- il y a 4 jours
Roger, Jean-Claude, Edouard, Robert …
Ils sont une dizaine, âgés de 75 à 90 ans, qui témoignent de
leur vie au Foyer départemental de garçons de la Côte Saint-André (Isère). Entre 1929 et 1971, plus de 3 000 orphelins ont vécu dans
cet immense bâtiment, ancien séminaire, subissant des méthodes éducatives d’un autre âge.
« On ne peut pas comprendre ce qu’on a vécu ici, quasiment en autarcie, avec une discipline de fer, sans amour… c’est la
camaraderie qui nous a permis de tenir. »
Résilience, éducation, transmission… leur témoignage nous fait entrer dans l’histoire, tout autant qu’il nous questionne
et nous émeut.
Ils sont une dizaine, âgés de 75 à 90 ans, qui témoignent de
leur vie au Foyer départemental de garçons de la Côte Saint-André (Isère). Entre 1929 et 1971, plus de 3 000 orphelins ont vécu dans
cet immense bâtiment, ancien séminaire, subissant des méthodes éducatives d’un autre âge.
« On ne peut pas comprendre ce qu’on a vécu ici, quasiment en autarcie, avec une discipline de fer, sans amour… c’est la
camaraderie qui nous a permis de tenir. »
Résilience, éducation, transmission… leur témoignage nous fait entrer dans l’histoire, tout autant qu’il nous questionne
et nous émeut.
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Art et designTranscription
00:00:02C'est difficile de faire admettre à quelqu'un ce qu'on a vécu.
00:00:09Le problème que l'on a nous, c'est que vu qu'on n'a jamais été, on n'a
00:00:14jamais connu la douceur,
00:00:18on n'a jamais connu l'amour de quelqu'un, que quelqu'un s'intéresse à nous.
00:00:58Sous-titrage MFP.
00:01:10La carte des Cassini, dans les années 1600, c'est les premiers qui ont fait une carte de France.
00:01:15Et donc sur cette carte, il y a la coste de Saint-André.
00:01:18Et juste en dessous de la coste de Saint-André, il y a un tout petit trait marqué le clapier.
00:01:22Donc c'est rigolo, voilà, on est là.
00:01:31Grâce aux apprentis d'Auteuil, on a renoué un petit peu avec à la fois le bâtiment,
00:01:35avec les gens qui l'occupent aujourd'hui, avec le bon état d'esprit de M. Artenberger.
00:01:40Et on a pu faire des tas de faits autour de la transmission par l'écriture.
00:01:47J'ai fait une étude un petit peu de tous les anciens.
00:01:50On ne revient pas avant, d'une manière générale, on n'osait pas passer le portail avant une quinzaine d
00:02:01'années de liberté.
00:02:02Je pense que les anciens du foyer ont besoin de se construire, de se dire « j'ai fait un…
00:02:10je suis papa, je suis marié, j'ai un métier, j'existe ».
00:02:16Et on a remarqué ça.
00:02:18Et il y en a qui ne reviennent jamais.
00:02:21Moi j'ai un très bon copain, il est revenu une fois ici, il a pleuré pendant deux heures, et
00:02:27il n'est jamais revenu.
00:02:28Donc il ne veut plus revenir.
00:02:32Sur 50 ans, ça fait 2500 personnes au moins qui sont passées.
00:02:36Donc malheureusement, à l'association on n'est que 120.
00:02:41Il y en a beaucoup qui sont décédés malheureusement.
00:02:47C'est l'amicale, l'amicale du foyer.
00:02:53On a fait depuis 90 ans la création de l'Orphina.
00:02:59Donc c'est pas parce qu'on a passé un mauvais moment ici qu'on retrouve les anciens.
00:03:06Le foyer départemental a formé plus de 2500.
00:03:10Et puis avec les apprentis d'autoril, il y a une certaine amitié.
00:03:14Donc faire une petite déclaration, je laisse l'officier à deux secondes, c'est bon enfant.
00:03:25C'est assez impressionnant, M. Artenberger.
00:03:28Dès qu'on s'est rencontrés, 2007-2017, il nous a dit avant qu'on fasse les 90 ans, il
00:03:36nous a dit vous êtes ici chez vous.
00:03:38C'est à une résonance, je me rappelle de Roger Léon, qui était président, avait reçu ça en plein cœur,
00:03:44en disant qu'on nous ouvre notre ancien bâtiment.
00:04:00En fin de compte, c'est ce qui m'a toujours marqué, c'est ce bâtiment.
00:04:05C'est pour ça que j'ai voulu savoir qui a habité, qui l'a construit en plus.
00:04:11On a retrouvé ça, c'est un tout petit carnet qui était grand, comme ça.
00:04:16Et c'était pour la souscription, donc pour la construction du bâtiment.
00:04:20Voilà, c'était tous les fonds du clergé.
00:04:23Ils étaient propriétaires apparemment.
00:04:25Ils étaient propriétaires et ils devaient louer des terrains, des agriculteurs.
00:04:32C'est ça.
00:04:35Et là, il a quand même le bâtiment plus d'allure à voir.
00:04:38Le bâtiment est terminé.
00:05:02À la fermeture du séminaire, donc en 1906,
00:05:07les bâtiments reviennent à la commune.
00:05:10Et en 1913, c'est donc un bataillon du 140e de Grenoble qui prend la place.
00:05:20Leurs armes avec eux.
00:05:22Et là, par contre, le réfectoire, le grand réfectoire, celui qu'on a connu.
00:05:29Et là, bien sûr, la cour.
00:05:31Plus tard, dans cette cour, il y avait les terrains de basket.
00:05:34Les terrains de basket, c'est-à-dire dans la cour des moyens et la cour des grands.
00:05:41Donc, c'est ce que tu as évoqué, le fameux hôpital sanitaire.
00:05:44Voilà, l'hôpital sanitaire numéro 32, qui fait partie de la 14e région militaire et qui sera au départ un
00:05:55centre de convalescence.
00:05:57Et par la suite, donc, hôpital militaire et sanatorium.
00:06:02Donc, pareil, ici, on voit donc les dortoirs.
00:06:06À notre époque, ils étaient séparés en deux, par un galandage.
00:06:11Le réfectoire, en ce qui nous concerne, c'était des tables...
00:06:15C'était deux rangées de tables, avec une grande allée au milieu et scellée au sol.
00:06:20Scellée au sol, oui.
00:06:21Scellée au sol, oui.
00:06:25Grâce, effectivement, une nouvelle fois à la fondation d'Auteuil,
00:06:29on a pu éditer ce petit livret de 50 pages.
00:06:36On voit une photo au début.
00:06:38Donc, c'est bien le clapier à la Côte-Saint-André, un lieu au destin singulier.
00:06:43Ce n'est pas un jeu de mots pour parler des élèves qui étaient là.
00:06:47Ce n'étaient pas des lapins.
00:07:16Sous-titrage Société Radio-Canada
00:07:42Sous-titrage Société Radio-Canada
00:08:02A Noël, 1955, j'avais 9 ans, nous étions en pension à Serrière, chez les frères Maristes.
00:08:12Le frère directeur nous convoque, mon frère et moi, pour nous annoncer cette mauvaise nouvelle,
00:08:20comme quoi notre maman était décédée.
00:08:23Quatre enfants, ça posait un peu de souci.
00:08:28Notre grand-mère paternelle était toute seule.
00:08:31Et puis, nos grands-parents, à côté de notre mère, ils ont gardé pendant quelque temps notre troisième frère,
00:08:39puisque l'ami de notre mère a gardé le dernier.
00:08:45Et nous, il n'y avait qu'une solution, c'était rentrer, nous placer.
00:08:56Ma mère travaillait dans une pâtisserie à Grenoble.
00:09:03Et elle travaillait avec un jeune pâtissier qui était ouvrier.
00:09:09Et ils devaient se rencontrer quand même de temps en temps, parce que ma mère s'est trouvée enceinte.
00:09:19Et donc, mon futur père, j'ai promis le mariage, il n'y avait pas de problème.
00:09:26Seulement, il est tombé malade.
00:09:27Il est parti en sanatorium.
00:09:30Et il est mort en sanatorium avant la naissance, c'est-à-dire qu'il n'a pas pu me
00:09:35reconnaître.
00:09:37Ses patrons l'ont licencié en lui expliquant,
00:09:45en étant désolé d'ailleurs d'avoir à lui expliquer,
00:09:48qu'une honnête commerçante grenoblois ne pouvait pas employer une fille mère.
00:09:55Donc, elle se retrouvait à la rue.
00:09:57Elle avait des copines, donc elle a été hébergée par ses copines jusqu'à la naissance.
00:10:05Et à la naissance, elle a pu me garder trois mois.
00:10:08Elle a écrit à sa famille qu'il lui a répondu
00:10:14« Tu abandonnes ton gosse, tu rentres à la maison, tu n'abandonnes pas ton gosse, tu te débrouilles. »
00:10:23Alors, elle avait écrit aussi aux parents de mon père.
00:10:32Alors là, j'ai gardé la lettre.
00:10:34C'est un morceau d'anthologie, la réponse du père,
00:10:39qui lui explique que la vache avait été malade,
00:10:44que lui s'était foulé le pied, etc.
00:10:47C'est une liste de malheurs, conclusion, on ne peut rien faire pour vous.
00:10:54Voilà, donc, elle a traîné ça tout le reste de sa vie.
00:10:58Fille mère.
00:11:00Elle a effoté.
00:11:31Sous-titrage MFP.
00:11:36Je suis né un 13 mai 1948.
00:11:39Ma mère m'a abandonné pour faute de paiement d'une pension
00:11:43où j'étais placé chez une nourrice à Ponchara.
00:11:46Je devais avoir 4-5 ans.
00:11:48Donc je suis passé directement à la DAS sous la responsabilité de l'État
00:11:53et donc avec une structure qui m'a suivi jusqu'à ma majorité.
00:12:01Et j'en ai toujours été reconnaissant de ma mère
00:12:06en ce sens où elle m'a mis au monde.
00:12:14Non, elle m'aimait.
00:12:16Non, ma mère m'aimait.
00:12:20Moi j'aime la vie.
00:12:22Elle m'a permis ça.
00:12:25À la rentrée de mes 7 ans,
00:12:29révolue, la nourrice me met au quart de Ponchara,
00:12:32les quarts du Mât.
00:12:33Et je me retrouve embarqué au foyer départemental de la Côte-Saint-André.
00:12:37À l'époque, en 1955, la rentrée scolaire se faisait fin septembre, début octobre
00:12:43pour laisser quand même les enfants travailler à la ferme
00:12:47pour ceux qui étaient placés dans les fermes.
00:12:50Mon père est mort.
00:12:52J'avais 6 ans.
00:12:55Ma mère, elle n'était pas faite pour gérer les enfants.
00:13:00Voilà, c'est comme ça que je suis arrivé au foyer.
00:13:04Alors j'ai appris bien plus tard, il n'y a même pas très très longtemps,
00:13:08que j'ai quelqu'un de ma famille qui voulait m'adopter.
00:13:14Donc j'aurais certainement eu une vie différente,
00:13:17une femme différente aussi,
00:13:18parce que la mienne je l'ai connue à Grenoble.
