocages des lycées, il y a eu les blocages des pêcheurs la semaine dernière.
13:43Les routiers, s'ils rentrent dans la danse, peuvent aussi avoir ce pouvoir de nuisance.
13:47Est-ce que vous estimez qu'il faut aussi user de ce genre d'outils ?
13:51C'est les travailleurs et les travailleuses qui décident de leur mode de mobilisation.
13:54Nos modes de mobilisation, c'est les grèves et les manifestations.
13:58Mais quand les salariés qui sont en grève décident de bloquer,
14:02c'est leur décision et il faut la respecter.
14:05Sophie Binet, le MEDEF vous accuse de vous politiser, politiser à outrance.
14:12Le président du MEDEF, Patrick Martin, estime que la CGT et la CFDT
14:15jettent une ombre suspecte sur la démocratie sociale en combattant l'ERN,
14:20en ne voulant pas parler avec une partie de la classe politique.
14:24Je suis scandalisée par ces propos.
14:27Je rappelle à Patrick Martin deux choses fondamentales.
14:30D'abord, l'indépendance syndicale, ça n'est pas lui mon patron,
14:33ça n'est pas lui le patron de la CGT et des syndicats.
14:36C'est nous qui décidons de ce que nous faisons et de ce que nous portons.
14:39Et puis la deuxième chose, c'est que ce n'est pas la CGT qui est un danger pour la
14:42démocratie,
14:43c'est l'extrême droite qui est un danger mortel pour notre démocratie.
14:47Moi j'ai une question à poser à Patrick Martin.
14:49Est-ce qu'il pense toujours que le Rassemblement National est un parti comme les autres,
14:52après les propos antisémites de Jordan Bardella ?
14:55J'allais vous interroger sur ce point, Jordan Bardella qui est accusé d'avoir tenu des propos
15:00et des écrits antisémites lorsqu'il avait 17 ans.
15:03Mediapart confirme, Jordan Bardella nie.
15:07Pour vous, c'est un fait, Jordan Bardella a tenu ses propos.
15:11Je ne suis pas journaliste, je sais qu'en général quand Mediapart publie des choses,
15:16c'est qu'il y a un travail journalistique très important.
15:18Jamais ils n'ont été mis à défaut, jamais, jamais, jamais.
15:21Ils ont d'ailleurs affirmé qu'ils publieraient les écrits si Jordan Bardella et Marine Le Pen
15:27continuent à les mettre en doute.
15:28Oui, tout à fait.
15:30Et puis malheureusement, ça ne m'étonne pas du tout.
15:32Qui est le Rassemblement National ?
15:34Un parti qui a été fondé par d'anciens Waffen-SS.
15:36C'est un parti qui fondamentalement est raciste et antisémite.
15:40C'est sa marque de fabrique.
15:42Ils essayent de se normaliser parce qu'ils ont besoin de cela pour arriver au pouvoir,
15:45mais ça ne doit pas nous anesthésier.
15:47Il n'y a pas de l'antisémitisme aussi du côté de la FI ?
15:50Malheureusement, le racisme et l'antisémitisme,
15:52c'est des choses qui peuvent exister partout.
15:57D'ailleurs, nous, nous faisons aussi un travail en interne
15:59et sur les lieux de travail pour éradiquer le racisme,
16:02l'antisémitisme et le sexisme.
16:04Et donc tout le monde doit être extrêmement vigilant là-dessus.
16:06Mais c'est une différence d'avoir des militants et militantes
16:11ou des syndiqués qui ont des propos qui dérivent
16:14que d'avoir un parti qui, structurellement, de façon identitaire,
16:19est raciste et antisémite.
16:21C'est le cas du RN, qui d'ailleurs ne s'en cache pas,
16:23puisque dans ses propositions, il porte un projet de préférence nationale,
16:28c'est-à-dire de xénophobie d'État,
16:29pour instaurer une forme d'apartheid avec une différence
16:32en fonction des travailleurs et des travailleuses.
