- il y a 4 jours
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Télématin reçoit Isabelle Carré et Pierre Arditi, à l'affiche de la pièce "Le père" au Théâtre Édouard VII à Paris.
Télématin reçoit Isabelle Carré et Pierre Arditi, à l'affiche de la pièce "Le père" au Théâtre Édouard VII à Paris.
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00:00France 2, on est dans Télématin et on est avec Pierre Arditi et Isabelle Carré.
00:03Bonjour à tous les deux.
00:04Bonjour.
00:05Merci d'être avec nous dans ce grand studio ce matin.
00:10Vous êtes à l'affiche d'une pièce considérée comme une des meilleures pièces du siècle.
00:14Ça s'appelle Le Père.
00:16C'est une pièce du génialissime Florian Zeller qui a été adaptée au cinéma avec Anthony Hopkins.
00:21Vous l'avez joué ensemble au théâtre Édouard VII jusqu'au 3 janvier.
00:26On vous a déjà vu au cinéma ensemble et c'est la première fois au théâtre il me semble.
00:29Tous les deux ? Oui.
00:30Tous les deux ?
00:31Grâce à Dieu.
00:32Oui parce qu'apparemment c'est pénible la pierre.
00:35C'est l'emmerdant.
00:36Oui elle a l'air.
00:37C'est la réputation qu'elle traîne.
00:38Ça me fait un tort considérable parce qu'elle est excellente alors j'ai pensé que j'allais être seul
00:41à faire ça.
00:42Ben pas du tout.
00:43C'est très ennuyeux mais enfin bon que faire ?
00:45C'est la même chose avec Thomas Hille.
00:46Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
00:47Oui c'est le problème.
00:48Ça pèse, ça pèse.
00:50Ça pèse sur le cœur et le corps.
00:52Alors dans la pièce vous incarnez André Pierre, un homme qui perd peu à peu ses repères.
00:57Et puis vous Isabelle, sa fille, Anne qui essaye de l'accompagner alors que le monde qui l'entoure devient
01:03de plus en plus difficile à comprendre pour lui.
01:05Ça a été un immense succès au cinéma cette pièce.
01:08Qu'est-ce que le théâtre permet de raconter de plus que dans le film ?
01:16Le théâtre raconte quelque chose de différent de ce qu'on voit au cinéma.
01:20Moi j'ai vu les deux évidemment.
01:21Enfin j'ai vu les deux, non je ne suis pas vu heureusement.
01:24Seigneur Dieu nous garde.
01:25Mais j'ai vu Hopkins évidemment qui est un génie.
01:28C'est très différent.
01:30Curieusement on a l'impression que c'est une autre pièce.
01:32Tu es d'accord avec ça ?
01:34Oui, moi j'ai un souvenir émerveillé du film.
01:36Je n'avais pas vu la pièce avec Robert Hirsch.
01:38Toi tu l'avais vue à la création il y a dix ans.
01:43Mais il y a une chose de toute façon, quand on compare le cinéma et le théâtre, il y a
01:47une chose qui est au théâtre irremplaçable.
01:50C'est la fragilité.
01:51Et cette pièce parle de fragilité justement.
01:54On parle de quand on n'est plus qu'un homme tout nu.
01:58A la fin c'est ce que cet homme-là est.
02:00Très faux figuré.
02:01Dans cette vulnérabilité.
02:03On ne vous voit pas nu sur scène.
02:05Quelle déception.
02:06Heureusement les malheureux se tireraient en courant ou ils demanderaient à être remboursés.
02:10Mais je pense que les spectateurs viennent voir ça aussi.
02:12La vulnérabilité des acteurs dans une époque.
02:14C'est le fameux discours de Terzièf au Molière, de Laurent Terzièf qui disait
02:18« L'acteur de théâtre est un acteur non enregistré ».
02:20Et vous le connaissez bien, vous, avec le direct.
02:22Cette fragilité-là du direct, de tous ces moments où on se trompe.
02:27Mais c'est ça aussi qu'on vient voir.
02:29C'est vrai, la fragilité est quelque chose qui n'est pas parfait, qui n'est pas propre.
02:33Pas seulement.
02:33Parce qu'il y a une chose fondamentalement différente au théâtre.