00:13:23Comme quoi une vie des fois, ça peut basculer d'un côté ou de l'autre.
00:13:30Mais pour cela, il aurait fallu que ma mère fasse un document
00:13:34comme quoi elle m'abandonnait.
00:13:35Donc elle a préféré que je rentre à l'orphelinat
00:13:39pour avoir une éducation, que j'ai eue d'ailleurs.
00:13:44De ce côté-là, je n'ai pas à me plaindre.
00:13:53Donc c'est en lisant la lettre d'admission.
00:13:57Qui dit, ben voilà, le cas de ma mère Poletto,
00:13:59on craint pour sa vie, pour sa santé.
00:14:02Donc il écrivait au directeur du foyer départemental de l'époque
00:14:07pour admettre les deux enfants, Jacques Poletto, Roger Poletto.
00:14:11Sinon, on ne le savait pas du tout.
00:14:12Moi, ma mère ne m'a jamais dit.
00:14:13Moi, ma mère, c'était son truc, c'était...
00:14:17Ils vont sortir instruits,
00:14:19ils vont sortir avec un métier.
00:14:23Elle n'a jamais voulu entendre qu'on était malheureux.
00:14:34J'ai apporté quelques petites photos.
00:14:38Mais c'est personnel, ça va.
00:14:43On est entré à la côte.
00:14:45Donc ma mère était fille-mère.
00:14:48Je n'ai pas vécu avec ma mère.
00:14:49Je n'ai vécu avec mes grands-parents.
00:14:51Ils ont élevé jusqu'à 7 ans.
00:14:53C'était des métiers.
00:14:55Mais mon grand-père était frégé.
00:14:59Elle avait déjà 70 ans.
00:15:01Et ma grand-mère avait 22 ans de moins.
00:15:05Donc, comme elle gardait d'autres enfants d'elle et des petits-fils,
00:15:11elle ne pouvait pas garder tout le monde.
00:15:12Et c'est pour ça qu'on est allés là-bas.
00:15:29Ma mère était morte.
00:15:32Je l'ai à peine connue.
00:15:33Et mon père ne pouvait plus me garder.
00:15:35Et ma grand-mère,
00:15:37elle était toute seule.
00:15:38Elle n'avait pas de ressources.
00:15:39À cette époque-là,
00:15:42il y a eu certainement
00:15:47une assistante sociale de l'époque
00:15:49qui avait eu le vent de mon cas.
00:15:53Il a dit qu'on allait les envoyer avec mon frère.
00:15:57Ils nous ont envoyés au foyer des ventes mentales.
00:16:32Vous m'entendez, là?
00:16:34Je suis venu en 1929
00:16:37au mois de juillet
00:16:38quand ils ont ouvert le foyer.
00:16:39J'avais 4 ans.
00:16:41Alors, je vais vous chanter
00:16:42pour tirer ma référence
00:16:44une chanson du foyer départemental
00:16:46faite par M. Chaput.
00:16:48Voilà.
00:16:49M. Chaput.
00:16:50Alors, c'est le chant du Dauphiné.
00:16:51C'est terre, chérie,
00:16:56Où je suis né
00:16:58Fille de gloire immortelle
00:17:03Je t'aime charme en d'enfiné
00:17:08Avec tes montes et citadelles
00:17:13J'aime ton ronde impétueux
00:17:19Ton hiver qui roule et gronde
00:17:23Et l'embord si délicieux
00:17:27Qu'une jolie colombe
00:17:31Honneur à toi, joie à ton sol
00:17:35Je vis de tes enfants, des braves
00:17:39D'où la liberté prie son vol
00:17:43Pour en prétendiquer
00:17:45S'entrave
00:17:51Bravo !
00:17:56Bravo !
00:18:12Les premiers jours
00:18:13Se passent à l'infirmerie
00:18:15Et puis au bout de 48 heures
00:18:17Le sous-directeur revient nous chercher
00:18:19Et commence à nous emmener
00:18:21Donc à l'intérieur de ces bâtiments-là
00:18:24Et là, donc les grands couloirs
00:18:26Tout ça qu'on n'avait pas vu au paradis
00:18:30Je suis né le 17 avril 1936
00:18:32Et je suis rentré au mois de janvier 1940
00:18:34Je n'avais pas 4 ans
00:18:36Et j'ai un souvenir de ma grand-mère
00:18:39Qui m'a laissé
00:18:40Dans la classe maternelle
00:18:43Ici
00:18:45Comme si c'était hier
00:18:53Quand on arrive à un établissement grandiose
00:18:56Comme ça, en forme de monastère
00:18:58Moi c'était le 15 avril 1958
00:19:00Mais c'est pas possible
00:19:03Un bâtiment comme ça
00:19:04Vous sortez d'un petit hameau
00:19:07Dans deux pièces, etc.
00:19:09Donc on me prend par la main
00:19:10On m'amène à la lingerie
00:19:11On va me donner mes nouveaux habits
00:19:13Un haut, un petit blouson en velours
00:19:15Une chemise bleu marine
00:19:18Et un short été comme hiver
00:19:19Le slip qui va avec
00:19:21Il n'y a pas de maillot de corps
00:19:22Il n'y a rien du tout
00:19:23Il nous a un mouchoir pour la semaine
00:19:26Là on descend dans la cour
00:19:28Et immédiatement
00:19:30L'effet de groupe
00:19:32Là on est entouré
00:19:33Avec des
00:19:35De la mise en boîte
00:19:37Du bizutage
00:19:39Et il y a un miracle qui se produit
00:19:40Il y a un garçon qui s'appelle
00:19:42André Belzega
00:19:44Qui a l'âge de mon frère
00:19:46Qui dit
00:19:47Ecartez-vous
00:19:47C'est mes copains
00:19:48Je les connais
00:19:49Alors ça nous a sauvés
00:19:54Et là c'est un petit peu
00:19:55Le drame de notre première journée
00:19:59On doit aller au réfectoire
00:20:01Et on ne sait pas du tout
00:20:02Comment ça se passe
00:20:04Nous la dernière fois
00:20:05La veille
00:20:05On a mangé une soupe avec maman
00:20:08Donc on nous sert un truc et tout
00:20:10Mais ce qu'on ne sait pas
00:20:11C'est que le chef de table
00:20:13Amène les plats
00:20:14C'est qu'il faut se taire
00:20:17Et mon frère
00:20:19Comme il a une connaissance
00:20:20Il parle
00:20:21Au moment où il y a
00:20:21Un grand silence dans la réfectoire
00:20:23Et il y a un instituteur
00:20:25Il est arrivé derrière mon frère
00:20:27Et il lui a mis
00:20:29Une bave sur la nuque
00:20:31Et il a tapé dans l'assiette
00:20:33Et tout
00:20:33Et il s'est mis à pleurer
00:20:35On bat mon frère
00:20:36Je pleure
00:20:37Vous prenez en pleine poire
00:20:41Cet enfermement
00:20:42Ce manque de
00:20:44Je ne sais pas
00:20:45De compréhension
00:20:48Ce n'est pas imaginable
00:20:51À un moment donné
00:20:52Dire qu'on va nous laisser ici
00:20:54Ou quoi que ce soit
00:20:55C'était en octobre 42
00:21:00Enfin début octobre 42
00:21:02Et ma mère m'a expliqué
00:21:04Qu'elle m'amener
00:21:05Dans une maison d'enfants
00:21:07C'était la troisième
00:21:08Que je faisais
00:21:10J'allais avoir 8 ans
00:21:12Donc je n'étais pas en avance
00:21:13On a pris le petit train
00:21:18De la Mure
00:21:19Je me vois encore
00:21:21En train de descendre
00:21:21L'avenue
00:21:22Avec tour Béalios
00:21:24Ça m'a marqué
00:21:25Cette avenue
00:21:26C'était joli
00:21:28Mes parents étaient enseignants
00:21:31Mon père était instituteur
00:21:33Ma mère aussi
00:21:34Et donc j'étais
00:21:35Un des fils d'instituteurs
00:21:37Ils font partie
00:21:38De la première fournée
00:21:39Des personnels
00:21:42D'encadrement
00:21:43Qui ont été retenus
00:21:45Pour venir s'occuper
00:21:47Du foyer
00:21:48Donc je me suis trouvé
00:21:50Mêlé à toute la vie
00:21:51Du foyer
00:21:52Parce que ma scolarité
00:21:54Au primaire
00:21:56S'est passée là
00:21:57Mais toute ma vie
00:22:00Jusqu'à l'âge
00:22:01De 11-12 ans
00:22:02S'est passée
00:22:03Dans ces murs
00:22:22Pour en revenir
00:22:24Au foyer
00:22:24Il était le résultat
00:22:27Du souhait
00:22:28Du sénateur Perrier
00:22:31De regrouper
00:22:34Des enfants
00:22:35Abandonnés
00:22:36Ils étaient généralement
00:22:37Placés
00:22:38Dans des familles
00:22:39D'agriculteurs
00:22:40De loisans
00:22:40L'objectif
00:22:43Je crois
00:22:43L'un des objectifs
00:22:45De l'orphelinat
00:22:45C'était justement
00:22:47De permettre
00:22:47De valoriser
00:22:49Un peu
00:22:50Les compétences
00:22:51Que pourraient avoir
00:22:52Ces enfants
00:22:53Pour leur permettre
00:22:54D'acquérir des métiers
00:23:01Tous les étés
00:23:02Les élèves
00:23:04Qui étaient ici
00:23:05Au foyer départemental
00:23:07Étaient placés
00:23:08Dans les fermes
00:23:10Ce n'était pas
00:23:10Des vacances
00:23:11Mais c'était
00:23:11Effectivement
00:23:12Une obligation
00:23:13En tant qu'enfant
00:23:14On se posait souvent
00:23:15La question
00:23:15Pourquoi on était
00:23:16Placés dans les fermes
00:23:17Et on a trouvé
00:23:18Effectivement
00:23:19La solution
00:23:20En faisant les recherches
00:23:20Il y avait une loi
00:23:21Sur l'assistance publique
00:23:23Qui disait
00:23:24Les enfants
00:23:25Devaient être placés
00:23:26A la terre
00:23:28Léon Perrier
00:23:29Avait promis
00:23:30Aux cultivateurs
00:23:31Vous pourrez les garder
00:23:32Pour les travaux
00:23:33Et après
00:23:34On les prenait
00:23:34A partir d'octobre
00:23:35Voilà
00:23:36C'était 8 mois
00:23:37D'instruction
00:23:40Ces enfants
00:23:42Sont morts
00:23:43De la grippe espagnole
00:23:45En 1920
00:23:46Il a été
00:23:47Comme un père
00:23:48Et il a su mettre
00:23:49Aussi
00:23:50M. Césel
00:23:51Et Mme Césel
00:23:53Qui était véritablement
00:23:54Le papa et la maman
00:23:55Des premiers enfants
00:23:55Qui sont arrivés
00:23:56De voirons
00:23:56Et de loisins
00:23:58Ensuite
00:23:59C'est M. Nemos
00:24:00Qu'on a connu
00:24:01Aussi bien Jean-Claude
00:24:02Que moi
00:24:03À minuit
00:24:04Chaque jour
00:24:05Dieu fait
