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  • il y a 2 heures
Depuis 1970, une nouvelle loi sur les drogues est votée en moyenne tous les six mois en France. Pourtant, la politique de prohibition du cannabis semble être dans l'impasse. Le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée, avec 900 000 usagers quotidiens selon l'OFDT. Alors que l'Allemagne ou le Luxembourg ont franchi le pas de la légalisation, le débat continue de cristalliser l'opinion française. La prohibition fonctionne-t-elle ? Les enjeux de santé publique sont-ils suffisamment pris en compte ? Le débat sur la politique des drogues est-il prisonnier des postures politiques ?Pour en débattre, Ali Baddou reçoit le docteur Nicolas Prisse, président de la MILDECA, Marie Jauffret-Roustide, sociologue et politiste spécialiste de la politique des drogues, et Yann Bisiou, professeur de droit privé et de sciences criminelles à l'université de Montpellier.

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00:00:01Paris martyrisée, mais Paris libérée.
00:00:06Je suis un leader.
00:00:08Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement.
00:00:11Vous n'avez pas, Monsieur Mitterrand, le monopole du cœur.
00:00:14Qui sème la misère récolte la colère, c'est ce qu'ils ont aujourd'hui.
00:00:16La justice française ne sera plus une justice qui tue.
00:00:26How dare you ?
00:00:28Un moment, moi je dis, c'est faire l'autruche et être aveugle.
00:00:33On a un problème, non, on reste sur nos positions, on reste campés dessus.
00:00:37On n'égalise pas, on va taper sur le consommateur, on va taper sur les trafiquants.
00:00:41D'accord, ok, oui, ça va, ok, d'accord.
00:00:43Est-ce que ça a changé quelque chose ? Non.
00:00:45Est-ce que ça a enrayé le problème ? Non.
00:00:46Est-ce que ça a diminué le problème ? Non, ça augmente.
00:00:48Est-ce que les assassinats ont baissé ? Pas du tout.
00:00:52Donc, à un moment, je pense que des solutions ont été tentées.
00:00:56Ça n'a pas marché, ça ne fonctionne pas.
00:00:59Et à tous les niveaux.
00:01:00Moi, je suis contre le fait de baisser les bras.
00:01:01Je suis contre le fait de dire, on a perdu, non, on n'a pas perdu.
00:01:04C'est pourquoi on n'a pas perdu ?
00:01:05Parce qu'on sait, on n'a pas tout essayé.
00:01:07Comme toujours dans ce débat, on tourne en rond.
00:01:10Personne n'a tort, mais personne n'a raison non plus.
00:01:13Bonsoir à tous et à toutes et bienvenue dans Débat Doc.
00:01:17Débat Doc ce soir autour d'un film enquête, Cannabis, le paradoxe français signé par Ali Watani.
00:01:23Alors que la loi française est l'une des plus répressives d'Europe, plus d'un Français adulte sur deux
00:01:29a déjà consommé du cannabis.
00:01:30Alors la question de la dépénalisation, celle de la légalisation reviennent régulièrement, vous le savez, dans le débat public depuis
00:01:37au moins 25 ans.
00:01:39Et pourtant, on a l'impression que le sujet paralyse souvent.
00:01:43Légalisation du cannabis, un débat impossible.
00:01:45On va essayer de prouver que non.
00:01:48On en parle avec nos invités juste après le documentaire.
00:01:52Nicolas Priss, médecin de santé publique, président de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives,
00:02:00la Mildeka.
00:02:00Marie-Joffray Roustide, vous êtes sociologue et politiste, directrice de recherche à l'Inserm et spécialiste de la politique des
00:02:08drogues.
00:02:08Et Yann Biziou, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l'université Paul-Valéry de Montpellier, spécialiste
00:02:16du droit des stupéfiants et de la lutte contre les drogues.
00:02:20Débat Doc, c'est parti.
00:02:35Un banc isolé à l'abri des regards.
00:02:40Un banc isolé à l'abri des regards.
00:02:42Un banc isolé à l'abri des regards.
00:02:46Un pote, du cannabis, des feuilles à rouler et voilà.
00:02:49Et ouais, je connais.
00:02:53Ça se détend avant que j'y allais.
00:02:56Rouler des joints, ça on savait le faire.
00:02:59Avec le temps, on peut même dire qu'on était devenus des artistes.
00:03:04Il y a 20 ans, j'étais assis là comme eux.
00:03:07Je compte pas les heures, les jours qu'on a passé à s'enfumer, à refaire le monde, à tromper
00:03:11l'ennui, à cramer notre adolescence.
00:03:14J'avais fumé peu.
00:03:16Est-ce que ça a détruit nos vies ? Je crois pas.
00:03:19Vas-y, vas-y.
00:03:21Elle est dans le bon mood.
00:03:22Est-ce que ça nous a aidé à devenir ambassadeur aux cosmonautes ?
00:03:25Je crois pas non plus.
00:03:32Dans nos familles, au lycée, personne ne nous en parlait jamais.
00:03:36On savait même pas ce qu'on fumait.
00:03:38Et à part nous envoyer les flics quand l'Etat prétendait s'adresser à nous, ça donnait ça.
00:03:42Au début, tu commences, tu fumes un joint par mois.
00:03:45Après, tu fumes un joint par semaine ou un joint par jour et après tu sors plus.
00:03:49Isolement, repli sur soi, perte de motivation, le cannabis est une réalité.
00:03:55À la télé, on voyait notre président de la République qui s'envoyait des grandes bières à chaque occasion.
00:04:00D'ailleurs, quand je vais au restaurant, on me demande même pas ce que je veux boire.
00:04:04On m'amène tout de suite une bouteille de bière.
00:04:05On comprenait pas pourquoi.
00:04:07Eux, hippies, collent avec fierté et nous, on doit se cacher comme des voleurs.
00:04:12Passage par le stand des Dom-Tom, un petit verre de rhum et le voilà reparti.
00:04:20À l'époque, il y avait une bande de hippies qui militaient déjà pour la légalisation.
00:04:26Le hache de guerre est déterré.
00:04:28Sur l'herbe du parc de la Villette, les accros du joint porte-bonheur n'ont jamais été aussi heureux.
00:04:34Pour ces consommateurs de stupéfiants, le cannabis, c'est pas plus dangereux que l'alcool ou le tabac.
00:04:40Je préfère fumer entre potes. Avec tes potes, tu fumes un joint.
00:04:42C'est plus sympa que tu aies un coup de rouge ou quoi.
00:04:45Je trouve ça carrément plus cool.
00:04:46Tu mets un peu de zik, un petit pet.
00:04:49Voilà, t'es entre potes et c'est tous ensemble.
00:04:55Vingt ans après, partout dans le monde, on légalise le cannabis.
00:05:00Chez nous, c'est encore tabou.
00:05:02Pourtant, on est parmi les plus gros consommateurs et le trafic explose.
00:05:07C'est un genre de paradoxe.
00:05:09Et pour essayer de le comprendre, j'ai décidé de prendre la route.
00:05:12Quand on parle cannabis, on pense à l'autre côté du périphérique et aux dealers des cités HLM.
00:05:17C'est sûr, ça existe.
00:05:19Mais enquêter sur le cannabis, ça vous conduit aussi chez les agriculteurs de la France profonde.
00:05:24Ou dans des laboratoires high tech sur un campus universitaire.
00:05:28Je suis même allé à New York. Là-bas, c'est légal.
00:05:31Et le gouvernement a donné des licences pour vendre du cannabis, en priorité à des anciens condamnés pour trafic de
00:05:37stupéfiants.
00:05:37Un autre genre de paradoxe.
00:05:43Pour commencer mon périple, je suis allé voir le doyen des militants, Jean-Pierre Galland.
00:05:50Il a lutté pendant près de 40 ans pour la légalisation.
00:05:59Jean-Pierre, son problème à lui, c'était l'article L630, qui punit jusqu'à 5 ans de prison le
00:06:05fait de présenter le cannabis sous un jour favorable.
00:06:09La France est le seul pays à avoir cette législation.
00:06:12Donc il devrait y avoir pas mal de documents...
00:06:15Ça, c'est des années de...
00:06:16C'est des années, oui, de militantisme.
00:06:19Ça, par exemple, tout ça, je n'en ai presque plus parce que...
00:06:22Le cannabis, c'est bon, abrocation de l'article L630.
00:06:27C'était quoi ? C'était quoi ?
00:06:29En France, il est interdit de dire le cannabis, c'est bon.
00:06:32La représentation sous un jour favorable.
00:06:34Sous un jour favorable, incitation à l'usage et provocation à l'usage.
00:06:39Je suis passé le tribunal 7-8 fois, je crois.
00:06:417-8 fois.
00:06:42Oui.
00:06:43La première, c'était en 1995.
00:06:458 fois, c'était des L630 ?
00:06:47L630 à chaque fois, oui.
00:06:49Quand on venait chez moi, par exemple, j'avais toujours un peu de bœufs ou tout ça.