16:34Est-ce qu'ils sont étrangers ? Est-ce qu'ils sont binationaux ?
16:36Ou est-ce qu'ils sont français ?
16:37Ils n'auraient plus les mêmes droits.
16:38Sophie Binet, est-ce que vous appelez Patrick Martin
16:41à renoncer à tout contact, à tout échange avec le RN ?
16:45C'est ce que faisait le MEDEF jusque-là.
16:47Donc moi, je l'appelle à retrouver les valeurs de la République, oui.
16:51Est-ce que ça veut dire que vous considérez qu'aujourd'hui,
16:52au fond, c'est le MEDEF qui est politisé ?
16:55C'est-à-dire ce qu'il vous accuse d'être ?
16:57En fait, moi, je pense que fondamentalement,
16:59ce qui dérange Patrick Martin,
17:00ce n'est pas que la CGT fasse de la politique,
17:03c'est que la CGT ne fasse pas la politique du MEDEF.
17:06C'est ça qui le dérange.
17:06Donc vous considérez qu'eux font une politique ?
17:09Bien sûr, mais d'ailleurs, ils ne s'en cachent pas.
17:12Sophie Binet, vous allez publier un livre
17:15qui, je crois, s'appelle « Tout est à nous ».
17:16Ça veut dire quoi, « Tout est à nous » ?
17:18Ça veut dire que nous sommes les travailleurs et les travailleuses
17:20et que c'est notre travail qui crée les richesses.
17:22Nous ne sommes pas un coût, nous créons les richesses.
17:25Et donc, le but, c'est de remettre les travailleurs
17:27et les travailleuses au centre du jeu
17:29et de dire qu'il faut nous présenter un projet,
17:34des perspectives qui nous permettent
17:35de reprendre en main nos entreprises,
17:38de reprendre en main notre travail,
17:40d'avoir des salaires qui nous permettent de vivre
17:42et de financer notre protection sociale.
17:44Mais est-ce que ça veut dire aussi que, pour vous,
17:47il faut remettre en cause une part de la propriété privée ?
17:52Oui, potentiellement.
17:53Enfin, c'est évidemment que nous pensons
17:55qu'il faut que tout est à nous.
17:57Ça veut dire aussi qu'il y a un moment
17:58où, normalement, ça s'arrête à la propriété de l'autre.
18:01Oui, mais nous, le « nous » est large.
18:02Ce sont les travailleurs et les travailleuses.
18:04Aujourd'hui, ce qui est scandaleux,
18:06c'est que les multinationales ont pris le pouvoir sur le monde
18:09et que les multinationales ont plus de pouvoir
18:12que beaucoup d'États.
18:13Qu'est-ce que vous considérez, d'ailleurs,
18:14comme, notamment, ça a été dit
18:18lors des universités d'été de LFI,
18:20qu'il faudrait interdire les milliardaires ?
18:23Je ne sais pas si c'est une mesure d'interdiction
18:25qui permettra de s'en sortir.
18:26Mais ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui,
18:28on a des gens qui amassent des richesses colossales.
18:30Bernard Arnault, 170 milliards.
18:32Moi, je ne comprends pas à quoi lui servent ces 170 milliards.
18:35Je ne comprends pas pourquoi il ne veut pas payer plus d'impôts.
18:37Je ne comprends pas pourquoi il ne veut pas augmenter
18:38les salaires de ses travailleurs et travailleuses.
18:40Ça sert à quoi, ces richesses ?
18:42Même, d'ailleurs, c'est nuisible pour la société,
18:44c'est nuisible pour l'environnement.
18:46J'imagine que vous ne choisissez pas ce mot par hasard.
18:49De quoi, nuisible ?
18:52Oui, les milliardaires sont des nuisibles,
18:54c'est une des expressions qui avaient été utilisées
18:55par Manon Aubry lors de ces fameuses universités d'été
18:59de la France insoumise.