00:24:06Il passait
00:24:06Dans tous les dortoirs
00:24:08M. Genève
00:24:09Était déjà plus
00:24:10Proche des enfants
00:24:11Dans le sens
00:24:12Il leur laissait
00:24:13Plus de liberté
00:24:14Moi je n'ai pas vu
00:24:15Distribuer des taloches
00:24:16Comme M. Nemos
00:24:17L'a fait
00:24:18M. Genève
00:24:19Était très
00:24:21Très investi
00:24:22Sa carrière
00:24:23Était un petit peu
00:24:23Brisée
00:24:24Dans le sens
00:24:24Où il a été
00:24:25Déporté
00:24:26Un certain temps
00:24:27Pendant la guerre
00:24:28M. Gardenne
00:24:29Est devenu
00:24:30Le directeur
00:24:31Un homme excellent
00:24:32Qui nous a
00:24:34Beaucoup aidé
00:24:34Nous
00:24:34Pour nous construire
00:24:35En tant qu'adolescents
00:24:39Donc on accueillait
00:24:41Les orphelins
00:24:41De 4 à 17 ans
00:24:43Il y avait
00:24:43500 gamins
00:24:44Qui fréquentaient
00:24:45L'orphelina
00:24:45On montra
00:24:46Jusqu'à 560
00:24:48Dans les années 60
00:24:49C'était le maximum
00:24:50Et il y avait
00:24:51140
00:24:52A peu près
00:24:52130
00:24:53À 140
00:24:54Personnes
00:24:54Qui faisaient partie
00:24:55Du personnel
00:25:20La fameuse pèlerine
00:25:22Les galoches
00:25:23Le béret
00:25:25Et tout autour
00:25:27Du foyer
00:25:27Il y avait une ferme
00:25:28Qui servait
00:25:28Effectivement
00:25:29À l'approvisionnement
00:25:31Il louait même
00:25:32Des fermes
00:25:32Qui étaient
00:25:32À 2 ou 3 kilomètres
00:25:35Du centre historique
00:25:37De la côte
00:25:38Saint-André
00:25:39Et qui permettait
00:25:40D'avoir
00:25:40L'approvisionnement
00:25:41Pour pouvoir élever
00:25:43Alimenter
00:25:44Les enfants
00:25:45Il y avait
00:25:46Une pourcherie
00:25:47Importante
00:25:48Alors oui
00:25:49Il y avait
00:25:50Il y avait
00:25:50De la volaille
00:25:51Il y avait
00:25:51Des choses
00:25:52Comme ceci
00:25:52Oui bien sûr
00:25:53Tout ce qui était
00:25:54La viande
00:25:55Était abattu
00:25:56Et servait
00:25:58Dans les cuisines
00:25:59Au niveau
00:26:00Nourriture
00:26:01La ferme
00:26:02Suffisait
00:26:03À la vie
00:26:04Des enfants
00:26:05C'était une vie
00:26:06En autarcie
00:26:07Tout était
00:26:09Sur place
00:26:10Personne ne sortait
00:26:11De là
00:26:15La dépense
00:26:17Comme on disait
00:26:18Les réserves
00:26:19Je connaissais
00:26:22On passait
00:26:23Par les cuisines
00:26:25Enfin
00:26:26On avait
00:26:26Toutes les combines
00:26:34Lorsqu'on avait
00:26:35Un dessert
00:26:37Je gardais
00:26:38Mes barres
00:26:39De chocolat
00:26:39Et donc
00:26:40J'avais trouvé
00:26:41Une astuce
00:26:42Dans cette boîte
00:26:43Là
00:26:44Une boîte
00:26:45De pub molle
00:26:45Je coupais
00:26:47Mes biscuits
00:26:47Au diamètre
00:26:48De la boîte
00:26:49Je mettais
00:26:50Un biscuit
00:26:51Je râpais
00:26:53Du chocolat
00:26:54Et le soir
00:26:55En l'an de se coucher
00:26:57On avait des gros
00:26:58Radiateurs
00:26:59En fonte
00:26:59Je passais la boîte
00:27:01Entre les deux éléments
00:27:03Comme ça
00:27:03Et le matin
00:27:04J'avais mes biscuits
00:27:05Je me suis dit
00:27:07C'est moi
00:27:07Qui ai inventé
00:27:08Les bichocos
00:27:11On n'a pas de réfrigérateur
00:27:13Il n'y avait pas
00:27:13De réfrigérateur
00:27:14Au foyer
00:27:15Il y avait
00:27:16Il y avait
00:27:16À la cuisine
00:27:17Une machine à laver
00:27:18Qui était un monstre
00:27:19C'était un monument
00:27:20Ça tenait
00:27:21Tout le mur
00:27:21Qui était là-bas
00:27:22C'était une espèce
00:27:23De chariot
00:27:25En pente
00:27:25Sur laquelle
00:27:26Il y avait
00:27:26Des grands bacs
00:27:27Dans lesquels
00:27:27Tout était mis
00:27:28Ça avançait
00:27:29Sous des trompes
00:27:30D'eau chaude
00:27:31Qui tombaient
00:27:31Et puis ça passait
00:27:33Dans un séchoir
00:27:34Enfin
00:27:34C'était vraiment
00:27:35C'était
00:27:37Précurseur
00:27:37Par rapport
00:27:38Au magie
00:27:38D'un lavé
00:27:39Aujourd'hui
00:27:42Il y avait
00:27:42Une piscine
00:27:43A l'époque
00:27:44Ce qui était
00:27:44Quand même
00:27:45Pour l'époque
00:27:45Assez extraordinaire
00:27:47Et elle était
00:27:48Remplie de poissons
00:27:50Ah oui
00:27:50Il y avait
00:27:51Des grands ateliers
00:27:51De couture
00:27:52Mais je ne sais pas
00:27:53Si on n'en voit pas
00:27:53Il me semble
00:27:54Il me semble
00:27:55En avoir
00:27:56Tiens voilà
00:27:56Ça
00:27:57Ici
00:27:58Ce sont les lingères
00:28:00Les lingères
00:28:01C'était au premier étage
00:28:03D'une des ailes
00:28:05Ça tenait
00:28:06Toute une partie
00:28:07Du bâtiment
00:28:07C'était très important
00:28:09Les lingères
00:28:10C'était des
00:28:11Des personnes
00:28:12Qui avaient une part
00:28:13Essentielle
00:28:13Et en plus
00:28:14Elles étaient
00:28:15Très attachées
00:28:17Aux enfants
00:28:21Ah j'avais la chance
00:28:23Et le bonheur
00:28:23D'avoir une lingère
00:28:24Qui m'avait pris
00:28:25En sympathie
00:28:27A tel point que
00:28:28Mais le dimanche
00:28:30De temps en temps
00:28:30Donc le dimanche
00:28:32J'allais manger
00:28:32Le poulet chez elle
00:28:33J'ai très bon souvenir
00:28:34De cette dame
00:28:35Et madame d'Astreville
00:28:37Qui était aussi lingère
00:28:40Ma mère
00:28:41La retrouvait du boulot
00:28:42Comme lingère
00:28:44Au foyer
00:28:44Alors quand j'étais copain
00:28:47J'étais bien
00:28:48Un gars du foyer
00:28:49Et puis quand le copain
00:28:51Ça ne marchait plus
00:28:52Je devenais
00:28:53Un fils de personnel
00:28:54Ce qui était
00:28:56Une insulte
00:28:59Encore très impressionnant
00:29:01Surtout au début
00:29:02C'est le fait
00:29:03D'être dans des dortoirs
00:29:04Avec 40 gamins
00:29:07Très peu d'intimité
00:29:08Pas du tout
00:29:09On a
00:29:10Nos propres affaires
00:29:12On les met
00:29:12On a une chaise
00:29:13On a un lit
00:29:15Qu'on plie le matin
00:29:17Qu'on revient faire
00:29:17A 13h30
00:29:18Ou 13h après
00:29:20Le déjeuner
00:29:21Et puis
00:29:23T'as un copain
00:29:24De Chambray
00:29:25Puis t'avais une veilleuse
00:29:26Au milieu du dortoir
00:29:28T'avais le moniteur
00:29:29Qui était dans un
00:29:31Un drap
00:29:32Un rideau blanc
00:29:34Qui nous surveillait
00:29:35Les gamins
00:29:36Le dortoir
00:29:37Chez tes moniteurs
00:29:38Il est là
00:29:39C'est des dortoirs
00:29:40Qui sont chauffés
00:29:41Exceptionnellement
00:29:44Il y avait le dortoir
00:29:46Des petits ceux
00:29:46Il y avait le dortoir
00:29:47Des moyens
00:29:48Le dortoir des grands
00:29:50Bon ben c'était
00:29:51On ne pouvait pas mélanger
00:29:53Une section
00:29:54N'avait aucun contact
00:29:55Avec l'autre
00:29:56Par exemple
00:29:57Moi qui étais en maternelle
00:29:59À 3 ans
00:30:00J'avais mon frère aîné
00:30:01Enfin mon frère
00:30:03Qui était
00:30:04Au collège
00:30:05Je ne pouvais pas le voir
00:30:08Dès qu'on commençait
00:30:10À être dans une section
00:30:12On se regroupait
00:30:14Alors il y avait
00:30:15Quand il faisait froid
00:30:16On se collait dans un coin de mur
00:30:18On se mettait tous
00:30:19Les uns contre les autres
00:30:20On faisait les bourrés
00:30:21Ce qu'on appelait les bourrés
00:30:23Et puis on essayait
00:30:24De se réchauffer comme ça
00:30:26Et puis on prenait des coups
00:30:27Parce que les bourrés
00:30:28Était interdites
00:30:33L'hiver
00:30:34Les serviettes de toilettes
00:30:36Elles étaient gelées
00:30:38On n'avait pas le droit
00:30:39De mettre les mains dans les poches
00:30:41Donc
00:30:41Qui veut dire que
00:30:43Quand on revenait de récréation
00:30:44Et qu'on se lavait les mains
00:30:45On restait en rang
00:30:49Dans les couloirs
00:30:50En attendant que tout le monde
00:30:52Est passait au là-bas
00:30:53C'est pas bon quoi
00:30:54Et là
00:30:58On prenait les enjures
00:31:04Le soir il fallait cirer ces godasses
00:31:07Et les faire briller
00:31:08Parce que le lendemain
00:31:10Si elles ne brillaient pas
00:31:11On avait droit
00:31:12À la récompense
00:31:19Les chaussures
00:31:20On les fabriquait ici
00:31:22Les habits
00:31:24On les fabriquait ici
00:31:25On les réparait ici
00:31:28Je vous dis
00:31:28C'était un monde en autarcie
00:31:57La vie
00:31:57C'était quand même réglé
00:32:00C'était tout réglé au sifflet
00:32:01Le matin on se levait au sifflet
00:32:03On allait au lavabo au sifflet
00:32:06On s'habillait au sifflet
00:32:08Au sifflet
00:32:10On se préparait en rang
00:32:11Pour descendre
00:32:13Déjeuner
00:32:14C'était une discipline de faire
00:32:17Et on sait qu'on ne peut pas faire obéir
00:32:20A 450 membres
00:32:22Surtout qu'il n'y avait pas de bonbons
00:32:24À ce moment-là
00:32:26C'était organisé
00:32:29Fernet Mose
00:32:30Il avait le sens de l'organisation
00:32:36La première année
00:32:37Chez cet instituteur
00:32:41Eh bien
00:32:41On ne marchait pas
00:32:45C'est-à-dire