02:36C'est que ce que disait mon camarade Jean-Louis Barrault,
02:40qui disait « Vous préférez le cinéma ou le théâtre ? »
02:42Il a répondu « Je préfère faire l'amour dans mon lit par correspondance. »
02:46C'est pas mal.
02:46Ça dit ce que ça dit.
02:48On vit l'histoire ensemble.
02:49C'est pas très pareil.
02:50On va parler de la pièce tout au long de cette émission, bien entendu.
02:53Mais Thomas, quelques chiffres d'abord.
02:55Oui, alors aujourd'hui, c'est un match de chiffres que je vous propose.
02:57Parce que pour mettre tout de suite une bonne ambiance,
02:59je me suis dit « Qui est le plus fort ? »
03:01entre Isabelle Carré et Pierre Arditi.
03:03Ça me paraît un très bon thème.
03:06Dans quelques instants, Pierre va dire « Non, c'est insupportable. »
03:11C'est l'interview de Teddy, Thomas.
03:12C'est pas une petite petite gargotte.
03:15Si on regarde d'abord le nombre de rôles,
03:18bien sûr, il n'y a pas photo.
03:20Isabelle Carré, 92, film et série.
03:22Pierre Arditi.
03:23Il bouge comme un gros labrador.
03:25Mais vous avez démarré un petit peu plus tard.
03:27Pierre avait pris un peu d'avance sur vous.
03:2938 années de carrière pour vous, Isabelle,
03:32contre 60 pour Pierre Arditi.
03:34Vous fêtez vos 60 ans de carrière, Pierre.
03:37Donc, le mieux, c'est de regarder la moyenne par an.
03:392,4 pour Isabelle contre 2,6 pour Pierre.
03:43Ça se joue vraiment à la marge.
03:45Ça se joue pas grand-chose.
03:47Et ce sont des moyennes très, très hautes, je tiens à le souligner.
03:49Alors qu'à côté du cinéma,
03:51où vous avez beaucoup tourné,
03:53vous avez aussi tout le temps été sur scène.
03:55C'est l'une de vos particularités à tous les deux.
03:57C'est vrai.
03:57C'est que vous n'avez jamais abandonné le théâtre.
04:00Non, et il ne nous a jamais abandonnés.
04:02Oui, mais ça, on est des rats de théâtre, l'un et l'autre.
04:05On peut pas s'en passer.
04:07Vous pouvez pas vous en passer, c'est la fondation.
04:09Un an et demi, c'est le grand max avant d'y retourner.
04:12Sinon, au bout d'un moment, c'est trop dur.
04:15Parce que le plaisir est très différent.
04:16Ah bah très différent, oui.
04:18Bah oui, c'est toujours la même chose.
04:20Ce qu'on vit là, en ce moment,
04:22tous les soirs, vous étiez là.
04:24C'est incroyable.
04:24C'est quand même incroyable.
04:25C'est une émotion incroyable
04:26que vous pouvez pas avoir devant une caméra.
04:28On peut la voir devant une caméra,
04:29mais après on ne la vit plus...
04:30Quand on le revoit,
04:31si tant est qu'on veuille le revoir,
04:32ce qui n'est pas mon cas,
04:34on voit quelque chose qui ne nous appartient plus,
04:36qui a disparu dans...
04:37Là, c'est pas pareil.
04:38Là, on va se retrouver ce soir.
04:40Je sais pas ce qui va nous arriver.
04:41On verra bien.
04:42C'est mystérieux tout ça.
04:43C'est magique, ouais.
04:44Mais c'est...
04:45On va se marier avec vous,
04:47avec ceux qui seront là dans la salle,
04:48en bien ou en mal,
04:49mais plutôt en bien d'ailleurs.
04:50Oui, c'est ce lien en fait.
04:51C'est un lien indéfectible.
04:53Donc on peut pas...
04:54C'est une famille,
04:55on peut pas subitement se couper de la famille.
04:57C'est pas possible.
04:58Alors, autre moyen de comparer vos carrières
05:00à tous les deux,
05:01le nombre d'entrées en salle.
05:02Vous savez quel est votre plus grand succès d'ailleurs
05:04en salle à l'Aélo ?
05:05Pas du tout.
05:05Vous savez pas ?