00:06:54Ils ne prenaient pas, ils m'ont jamais accusé d'usage, par exemple.
00:06:59Ils se contentaient du L630.
00:07:01Et 8 fois, c'est de la récidive, ça ?
00:07:03C'est de la récidive, mais je ne suis pas le seul.
00:07:05Jean-Pierre a fondé le centre d'information et de recherche canabique, le CIRC.
00:07:11Quand on a ouvert le CIRC en 1991, on était tous persuadés que le cannabis, en l'an 2000, serait
00:07:18au moins dépénalisé et peut-être légalisé.
00:07:22En l'an 2000, c'était l'objectif ?
00:07:23C'est l'objectif, oui.
00:07:25Avec le cannabis, son seul problème, c'est un problème culturel.
00:07:27Mais aujourd'hui, je le répète, il est intégré dans nos mœurs.
00:07:30Donc, légalisons-le, arrêtons.
00:07:31Les politiques, tout ça, ils ne connaissaient vraiment pas le sujet.
00:07:35Nous les connaissons, on leur apportait des renseignements utiles.
00:07:39Souvent, des journalistes nous téléphonaient pour qu'on les renseigne sur le statut du cannabis, l'autoproduction, etc.
00:07:46Donc, on a fait des émissions.
00:07:48Vous étiez un lobby.
00:07:51Oui, on pourrait dire qu'on était un lobby.
00:07:56Leur truc, c'était les actions coup de poing.
00:08:00Comme l'opération chanvre aux députés.
00:08:04Des enveloppes suspectes circulaient cet après-midi à l'Assemblée.
00:08:08À l'intérieur, un livret et un drôle de petit cylindre fourrés au cannabis.
00:08:12Un envoi diversement apprécié.
00:08:14C'est en 1997.
00:08:16Donc, chaque député a eu un genre.
00:08:17Chaque député a eu un genre.
00:08:18Il avait quand même bien corsé pour Christine Boutin.
00:08:20C'est une provocation à la consommation.
00:08:22Et moi, personnellement, je vais traduire cette association devant la 13e chambre correctionnelle de Paris.
00:08:28Surprise ou hostilité, le débat sur la dépénalisation du cannabis prenait le pas dans les couloirs.
00:08:33Fais gaffe parce que tu fumes, toi.
00:08:35On a bien sûr été vilipendiers.
00:08:40Il y en a qui se sont offusqués, d'autres qui ont plutôt rigolé.
00:08:43Et en fait, il y a 11 députés qui ont porté plainte.
00:08:47Tous RPR et UDF, je ne sais plus ce que c'était à l'époque,
00:08:50emmenés par Christine Boutin.
00:08:52Et condamnés.
00:08:53Et condamnés, oui.
00:08:55Jean-Pierre a aussi été poursuivi à cause du logo du cirque, un clown.
00:09:03Et le clown, là, il a l'air de se moquer de nous ?
00:09:06Il sourit, il est content.
00:09:08Pourquoi il est content ?
00:09:08Parce qu'il a fumé du cannabis et que le cannabis fait rire.
00:09:12Il est renoncé, le clown, là.
00:09:13Oui, un peu défoncé, oui.
00:09:15C'est un peu provocateur, c'est vrai.
00:09:16Et nous, on est quand même plus proche des libertaires
00:09:18que des socialistes à la mort molleux.
00:09:22Enfin, excuse-moi de l'expression, mais des gens qui sont tièdes.
00:09:25Je ne sais pas, le cannabis se marie bien avec un caractère effronté, un peu tout ça.
00:09:30Parce que quand on a fait le cirque, c'était quand même en 1992 ou en 1991, ça a beaucoup
00:09:37évolué.
00:09:37Oui, bien sûr.
00:09:38Plein de gens fument, ils n'osent plus nous attaquer pour rien.
00:09:42Enfin bon, voilà.
00:09:44Donc, on essaie d'en profiter.
00:09:46Mais au lieu que ça avance dans le temps, avec nos arguments,
00:09:50parce que nos arguments sont justes et correctes par rapport à la pénalisation,
00:09:56on n'a pas avancé pour autant.
00:09:58On a même reculé, je dirais.
00:10:00C'est bizarre.
00:10:02C'est vrai, c'est bizarre.
00:10:04Pour comprendre cette politique de répression qui a sévi contre Jean-Pierre et ses camarades,
00:10:09je suis allé voir Zoé Dubus.
00:10:11Elle est historienne spécialiste des politiques publiques en matière de stupéfiants.
00:10:16À partir de 1968 et de mai 68 en particulier,
00:10:19la jeunesse française va se rebeller de la même manière que la jeunesse américaine
00:10:23se rebelle au même moment aux États-Unis.
00:10:25Et ça, ça va faire très peur à la classe politique française dans son ensemble,
00:10:29avec des discours à l'Assemblée nationale pour réclamer le vote d'une nouvelle loi.
00:10:34On a le député Mazot qui dit ça vraiment à l'Assemblée.
00:10:37Cette drogue, employée facilement parce qu'elle se fume,
00:10:41est un poison qui crée des phénomènes délirants d'une violence extraordinaire,
00:10:45des hallucinations visuelles ou auditives entraînant des troubles mentaux
00:10:48qui nécessitent bien trop souvent l'internement.
00:10:52La loi de 1970, elle vient deux ans après mai 68,
00:10:56est l'une des plus restrictives d'Europe qui va être mise en place à ce moment-là.
00:11:02Le 31 décembre 1970, le Parlement vote la loi contre la toxicomanie et la répression du trafic
00:11:09et de l'usage illicite des substances vénéneuses.
00:11:12Elle punit le trafic de cannabis d'une peine pouvant aller jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.
00:11:18La répression, ça fait donc plus de 50 ans que ça dure.
00:11:22Et elle s'est même durcie ces dernières années avec la multiplication des opérations coup de poing de la police.
00:11:27Nous nous attaquerons à tous les réseaux de la base jusqu'au sommet.
00:11:31Nous nous attaquerons à chaque point de deal, un à un.
00:11:35Je veux ici rendre hommage aux forces de l'ordre qui se battent au quotidien
00:11:40et accomplissent un travail absolument exceptionnel.
00:11:45La répression, la guerre à la drogue, c'est convaincant à l'Assemblée nationale.
00:11:51Mais sur le terrain, est-ce que ça marche ?
00:11:55À Soissons dans l'Aisne, j'ai suivi le lieutenant Vivé et ses collègues.
00:12:00Ce matin, l'objectif, c'est d'attraper le dealer d'un quartier sensible de la ville.
00:12:06Tous les effectifs du secteur sont sur le coup.
00:12:12Aujourd'hui, on est sur une opération de harcèlement de point de deal sur le secteur de près.
00:12:16C'est un secteur sur lequel on travaille très régulièrement
00:12:19parce que c'est notre plus gros secteur en termes de présence.
00:12:26On a plusieurs équipages qui sont positionnés tout autour de la cité.
00:12:32Le premier objectif qu'on a, c'est de pouvoir interpeller des consommateurs,
00:12:36de pouvoir les auditionner et de recueillir des éléments.
00:12:40Parallèlement, on a des collègues qui sont en surveillance sur un point choisi du secteur
00:12:46et qui peuvent nous renseigner un petit peu sur l'arrivée de ces derniers
00:12:49et puis pour remettre en place notre opération d'interpellation.
00:12:53Voilà.
00:13:02Les policiers reçoivent en direct les photos prises par les caméras de surveillance de la ville.
00:13:08Là, les tours se resserrent. Donc, apparemment, là, on a le vendeur qui vient d'arriver sur le point.
00:13:13Et on a des acheteurs qui commencent à prendre contact. Donc là, on va voir un petit peu comment ça
00:13:17se passe.
00:13:21On a des collègues qui viennent de localiser un des acheteurs.
00:13:26Hypothétique acheteur, on va vérifier s'il est en possession ou pas de produits stupéfiants
00:13:29et qu'on va se rapprocher des collègues.
00:13:31Sur la ville de Paris, on va te taper.
00:13:40On s'arrête, monsieur ?
00:13:53La tolérance zéro et les formules chocs, c'est bien.
00:13:57Mais pour les policiers, c'est beaucoup de temps et beaucoup de travail.
00:14:06Non, mais j'ai pas fait de transac. Je suis allé, je l'ai vu.
00:14:10Il m'a dit de repasser.
00:14:12Vous l'avez pas ?
00:14:13C'est ça ?
00:14:14Je vous ai dit que tu m'as dit de repasser.
00:14:16Oui.
00:14:19Évidemment, personne n'a jamais rien. Alors on fait venir le chien.
00:14:28Client après client, les policiers embarquent à tour de bras.
00:14:33En tout, une demi-douzaine de gars vont être amenés au poste.
00:14:45Celui-là a été vu en train de se ravitailler à la cité.
00:14:50Sortez du véhicule, s'il vous plaît, monsieur.
00:14:51Mais évidemment, lui non plus, il n'a rien fait.
00:14:54Parce qu'il n'y a rien, vous allez emmerder les gens jusqu'au bout.