00:32:45Auprès cadencé
00:32:46Comme les militaires
00:32:48Ah il avait une baguette
00:32:50Oui
00:32:51Une baguette très souple
00:32:53Dont le nom était Fuseline
00:32:56Enfin celle que j'ai trouvé la plus dure chez lui
00:32:59C'est par exemple
00:33:01De se retrouver les bras en croix
00:33:02Quand un mur
00:33:02Pendant quelques heures
00:33:04Et puis au bout de quelques mois
00:33:06A force d'avoir ce régime
00:33:09Eh bien j'ai eu la bonne idée
00:33:12D'aller me plaindre au directeur
00:33:15Il m'a bien écouté
00:33:17J'ai eu beaucoup de compassion
00:33:19Et puis quand
00:33:21Quand j'ai fini
00:33:22Il m'en a
00:33:24Mille de plus
00:33:25Il m'a dit
00:33:26Maintenant tu retournes en classe
00:33:30Je me suis retrouvé avec
00:33:32Le fils de Madame Ginet
00:33:35Qui était institutrice
00:33:37Qui était mon institutrice de CM2
00:33:39D'ailleurs
00:33:40On faisait un journal de classe
00:33:43GLAN
00:33:45Et je travaillais beaucoup
00:33:46Sur ce journal
00:33:47Et un jour
00:33:49On a retrouvé un de mes articles
00:33:51Sur Franjeu
00:33:52Franjeu
00:33:53C'était un journal national
00:33:56Scolaire
00:33:56Et alors là
00:33:58Madame Ginet
00:33:59M'a fait savoir
00:34:00Qu'elle était
00:34:01Très en colère
00:34:04Parce que c'était moi
00:34:05C'était pas son fils
00:34:13Elle avait aussi
00:34:14Instauré un tribunal
00:34:17Le lundi matin
00:34:21Il y avait un président
00:34:22Du tribunal
00:34:23Des assesseurs
00:34:25Tous des garçons
00:34:27De la classe
00:34:29Et ceux qui avaient
00:34:31Fauté dans la semaine
00:34:33Ils étaient jugés
00:34:35Ils avaient une punition
00:34:36Ça créait un climat
00:34:38Dans la classe
00:34:39On se méfiait
00:34:39De tout le monde
00:34:41Parce qu'on savait
00:34:42Que ça marchait
00:34:43Au mouchardage
00:34:48Et en classe
00:34:50Quand il y avait
00:34:51Une punition
00:34:51À lui donner
00:34:52On le mettait
00:34:52À genoux
00:34:53Sur une règle
00:34:55Une règle
00:34:55Et puis
00:34:56Les bras tendus
00:34:57Avec un dictionnaire
00:34:58Dans chaque bras
00:35:01Et si jamais
00:35:01Il avait le malheur
00:35:02De baisser les bras
00:35:04Il prenait
00:35:04Des coups de règle
00:35:05Sur la tête
00:35:09Avec mon frère
00:35:10Jean-Paul
00:35:10On était donc
00:35:11Toujours l'un
00:35:11À côté de l'autre
00:35:12On faisait la balançoire
00:35:13C'est-à-dire
00:35:14Un coup
00:35:15On passait
00:35:15D'un côté
00:35:16Un coup
00:35:17On passait
00:35:17De l'autre
00:35:18Parce qu'on se sentait
00:35:19Venir derrière
00:35:20Pareil
00:35:20Ils regardaient
00:35:22S'ils voyaient
00:35:23Une faute
00:35:24Pareil
00:35:24On prenait
00:35:25Le tâche
00:35:26Donc on avait
00:35:27Une appréhension
00:35:30Bon alors
00:35:32Bien là
00:35:33Moi je
00:35:34Et j'ai pris
00:35:35Une basse
00:35:36Qui m'a
00:35:36Fait tourner la tête
00:35:39Je me suis sauvé
00:35:40En claquant la porte
00:35:42Madame Ginet
00:35:43M'a dit
00:35:43Puisque c'est comme ça
00:35:45Tu te révoltes
00:35:46Je ne corrige plus
00:35:47Tes devoirs
00:35:48Jusqu'à la fin de l'année
00:35:51J'ai pas applaudi
00:35:52Mais je me suis retenu
00:35:53Parce que
00:35:54J'en entendais pas mieux
00:35:55J'ai plus de coups de règle
00:35:57Je me suis retenue
00:36:15J'ai plus de coups de règle
00:36:20Qui c'est qui a parlé ou qui a chuchoté ?
00:36:23Ah, bon, personne ne veut se dénoncer, vous, au milieu.
00:36:27Donc il y avait toute une lignée.
00:36:29Et puis, dès qu'il y en avait suffisamment, c'était la distribution de calottes.
00:36:35Il fallait qu'elle soit réglementaire.
00:36:38Donc la gifle, si la première n'était pas bonne, il y avait la seconde.
00:36:44Vous allez d'une pièce à l'autre en passant par les couloirs.
00:36:47Vous rencontreriez un adulte, on avait un béret à l'époque.
00:36:53Si on disait bonjour sans enlever le béret, on prenait une baffe.
00:37:00Tous les jours, finalement, on devait être absolument neutre.
00:37:05On n'avait ni le droit de rire, ni le droit de pleurer.
00:37:08Sinon, vous prenez un coupé au cul et une baffe.
00:37:12C'était systématique.
00:37:15Ça nous est resté.
00:37:18M. Nemoz, il voulait stricte comme ça.
00:37:21Il ne voulait absolument rien.
00:37:23Il ne voulait pas qu'on ait de relations avec l'extérieur.
00:37:27Il ne voulait rien.
00:37:28Il ne voulait pas qu'on ait d'argent.
00:37:34Ça n'était pas facile.
00:37:40Le samedi, en fin d'après-midi, M. Nemoz, directeur, venait nous faire un speech.
00:37:50Et il annonçait les punitions de la semaine.
00:37:54Et un beau jour, j'entends...
00:38:00Dostrovine, trois dimanches, a été pris à fumer.
00:38:06Et j'ai réalisé, je l'ai su par la suite, que j'avais croisé Mme Ginet dans le grand
00:38:13escalier.
00:38:14J'avais de la rancune tenace.
00:38:18Trois dimanches, c'était lourd quand même.
00:38:22C'était le dimanche, le cinéma.
00:38:24C'était la meilleure des distractions.
00:38:29Dans chaque dortoir, il y avait deux pions.
00:38:32Quand ils arrivaient à prendre un élève qui parlait, c'était au pied du lit.
00:38:37Donc, debout au pied du lit.
00:38:39Jusqu'à ce que le directeur, qui passait à principe faire sa ronde vers minuit, il me semble.
00:38:46Donc, quand il trouvait un élève au pied du lit, il savait que c'était quelqu'un qui avait dérogé
00:38:50à la règle.
00:38:51Donc, il prenait une paire de baffes et puis il allait au lit.
00:38:57Et le matin, il prend l'idée d'inspecter les oreilles qui sont propres ou pas.
00:39:03Et il me dit, tes mains derrière le dos, tu ne sais pas te laver.
00:39:06Je vais t'apprendre à te laver.
00:39:09Et je mets les mains comme ça.
00:39:10Et puis après, il faut tendre la joue en plus.
00:39:14Je dis, tu n'es pas bien d'accord.
00:39:16Alors, tu montes les épaules, ils te baissent les épaules.
00:39:18Et là, ça sonne pendant un bon moment quand vous prenez une pape.
00:39:22Si vous en avez pris dans votre vie, peut-être pas.
00:39:26Ça a duré quand même tout un trimestre.
00:39:29Tous les jours, tous les matins, j'ai pris une pape.
00:39:34Certains élèves qui, malheureusement, faisaient pipi au lit.
00:39:38Et donc, pour les guérir, ce qu'on faisait, le matin, après s'être levés,
00:39:45ils prenaient leurs draps mouillés.
00:39:47Ils allaient au réfectoire.
00:39:50Et pendant que les autres prenaient leur café au lait,
00:39:53ils étaient au milieu du réfectoire avec les draps mouillés sur la tête.
00:39:58On n'a pas été élevés avec des pincettes.
00:40:02J'avais personne, à part peut-être à la maternelle,
00:40:06ou peut-être j'ai entendu dire que la directrice, de temps en temps,
00:40:11elle venait le soir pour faire un bisou aux petits.
00:40:13Mais après, ça a été terminé.
00:40:17C'était une guerre perpétuelle entre les gamins.
00:40:21Quand on est dans une cour où il y en a 100 du même cabille,
00:40:26il y en a toujours deux ou trois qui vous cherchent des noises.
00:40:29C'était la jungle.
00:40:31Dans chaque groupe, on avait nos copains, nos frères,
00:40:34et on vivait entre nous.
00:40:37C'est pour ça que des gens comme Paul,
00:40:39avec qui j'étais de mon âge, sont devenus mes frères.
00:40:48J'ai écrit un livre sur ma vie, ma tendre enfance,
00:40:53et j'ai écrit un paragraphe qui me tient à cœur
00:40:57au sujet de notre enfance passée au foyer.
00:41:03La gifle, la claque, la taloche, châtiment corporel.
00:41:08Un sujet qui revient le plus souvent dans les écrits
00:41:11et même dans nos conversations entre nous.
00:41:14Une pomme de main venait s'abattre sur votre joue
00:41:16à la vitesse d'une balle qui vous explosait le tympan,
00:41:21et la douleur remontait jusqu'au cerveau.
00:41:24Certains appelaient ça une gifle.
00:41:26Moi, je dis un châtiment au Dieu.
00:41:29Pour conclure cet épisode,
00:41:31quelques-uns de mes camarades ont des problèmes de tympan
00:41:34à cause de cette fameuse gifle.
00:41:40Si on fait des fautes, on est puni.
00:41:42Si on monte sur l'estrade,
00:41:45et là, je m'enferme dans la timidité.
00:41:48C'est la première des choses.
00:41:50Je prends peur.
00:41:50Je ne veux pas m'exprimer.
00:41:53Si on m'interroge, je réponds.
00:41:55Je rougis jusqu'aux oreilles.
00:41:56Et ça, ça va me suivre jusqu'à l'âge de 23 ans.
00:41:58Ça, c'est ma première empreinte.
00:42:00Je la prends là.
00:42:01C'est-à-dire, fais-toi petit.
00:42:03OK, si tu peux échapper au truc, il faut être malin.
00:42:05Mais je n'ai pas encore les outils pour le faire.
00:42:07Je l'aurai beaucoup plus tard.
00:42:13Moi, j'ai appris à la Côte-Saint-André à rester dans le rang.
00:42:18Si tu veux sortir, tu sors, tu veux vivre heureux, tu vis caché.
00:42:24Plus il y a de discipline, plus il y a des moyens de s'en échapper.