05:06Vous avez un succès en commun,
05:07tous les deux.
05:08Vous étiez dans le même film.
05:10C'est un film d'Alain René.
05:11Non.
05:13Le hussard sur le toit.
05:14Le hussard sur le toit.
05:15C'est tous les deux dans le hussard sur le toit
05:16qui a trait 2 millions et demi de spectateurs.
05:18On se croisait pas.
05:19On s'est pas croisés.
05:20Vous avez pas joué ensemble.
05:21On était à l'affiche ensemble,
05:22mais on n'avait pas de scène ensemble.
05:23Mais alors Pierre a fait encore
05:24un petit peu plus d'entrées,
05:26effectivement,
05:26avec Alain René.
05:28On connaît la chanson.
05:292 millions 700 000
05:31entrées en 97.
05:33Mais votre plus grand succès,
05:34Pierre Arditi,
05:35c'est pas celui-là.
05:36Votre plus grand succès,
05:37donc c'est vraiment
05:38ce qu'on va retenir de votre carrière,
05:40Pierre,
05:40c'est Kung Fu Panda.
05:42Kung Fu Panda.
05:45Il part dans un mouvement de cheveux.
05:47Kung Fu Panda,
05:48c'est vraiment 3 300 000 spectateurs.
05:51J'ai la chanson, Kung Fu Panda.
05:52Bien sûr, j'ai des adolescents.
05:54Tout à fait prêt
05:55pour m'écraser du talon.
05:56Vous jouiez Maître Chifou ?
05:58Oui.
05:59On aurait pu penser à Maître Chiffon
06:00aussi par la même occasion.
06:02Vous vous souvenez des répliques
06:03de Maître Chifou ?
06:04Vous les avez encore ?
06:06Non, je me souviens bien du personnage.
06:08Là-bas, la voix, oui.
06:10Vous savez,
06:11c'est Dustin Hoffman
06:11qui faisait la voix américaine.
06:13On n'est quand même pas des ringards.
06:15C'est pas la classe.
06:16Sinon, on peut regarder
06:17les récompenses
06:18pour tenter de vous départager.
06:19Mais là, je suis bien ennuyé
06:20parce que vous avez
06:20le même nombre de récompenses.
06:22Trois chacun.
06:23C'est impossible.
06:24Match nul.
06:24Un César et deux Molières
06:25pour Isabelle.
06:26Et l'exact inverse.
06:27Deux Césars et un Molières
06:29pour Pierre Arditi.
06:30Alors, je suis allé voir
06:31du côté des bouquins.
06:32Là aussi,
06:32on ne peut pas vous départager.
06:34Vous avez sorti
06:34trois bouquins chacun.
06:36Mais je pense
06:36qu'on peut peut-être
06:37donner le point
06:38quand même à Isabelle.
06:39Parce que vous en avez
06:40vraiment écrit un.
06:41Mais vous avez sorti
06:42d'autres bouquins
06:43sur le vin,
06:43sur les gourmandis.
06:44J'en ai écrit un.
06:45Voilà, vous en avez écrit un.
06:46Moi, tout seul,
06:47je n'avais écrit un.
06:47Et ensuite,
06:48il y a une biographie
06:49qui est bien d'ailleurs,
06:50très bien,
06:50qui a été faite
06:51par Nathalie Simon.
06:52Mais c'est elle
06:52qui l'a écrite.
06:53Pas moi.
06:54Et c'est quoi le troisième ?
06:55Sur le vin ?
06:56Vous avez écrit un bouquin
06:57sur le vin ?
06:57Ah, oui, sur le vin.
06:58Oui, ça, c'était...
06:59J'en ai fait une partie.
07:02Vous, Isabelle,
07:02vous avez vraiment
07:03une carrière d'autrice
07:04aujourd'hui.
07:05On peut le dire comme ça.
07:06J'aimerais bien.
07:07Je ne sais pas
07:08si j'arriverais à continuer,
07:09mais c'est dans ma tête.
07:10Il y a des projets.
07:11Vous écrivez un, ça ?
07:11Oui, et il y en a un quatrième
07:12qui est sorti il n'y a pas longtemps,
07:14qui est un essai
07:15sur les enfants
07:16pour l'écriture,
07:18défendre l'écriture
07:19que j'ai écrit
07:19avec Delphine Saubaber,
07:21qui est journaliste,
07:22défendre l'écriture créative
07:23à l'école.