00:14:57Il n'y a rien dans sa voiture, mais les policiers sortent un test salivaire.
00:15:02Opiacé et cocaïne, c'est positif.
00:15:04C'est pas possible.
00:15:05C'est pas possible.
00:15:05Regardez.
00:15:05Je crois pas, c'est pas possible.
00:15:07C'est pas moi qui fais un test.
00:15:10Il n'y croit pas, mais il va quand même rejoindre les autres au commissariat.
00:15:14Les policiers ont assez de preuves pour lancer la suite de l'opération.
00:15:18De Fabien, pour l'ensemble des effectifs, pour l'ensemble des effectifs,
00:15:22retour service pour briefing et mise en place de l'opération.
00:15:43Pour le briefing, il y a encore plus d'uniformes.
00:15:47Une trentaine de fonctionnaires sont mobilisés.
00:15:54Donc on va attaquer la deuxième partie de l'opération.
00:15:56Donc la première partie, on a interpellé des consommateurs.
00:15:58Donc là, on a pu identifier le vendeur.
00:16:01Donc l'objectif, ça va être de l'interpeller.
00:16:03On se positionne sur chaque point à l'extérieur de la cité.
00:16:05Quand vous êtes tous positionnés, moi, je fais un rappel sur les ondes.
00:16:09Et à ce moment-là, on déclenche.
00:16:11L'important, là, aujourd'hui, c'est vraiment d'interpeller le vendeur.
00:16:22L'objectif, c'est lui, le dealer qui a fourni tous les clients de ce matin.
00:16:29Et il est loin d'imaginer la débauche de moyens qui ont été mis en place pour l'interpeller.
00:16:34Une colonne de quatre motos, un fourgon, cinq voitures, des hommes à pied et la brigade canine sont en route.
00:16:52Pour l'ensemble des effectifs, on se dirige sur les points.
00:16:55Donc c'est parti pour tout le monde.
00:16:56On se rapproche avec l'objectif qu'on a fixé.
00:17:05Le problème, c'est que les dealers ont l'habitude et ils courent vite.
00:17:11D'ailleurs, quand la police débarque, tout le monde court.
00:17:27Le gosse avait rien fait.
00:17:30Pendant ce temps-là, une autre équipe a interpellé le dealer.
00:17:33C'est 50 balles.
00:17:34D'accord.
00:17:34Il a des produits sur lui.
00:17:36On va parer avec le gars.
00:17:37Le produit ?
00:17:37Le produit, j'ai pas regardé encore.
00:17:39On a pas vérifié.
00:17:40On a juste palpé comme ça, sommairement.
00:17:42D'accord.
00:17:43Ouais, ça va.
00:17:44Mais c'est l'objectif ? C'est bien lui ? C'est bon ?
00:17:46C'est top.
00:17:47Bien, les gars.
00:17:48Les câbles.
00:17:50Les policiers savent que le stock de drogue est quelque part.
00:17:53Aujourd'hui, ils ne le trouveront pas.
00:17:57Je pense qu'on a tous conscience que c'est un phénomène qui va être très difficile à rediguer.
00:18:01Donc, une fois qu'on l'a accepté, on se range autrement.
00:18:05Enfin, moi, en ce qui me concerne, je pense plus aux personnes qui subissent ce trafic de stupéfiants,
00:18:09aux personnes qui travaillent ici, qui se lèvent tous les matins, qui se retrouvent embêtés,
00:18:15qui ont leurs enfants qui rentrent du collège, du lycée, qui croisent ces personnes dans le hall.
00:18:19Donc voilà, on le fait pour ça.
00:18:22Depuis leurs fenêtres, les habitants voient le même manège se répéter sans cesse, semaine après semaine.
00:18:29Des flics qui courent dans tous les sens après des dealers qui seront remplacés dans la minute.
00:18:45Je viens de voir un petit peu pour faire le bilan de l'OP.
00:18:48Donc, du coup...
00:18:49Sur l'individu, il a été trouvé pour faire un sous-vredigne cannabis et une somme conséquente d'accord.
00:18:54Donc, il y a 675 euros.
00:18:56D'accord, 675 euros.
00:18:57Donc, il y a un billet de 200. Après, c'est des petites coupures.
00:18:59OK. Il avait un petit peu de produit sur lui aussi ?
00:19:02Oui, c'est un peu morceau, mais vu que ça cache différents rangs, et puis qu'il y a des
00:19:07ravitaillements.
00:19:07Au fur et à mesure de la journée, c'est très difficile de le trouver avec de la matière.
00:19:12Donc, voilà. Donc, c'est une réussite. On y retournera, de toute façon, comme d'habitude. C'est ce qu
00:19:16'on fait toutes les semaines.
00:19:18Merci à vous pour votre investissement. Et puis, à la prochaine opération. Voilà.
00:19:28Quelques grammes de cannabis en moins dans un pays qui en regorge.
00:19:33Malgré les saisies et les arrestations, les prix de vente au détail restent stables.
00:19:37Autour de 10 euros le gramme de cannabis.
00:19:40Ça veut dire qu'il y a toujours autant de drogue disponible.
00:19:44J'ai pu rencontrer quelques dealers. Il serait plus de 20 000 en France à travailler à plein temps dans
00:19:48le trafic.
00:19:51Tu as vu ça ? Ça les vente 30 euros. Voilà. Il y a 5 grammes.
00:19:57Les deux, ça fait 10 grammes. 60 euros.
00:20:01Pareil pour la beurre, il y a 5 grammes. 30 euros.
00:20:05Les deux, 60 euros, ça fait 10 grammes.
00:20:07RK, il vaut pas qu'il est comme ça en 60 grammes.
00:20:09Tu as 500 euros. Tu as des potes de 10 grammes. Tu vois, c'est l'aimant Ace.
00:20:14C'est la frappe, voilà. C'est là, il y a 800 euros les 50 grammes.
00:20:18Là, sur la table, il y a combien ?
00:20:20Il y a à peu près.
00:20:225 000 euros.
00:20:24À la robote, 5 000, 6 000 euros.
00:20:25Une semaine, des fois, il n'y a plus rien.
00:20:27Une semaine, tu comprends qu'il n'y a plus qui est partie.
00:20:31Ça va vite.
00:20:32Ça va très vite.
00:20:34Ça, tu le vends...
00:20:36Ça dépend des jours, en fait.
00:20:38Il y a des clients, ils t'appellent.
00:20:39Il y a des jours où tu fais 500, il y a des jours où tu fais 400,
00:20:41il y a des jours où tu fais 300, il y a des jours où tu fais 200.
00:20:43Il faut y aller, il faut répondre aux clients, il faut rester sérieux dans ça, en fait.
00:20:47Dès que tu reçois un message, tu y vas, c'est pour que tu sois sérieux.
00:20:49Si tu n'es pas sérieux, tu ne vas pas les louer.
00:20:51Là, rien que ce qu'il y a sur la table, tu peux prendre combien ?
00:20:54Je ne demande pas.
00:20:55Comme je suis bien connu, j'ai 48 condamnations à mon actif.
00:20:58Je ne demande pas, je prends 5 ans minimum.
00:21:00Il n'y a rien, je prends 5 ans, tu vois.
00:21:02En fait, moi, c'est simple.
00:21:04Je travaille quand même commerçant.
00:21:05Je paye des gens qui me ramènent la marchandise.
00:21:07Après, moi, je me gère, tu vois.
00:21:10Et voilà.
00:21:11Là, des fois, on donne ça au client, c'est un cadeau.
00:21:14C'est déjà gratté, là, c'est un peu visible.
00:21:16On donne des petits cadeaux, tu vois.
00:21:18C'est pour fidéliser la clientèle, tu vois.
00:21:23Voilà, là, comme justement, il vient un client, il m'a envoyé un message, là.
00:21:27Moi, je vais lui écrire ta compte qui est rapido.
00:21:31C'est un client, tu vois, qui parle avec moi, il fait 100 grammes.
00:21:33Je lui fais 450, tu vois.
00:21:35Tous les semaines, il récupère 100 grammes.
00:21:40Voilà, je lui explique tout simplement qu'il n'y a que du X-Fa 3 et de la 2,
00:21:43comme tu vois sur la table.
00:21:45Et voilà, comme ça, après, il peut choisir, en fait, ce qu'il veut.
00:21:48Tu vas lui mettre un banco ?
00:21:51Voilà.
00:21:53Je lui mettrai un banco, voilà.
00:21:55Je lui mettrai un banco et son morceau.
00:21:57Et je lui ramène et il me donne les sous, et voilà.
00:22:00Et j'ai ainsi de suite.
00:22:02Et toute la journée, c'est comme ça, c'est pareil.
00:22:04Voilà, comme tu peux voir, il y a beaucoup de clients qui m'ont parlé aujourd'hui, tu vois.
00:22:07Et 1, 2, 3, 4, 5, 6, tu vois.
00:22:11Tu fais ça, regarde.
00:22:12Tout ça, c'est dès que tu es certifié et validé, tu vois.