19:01Moi, j'ai juste dit que 170 milliards d'euros,
19:05aujourd'hui, ce sont les milliardaires
19:07qui polluent le plus le monde.
19:09Ce sont eux qui sont les premiers responsables
19:12du réchauffement climatique.
19:13Peut-être que c'est inconscient et que ce mot vous est revenu.
19:15Oui, tout à fait.
19:16Vous avez été reproché de dire que les milliardaires étaient des nuisibles.
19:19Oui.
19:20Est-ce que vous diriez que les milliardaires sont des nuisibles ?
19:22Souvent, ils se comportent comme ça, oui,
19:23parce que, de fait, leur seul objectif est des nuisibles.
19:26C'est des gens qui sont nuisibles pour la société.
19:28Ce qu'on appelle des nuisibles,
19:29ce sont les insectes qu'il faut éradiquer, par exemple.
19:31Ce sont des rats, ce sont...
19:32Oui, alors, par exemple, moi, je défends la biodiversité
19:35et je pense qu'il n'y a pas d'insectes.
19:36D'ailleurs, on le sait maintenant,
19:37il n'y a pas d'animaux nuisibles.
19:38Mais ce qui est sûr, c'est que ces richesses,
19:41elles doivent être mises au service de l'intérêt général
19:43et pas de la spéculation de quelques-uns.
19:45Aujourd'hui, c'est ça le problème,
19:47c'est que nous travaillons chacune et chacun,
19:49nous créons des richesses qui ne servent pas au pays,
19:52qui ne servent pas, par exemple, à financer nos services publics,
19:55à s'acheter de nouveaux canadaires,
19:56à recruter des soignants et des soignantes
19:58et à ouvrir des lits dans les hôpitaux,
19:59mais qui servent à enrichir quelques actionnaires.
20:02Le scandale en France, c'est que les dividendes
20:04n'ont jamais été aussi élevés dans notre pays.
20:06Nous sommes les deuxièmes au plan mondial
20:09en niveau de dividendes.
20:11Le chiffre est sorti la semaine dernière.
20:12Le gouvernement vient nous faire les poches à nous
20:13avec son projet de budget dangereux pour le pays
20:16au lieu de s'attaquer aux milliards d'air.
20:17Vous prendrez position pour la présidentielle ?
20:20S'il le faut, vous prendrez position ?
20:22Notre position est claire.
20:23Il n'y a rien de plus dangereux que l'extrême droite
20:25pour les travailleurs comme pour la démocratie.
20:27C'est une forme de politisation de le dire, de fait.
20:30Ça fait 130 ans que la CGT dit ça.
20:33Et je vais vous dire très simplement,
20:35on a eu trop de militants et de militantes
20:39assassinés, déportés, torturés
20:41pour oublier ce que c'est que l'extrême droite.
20:43Mais lorsque vous voyez qu'une grande part
20:44des ouvriers aujourd'hui votent pour le Rassemblement national,
20:47vous dites quoi ?
20:48Les ouvriers, enfin, la plus grande part des ouvriers
20:51s'abstient.
20:52C'est d'abord ça le problème.
20:53Et pourquoi est-ce que...
20:54Mais c'est parmi ceux qui votent ?
20:56Oui, parmi ceux qui votent,
20:57mais ce n'est pas que les ouvriers qui votent
20:58pour le Rassemblement national.
21:00Voilà, c'est ça.
21:01Malheureusement, c'est toute la population.
21:03Et donc, ce que nous leur disons,
21:06c'est ne vous faites pas enfumer
21:08par l'imposture sociale du Rassemblement national.
21:10Jamais le Rassemblement national
21:11n'a défendu les travailleurs et les travailleuses.
21:13À chaque fois qu'il fallait défendre
21:15l'augmentation des salaires,
21:16ils étaient toujours contre.
21:18Ils n'ont jamais été présents
21:19pour soutenir nos luttes et nos mobilisations.
21:21Ils n'ont jamais dénoncé les patrons voyous.
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