07:24Oui, avec Delphine Saubaber,
07:26c'est quand même
07:26pas toute seule.
07:27Voilà, pas toute seule.
07:28Non, parce qu'il faut
07:29remettre les choses
07:30à leur place.
07:31Voilà, c'est ça le côté.
07:32En tout cas,
07:32allez voir la pièce ce soir
07:34parce qu'il y a une très,
07:34très bonne ambiance
07:35comme vous pouvez le voir
07:36entre les comédiens.
07:37Vous y étiez vendredi, Thomas ?
07:39Oui, j'y étais vendredi
07:40et c'était assez exceptionnel.
07:42D'ailleurs, je trouve ça
07:43très sympa de votre part
07:44d'être là ce matin
07:45parce que le théâtre Édouard VII
07:46était plein à craquer
07:48et je crois que c'est le cas aussi
07:49pour les représentations à venir.
07:50Donc, on peut le dire,
07:51vous n'avez pas vraiment
07:51besoin de promo,
07:52vous venez là en amie.
07:54On vient pas pour le plaisir
07:54de vous voir.
07:55C'est ça, et de tirer ce plateau.
07:56C'est très agréable.
07:57Très sympa.
07:57Et parler de théâtre.
07:58On ne parle pas tant de théâtre
07:59que ça à la télévision.
08:01Beaucoup dans Télé-Matin
08:02depuis la rentrée.
08:03Bravo.
08:04C'est vous que j'en parlez souvent.
08:05Et alors, j'ai pu le constater,
08:06c'était seulement
08:06la deuxième représentation.
08:09J'étais impressionné à la sortie.
08:12Je me disais,
08:12d'ailleurs, je vous avais posé
08:13la question à la sortie,
08:13comment vous faites,
08:14comment vous allez faire
08:16pour jouer ça tous les jours ?
08:18Parce que c'est quand même
08:19une émotion considérable.
08:22On le voyait au moment de votre salut
08:23où vous étiez tous les deux en larmes.
08:26C'est difficile.
08:29C'est le métier, je vais dire.
08:31C'est comme ça.
08:32Si vous ne livrez dans une pièce
08:33comme celle-là,
08:33si vous ne livrez pas
08:36l'essentiel de ce que vous contenez,
08:38dans ce sens-là,
08:39il peut y avoir d'autres livraisons,
08:41ce n'est pas la peine de se déplacer,
08:42il n'y a rien à voir.
08:43C'est comme ça.
08:44On ne peut pas.
08:45Moi, je suis un acteur
08:46dit Stanislawskien,
08:47c'est-à-dire que je me sers
08:49de moi beaucoup
08:51pour incarner cet autre
08:52qui n'est pas moi
08:53et qui est moi quand même.
08:54C'est comme ça.
08:55À prendre ou à laisser.
08:56C'est comme quand on met
08:57deux sucres dans son café.
09:00C'est pareil.
09:01Je ne peux pas faire autrement.
09:02Mais là, peut-être que vous serez
09:02encore plus de ce que vous êtes.
09:04C'est-à-dire que le personnage
09:05porte tellement...
09:07C'est très compliqué.
09:08Le rôle est très compliqué.
09:09Parce qu'il...
09:11Évidemment,
09:12on dirait qu'il perd la tête.
09:13En fait,
09:14il en trouve une autre
09:14qui ne nous appartient.
09:15Nous ne l'avons plus,
09:16cette tête-là.
09:17Il tire des bords.
09:20Constamment,
09:20on croit
09:20qu'il va parler comme ça
09:21et qu'il parle comme ça.
09:22Donc,
09:23c'est tellement...
09:25C'est magnifique
09:26à jouer.
09:27C'est absolument somptueux.
09:29Je crois peut-être,
09:29c'est probablement...
09:31Je ne devrais peut-être
09:31pas dire ça,
09:32mais je pense que
09:33jusqu'ici,
09:33je crois que c'est
09:34mon plus beau rôle,
09:35le plus beau rôle
09:36que j'ai eu à incarner.
09:38Mais ce n'est pas gratuit.
09:39Ce n'est pas gratuit.