00:42:29Donc, ce qu'on faisait souvent avec les copains, mais ce n'était pas unique.
00:42:33Pratiquement tout le monde faisait ça.
00:42:35On trouvait les mailles.
00:42:38On arrivait à élargir un peu les trous.
00:42:40Et on passait à travers.
00:42:42Et on faisait mille et une choses qui nous convenaient.
00:42:46Parce que, bon, nous, la nuit, la nuit, elle nous appartenait.
00:42:51Et il y avait le directeur d'étage, là.
00:42:56Lui, il était dans sa petite chambre.
00:42:59Et nous, on avait toute la nuit pour faire ce qu'on voulait.
00:43:02S'il y avait des cerises sur un cerisier, on allait les ramasser.
00:43:07Et puis, bon, on se retrouve même la nuit pour aller virer deux, trois lits dans un dortoir.
00:43:23Je n'ai jamais demandé l'autorisation d'aller voir ma mère.
00:43:27Je partais, je devais être discret.
00:43:30Je la voyais tous les jours.
00:43:33Et le dimanche, je passais le dimanche avec elle.
00:43:40De temps en temps, j'aurais préféré être avec des copains, enfin.
00:43:44Parce que j'aurais aimé qu'elle m'oublie un peu de temps en temps.
00:43:56Qu'est-ce qu'il y avait dans les tablettes de chocolat ?
00:43:58Il y avait un tableau.
00:44:00Donc, Madame Nervo nous tenait un album.
00:44:04Et puis, de temps en temps, on allait chercher des timbres.
00:44:08Puisque c'est elle qui récupérait tous les timbres qu'il y avait dans les tablettes de chocolat.
00:44:14Puis Madame Ginet, qui était donc l'épouse du sous-directeur,
00:44:17elle, à la cour de récréation, donc, après le repas de midi,
00:44:23où là, il y a des jeunes qui venaient et qui apprenaient par le bras.
00:44:29Et puis, ils faisaient des allers-retours dans la cour.
00:44:33Ça permettait de donner, je dirais, un petit peu de chaleur dans d'autres villes de tous les jours.
00:44:47Il n'y a que le devoir et l'obéissance qui fassent du bonheur.
00:44:50J'ai grandé avec ça, comme tous les anciens de la côte.
00:44:52S'il y en a qui m'écoutent, ils doivent se parler.
00:44:55Mais à un moment donné, j'ai dit, c'est quand même, on peut faire autre chose que le devoir
00:44:58et l'obéissance.
00:44:59À 8 ans, à 10 ans, à 9 ans, tu vois toujours ça.
00:45:02Il y a peut-être d'autres phrases à collectionner.
00:45:04Alors, j'ai essayé déjà, à l'époque, d'en trouver quelques-unes.
00:45:07Il y en avait une d'Arthur Arbeau, qui était très bien, je crois, qui était dans la classe de
00:45:11M. Gruat,
00:45:12qui disait, travaille, fais cela pour toi.
00:45:15Ça, ça m'a...
00:45:17Je me suis dit...
00:45:18Je m'accrochais à ce genre de choses en disant, ça a du sens pour moi, ça.
00:45:26Donc, en soi, moi, j'ai terminé l'école en scène 2.
00:45:30Ce qui veut dire que ça ne donnait pas beaucoup d'horizon.
00:45:37Pour la suite de ma vie, quoi.
00:45:40Puis, en deuxième année, moi, j'étais trop vieux pour aller au certificat d'études.
00:45:43Donc, je suis passé dans les grands.
00:45:46Donc, pour apprendre un métier, donc, pour passer en apprentissage.
00:45:50Des métiers comme la mécanique.
00:45:55Mécanique, ajusteur, fraiseur, tourneur.
00:45:58Il y avait la menuiserie.
00:46:00Il y avait également...
00:46:03Comment ?
00:46:04La forge.
00:46:07Les premiers au certificat d'études avaient le choix.
00:46:11Quand c'est arrivé à moi, il restait la maçonnerie.
00:46:17Il restait la peinture.
00:46:19Il restait la ferme.
00:46:21Le jardin.
00:46:23Et donc, moi, j'ai choisi mieux des deux, c'est-à-dire le jardin, avec comme option la boulangerie.
00:46:45Je pense que j'aurais peut-être pu faire quelques études supérieures.
00:46:47C'est vrai que j'étais, bon, j'étais dans les très bons élèves.
00:46:52J'ai toujours été dans les cinq premiers de partout, du primaire jusqu'au certificat d'études.
00:47:00Je ne m'ai jamais proposé d'aller au collège ou je ne sais pas.
00:47:07J'étais scotché au vitre, regardant les copains qui travaillaient le bois.
00:47:11Et ça, j'aurais souhaité être là.
00:47:14Et quand j'en parle à M. Némose, le directeur de l'époque, il m'a dit, mais Jean-Louis,
00:47:19c'est hors de question que tu fasses menuiser.
00:47:21Tu as de la chance, tu as de bons résultats.
00:47:23Tu vas au collège.
00:47:25On était privilégiés pour deux raisons.
00:47:27La première, c'est qu'on sortait de l'orphelinat pour aller à la Côte-Saint-André.
00:47:32Quand vous êtes en prison, dès qu'on peut avoir une perme, on sort.
00:47:39C'était un peu cette logique.
00:47:40Sauf que nous, on sortait tous les jours.
00:47:47Deux, on était au collège.
00:47:49On pouvait faire des études.
00:47:51Il faut se souvenir, dans ces années-là, aller au collège, ce n'était pas obligatoire.
00:48:21Tous les étés, les élèves qui étaient ici au foyer départemental étaient placés dans les fermes.
00:48:27Ce n'était pas des vacances, mais c'était effectivement une obligation.
00:48:32Je me souviens qu'un jour, M. Nemoz m'a convoqué dans son bureau en me disant,
00:48:38« Léon, je vais te placer dans une ferme, c'est un ami à moi. »
00:48:42Et un jour, je me suis énervé, j'ai été le retrouver à table et je lui ai dit, «
00:48:47Moi, je suis là, contre mon gré. »
00:48:51Et si vous croyez que ça me fait plaisir à chaque fois de relever du fumier et envie de vomir,
00:48:57je ne veux pas.
00:48:59Et ce jour-là, j'ai vu qu'on me préparait ma valise et sa soeur, elle me dit, «
00:49:04Il ne veut plus de toi. »
00:49:05Et donc, je suis parti à la Côte-Saint-André.
00:49:38Elle se gardait toute seule.
00:49:39Mais moi, j'avais l'occasion d'être dans la nature, de jouer, d'être à côté d'un ruisseau.
00:49:45J'étais très heureux chez ces paysans.
00:49:48Mais ils étaient un peu pingres et ils ne me donnaient aucun argent de poche.
00:49:52Je rappelle qu'à l'orphelinat, dès qu'on est passé en sixième, l'orphelinat nous donnait un franc tous
00:49:59les dimanches.
00:50:00C'est là que j'avais écrit à M. Frallon qui, lui, très compréhensif, m'avait trouvé un travail au
00:50:06refuge du Châtellerais
00:50:07pour ensuite faire le moniteur de colis de vacances.
00:50:31Je n'ai jamais passé un nouvel avec ma mère.
00:51:04Le sport a une grande importance au foyer départemental.
00:51:09Moi, j'aimais bien ça.
00:51:11Première et deuxième année, je suis là avec mon frère.
00:51:16Il y avait Franck Passarotto, il y avait Roja, il y avait le grand Stroparo,
00:51:22Menet, que je connaissais bien.
00:51:24Et moi, je n'ai jamais fait du sport parce que Barbier, quand il hurlait, moi, ça me bloquait.
00:51:31Et la piscine aussi, c'était un bon moment pour nous.
00:51:37Et malheureusement, ça faisait également partie des commissions.
00:51:45Dans chaque cours, il y avait quatre terrains de basket.
00:51:49Et il y avait des bonnes équipes.
00:51:50Ensuite, on avait les fêtes de la jeunesse.
00:51:54Là, on retrouvait les jeunes des autres écoles.
00:51:57Ça nous permettait, je dirais, de changer un peu, changer d'air même,
00:52:01et puis faire des connaissances.
00:52:05Et donc, il y avait chaque fois le défilé,
00:52:10et puis après, la présentation des ballets.
00:52:48Et comme moi, j'étais fort en gym, souvent, je finissais au sommet de la pyramide.
00:53:13Je n'imaginais pas que, jusqu'à l'âge de je ne sais pas combien,
00:53:17je n'imaginais pas qu'il existait autre chose que ce foyer.
00:53:21Quand je suis parti, moi, mon cœur était serré.
00:53:23Je me souviens, je regardais la pendule en me disant,
00:53:26je me souviendrai toujours que je suis parti à cette heure-là.
00:53:31Ils nous mettaient à la porte, comme ça,
00:53:32on arrivait, si vous arrivez, vous avez passé la TAP,
00:53:36allez, monsieur, hop, prenez votre bagage, dégagez.
00:53:39Alors, ils nous donnaient un pantalon, une veste, une chemise, un truc,
00:53:44pas grand-chose.
00:53:45Mais on ne savait pas ce qu'il fallait faire tout l'administratif.
00:53:49On ne sait pas sur quoi on allait tomber.
00:53:52Et quand on est rentré dans le civil, si on peut dire,
00:53:56on était des écorchers vifs.
00:53:58Il ne fallait pas trop...
00:54:06Je suis sorti aussi à 17 ans.
00:54:09J'habitais avec ma mère.
00:54:12Elle, elle était en invalidité.
00:54:14Donc, elle n'avait très peu de revenus.
00:54:17Je ne lui donnais pas de pension alimentaire,
00:54:19mais c'est moi, tous les matins,
00:54:20parce qu'elle ne savait pas gérer son argent,
00:54:23c'est moi, tous les matins, en allant travailler,
00:54:24qui lui laissais l'argent pour aller faire les courses.
00:54:26Je payais ma pension alimentaire comme ça.
00:54:32On ne foutait rien au collège,
00:54:33mais on a dit, bon, tu as fait une connerie.
00:54:37Alors, bon, j'ai dit, l'informatique, c'est un truc qui commence.
00:54:42Peut-être que là-dedans, on arrivera à faire quelque chose.
00:54:46C'est ce qui s'est passé.
00:54:48On s'est retrouvés avec Richard, Chambard, Roger et moi,
00:54:54on s'est retrouvés dans la même boîte.
00:54:57Le fait d'être là-haut, copains comme cochons,
00:55:01il y avait une amicale, on est allés à l'amicale, tous ensemble.
00:55:05C'était le lieu pour retrouver les copains,
00:55:08même si on s'était battus à leur flinac.
00:55:11On retrouvait les anciens.
00:55:14Ça a toujours été comme ça.
00:55:15Et puis, chacun de notre côté,
00:55:17on a tous plus ou moins œuvré dans le social.
00:55:31J'ai eu la chance, une fois que j'ai eu mon bac,
00:55:33d'aller faire sociologie et ensuite d'aller faire science politique
00:55:38et puis un DESS, de gestion de ressources humaines,
00:55:40ce qui m'a permis d'être à la fois apprenti journaliste
00:55:44et à la fois administrateur de collectivité locale.