00:22:15Il y en a 300, tu vois.
00:22:16Voilà.
00:22:19Ça, c'est le filtré qu'on a.
00:22:22Derrière son téléphone, ils ne sont pas prêts de l'attraper.
00:22:25Ni lui, ni les clients qui commandent en ligne et qui se font livrer.
00:22:31Une affaire qui roule.
00:22:34C'est une publicité.
00:22:35C'est ça, c'est une publicité en fait.
00:22:37Tout dans la publicité, tout dans le marketing.
00:22:39C'est comme ça que tu avances.
00:22:41Maintenant, tout c'est comme ça.
00:22:47Des mecs comme lui, il y en a des centaines partout sur les réseaux sociaux.
00:22:51L'offre est illimitée, il y en a même qui prétendent faire du bio.
00:22:55Et au passage, certains vendent aussi des flingues.
00:22:58Des flics qui courent, des dealers qui dealent, des clients qui fument,
00:23:03des politiques toujours plus répressives et des campagnes de culpabilisation qui ne fonctionnent pas.
00:23:08Ni à mon époque, ni aujourd'hui.
00:23:10Chaque jour, des personnes payent le prix de la drogue que vous achetez.
00:23:16Il y a des choses qui ne changent pas.
00:23:18Mais il y a quand même eu une évolution depuis ce temps-là.
00:23:21Ces boutiques qui ont ouvert un peu partout.
00:23:23Elles vendent du cannabis, plus précisément du CBD.
00:23:26Il y a même tout un business.
00:23:28Des infusions, des huiles et même des cosmétiques.
00:23:33Du cannabis en vente libre ?
00:23:37Pour comprendre, je suis allé dans la Creuse.
00:23:40Rencontrer Joanne Ichatou.
00:23:42Cet agriculteur tire 70% de ses revenus du cannabis.
00:23:49Ça, c'est donc vache race limousine.
00:23:53C'est la production historique de la ferme.
00:23:58Avec quelques brebis et des cochons aussi.
00:24:03Après, on a toujours été sur une ferme assez diversifiée.
00:24:06Puisque mes parents faisaient de l'accueil à la ferme.
00:24:08Il y avait ferme auberge, tout ça.
00:24:09On a fait de la vente directe.
00:24:11On faisait les marchés, restauration à la ferme.
00:24:15Donc, on a toujours été un peu à l'affût de tout ce qui était nouveau,
00:24:18nouvelles productions et autres.
00:24:21Et puis là, maintenant, on est parti sur le cannabis.
00:24:25Ça fait maintenant 5-6 ans, depuis 2018, qu'on s'est lancé dans la production spécifique de chanvre actif.
00:24:33Alors, chanvre actif, c'est du chanvre qui contient des cannabinoïdes.
00:24:38Donc, CBD, qui est le plus connu, mais aussi CBG, un peu de THC, du CBC.
00:24:43Enfin, il y en a une centaine de cannabinoïdes.
00:24:46Mais on reste à la base sur exactement la même plante.
00:24:51Les cannabinoïdes, ce sont les principes actifs.
00:24:54C'est compliqué, mais c'est important de comprendre.
00:24:57Ça, c'est du cannabis.
00:24:59Le petit bourgeon, c'est ce qu'on appelle la fleur.
00:25:02C'est là que se trouvent les deux substances les plus connues du cannabis,
00:25:05le CBD et le THC.
00:25:07Selon la variété, il y a plus de CBD ou plus de THC.
00:25:11Le THC, c'est celui qui défonce.
00:25:13Il entraîne une dépendance et joue un rôle démontré
00:25:15dans le déclenchement de plusieurs pathologies psychiatriques,
00:25:18notamment chez les plus jeunes.
00:25:19Il est illégal.
00:25:21Le CBD, lui, est parfaitement légal.
00:25:23Il ne défonce pas et n'entraîne pas de dépendance.
00:25:26Son petit nom commercial, c'est le cannabis bien-être.
00:25:31Mais en réalité, c'est le mot même de cannabis qui fait peur.
00:25:34Qu'il soit légal ou pas.
00:25:39La première réaction d'un décideur ou d'un politique,
00:25:41c'est tout de suite sur la défensive
00:25:42et l'imaginaire du mec qui va fumer le pétard.
00:25:46Alors que quand tu rentres dans les discussions,
00:25:48notamment avec les politiques localement,
00:25:51où tu leur expliques qu'il y a un enjeu derrière,
00:25:52un enjeu de rémunération pour les agriculteurs,
00:25:54de création de valeurs ajoutées sur un territoire,
00:25:56d'emploi, tout ça.
00:25:57Donc là, il y a un aspect qui est complètement différent.
00:25:58En général, ils ne mettent pas très longtemps à changer la vie.
00:26:03Depuis 4 ans,
00:26:04Joanie s'est lancé à fond dans la vente de cannabis,
00:26:06créant au passage une vingtaine d'emplois.
00:26:09Mais à l'arrivée, c'est une nouvelle situation paradoxale.
00:26:12Le cadre légal n'est pas tout à fait au point.
00:26:14Donc là, ils sont en train de remplir les sachets.
00:26:17Là, c'est des commandes qui partent dans des bureaux de tabac.
00:26:19Donc là, c'est des sachets de 10 grammes.
00:26:21Ce n'est pas marqué qu'on a le droit de le fumer
00:26:23parce que justement, c'est l'hypocrisie du système français.
00:26:27C'est que pour l'instant, c'est très compliqué de dire
00:26:30que le chanvre est un produit à fumer.
00:26:32Il n'y a pas vraiment de classification claire.
00:26:36Donc du coup, on vend des fleurs en bureau de tabac
00:26:40qui sont vendues sous forme d'infusion
00:26:42avec marqué dessus, ne pas fumer, infuser avec un corps gras.
00:26:46Mais dans le même temps, on met le petit logo interdit
00:26:48aux moins de 18 ans et aux femmes enceintes.
00:26:50On est dans un flou artistique, encore une fois,
00:26:53qui est problématique parce qu'on aimerait, nous, que ça soit cadré.
00:26:55Ça fait cinq ans qu'on demande un cadre
00:26:57et ça fait cinq ans qu'on n'a pas de cadre.
00:27:00Alors après, on a des pré-roulés.
00:27:02C'est comme un joint, entre guillemets, mais 100% chanvre.
00:27:06Il n'y a pas de tabac.
00:27:07Là, tu ne peux pas dire que c'est une infusion.
00:27:09Donc dessus, fumer tue.
00:27:11Et puis après, par contre, là où on se démarque énormément
00:27:14de ce qui est produit dans les autres pays,
00:27:15c'est que la France, on a fait le choix du culture biologique.
00:27:19Tu dois jouer sur le produit français ?
00:27:21Bah oui, nous, le but du jeu, c'est de se démarquer
00:27:24les produits qui viennent de l'étranger.
00:27:25Voilà, nous, on met le petit drapeau français.
00:27:27Voilà, c'est français, c'est...
00:27:29Fumons français.
00:27:32Alors, fumer, c'est la voie...
00:27:33Je ne peux pas dire ça parce que la pire des manières
00:27:36de consommer du cannabis, c'est de le fumer.
00:27:39Voilà, donc je ne peux pas inciter les gens à fumer.
00:27:41Il y a des gens qui fument, clairement.
00:27:44Donc, quitte à fumer, fumer français.
00:27:46Mais surtout, fumer le moins possible.
00:27:49OK, donc il ne s'agit pas d'une drogue,
00:27:52mais ça reste compliqué de vendre du CBD.
00:27:54Et les cannabiculteurs voudraient aller plus loin
00:27:57et carrément légaliser le cannabis récréatif,
00:27:59celui qui défonce.
00:28:01Légaliser.
00:28:02Une vague promesse qui revient au moins
00:28:04à chaque élection présidentielle.
00:28:07Emmanuel Macron s'était proposé en tant que candidat
00:28:09pour légaliser même le cannabis tout court.
00:28:12Derrière, il y a eu la dynamique
00:28:14avec la mission d'information parlementaire.
00:28:16Et ça, c'est resté lettre morte.
00:28:19Et malheureusement,
00:28:22parce que la légalisation, elle va arriver.
00:28:25Qu'on en veuille ou qu'on n'en veuille pas.
00:28:26Voilà, la France, ce n'est pas une île.
00:28:29On ne peut pas fermer les frontières.
00:28:31On ne peut pas faire comme si ça n'existait pas.
00:28:33Nous, en tant qu'agriculteurs,
00:28:35on ne veut pas être absent du débat.
00:28:36C'est-à-dire que nous, on veut être en capacité
00:28:37de dire, voilà, nous, on produit déjà du CBD.
00:28:40Le jour où on légalise le cannabis récréatif,
00:28:42on veut être de la partie
00:28:43parce que c'est une plante le cannabis
00:28:45qu'il faut des agriculteurs pour la faire pousser.
00:28:47Et que dans tous les pays où la légalisation s'est faite
00:28:50et que c'est des multinationales
00:28:51qui ont mis la main sur la production,
00:28:52il n'y a pas eu de baisse du marché noir.