09:40On ne peut pas...
09:40Vous l'avez vu.
09:41Vous avez vu
09:42les passages du personnage,
09:43la fin où tout d'un coup
09:44tout cesse.
09:45Voilà.
09:46Elle va expliquer
09:47ce qu'elle doit trimballer.
09:49Mais sinon,
09:49je peux parler pour elle.
09:50Mais je ne sais pas.
09:51Parce que vous,
09:51vous incarnez la fille.
09:52J'incarne la fille,
09:53mais moi,
09:53je peux surtout dire,
09:54j'en profite,
09:55il est là,
09:56il va se boucher les oreilles
09:57ou pas d'ailleurs,
09:58mais quel privilège.
10:01Quel privilège.
10:02Hallucinant.
10:02Je n'en reviens pas moi-même
10:04d'assister à ça
10:04tous les soirs.
10:06C'est d'une beauté,
10:08d'une rareté.
10:09Il n'y a plus de jeu.
10:10Il y a plein de jeunes
10:11qui viennent
10:12et qui nous disent
10:13mais vous ne jouez pas.
10:15C'est son texte.
10:16Est-ce qu'il dit son texte ?
10:17Non.
10:18Oui,
10:18il dit son texte.
10:19Ce n'est que son texte.
10:20Mais c'est tellement incarné,
10:22c'est tellement vivant
10:23qu'on est embarqué
10:24dans sa tête,
10:26dans ses larmes.
10:27Je peux vous dire
10:28que tous les spectateurs
10:29sont dans le même état
10:30à la sortie.
10:31D'ailleurs,
10:31j'en ai interrogé
10:32quelques-uns.
10:33Écoutez leur réaction.
10:35Il y a Pierre-Arpille,
10:36Isabelle Carré
10:37qui vous regarde.
10:37Qu'est-ce que vous avez
10:38envie de leur dire
10:38tout de suite ?
10:40Bravo.
10:41On a été
10:42toutes les deux
10:43hyper touchées
10:44mues aux larmes.
10:46On savait en venant
10:47que le sujet de la pièce
10:48était dur
10:49mais l'interprétation,
10:52la mise en scène,
10:53c'était vraiment prenant.
10:55C'est prodigieux.
10:56C'est très émouvant
10:57et je pense que le fait
10:58qu'il y ait tellement
10:58de silence,
10:59ça montre le respect
11:01qu'on a envers
11:01ces immenses acteurs.
11:03Moi,
11:03j'ai eu les larmes aux yeux
11:04à la fin.
11:04Je trouvais qu'il était fabuleux.
11:07Je n'oublie pas
11:07Isabelle Carré
11:09qui était magnifique.
11:10vous êtes des pures merveilles.
11:12Vous faites du bien.
11:13Franchement,
11:13vous faites du bien.
11:14Continuez.
11:15Vous êtes des acteurs
11:17exceptionnels.
11:17Vraiment.
11:18Bravo.
11:19Ce monsieur
11:20qui était très ému
11:20parce qu'il a vécu
11:21un petit peu la même chose
11:22que ce que vous racontez.
11:23Il y en a, oui.
11:24Votre émotion,
11:24elle vient de là aussi,
11:25on peut le dire,
11:26Pierre.
11:26si vous avez vécu
11:27un peu cette histoire
11:28avec votre père.
11:31enfin,
11:31j'ai vécu,
11:32oui,
11:32j'ai vécu
11:32cette histoire
11:34avec mon père
11:34qui est,
11:35qui avait la maladie
11:36d'Alzheimer
11:37à la fin,
11:38mais qui nous a toujours
11:40reconnus,
11:40ma soeur et moi.
11:41Oui,
11:42bien sûr,
11:43mais là où le personnage
11:44tout d'un coup
11:45se révèle un enfant perdu,
11:47à la fin,
11:47tout à fait la fin,
11:48je parle,
11:49il parle de quelqu'un d'autre,
11:51c'est-à-dire de sa mère
11:51en réalité.