00:55:53J'ai eu une maison,
00:55:55j'ai eu deux enfants,
00:55:56ils ont eu leur chambre.
00:55:59Et quand ils ont eu leur chambre,
00:56:01ils prenaient leurs affaires
00:56:03et ils venaient faire leurs devoirs
00:56:04sur la table de la salle à manger.
00:56:10Au niveau professionnel,
00:56:12c'est vrai que j'ai fait,
00:56:14j'ai vraiment fait ce que je voulais.
00:56:18Surtout l'apprentissage collier-formeur,
00:56:21j'étais aux anges.
00:56:23A cause de cette ulcère que j'avais,
00:56:26j'étais obligé d'abandonner le métier.
00:56:29Et là, c'est pour ça que j'ai refait une reconversion
00:56:33pour un niveau bac technique.
00:56:36Donc en automatisme à ce moment-là,
00:56:38puisque j'ai été la meilleure entreprise
00:56:39que j'ai eue de toute ma vie.
00:56:42Tout le parc était en électromécanique,
00:56:45je l'ai passé en électronique.
00:56:51La boîte a fermé.
00:56:53J'ai décidé de faire la formation
00:56:58technicien supérieur,
00:56:59c'est-à-dire le niveau supérieur.
00:57:10En fin de carrière, j'étais comptable.
00:57:12Donc j'ai fini par un métier qui me plaisait.
00:57:15Et puis, du coup, je continue un petit peu
00:57:17parce que je suis trésorier de plusieurs associations.
00:57:20Bon, voilà.
00:57:24Je sors de là.
00:57:26Ça, je lève le doigt, je dis,
00:57:27il n'y a plus personne qui me commandera dans ma vie.
00:57:30J'ai acheté.
00:57:31Dix ans après, on fait une maison,
00:57:32on mange dehors, on est bien,
00:57:34on a fait des grillades, des trucs comme ça.
00:57:36Il y a encore le terrain à mettre en place.
00:57:38Et il nous dit, papa, maman, on dirait les vacances.
00:57:42Ça, j'ai eu.
00:57:43Là, j'ai eu la paie de ma vie.
00:57:47Après, il se trouve que je fais du vélo,
00:57:49je fais des compétitions.
00:57:50J'ai un accident de vélo.
00:57:53Je fonde une école de cyclisme.
00:57:55Un an après, je suis président du club.
00:57:57J'ai mon PDG qui voit le journal.
00:58:01Et à 29 ans, je me retrouve
00:58:02avec 50 ouvriers sous mes ordres.
00:58:07Et je ne me disais plus.
00:58:10L'ambition, elle était là.
00:58:11Je lui ai dit, je vais vous faire voir
00:58:12le petit torflingue, ce qu'il va faire.
00:58:15Par contre, il faut être solidaire
00:58:18les uns les autres.
00:58:18Moi, j'ai appris un mot, c'est la solidarité.
00:58:41Le plus important, c'est la dureté du bâtiment,
00:58:44de l'établissement.
00:58:46Je sais que moi, personnellement,
00:58:48je n'aimais pas être là.
00:58:49Comme beaucoup, d'ailleurs.
00:58:50En plus, on avait des conneries aussi.
00:58:53On savait qu'on dérouillait après,
00:58:54mais on en faisait qu'un même.
00:58:56Ce n'était pas des conneries méchantes, méchantes.
00:58:59Ceux qui nous frappaient, eux, c'était méchant.
00:59:03Le père patron, il s'appelait.
00:59:06Avec la règle, c'était 10, 20 coups.
00:59:07Et pas moi.
00:59:10Après, il y avait le père Bonnet,
00:59:11qui m'était des bonnes baffes.
00:59:12Le père Rollet, le père Biston.
00:59:15Lui, il n'en mettait qu'une.
00:59:17Parce que lui, il était costaud.
00:59:21Et un jour, il y a un pion
00:59:22qui voulait savoir
00:59:26qui c'était qui avait fait une bêtise.
00:59:29Personne ne s'est dénoncé.
00:59:30Personne n'a dénoncé.
00:59:31Et il nous a fait faire le tour de la cour
00:59:33à quatre pattes.
00:59:35Nous étions en short.
00:59:36Il faisait chaud.
00:59:37Sur le goudron, ça brûlait les mains, les genoux.
00:59:40On s'est retrouvés une soixantaine à l'infirmerie.
00:59:43Du coup, le pion s'est fait virer.
00:59:47Le pion s'est fait virer.
00:59:50Il est revenu avec un copain visiter
00:59:54pour aller voir l'endroit où il travaillait.
00:59:56Donc, on lui est parti après,
00:59:57là-bas dans la plaine.
00:59:58Et puis, il y en a qui l'ont rattrapé,
00:59:59qui l'ont dérouillé.
01:00:01Moi, je n'ai pas hété jusqu'au bout,
01:00:02mais eux, ils l'ont dérouillé.
01:00:06Mais voilà, un coup de planche.
01:00:07Je ne sais plus ce qu'il se disait.
01:00:13Il fallait faire attention à soi, quand même,
01:00:15parce que ce n'était pas toujours facile.
01:00:18Une fois, on a eu une petite histoire
01:00:20avec un troisième année,
01:00:22ou un deuxième, je ne sais plus.
01:00:25Malgré les deuxièmes et troisième années,
01:00:26ils nous ont tombés dessus.
01:00:27On était cinq ou six collègues.
01:00:29Ils nous ont rattrapés un par un
01:00:31et puis ils nous ont mis une raclée.
01:00:33On a eu une seule chose à faire,
01:00:35c'était se coucher par terre et puis bouger.
01:00:36Je sais qu'ils étaient nombreux,
01:00:38une petite antenne facile.
01:00:39Et après, j'ai fermé les yeux.
01:00:41Voilà.
01:00:43Et puis, il y avait certains
01:00:44qui gardaient les dortoirs le soir,
01:00:45des pions.
01:00:47C'était des deuxièmes, troisième années.
01:00:49Ils abusaient de certains enfants.
01:00:51Et quand ils refusaient,
01:00:52ils nous mettaient une grosse raclée.
01:00:54Ce qui m'arrivait à deux ou trois reprises.
01:00:56Et après, à genoux, sur une règle,
01:00:59les bras en croix,
01:01:00les poids de quinze au bout.
01:01:00Il y avait des trucs comme ça.
01:01:22Proclame l'ouverture
01:01:25des dixièmes Jeux olympiques d'hiver
01:01:30de Grenoble.
01:01:34Déjà, on sentait,
01:01:36on sentait déjà en 67,
01:01:40bouillir une petite,
01:01:41comment dire,
01:01:42une petite insatisfaction.
01:01:44Et ça commençait à s'exprimer
01:01:46par des violences.
01:01:48Des petites bandes
01:01:50qui s'affrontaient.
01:01:54Il y a ce qu'on appelle
01:01:55des fortes têtes.
01:01:57Des fortes têtes,
01:01:58des gens qui sont
01:01:59qui ne peuvent pas être gouvernés
01:02:01entre guillemets
01:02:02par leur famille.
01:02:03Et quand ils se retrouvent
01:02:04en collectivité,
01:02:05c'est la loi du plus fort quand même.
01:02:07Ça existait d'une autre époque.
01:02:09Ils étaient là.
01:02:10Ils ont fait partie
01:02:11des 42 meneurs
01:02:12à un moment donné
01:02:13qui,
01:02:14par encouragement et tout,
01:02:16ils se sont transformés
01:02:17en petits voyous.
01:02:18Ils ont tout cassé.
01:02:19Les vites,
01:02:20les machins.
01:02:22Je pense que
01:02:23les contrôleurs
01:02:24des lois
01:02:25d'action sociale,
01:02:27à quelque chose près,
01:02:28c'est la bonne appellation,
01:02:29ne passaient plus
01:02:30dans les familles.
01:02:30On faisait une demande,
01:02:31tu rentrais là.
01:02:33Ils sont cadrés là-bas,
01:02:34vous allez voir,
01:02:34c'est la côte Saint-André.
01:02:36Peut-être pour remplir
01:02:38un foyer départemental,
01:02:39on a oublié
01:02:40l'essence même
01:02:41de l'idée
01:02:43de Léon Perrier
01:02:45qui crée
01:02:47un orphelinat
01:02:48parce qu'il y a des enfants
01:02:49à abandonner,
01:02:50parce qu'il y a des orphelins
01:02:51de père de mère
01:02:52qui sont à la charge
01:02:53du département,
01:02:54qui sont dans les fermes
01:02:56de loisans
01:02:56qui n'ont pas
01:02:57d'instruction
01:02:57et qui doivent avoir
01:02:59un toit
01:02:59et un moyen
01:03:01d'instruction.
01:03:02C'était une œuvre sociale,
01:03:03le foyer départemental.
01:03:05Un journaliste parisien
01:03:07qui est venu là
01:03:07lors de la révolte
01:03:08et qui a expliqué
01:03:09le déphasage
01:03:11qu'il y avait
01:03:11entre le foyer départemental
01:03:13de 1930
01:03:16et la non-évolution
01:03:17qu'il y a eu
01:03:18jusqu'en 1978.
01:03:20Moi je ne voyais pas
01:03:21évoluer
01:03:22quand ils m'ont dit
01:03:23que si c'était révolté
01:03:24j'ai dit
01:03:24bon ben ça a continué
01:03:25comme avant quoi.
01:03:28C'est-à-dire qu'avant
01:03:30ça marchait
01:03:30système militaire
01:03:32un peu
01:03:33et puis il n'y a pas de raison
01:03:35que ça ne continue pas.
01:03:37C'est tellement pratique.
01:03:42Les enfants étaient traités
01:03:43avec beaucoup moins d'égard
01:03:45qu'on en a maintenant.
01:03:46Et vraiment
01:03:47on leur faisait remarquer
01:03:49qu'ils étaient
01:03:49des enfants
01:03:51et qu'ils n'avaient pas
01:03:52leur mot à dire
01:03:53et qu'un adulte
01:03:54c'était vraiment lui
01:03:55qui commandait
01:03:56et qui décidait
01:03:57etc.
01:03:58Et je sais que c'est
01:03:59un des sujets
01:04:00qui préoccupaient
01:04:01mes parents.
01:04:02C'était des hauteurs
01:04:03de 40 personnes
01:04:04qui n'avaient qu'une douche
01:04:06par semaine.
01:04:07Une douche collective
01:04:08une fois par semaine.
01:04:10Et on changeait
01:04:11d'affaire
01:04:12de corps
01:04:13une fois par semaine.
01:04:15Aussi bien en 1930
01:04:16je pense qu'elle est là aussi
01:04:18ils ne sont pas fous
01:04:18les jeunes.
01:04:19Ils voient bien
01:04:19qu'à côté
01:04:20on prend une douche
01:04:21par jour
01:04:22dans les années 70
01:04:24à l'extérieur
01:04:25de leur flina.
01:04:26Donc le préfet
01:04:27a fait
01:04:29fermer l'établissement.