00:28:54Parce que les produits proposés
00:28:56étaient de mauvaise qualité.
00:28:57On a l'habitude en France
00:28:58de produire des vins de qualité, du fromage.
00:29:00Voilà, c'est là un peu la triptyque,
00:29:02pinard, fromage, pétard.
00:29:04Et demain, on peut exactement faire la même chose
00:29:05avec une vraie filière,
00:29:07porteuse de valeurs ajoutées
00:29:09et d'emplois sur les territoires
00:29:10et non pas des multinationales cotées en bourse
00:29:13qui vont produire du cannabis.
00:29:14Ça, on n'en veut pas.
00:29:15Et je pense que le consommateur,
00:29:16il n'en veut pas non plus.
00:29:22Le triptyque, pinard, fromage, pétard,
00:29:24c'est pas pour demain.
00:29:25Mais pourquoi ce pays qui n'aura pas
00:29:27une occasion de boire de l'alcool
00:29:28a tant de mal à accepter le cannabis ?
00:29:35L'histoire remonte à loin,
00:29:37à l'époque où la France traverse la Méditerranée.
00:29:41Il va y avoir avec la colonisation
00:29:43de l'Afrique du Nord
00:29:44de plus en plus de descriptions
00:29:46dans les pays colonisés
00:29:47de personnes qui sont très affaiblies.
00:29:50Or, il s'avère qu'ils consomment aussi du cannabis
00:29:52parce que c'est les pratiques locales.
00:29:57Sauf que pour les colonisateurs,
00:29:58ça va être vu comme un lien.
00:30:01C'est-à-dire que la consommation de hachich
00:30:03ou de cannabis les a plongés
00:30:05dans un état de léthargie complète
00:30:07qui ne peuvent plus du tout travailler,
00:30:10qui sont dans les autres asiles psychiatriques
00:30:12qu'on construit à cette époque-là
00:30:13dans ces régions.
00:30:15Cette association-là va très bien marcher
00:30:17et comme ça justifie la colonisation,
00:30:19on va la réactiver en permanence.
00:30:21Ce d'autant plus qu'il va y avoir
00:30:22quelques affaires.
00:30:24Par exemple, en 1857 en Algérie,
00:30:27il y a un homme qui passe sa journée dans un café,
00:30:30il va consommer du cannabis.
00:30:32Je suis entré dans un café,
00:30:34j'ai acheté 15 centimes de chambre
00:30:35et j'ai fumé toute la matinée.
00:30:37Mais il va aussi consommer beaucoup d'alcool.
00:30:40J'ai visité plusieurs débits,
00:30:42j'ai pris d'abord une bouteille de vin,
00:30:43puis 6 verres d'anisettes.
00:30:45Et il va rentrer dans un état de furie
00:30:47où il va tuer un jeune garçon juif
00:30:49et pour sa défense,
00:30:51il va expliquer cet acte-là
00:30:52en disant qu'il ne se souvient plus de rien
00:30:54et que c'est sa consommation à la fois d'alcool et de cannabis
00:30:57qui l'a plongée dans cet état-là.
00:30:58Je ne me rappelle pas comment cette rique s'est arrivée.
00:31:00J'ai pris un bâton
00:31:01et je suis redescendu près du café.
00:31:03Les médecins de l'époque
00:31:04vont complètement mettre de côté
00:31:06la consommation d'alcool
00:31:07et vont se focaliser sur cette question du cannabis.
00:31:12C'est assez symptomatique d'une manière coloniale
00:31:15de penser la consommation de cannabis
00:31:16qui permet de justifier une civilisation
00:31:19de populations qui sont jugées comme inférieures,
00:31:22notamment par leur consommation de cannabis.
00:31:31A l'époque, le cannabis était donc vu comme la drogue des Arabes.
00:31:36Ça me rappelle quelque chose.
00:31:39Pourtant, jusqu'aux années 30,
00:31:41c'est avant tout un médicament.
00:31:44Et puis vraiment, progressivement,
00:31:46il disparaît complètement des registres de pharmacie
00:31:48parce qu'on n'a toujours pas trouvé les substances actives dans le cannabis,
00:31:52ce qui veut dire qu'on ne peut pas injecter le cannabis.
00:31:54Parce que le nec plus ultra de la médecine
00:31:56à la fin du 19ème siècle, c'est l'injection.
00:31:58Mais depuis les années 70,
00:32:00la science a redécouvert l'usage thérapeutique du cannabis,
00:32:03un usage purement médical.
00:32:04Le Canada le légalise en 2001,
00:32:07suivi par une trentaine d'États aux États-Unis d'Amérique,
00:32:10ainsi que la plupart de nos voisins européens.
00:32:14En France, en 2020,
00:32:16la Direction Générale de la Santé a lancé une expérimentation
00:32:19auprès de 3 000 patients
00:32:20pour un nombre de pathologies limitées.
00:32:24Les résultats sont sans appel.
00:32:26Le cannabis médical, ça marche.
00:32:34Pourtant, depuis la publication, l'expérimentation est sans cesse prolongée.
00:32:37Visiblement, les gouvernements successifs ont du mal à légaliser le cannabis,
00:32:42même thérapeutiques.
00:32:45À Angers, il y en a un pourtant qui croyait à cette filière du cannabis
00:32:50fournie sous prescription médicale.
00:32:52Franck Milone a fondé le laboratoire La Fleur,
00:32:55spécialisé dans les médicaments à base de THC,
00:32:57la substance interdite.
00:33:01Donc, bienvenue dans le laboratoire.
00:33:04Donc là, on a la salle d'extraction.
00:33:07Donc, on vient mettre dans le macérateur,
00:33:09dans lequel on met du solvant et on agite.
00:33:11Et puis après, on va récupérer les solvants avec les principes actifs,
00:33:18ici.
00:33:19Et puis après, on va évaporer les solvants
00:33:21pour ne récupérer que l'extrémo dans ces ballons-là.
00:33:24C'est beaucoup d'argent, toutes ces machines-là ?
00:33:27Ouais, dans cette pièce, il y a à peu près 200 000 € d'investissement.
00:33:34Et comment on investit 200 000 € dans des machines,
00:33:37sur un produit qui n'est pas encore légal ?
00:33:40C'est quand même une aventure, non ?
00:33:42Ouais, c'est une aventure.
00:33:43Mais c'est en faisant ça que les choses peuvent évoluer
00:33:46et faire en sorte aussi de structurer une filière française.
00:33:50On a parlé beaucoup de souveraineté pendant la période Covid.
00:33:54et l'idée, c'était d'être le premier laboratoire français
00:33:57à couvrir 100 % de la chaîne de valeur du cannabis médical
00:34:01et d'avoir une capacité de production, de transformation
00:34:04et de mise sur le marché.
00:34:06Eh ben, on va aller voir les plantes, maintenant.
00:34:08Franck peut produire des médicaments, mais il doit tout détruire.
00:34:13Là, on est en fin de floraison. On va récolter demain.
00:34:16Il n'a toujours pas le droit de les vendre.
00:34:18Ça, c'est les plantes où on était obligé d'avoir une autorisation
00:34:21pour pouvoir les cultiver.
00:34:27Tout ce que tu produis, tu dois le détruire ?
00:34:29Exactement, c'est ça. On détruit tout.
00:34:32Ce qui est normal dans un contexte de développement,
00:34:34mais on aimerait bien pouvoir passer du développement
00:34:36à la fabrication et à la commercialisation.
00:34:39Tout ça, mis bout à bout, on a à peu près à 6 millions d'argent public-privé.
00:34:42Beaucoup d'argent, beaucoup d'énergie.
00:34:44Et peut-être que tu aimerais que ça avance plus vite ?
00:34:46Ben ouais, bien sûr. On aimerait continuer à pouvoir optimiser,
00:34:50à pouvoir apprendre de nouvelles choses sur les plantes
00:34:53et à faire en sorte de mettre sur le marché des traitements
00:34:57pour les patients quand on en a besoin, en définitive.
00:34:58C'est ça le premier combat.
00:34:59C'est quoi cette difficulté ?
00:35:02Ben, je pense que c'est toujours l'amalgame
00:35:04et que le cannabis est toujours gardé pour diviser les Français
00:35:08et un peu d'arguments de la peur.
00:35:12Donc c'est ça le principal problème.
00:35:15Je pense qu'il n'y a pas d'arguments scientifiques ou rationnels
00:35:19derrière le fait de ne pas avancer sur l'encadrement du cannabis médical à minima.
00:35:27Et c'est quoi ton sentiment aujourd'hui par rapport à ça ?
00:35:29Ben, que le contexte politique, il n'a pas facilité les choses
00:35:32puisque les textes sont prêts depuis pratiquement un an
00:35:35et il suffit juste au premier ministre d'envoyer les textes à la Commission européenne.
00:35:40Et pourquoi ils ne font pas ?
00:35:42Parce que peut-être que dans certains prismes, ça paraît être un sous-sujet
00:35:46qui n'est pas une urgence.