11:53Et là,
11:54évidemment aussi,
11:55j'ai beaucoup de mal
11:56à contenir,
11:56d'ailleurs je ne fais pas
11:57rien pour le contenir,
11:59le personnage doit tomber
12:00dans cette douleur-là
12:04et je n'ai comment dire,
12:06ça me concerne tellement,
12:08tellement,
12:09que je pense que les gens
12:10ne se trompent pas,
12:11ils voient bien
12:11que ce qui sort de moi
12:13à ce moment-là,
12:14c'est ce qui sort de moi,
12:15ça ne sort pas
12:16de quelqu'un d'autre.
12:16Donc je nourris l'autre
12:17avec ça,
12:18mais c'est comme ça,
12:19ce n'est pas du psychodrame,
12:21c'est simplement,
12:21effectivement,
12:23yousit,
12:23serre-toi de toi.
12:24Au contraire,
12:24tu disais que c'est très joli,
12:25tu disais que tu les ressuscitais
12:27tous les soirs.
12:28ils sont dans ma valise
12:29depuis très très longtemps,
12:30depuis toujours.
12:31C'est ma manière à moi
12:32de leur faire savoir
12:33que je pense
12:33qu'ils ne sont pas partis.
12:35Il vous a dit
12:35qu'il y a quelque chose
12:37que je ne voudrais pas
12:37monopoliser.
12:39Isabelle Carré
12:39qui est à mes côtés,
12:40ça fait très longtemps
12:41que je la connais,
12:43je l'ai connue
12:44pratiquement à ses tout débuts.
12:46J'avais 16 ans.
12:47J'ai fait un casting
12:48pour une pièce
12:50et Pierre a...
12:52Je n'ai pas été choisie,
12:53mais Pierre m'a appelé,
12:55il a demandé mon téléphone,
12:57j'avais 16 ans,
12:57et il m'a appelé
12:58pour me dire de continuer.
13:00C'est génial.
13:02Elle était merveilleuse, déjà.
13:05Et c'est très rare
13:07de rencontrer,
13:07d'avoir la révélation
13:09de quelqu'un comme ça,
13:1016 ans,
13:11un enfant.
13:12Bon.
13:14Je m'en suis souvenu
13:16depuis toujours,
13:17d'ailleurs le mot de général
13:18était,
13:18je ne m'étais pas trompé,
13:19tu es une grande actrice,
13:21c'est une grande actrice,
13:22et je suis content
13:24d'avoir, moi,
13:25vu avant un bon paquet
13:26de gens,
13:28ce qu'elle était,
13:29elle d'ailleurs,
13:29les deux ou trois fois
13:30où je voulais la mettre
13:32dans des distributions,
13:34ce qui n'a pas été pris,
13:36ils doivent se tordre
13:38de douleur maintenant
13:38de ne pas avoir vu
13:39ce qu'elle était
13:40avant moi.
13:41Mais c'est précieux,
13:42c'est précieux
13:42les premières personnes
13:44comme ça
13:44qui représentent tellement
13:45et qui vous tendent la main.
13:47Peut-être que si tu ne m'avais pas appelée,
13:49j'aurais laissé tomber.
13:50Non.
13:50Mais c'est possible.
13:51Il y en a d'autres comme ça
13:52que vous avez dégoté ?
13:53Vous avez eu du pif ?
13:54Elles sont deux.
13:55Vous pensez à qui d'autres ?
13:56Elle et Sandrine Kiberlin.
13:57Ah oui.
13:57Ah, ben c'est pareil.
13:58Ah oui.
13:59Deux.
13:59Effectivement.
14:00C'est les seuls.
14:01Enfin, il y en a beaucoup d'autres
14:02qui sont formidables,
14:03ce n'est pas ça.
14:03Mais personnellement,
14:13on va parler de vos débuts justement.
14:15On vous a préparé
14:16une interview première fois.
14:18Pierre,
14:19avant d'être comédien,
14:21votre premier vrai boulot,
14:22c'était les assurances.
14:23Oui.
14:24Est-ce que vous pouvez nous raconter
14:24votre premier jour ?
14:26Déjà, pourquoi les assurances ?
14:27Parce que c'était...
14:28Vous avez dit
14:28je vais gagner un peu de son.
14:29Oui.
14:30Parce que comme tous les étudiants
14:32à cette époque-là,
14:33je devais avoir 17 ou 18 ans.
14:36J'avais fait ça pendant l'été
14:38pour me faire un peu l'argent de poche
14:39pour foutre le camp en vacances.