01:04:30Ils ont tout de suite
01:04:31décidé effectivement
01:04:32de faire des bâtiments
01:04:33en bas
01:04:33un petit peu plus bas
01:04:35et ils ont gardé
01:04:36je crois
01:04:36une soixantaine
01:04:37de deuxième année
01:04:38et de troisième année
01:04:39pour qu'ils passent
01:04:40le CAP.
01:04:44Et moi l'on parlait
01:04:45et puis j'ai regretté
01:04:47de ne pas être là
01:04:48à ce moment-là.
01:04:49J'aurais bien aimé
01:04:50être là pour tout casser
01:04:52pour me défouler
01:04:55parce qu'on avait besoin
01:04:55de se défouler surtout.
01:04:58Parce qu'on était enfermés
01:04:59entre quatre murs
01:05:00toute l'année.
01:05:19Donc après
01:05:21que le foyer
01:05:22ait été abandonné
01:05:23par le conseil général
01:05:24j'étais revenu
01:05:26et j'étais rentré
01:05:27en infraction.
01:05:28Mais j'étais rentré
01:05:29en infraction
01:05:29sans aucun problème
01:05:30tout était cassé.
01:05:31Les portes étaient cassées.
01:05:33Je m'étais promené
01:05:34dans les couloirs
01:05:34j'en étais malade.
01:05:36Les portes de la lingerie
01:05:37en particulier
01:05:38elles étaient arrachées.
01:05:40Les vitres des fenêtres
01:05:41étaient cassées.
01:05:42Dans le couloir
01:05:42il y avait du plâtre
01:05:43qui tombait du plafond.
01:05:45J'étais atterré.
01:05:47En quelques années
01:05:48les ronces
01:05:49ça recouvre tout.
01:05:50C'est fou.
01:05:52Et c'était dans cet état
01:05:53que j'avais reçu ça.
01:05:54C'est pour ça que
01:05:55j'ai eu
01:05:56beaucoup de
01:05:58de plaisir
01:05:59vraiment de plaisir
01:06:01quand j'ai appris
01:06:01que les apprentis de Teuil
01:06:03venaient s'installer ici.
01:06:14Ça fait
01:06:16deux ans et demi
01:06:17trois ans
01:06:17que je suis au foyer
01:06:18mais j'ai fait
01:06:20Guerreau
01:06:20c'est un foyer de petits
01:06:21Carvalier de Projet
01:06:22c'est un foyer de petits
01:06:23et après je suis venu ici.
01:06:25Bien regardé
01:06:25à la petite
01:06:28après ici c'est le
01:06:30Issaou
01:06:31ici c'est la
01:06:32scolarité
01:06:33ici c'est l'Hime
01:06:35c'est la
01:06:36maison des soeurs
01:06:37c'est la scolarité
01:06:38et aussi
01:06:39le foyer
01:06:40qui est
01:06:41et là c'est l'Hime
01:06:43et au dessus
01:06:44c'est la maison des soeurs
01:06:47après ici
01:06:48c'est le graffiti
01:06:50et tout là
01:06:51c'est le coiffureur
01:06:52En 1987
01:06:54le conseil général
01:06:55se pose la question
01:06:56de savoir quoi faire
01:06:57de ce bâtiment
01:06:57parce qu'il était
01:06:58propriétaire de ce bâtiment
01:06:59puis un beau jour
01:07:00c'est bien souvent
01:07:01une question de rencontre
01:07:03M. Carrard
01:07:04qui était un ancien
01:07:05du foyer départemental
01:07:06et aussi un donateur
01:07:08de la fondation
01:07:10des orphelins apprentis
01:07:11d'Auteuil
01:07:12rencontre M. Boyer
01:07:13du sénateur
01:07:14du maire de Gilonnet
01:07:15à qui il parle
01:07:17de la fondation
01:07:18des apprentis d'Auteuil
01:07:19cette fondation
01:07:21qui existait
01:07:21depuis 1866
01:07:22qui avait été
01:07:24créée par Louis Roussel
01:07:25puis développée
01:07:26par le père Brottier
01:07:27avait déjà
01:07:28une vingtaine de maisons
01:07:29à travers la France
01:07:30En 2008
01:07:32donc quelques années plus tard
01:07:33la fondation d'Auteuil
01:07:34ouvre son activité
01:07:36dans ce bâtiment
01:07:37Les directeurs
01:07:39des établissements
01:07:40d'Auteuil
01:07:40étaient d'anciens jeunes
01:07:41qui progressaient
01:07:42au sein de la fondation
01:07:43et prenaient
01:07:44la direction des maisons
01:07:45Donc M. Guéraud
01:07:46qui avait vécu
01:07:47la collectivité
01:07:48ne souhaitait pas
01:07:49que les jeunes
01:07:51aient les mêmes conditions
01:07:52d'accueil qu'autrefois
01:07:53C'est une chambre
01:07:55individuelle
01:07:56On a deux
01:07:58on a une luzanine
01:07:59un bureau
01:08:00un lit
01:08:01un placard
01:08:02On a 200 chambres
01:08:03individuelles
01:08:04avec douche et toilette
01:08:06ce qui était déjà
01:08:07pour les années 80
01:08:08très novateur
01:08:10Donc je suis arrivé ici
01:08:11en septembre 2011
01:08:12et pour diriger
01:08:14donc la maison d'enfants
01:08:15à caractère social
01:08:16et de prendre
01:08:17la coordination
01:08:17de ce site
01:08:18où il y a
01:08:19un lycée professionnel
01:08:20qui forme au métier
01:08:21de la mécanique
01:08:22des bâtiments
01:08:23de collectivité
01:08:24et une école de production
01:08:25qui forme donc
01:08:26au métier
01:08:26de la restauration
01:08:28collective
01:08:34Il y a aussi
01:08:35donc une résidence
01:08:37habitat jeune
01:08:37qui accueille
01:08:3880 jeunes
01:08:39étudiants
01:08:40ou professionnels
01:08:41Il y a un service
01:08:42d'accueil et d'orientation
01:08:43de mineurs étrangers
01:08:44isolés
01:08:44donc de 120 jeunes
01:08:50On a une capacité
01:08:51d'accueil
01:08:52de 0 à 25 ans
01:08:53qu'on est habilité
01:08:54par le président
01:08:55du conseil
01:08:57départemental
01:08:58À un moment donné
01:08:59il faut pouvoir
01:09:00se poser à un endroit
01:09:00pour retrouver
01:09:02confiance en soi
01:09:04On ne peut pas
01:09:06comparer
01:09:07ce qui se passait
01:09:08il y a 40 ans
01:09:09à ce qui se passe
01:09:10aujourd'hui
01:09:39Bonjour à tous
01:09:40à travers un règlement
01:09:43d'une institution
01:09:44C'est-à-dire que l'enfant
01:09:46n'avait pas droit au chapitre
01:09:47pour faire simple
01:09:55Aujourd'hui
01:09:56dans les institutions
01:09:56telles que les nôtres
01:09:57le jeune a la possibilité
01:09:58de participer
01:09:59à la vie de l'établissement
01:10:00et à agir
01:10:02même sur le règlement
01:10:04intérieur de l'établissement
01:10:04parce qu'il considère
01:10:06ou on considère
01:10:07qu'il n'est pas adapté
01:10:08à la situation du moment
01:10:17Et je pense
01:10:18qu'il y a beaucoup plus
01:10:19de temps passé
01:10:20avec le jeune
01:10:21Donc l'éducateur
01:10:25il doit être force
01:10:26de proposition
01:10:26il doit être source
01:10:27de proposition
01:10:27C'est vraiment
01:10:28le moteur de l'éducation
01:10:29Il doit être en permanence
01:10:31dans la créativité
01:10:32C'est un artiste
01:10:32un éducateur
01:10:33C'est quelqu'un
01:10:33qui va créer
01:10:34à tout moment
01:10:35une relation avec le jeune
01:10:36Ce qui fait la force
01:10:37de notre métier
01:10:37c'est de faire avec
01:10:39être avec
01:10:39On sème
01:10:41mais on ne sait pas
01:10:42qu'on récoltera
01:10:43les fruits
01:10:43de cette semence
01:10:48De cet endroit
01:10:49qui peut être considéré
01:10:50comme un lieu de souffrance
01:10:50on en a fait
01:10:51un lieu plutôt
01:10:52d'épanouissement
01:10:53et de se dire
01:10:54qu'en sortant d'ici
01:10:55un avenir est possible
01:10:58Et donc
01:10:59on va tout mettre en oeuvre
01:11:01pour que le regard change
01:11:02de l'extérieur
01:11:03sur nos jeunes
01:11:04Et pour ça
01:11:05il faut ouvrir
01:11:06l'établissement
01:11:06sur l'extérieur
01:11:07et permettre aux gens
01:11:08de venir
01:11:08voir ce qui se vit
01:11:09D'où les événementiels
01:11:11D'où notre participation
01:11:13à la vie de la commune
01:11:15la vie de la cité
01:11:19Dans le travail social
01:11:21on nous éloigne
01:11:22de notre public
01:11:23par les obligations
01:11:25de réunion
01:11:26par les obligations
01:11:27de remplir des dossiers
01:11:30des choses
01:11:30et j'aimerais
01:11:31et j'aimerais
01:11:31qu'il y ait cette vision
01:11:34plus partagée
01:11:35de ce qui permet
01:11:36à quelqu'un
01:11:36de se construire
01:11:37qu'on soit un peu plus
01:11:39dans la pratique
01:11:40dans le relationnel
01:11:41dans la proximité
01:11:43donc il y a des méthodes
01:11:44qui ont fait leur preuve
01:11:45je pense qu'on a
01:11:47technocratisé
01:11:48le travail de l'éducation
01:11:49spécialisée
01:11:49au détriment
01:11:51d'un quotidien
01:11:52partagé
01:11:53un peu comme
01:11:53dans une famille
01:11:55Aujourd'hui
01:11:56il est très difficile
01:11:57de donner de l'affection
01:11:57à un enfant
01:11:58on a perdu un peu
01:11:59de la spontanéité
01:12:00du bon sens
01:12:02qui fait l'éducation
01:12:09Quand je suis arrivé
01:12:10en 2011
01:12:12un jour
01:12:13j'ai vu qu'il y avait
01:12:14un attroupement
01:12:14qui se trouvait
01:12:15sous une plaque commémorative
01:12:16et ça m'a choqué
01:12:17de voir que les gens
01:12:18étaient à l'extérieur
01:12:18de l'établissement
01:12:20pour fêter
01:12:21pour rendre hommage
01:12:22commémorer
01:12:23ces anciens
01:12:24qui ont donné leur vie
01:12:26pour défendre la France
01:12:27ça m'a un peu choqué
01:12:28donc j'ai fait rapatrier
01:12:30la plaque
01:12:30on va dire
01:12:31j'ai fait déplacer
01:12:32la plaque
01:12:32dans l'établissement
01:12:34et c'est à ce moment-là
01:12:35qu'il y a une
01:12:35j'ai rencontré
01:12:36M. Poletto
01:12:37j'ai rencontré
01:12:38M. Finan
01:12:39j'ai rencontré
01:12:40les équipes
01:12:41et on s'est retrouvés
01:12:42avec des valeurs communes
01:12:43qui est celle
01:12:44de la transmission
01:12:45de l'éducation
01:12:46et une vision
01:12:47de l'importance
01:12:48de transmettre
01:12:49l'histoire
01:12:50et le vécu
01:12:50et donc
01:12:51vraiment
01:12:52c'est très important
01:12:53que les gens
01:12:53puissent revenir
01:12:55sur les lieux
01:12:55de leur enfance
01:12:56on y laisse
01:12:57quelque chose
01:13:15il y a des moments
01:13:16où tu fais
01:13:17ce que j'appelle
01:13:18moi résilience
01:13:19comme quand tu es
01:13:20sorti de là
01:13:20que tu reviens
01:13:2115 ans après
01:13:21tu n'as pas tout oublié
01:13:23mais tu as accepté
01:13:24le fardeau
01:13:25d'être orphelin
01:13:26etc.