00:35:49Alors que le cannabis médical ne concerne que des patients
00:35:51qui sont en urgence et en impasse thérapeutique.
00:35:54Donc certains, ça fait 10 ans qu'ils essayent tous les médicaments disponibles
00:35:57qui ne fonctionnent pas et qui pourraient bénéficier du cannabis médical.
00:36:00Donc c'est un petit peu ça qui est le plus difficile à comprendre
00:36:04et à accepter en définitive.
00:36:12Si Franck est révolté par cette situation,
00:36:14c'est qu'il est lui-même atteint d'une sclérose en plaques.
00:36:17Une maladie incurable qui entraîne des difficultés à marcher
00:36:20et de la souffrance.
00:36:24Mes douleurs dues à la marche et ce qu'on appelle la spasticité
00:36:27dans la sclérose en plaques,
00:36:29donc c'est tes muscles qui se contractent
00:36:31alors qu'ils ne devraient pas l'être en position de repos,
00:36:34où là, j'ai consommé du cannabis pour ces problématiques-là en définitive.
00:36:41J'ai vu qu'il y avait des gens qui faisaient usage du cannabis médical.
00:36:45J'ai vu qu'il y avait des médicaments qui existaient dans le monde
00:36:47ou qui étaient développés pour la sclérose en plaques
00:36:50et la spasticité dans la sclérose en plaques.
00:36:52C'était des médicaments auxquels on n'avait pas encore accès en France,
00:36:55auxquels on n'a toujours pas accès en 2024 en réalité.
00:36:59En attendant, l'entrepreneur a dû réduire la voilure.
00:37:03Son laboratoire est passé de 25 employés à moins d'une dizaine.
00:37:08Le futur du cannabis est ici.
00:37:11Pendant que Franck Millon ferraille avec les autorités françaises,
00:37:21Des géants mondiaux se développent à l'étranger,
00:37:24comme les canadiens Tilleri Medical
00:37:32ou Aurora.
00:37:39Le marché du cannabis médical devrait atteindre près de 100 milliards de dollars d'ici 2031
00:37:45contre 16 milliards aujourd'hui.
00:37:47Des chiffres astronomiques et la France qui continue de se replier sur elle-même.
00:37:52Mais si la plante n'est pas acceptée comme médicament,
00:37:55comment imaginer que le cannabis récréatif puisse être légalisé un jour chez nous ?
00:38:03Une part de l'intransigeance française se trouve sans doute derrière les murs de cette institution.
00:38:13Je suis membre de l'Académie de médecine et j'ai animé pendant de nombreuses années
00:38:18la sous-commission sur les addictions.
00:38:20L'Académie s'oppose résolument au cannabis.
00:38:24Parmi les drogues illicites, c'est le cannabis qui est le plus fréquemment consommé.
00:38:29Puisque les dernières statistiques montrent qu'un peu plus de 50% de la population française
00:38:34avait expérimenté le cannabis.
00:38:36Et c'est une statistique qui vous inquiète ?
00:38:38Oui.
00:38:39Là, il y a un problème de santé publique après.
00:38:41C'est le problème majeur de l'Académie de médecine.
00:38:44Ce n'est pas celui de la loi.
00:38:46C'est celui de l'impact de la consommation des substances,
00:38:49que ce soit l'alcool, que ce soit le tabac ou le cannabis.
00:38:52Pourtant, on a légalisé le cannabis dans plusieurs pays.
00:38:55Ce qui est clair, c'est que quand on légalise,
00:38:59globalement, l'usage des substances augmente.
00:39:02Oui, mais il y a quand même un deux poids deux mesures entre les consommateurs d'alcool et de cannabis.
00:39:07Oui, mais à partir du moment où on a deux produits qui sont l'alcool et le tabac,
00:39:11qui font l'objet de mesures éducatives incitatives pour diminuer la consommation.
00:39:17Et là, c'est des mesures de santé publique qui sont positives quand même,
00:39:20puisque la consommation baisse, autant l'alcool et le tabac.
00:39:23Ce n'est pas la peine d'introduire un troisième produit.
00:39:26C'est ça un peu la difficulté à laquelle on a déjà du mal à lutter contre la consommation d
00:39:32'alcool et de tabac.
00:39:33C'est vrai, vous avez raison.
00:39:34Mais en même temps, il y a des progrès qui sont faits.
00:39:38Ce n'est pas la peine d'ouvrir la vanne avec une troisième addiction.
00:39:40C'est un peu ça la position de l'académie.
00:39:44Le docteur rêve d'un monde sans alcool, sans clope et sans drogue.
00:39:47C'est bien normal.
00:39:53Mais n'en déplaise à l'académie de médecine, la drogue est déjà partout.
00:39:58Le marché illégal du cannabis pèse plus d'un milliard d'euros.
00:40:02Une manne financière qui génère toujours plus de violence.
00:40:13En six mois, 42 personnes ont été assassinées en France.
00:40:18À Marseille, des proches de victimes se sont donné rendez-vous.
00:40:23C'est des drapeaux blancs pour la marche et des t-shirts.
00:40:27Je vais prendre les grands.
00:40:29Je vais voir ce qu'ils ont pas.
00:40:30Je vais distribuer.
00:40:32Personnellement, j'ai perdu ma nièce à l'âge de 19 ans.
00:40:37On lui a tiré 11 balles de calage.
00:40:41Je vais me battre pour que la justice tourne ma nièce.
00:40:44Ça va faire quatre ans le 11 octobre.
00:40:46Et j'ai toujours pas de date de procès.
00:40:48Je suis toujours en attente d'une date de procès des assassinés.
00:40:51C'est quand même dans mon malheur.
00:40:53Les présumés assassins ont été quand même attrapés et incarcérés.
00:40:56Mais j'attends une date de procès actuellement.
00:40:59C'est pour ça que vous êtes là ?
00:41:00Oui.
00:41:01Et pour tous les défunts qui sont morts de la même manière.
00:41:08Tu as vu la banderole ?
00:41:09Oui, franchement, elles sont belles.
00:41:10Ah oui, j'aime.
00:41:11Là, on a mis les familles, celles qui ont voulu.
00:41:13Et derrière, ceux qui sont décédés.
00:41:15Franchement, c'est bon.
00:41:16C'est frappant.
00:41:17C'est frappant.
00:41:20C'est une marche pour dénoncer les assassinats.
00:41:22C'est une marche pour réclamer la paix dans nos quartiers.
00:41:24C'est une marche pour aider toutes ces familles de victimes
00:41:27qui se sentent seules, qui sont complètement démunies
00:41:30après la mort de leurs proches.
00:41:32Qu'on arrête un peu de pointer du doigt les familles de victimes.
00:41:34Il y a encore trop de morts.
00:41:36On en a 17 morts cette année.
00:41:37Et tant qu'il y aura des morts, on continuera à militer.
00:41:40Enchantée.
00:41:41Laetitia.
00:41:42Merci d'être venu.
00:41:45C'est bien que vous soyez venu.
00:41:46Laetitia a perdu son neveu Ryan.
00:41:48Le gosse n'avait rien à voir avec le trafic.
00:41:51Il avait 14 ans.
00:41:53Je te présente la maman.
00:41:54La Petit de Grenoble.
00:41:56Je suis contente qu'elle me parle de vous.
00:41:59Enfin, ça va.
00:42:01En tout cas, je suis contente vraiment que vous soyez venu.
00:42:03Merci, c'est jeune.
00:42:04J'ai forcé ce matin.
00:42:05Tu as bien fait ?
00:42:06Tu as bien fait ?
00:42:06Qu'elle voyait d'autres mamans ?
00:42:08Hein ?
00:42:09Sans d'aide, il y a tout le monde qui l'a.
00:42:10Non mais déjà, même de parler déjà avec d'autres mamans.
00:42:13De voir qu'elle n'est pas seule.
00:42:14Que malheureusement, d'autres familles ont vécu ce que tu as vécu.
00:42:19Mais désolé, il y en a plein.
00:42:20Viens.
00:42:21Depuis qu'elle a perdu son neveu,
00:42:22Laetitia réfléchit à la manière d'endiguer le fléau de la violence.
00:42:27À ma demande, elle a accepté d'aborder la légalisation du cannabis avec Eddy, un policier marseillais.
00:42:34Moi, ce que j'en pense, mon avis perso, je suis pour.
00:42:37C'est vrai que j'ai été touché par ça.
00:42:39À la limite, la question ne se posait même pas avant la mort de Ryan.
00:42:41Il faudrait que ce soit fait avec les jeunes de ces quartiers, dans des structures sécurisées et encadrées, avec tout
00:42:49ce que ça comporte, mais avec des emplois réels, pour que ces jeunes puissent, eux aussi, profiter de ces nouvelles
00:42:57structures.
00:42:59Et pour moi, ça enrayerait au moins les assassinats.
00:43:02Je ne dis pas que ça ferait baisser le taux de consommateur au niveau du cannabis.
00:43:06Une personne qui fume, elle fume.