14:41Donc je ne suis pas vraiment resté.
14:42Enfin, je suis resté un moment tout de même.
14:43Ça a un peu dépassé le cadre des vacances
14:45parce que je ne savais pas trop
14:46quoi faire de moi-même.
14:47Et ça m'a en tout cas permis
14:49de fréquenter le vrai monde du travail.
14:52Ça ne veut pas dire
14:53que les acteurs ne font pas du travail.
14:54Mais ce n'est pas la même chose.
14:56Et ça m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup servi.
14:58Est-ce que vous êtes resté combien de temps ?
15:00Un an.
15:01Un an.
15:01Oui, un petit peu plus d'un an.
15:02Je l'avais beaucoup sympathisé
15:03avec les gens avec lesquels je travaillais.
15:07Et ça continue de me servir aujourd'hui.
15:09Alors vous, Isabelle,
15:10votre premier film,
15:11vous avez seulement 17 ans.
15:12Donc c'est un an après
15:13que Pierre Arditi vous a repéré.
15:17C'est Romuald et Juliette de Colline Serrault.
15:19Est-ce que vous vous souvenez
15:20de votre premier jour
15:21sur le plateau de cinéma ?
15:22Avec tous ses acteurs.
15:24Vous avez Daniel Auteuil.
15:25Je jouais La fille de Daniel.
15:26C'est ça.
15:26Oui.
15:27Et Catherine Salvia.
15:29Et je me souviens,
15:31ce qui m'avait marqué,
15:32c'était le matériel, la technique.
15:35Moi qui allais voir 4 à 5 films
15:38par semaine au cinéma,
15:40à ce moment-là,
15:41je me suis dit,
15:43c'était presque dommage
15:45de passer derrière,
15:47de l'autre côté du décor,
15:47parce que je me suis dit,
15:48je ne verrais plus maintenant,
15:49j'imaginerais les caméras,
15:51j'imaginerais tout ce matériel,
15:52alors qu'avant,
15:53c'était un pur rêve.
15:54Mais je ne l'ai pas regretté ensuite.
15:56Mais au début,
15:57il y avait cette surprise.
15:58Oui, c'était presque
15:59un peu décevant d'aller...
16:01Oui, moi j'étais comme
16:02dans Mary Poppins,
16:02vous savez,
16:03quand il y a le dessin à la craie
16:04et que les enfants rentrent
16:05dans le dessin à la craie.
16:06Moi, je rentrais,
16:07comme le film
16:09La rose pour producure
16:09de Woody Allen,
16:10je rentrais dans le film.
16:12C'est drôle,
16:13parce que je regardais l'affiche.
16:15Il n'y a même pas ton nom dessus.
16:16Non.
16:17Ah non, c'était un tout petit rôle.
16:18Oui, mais il n'y a pas de petit rôle.
16:20J'avais 10 jours de tournage.
16:22Et après, vous n'avez plus arrêté.
16:23Et puis, à votre première expérience
16:24sur scène, c'est à l'école.
16:26C'était dans Pierre et le Louvre.
16:27Ah, mais j'étais tout petit.
16:28Il y a 7 ans.
16:29Mais quand vous en parlez,
16:30vous dites,
16:30oui, j'avais les jambes
16:31qui tremblaient et tout.
16:32Est-ce que vous avez toujours
16:33le trac les premiers jours ?
16:35Ce n'est pas tout à fait
16:36comme ça que ça s'appelle chez moi.
16:37Ou ce n'est plus tout à fait
16:38comme ça que ça s'appelle chez moi.
16:40Parce que j'ai quand même
16:41beaucoup joué.
16:42Non pas que j'arrive en disant
16:43vous allez voir ce que vous allez voir.
16:45Il y a une vraie tension.
16:46Quand j'étais beaucoup plus jeune,
16:52je vais être obligé de ressortir.
16:5440 ans plus tard,
16:55à moins d'être d'une fausse modestie
16:57et qui est pas soinable.
16:58Vous êtes plutôt attendu.
16:59Voilà.
17:00Enfin, en tout cas,
17:00je suis désiré de temps en temps.
17:02Et donc, ce n'est pas deux
17:03dont j'ai peur, mais de moi.