01:13:27de rentrer dans cette boutique
01:13:30je suis un ancien élève
01:13:34du foyer départemental
01:13:35à Côte-Saint-Bretard
01:13:36et je voudrais
01:13:37récupérer mon dossier
01:13:38je suis Roger Paule
01:13:40d'accord
01:13:41donc je vais vous donner
01:13:42une petite vestiaire
01:13:43monsieur
01:13:45je vais vous expliquer
01:14:11ce qu'on a beaucoup
01:14:13le certificat de baptême
01:14:14cette petite fiche
01:14:16d'immatriculation
01:14:17le carnet scolaire
01:14:19et le carnet de santé
01:14:19et le carnet individuel
01:14:20de santé
01:14:21voilà
01:14:21et on n'a pas forcément
01:14:23ce rapport
01:14:24ça c'est la lettre d'admission
01:14:26je vous la fais voir
01:14:27parce que c'est
01:14:28et s'il y a vraiment
01:14:29des orphelins
01:14:30qui découvrent
01:14:31pourquoi ils sont
01:14:32entrés à la Côte
01:14:32ça leur fait
01:14:33même à 90 ans
01:14:35ça leur fait un bien fou
01:14:36parce qu'il y a la raison
01:14:37bien sûr
01:14:37bien sûr
01:14:38un clin d'oeil
01:14:39qui est vraiment merveilleux
01:14:40je me rappelais
01:14:41ce qui était
01:14:42au niveau scolaire
01:14:43et je retrouvais ici
01:14:45effectivement
01:14:47très bon en rédaction
01:14:48merci monsieur
01:14:49monsieur Bérard
01:14:50bien sûr
01:14:51il m'a donné confiance
01:14:52à ce truc là
01:14:53je le trouve ici
01:14:54sinon je ne l'aurais jamais su
01:14:56d'où
01:14:56les archives départementales
01:14:58ils peuvent aider encore
01:14:59des personnes
01:14:59bien sûr
01:15:00j'espère
01:15:01qu'on aura d'autres consultations
01:15:03mais il n'y a pas de raison
01:15:16et là
01:15:16j'ai le
01:15:18numéro 1
01:15:19c'est collector
01:15:21ah oui celui-là
01:15:23c'est pas intéressant
01:15:25d'avoir un livre
01:15:26d'écrire
01:15:27quand vous touchez
01:15:28quelque chose
01:15:28et que vous voyez
01:15:29les anciennes photos
01:15:39aujourd'hui
01:15:40écrire
01:15:40transmettre
01:15:41c'est
01:15:42chercher des histoires
01:15:43un peu particulières
01:15:44de
01:15:46de
01:15:46de nos anciens
01:15:47ont envie de prendre
01:15:48aussi sur les anciens
01:15:49bouquins
01:15:49ce que les autres
01:15:50ont raconté
01:15:51et ont vécu
01:15:52avant nous
01:15:57en 1992
01:15:59j'ai
01:16:00prouvé le besoin
01:16:01de
01:16:01de raconter
01:16:03ma jeunesse
01:16:05dans l'orphelinat
01:16:07de la Côte-à-Torret
01:16:10tout au long
01:16:11de cette
01:16:11maudite
01:16:12route d'exil
01:16:14quelles étaient
01:16:15les pensées
01:16:15de l'oncle Paul
01:16:16que je voyais
01:16:17de dos
01:16:17le chapeau
01:16:19de feutre
01:16:20marron
01:16:20des grands jours
01:16:21cachant
01:16:23une cavici
01:16:23déjà avancée
01:16:25connut-il
01:16:26le remords
01:16:27se sentit-il
01:16:29coupable
01:16:30plus tard
01:16:31n'en avant
01:16:32jamais parlé
01:16:32par pudeur
01:16:34même dans les meilleurs moments
01:16:35de franche sincérité
01:16:37il fallait oublier
01:16:39comme il avait oublié
01:16:41les dures années
01:16:41de ces 20 ans
01:16:43passés dans les tranchées
01:16:44de la grande guerre
01:16:45subitement
01:16:47nous devions
01:16:48passer
01:16:48de notre petite maison
01:16:49familiale
01:16:50si chaude
01:16:51et si ensoleillée
01:16:52au grand ensemble
01:16:54si froid
01:16:54et si sombre
01:16:56pour l'avenir
01:16:57qu'il nous proposait
01:16:58en fait
01:17:00nous ne savions
01:17:01de la pension
01:17:03que ce que l'on avait
01:17:04bien voulu nous dire
01:17:06la famille
01:17:07que du bien
01:17:08les copains d'école
01:17:09que du mal
01:17:11comment on sait
01:17:12ce qui s'est passé
01:17:12des centaines d'années
01:17:14en arrière
01:17:14s'il n'y avait pas
01:17:15des écrits
01:17:15on ne le saurait pas
01:17:18je suis tombé
01:17:18sur Marguerite Duras
01:17:21écrire
01:17:21c'est hurler
01:17:22en silence
01:17:23ça a été ça
01:17:24parce que
01:17:24j'ai passé des nuits
01:17:25et des nuits blanches
01:17:26et à pleurer
01:17:26pour certains trucs
01:17:27et c'est ce qui m'a donné
01:17:29de la peste
01:17:29parce que c'est vrai
01:17:30que quand je suis sorti
01:17:31avec mon livre
01:17:32de l'imprimeur
01:17:35je ne sais pas
01:17:35si j'avais
01:17:36comme je dis
01:17:36à la peste du lit
01:17:37j'aurais eu un lingot d'or
01:17:38ça n'aurait pas le même fait
01:17:40ce n'est pas la Bible
01:17:41que j'ai écrit
01:17:41mais enfin
01:17:42c'est la tienne
01:17:43c'est ta vérité
01:17:44c'est ta vérité
01:17:45oui c'est pas de ta fin à ça
01:17:53mais aujourd'hui
01:17:54il y a le casse-croûte
01:17:55c'est vrai
01:17:56mais il y a aussi
01:17:58écrivons
01:17:59pour nos descendants
01:18:00ce qui s'est passé
01:18:15le foyer
01:18:17il n'y avait pas d'empathie
01:18:20c'était dur
01:18:24personne pour vous consoler
01:18:26il n'y avait pas d'amour
01:18:27c'était rigide
01:18:30par contre
01:18:31je suis reconnaissant
01:18:32ce qui était scolaire
01:18:36uniquement scolaire
01:18:38là oui
01:18:38ça nous a obligé
01:18:40à travailler
01:18:42à apprendre
01:18:43à aller à l'école
01:18:46à sortir avec quelque chose
01:18:50et je pensais aussi
01:18:51qu'il y avait certaines personnes
01:18:52sans les nommer
01:18:54qui n'auraient pas dû être au foyer
01:18:56ils n'avaient pas les qualités
01:18:57pour être dans ces établissements
01:19:04il y a des gens qui se trompent de métier
01:19:06il faut qu'ils s'en aperçoivent
01:19:11moi si je me suis retrouvé
01:19:12dans un internat
01:19:14les 20 dernières années
01:19:16d'instit
01:19:18ce n'est pas par hasard
01:19:20je n'ai jamais
01:19:25utilisé
01:19:25les mêmes méthodes disciplinaires
01:19:27que j'ai subies ici
01:19:32ici
01:19:32on était peut-être
01:19:33un peu obligé
01:19:37je pense que
01:19:38j'y vois un bilan positif
01:19:40le foyer
01:19:42on était hébergé
01:19:44on était nourri
01:19:47on était instruit
01:19:50et
01:19:51je connaissais
01:19:53des enfants
01:19:54qui n'avaient pas tout ça
01:19:55qui avaient peut-être des parents
01:19:57mais qui n'avaient pas tout ça
01:20:01notre vie au foyer
01:20:02nous a appris
01:20:06d'être bien avec tout le monde
01:20:10essayer de rendre service à tout le monde
01:20:12de ne pas faire
01:20:15de mauvais
01:20:16de mauvais choix
01:20:22mais c'est sûr que cette vie
01:20:24bon
01:20:26ça a été
01:20:27moi ça a été 15 ans de ma vie
01:20:32je n'ai pas
01:20:34viré
01:20:35comme un
01:20:36je ne sais pas quoi
01:20:37un voyou
01:20:38ou je ne sais quoi
01:20:39et puis
01:20:40bon
01:20:40je suis sorti avec la
01:20:42la volonté de
01:20:46de faire comme j'ai toujours fait
01:20:47c'est-à-dire de me débrouiller
01:20:51ce n'est pas un système débrouille
01:20:52c'est un système
01:20:53pour y arriver
01:20:55il n'y a qu'une chose
01:20:56c'est qu'il faut bosser
01:20:57quoi
01:20:57il faut travailler
01:20:59et j'ai bossé
01:21:01j'ai travaillé
01:21:04moi il ne faut pas que je reste inactif
01:21:06quand il y a quelque chose qui ne va pas
01:21:08je vais vers ce que j'aime le plus
01:21:10je travaille dessus
01:21:12et ça ressource
01:21:14puis il faut vous connaître
01:21:15que quand j'ai rencontré mon épouse
01:21:17j'ai trouvé
01:21:18une nouvelle famille
01:21:22parce que
01:21:23pour ma belle-mère
01:21:24je n'étais pas son Jean
01:21:25j'étais son fils
01:21:26et pour mes beaux-frères
01:21:28je n'étais pas
01:21:30les beaux-frères
01:21:31mais
01:21:31je suis
01:21:32je suis le frère
01:21:35le bon côté de la vie
01:21:36qui est revenu
01:21:41tu sors
01:21:42avec un
01:21:42un sac à dos
01:21:44il y en a deux ou trois
01:21:45comme ça
01:21:46ils m'ont dit
01:21:46moi j'ai quitté
01:21:48j'ai enlevé
01:21:49tous les souvenirs
01:22:00on a ensemble
01:22:0124 heures sur 24
01:22:03365 jours dans l'année
01:22:05ça marque quand même
01:22:06on se parle l'un à l'autre
01:22:09on est branché
01:22:10il y a
01:22:12combien ?
01:22:1380 ans ?
01:22:1481 ans ?
01:22:21t'oubliez
01:22:22Roger Roger
01:22:23c'est beau l'amour
01:22:26la midi
01:22:27comme ça
01:22:552
01:22:563
01:22:562
01:22:572
01:22:571
01:22:582
01:23:153
01:23:165
01:23:165
01:23:166
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