00:43:07Tu peux légaliser, pas légaliser.
00:43:09Si on a envie de fumer, elle ira fumer.
00:43:10Si on légalise le cannabis, surtout avec des gens qui vont se mettre à prospérer, c'est des gens qui
00:43:14vont aller sur d'autres business.
00:43:16Parce que ces gens-là, ce qui leur intéresse, c'est l'appât du gain rapide et conséquent.
00:43:20Donc, moi, je ne suis pas convaincu qu'aujourd'hui, voire pas du tout, ça changerait quelque chose.
00:43:24Pourquoi ?
00:43:25Parce que les gens qu'on en passe de nous sont ultra déterminés.
00:43:28Et c'est les gens des quartiers populaires qui vont subir ces nuisances.
00:43:30Parce qu'ils ne vont pas les vendre.
00:43:31On le sait.
00:43:32Ça, je suis d'accord avec toi.
00:43:33Mais à un moment, quand on arrive à avoir 50 morts sur Marseille, moi, je vote.
00:43:37Moi, je suis pour.
00:43:38Je suis désolé, je suis pour.
00:43:39Parce que de toute façon, ils tombent comme des mouches, les jeunes.
00:43:42Alors, moi, je serais toujours contre personnellement.
00:43:45Personnellement.
00:43:45Et syndicalement parlant.
00:43:47Pourquoi ?
00:43:47Parce que c'est baisser les bras.
00:43:49Aujourd'hui, moi, je suis pour plus de moyens.
00:43:50À un moment, moi, je dis, c'est faire l'autruche et être aveugle.
00:43:55Bon, on a un problème.
00:43:56Non.
00:43:57On reste sur nos positions.
00:43:58On reste campés dessus.
00:43:59On ne les valise pas.
00:44:00On va taper sur le consommateur.
00:44:01On va taper sur les trafiquants.
00:44:02D'accord.
00:44:03Ok.
00:44:03Oui, ça va.
00:44:04Ok.
00:44:04D'accord.
00:44:05Est-ce que ça a changé quelque chose ?
00:44:06Non.
00:44:07Est-ce que ça a enrayé le problème ?
00:44:08Non.
00:44:08Est-ce que ça a diminué le problème ?
00:44:10Non, ça augmente.
00:44:10Est-ce que les assassinats ont baissé ?
00:44:13Pas du tout.
00:44:14Donc, à un moment, je pense que des solutions ont été tentées.
00:44:18Ça n'a pas marché.
00:44:19Ça ne fonctionne pas.
00:44:21Et à tous les niveaux.
00:44:22Moi, je suis contre le fait de baisser les bras.
00:44:23Je suis contre le fait de dire on a perdu.
00:44:25Non, on n'a pas perdu.
00:44:26C'est pourquoi on n'a pas perdu.
00:44:27Parce qu'on sait, on n'a pas tout essayé.
00:44:29Comme toujours dans ce débat, on tourne en rond.
00:44:32Personne n'a tort.
00:44:33Mais personne n'a raison non plus.
00:44:40En attendant, les violences du haut trafic ne sont pas prêtes de s'arrêter.
00:44:50Et ça, c'est les dealers qui en parlent le mieux.
00:44:55Lui qui se met devant moi, je suis obligé de montrer un exemple comme tout le monde.
00:44:58Tu vois ?
00:44:59Parce que la violence, ça va avec le trafic.
00:45:01Ça va avec le trafic.
00:45:02C'est obligé.
00:45:03Je ne vais pas te mentir.
00:45:03Demain, quelqu'un va s'apprendre à ma famille où on mange.
00:45:05C'est qu'il veut me tuer.
00:45:06Je vais le tuer avant qu'il me tue.
00:45:07Ça n'a rien à voir avec la génération d'avant.
00:45:09La génération d'avant, ça a paradé.
00:45:10Il y avait des réunions.
00:45:12C'est fini, tout ça.
00:45:12Maintenant, c'est le bordel.
00:45:14Maintenant, c'est des jeunes de 25 ans qui tiennent Marseille.
00:45:1728 ans.
00:45:18Ils m'ont arrêté en mort.
00:45:19Ils s'en battent les couilles.
00:45:21Tu vas lui dire un mot, il va te mettre trois balles dans la tête.
00:45:23Chacun s'accale à Chnikov et c'est parti.
00:45:26Tu vois ?
00:45:26Si demain, il y a un référendum pour légaliser le cannabis, toi, tu dis quoi ?
00:45:30Bon, la vérité, qu'il ne le change ou qu'il ne le change pas.
00:45:33Comme je t'ai dit, moi, ça ne va rien changer à ma vie.
00:45:35Je vais toujours vendre.
00:45:36Que ce soit de la drogue dure ou de la drogue douce.
00:45:39Tu vois ?
00:45:40Dans tous les cas, il y aura toujours ce système-là à faire de l'argent.
00:45:44Il y aura toujours un truc, en fait.
00:45:46Tu vois ? Demain, ça ne marche pas.
00:45:47Je vais vendre, je ne sais pas, qu'est-ce qu'ils aiment, les gens.
00:45:50Tu vois ce que je veux dire ?
00:45:51Là, tu ne te dirais pas, tiens, je vais aller voir pour avoir une licence, pour ouvrir le coficheur.
00:45:56J'aimerais bien.
00:45:56J'aimerais bien.
00:45:57Pourquoi pas ?
00:45:58Si dans ma vie, j'ai les moyens, tu vois ?
00:45:59Mais bon, les moyens, je vais les avoir en trafiquant, malheureusement.
00:46:02Je ne vais pas les avoir en train de travailler, c'est sûr.
00:46:05Après, oui, c'est vrai que c'est dangereux dans un contexte où il y a des risques à la
00:46:07police.
00:46:08Tu peux te faire attraper, tout le moment, tu peux aller en prison.
00:46:10On ne va pas se mentir.
00:46:11Les beaux maîtres, c'est une récréation.
00:46:13Voilà.
00:46:14Ils nous mettent là-bas.
00:46:15OK, ouais, c'est vrai.
00:46:16On va en prison.
00:46:17OK, bon, on ne rencontre que des amis.
00:46:19Et après, là-bas, tu fais des connaissances, qu'après, tu peux acheter des autres trucs,
00:46:22tu vois ?
00:46:23C'est dans l'école du crime, en fait.
00:46:24Ils leur mettent 5 ans, des petits.
00:46:26Ils sortent de la tête et déboussolent.
00:46:27Ils se prennent pour un manger.
00:46:28C'est normal.
00:46:30Je ne sais pas si c'est normal, mais c'est un peu désespérant.
00:46:35Je le cache bien comme il faut, très bien.
00:46:37Des jeunes qui se tirent dessus pour se partager les miettes d'un business qui les dépasse.
00:46:42D'autres jeunes qui ne sont pas prêts d'arrêter de consommer.
00:46:45La spirale semble inarrêtable.
00:46:51Alors en Amérique, plus précisément dans l'état de New York,
00:46:54les autorités ont décidé de prendre le problème autrement.
00:47:08Elles offrent aux trafiquants de drogue une chance de se reconvertir.
00:47:26On est dans mon magasin, ma colonie dans l'état de New York.
00:47:31C'est la première boutique que j'ai ouverte.
00:47:35Je l'avais imaginé comme ça.
00:47:38Les clients entrent.
00:47:40On contrôle leur identité.
00:47:43Ils doivent avoir 21 ans.
00:47:45C'est la loi.
00:47:46Ici, on ne veut pas vendre à des gamins.
00:47:52On dirige les clients vers cette borne.
00:47:55Là, il y a notre menu.
00:47:57On a de l'herbe.
00:47:58C'est le produit de base.
00:48:00On a du CBD, du THC en concentré, des trucs comme ça.
00:48:06Des boissons, du cidre, même des orangeades.
00:48:10Et aussi des friandises.
00:48:13Les gens adorent ça.
00:48:16L'ambiance est saine, est sécurisée, c'est propre.
00:48:19C'est pas comme si tu entrais dans un immeuble abandonné
00:48:21pour glisser un billet sous une porte et récupérer ta drogue par une trappe.
00:48:26Ici, c'est facile.
00:48:28T'as pas à te cacher.
00:48:31Donc là, c'est nos présentoirs.
00:48:34C'est là que tu peux regarder, sentir la marchandise.
00:48:38Si tu veux essayer, on ouvre la vitrine et on te propose des vaporisateurs pour goûter.
00:48:43Et voilà, tu peux acheter ce que tu veux.
00:48:49J'adore ça.
00:48:52J'adore vendre.
00:48:54Ça prend du temps et beaucoup de travail.
00:48:57Et ce logo, ça veut dire beaucoup.
00:48:59Excuse-moi, mais c'est énorme pour moi.
00:49:02Là, c'est mon certificat de licence.
00:49:06Et ça, c'est notre certificat d'autorité.
00:49:09Obtenir un de ces papiers, c'est extrêmement dur à New York.
00:49:13Tout le monde ne peut pas en avoir un.