17:04J'ai peur simplement
17:05de ne pas être à la hauteur
17:06de ce qu'ils sont de l'ivoire.
17:07Et vous, Isabelle,
17:08vous avez encore le trac
17:09c'est tellement désagréable
17:10comme sensation.
17:11Ce n'est pas vraiment...
17:12C'est un peu...
17:12On est un peu pareil.
17:14C'était drôle d'ailleurs
17:14parce que juste avant de jouer,
17:16on se fait un petit coucou
17:17comme ça.
17:17J'ai aimé la dernière représentation.
17:21Ça continue encore un peu.
17:23T'es d'accord ?
17:24On a encore un peu...
17:25Comment on pourrait dire ça ?
17:25Ce n'est pas vraiment du trac,
17:27mais papillon dans le cœur,
17:28dans le ventre.
17:29Vous avez des techniques
17:30pour lutter contre le trac ?
17:32Alors, j'ai lu récemment
17:33et ça marche vraiment.
17:34Ça a été étudié.
17:36Alors, il y a la respiration.
17:37Ça a l'air con,
17:38mais c'est serrer un glaçon
17:39juste avant d'entrer sur scène.
17:41Il paraît dans la paume de la main.
17:42Il paraît que ça marche vachement.
17:43Qu'est-ce qu'il y a ?
17:44Faites-le, Pierre.
17:45Essayez avant de juger.
17:46C'est pathétique.
17:47C'est conscèrement.
17:50On parle bien du théâtre.
17:51On ne parle pas de Mme Irma
17:53qui éventuellement...
17:54Des scientifiques.
17:55Non, en fait,
17:56ça met en avant
17:57le système parasympathique.
17:59Elle a charme.
18:00Parasympathique.
18:00Vous montez sur scène.
18:01Parasympathique.
18:02Vous montez sur scène.
18:03On ne s'est pas assis
18:04à votre système parasympathique, Pierre.
18:05Moi, j'écoute de la musique.
18:07Ah, ça, c'est pas pareil.
18:08Ça, ça marche super bien.
18:09Vous avez déjà vécu
18:10un premier jour de tournage Kata
18:12dont vous vous dites
18:13ça, c'est sûr, ça ne marchera pas.
18:15Et vous êtes quand même
18:15obligée de faire le film.
18:17Ce n'était pas un premier
18:17jour de tournage.
18:18Pour moi, c'est dans le film
18:19de Diane Curie.
18:20Elle m'avait demandé
18:20de faire un double take.
18:22Un double take.
18:23Un double take.
18:23Toi, tu les fais très bien
18:24les double takes.
18:26Voilà, parfait.
18:28Alors que moi,
18:28je suis nulle en double take.
18:29Tout de suite,
18:30on voit que ça ne va pas.
18:31Non, pas du tout.
18:34Et elle avait insisté
18:35devant 200 figurants
18:37en disant
18:38« Mais, il faut qu'elle le fasse,
18:39tout ça.
18:40On est obligé de recommencer. »
18:42Tout le monde qui faisait
18:43« Oh, vraiment, Isabelle ! »
18:45Et je suis rentrée
18:46dans ma loge
18:47et je me suis dit
18:48« Je vais arrêter le métier. »
18:50C'est quoi le secret
18:51du double take ?
18:52Le double take,
18:53un principe,
18:54c'est un léger regard
18:56d'abord.
18:58Ah oui.
18:59Voilà.
19:00C'est pas...
19:00C'est pas...
19:01Tac, tac.
19:02Faut pas bouger la tête.
19:03Si, ça bouge quand même.
19:04Mais c'est...
19:05C'est...
19:06Ça, j'avais pas bien vu
19:07et genre, on regarde.
19:08Attendez, j'avais pas bien vu que...
19:10Non, vous allez pas y arriver
19:11tout de suite.
19:12C'est normal.
19:12Vous pouvez être comédien
19:13à 52 ans.
19:14Moi-même, j'ai mis
19:14un ton fou à comprendre.
19:16Je le métisse toujours pas.
19:18Si ça peut vous rassurer.
19:20Bon, vous restez avec nous
19:21dans un instant.
19:22On revient
19:22avec Isabelle Carré
19:23et Pierre Arditi.
19:24et Pierre Arditi.