00:49:15Il y a peut-être 200 personnes qui en ont un.
00:49:18Moi, j'en ai deux.
00:49:21Donc ça, c'est la ville, le code postal et l'intitulé de ma licence.
00:49:27Vente de cannabis pour adultes.
00:49:28Tu dois être bon dans ce que tu fais.
00:49:31Le gouvernement de New York cherche des gens qui savent comment vendre du cannabis.
00:49:36Comme ça, ils n'ont pas à les former.
00:49:38C'est aussi pour rectifier toutes les injustices commises durant toutes ces années.
00:49:48Ça représente beaucoup pour moi.
00:49:50J'ai mon autorisation légale.
00:49:52C'est carrément incroyable.
00:49:55La meilleure chose qui me soit arrivée.
00:50:04Mathieu a été arrêté à plusieurs reprises pour trafic de cannabis.
00:50:08Et c'est pour ça que l'État de New York lui a délivré une licence officielle.
00:50:12Une tentative de casser l'engrenage de la récidive.
00:50:18Je vends de l'herbe depuis que j'ai 12 ans.
00:50:20J'en ai vendu pendant plus de 20 ans et je me suis fait choper quelques fois.
00:50:27Mais en vieillissant, j'ai compris un truc.
00:50:29Le cannabis n'aurait jamais dû être illégal.
00:50:32C'était la pire chose à faire pour un gouvernement.
00:50:37Tu perds des revenus fiscaux et tu mets des gens en prison.
00:50:45Tu enlèves des pères à leurs enfants, des mères à leurs enfants, des enfants à leurs mères.
00:50:53La prison, ça change rien.
00:50:56Moi, maintenant, je suis rangé.
00:50:58J'ai mon business.
00:51:00J'ai un rôle positif.
00:51:02Je donne du boulot à des gens qui en ont besoin.
00:51:05J'emploie à peu près 40 personnes dans toutes mes activités.
00:51:11C'est vraiment un super truc.
00:51:13C'est positif.
00:51:20Parmi ses 40 employés, nombreux sont ceux qui, comme lui, ont fait de la prison.
00:51:26Pour Mathieu, l'expérience semble vertueuse.
00:51:29Aujourd'hui, il ouvre même une nouvelle boutique.
00:51:35Pour l'inauguration, il s'est entouré de ceux qui le suivent depuis l'époque où il n'était qu
00:51:39'un petit dealer.
00:51:40J'adore cette boutique. Vas-y, fonce, mon gars !
00:51:45Ah, les Américains.
00:51:47Toujours un coup d'avance.
00:51:50Pragmatiques et jamais les derniers quand il s'agit d'engranger des dollars.
00:51:54Des clients satisfaits, des employés rémunérés, du business et de la réinsertion.
00:52:02Quand je vois Mathieu si fier d'être reconverti en entrepreneur respectable,
00:52:06je pense à 2-3 gars que j'ai connus chez nous en France et qui auraient pu en faire
00:52:10autant.
00:52:14Bienvenue dans ma boutique.
00:52:15Merci d'être là et de nous soutenir.
00:52:17pour être ici pour ce moment.
00:52:19Est-ce qu'on est prêts ?
00:52:201, 2, 3 !
00:52:29Mais ici, ces expériences, c'est pas le genre de la maison.
00:52:37La France compte 1 million de fumeurs quotidiens de cannabis.
00:52:41Ce sont nos sœurs, nos frères, nos collègues.
00:52:51Alors comment on fait ?
00:52:54Il en faudra combien des mamans qui pleurent, des parents qui prient
00:52:57et des familles détruites par la mort ou la prison ?
00:53:14Débat doc ce soir autour de cannabis.
00:53:17Le paradoxe français, ce film d'Ali Ouattani.
00:53:20On a vu que la loi française était l'une des plus répressives d'Europe,
00:53:25que plus d'un Français adulte sur deux a déjà consommé du cannabis.
00:53:29Et pourtant, le sujet paralyse, très difficile.
00:53:32On a l'impression que le débat est impossible.
00:53:34On va relever le pari ce soir avec nos invités.
00:53:37Ils sont trois à avoir accepté notre invitation
00:53:39et je les salue chaleureusement.
00:53:42Nicolas Priss, bonsoir.
00:53:44Vous êtes médecin de santé publique, président de la Mildeka.
00:53:48C'est la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.
00:53:53Marie-Joffray Roustide, bonsoir.
00:53:55Bonsoir.
00:53:55Vous êtes sociologue et politiste, directrice de recherche à l'Inserm,
00:53:59spécialiste de la politique des drogues.
00:54:01Et vous avez dirigé un numéro passionnant de la revue Esprit,
00:54:05les nouveaux territoires des drogues.
00:54:07Yann Biziou, bonsoir.
00:54:08Vous êtes maître de conférence en droit privé et sciences criminelles
00:54:12à l'université Paul Valéry de Montpellier,
00:54:14spécialiste du droit des stupéfiants et de la lutte contre les drogues.
00:54:18Nicolas Priss, j'aimerais qu'on commence, puisqu'on l'a vu dans le film,
00:54:23la France mène depuis des décennies maintenant
00:54:25une politique répressive avec une législation qui est dure.
00:54:29Et pourtant, le cannabis reste la drogue illicite la plus consommée en France.
00:54:33Le constat, il est sans appel.
00:54:34L'OFDT estime à environ 900 000 le nombre d'usagers quotidiens.
00:54:41900 000 quotidiens.
00:54:43Nous avons voulu en parler avec vous parce que la Mildeka,
00:54:46que vous présidez à la Nîmes, elle coordonne l'action du gouvernement
00:54:50en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives.
00:54:53Les drogues licites et illicites, je le rappelle,
00:54:56puisque vous travaillez aussi bien sur l'alcool que sur le cannabis.
00:55:00En regardant les chiffres qu'on vient de voir là à l'instant,
00:55:04les chiffres de la consommation, la puissance du narcotrafic,
00:55:07les drames que ça engendre aussi dans des villes, évidemment, on pense à Marseille.
00:55:12Est-ce que vous faites aujourd'hui le constat d'un échec des politiques publiques
00:55:16en matière de lutte contre le cannabis ?
00:55:19Alors, deux mots peut-être, parce que vous citez un chiffre qui est effectivement le stock de personnes qui ont
00:55:23déjà fumé.
00:55:24Ça, c'est important de s'en rappeler.
00:55:26Un adulte sur deux.
00:55:27Un adulte sur deux environ et puis 900 000 consommateurs quotidiens.
00:55:32Autre indicateur intéressant, la consommation chez les jeunes.
00:55:35À 16 ans, en 2015, on avait à peu près 30% des jeunes de cet âge-là
00:55:40qui avaient déjà consommé une fois du cannabis.
00:55:43Aujourd'hui, on est à 8,4%.
00:55:45On est passé dans le tiers des pays européens les moins consommateurs chez les adolescents
00:55:52et en pré-adultes jeunes, si j'ose dire.
00:55:56Donc, ça prouve que le constat peut être un peu nuancé au regard de la dynamique que vous avez décrite.
00:56:02D'autre part, on insiste effectivement, à juste titre, sur une politique qui peut être qualifiée de répressive,
00:56:06mais on oublie complètement de regarder ce qui est fait par ailleurs en matière de prévention.
00:56:11On va en parler.
00:56:12Oui, mais c'est pour ça qu'on ne peut pas dire qu'elle est essentiellement ou exclusivement répressive.
00:56:17Elle est aussi centrée sur des questions de prévention.
00:56:20Et c'est pour ça aussi, peut-être, qu'on a une partie des bons chiffres chez les jeunes.
00:56:24Et puis, derrière, on a aussi de l'accompagnement et du soin pour les personnes.
00:56:28Alors, tout ça est sans doute imparfait.
00:56:30Je pense qu'il faut regarder la photo avec l'ensemble des politiques publiques.
00:56:36Et puis, d'autre part, peut-être avant d'aborder la question singulière de la légalisation.
00:56:41Oui, ou de la dépénalisation ou des différentes manières de sortir.
00:56:44Se dire, en fond, quel est notre objectif dans la société aujourd'hui ?
00:56:49Alors, c'est une très bonne question.
00:56:50Est-ce qu'on veut moins de consommateurs de cannabis ? Autant ? Plus ?
00:56:54Est-ce qu'on considère que c'est suffisamment dangereux pour essayer de mettre à l'abri beaucoup de personnes
00:56:58?
00:56:59Est-ce qu'on veut combattre les réseaux criminels ?
00:57:01Moi, c'est à peu près les deux objectifs qui m'intéresseraient aujourd'hui.
00:57:04On va y revenir, justement.
00:57:04Donc, à ce moment-là, quelle piste ?
00:57:06Quelle piste, justement ?
00:57:07Et là, pour le coup, c'est un choix de société, c'est un choix politique.
00:57:11Yann Biziou, d'un mot, quand vous entendez justement ce bilan-là, est-ce que vous faites le même ?
00:57:16Non, je ne vais pas faire le même.
00:57:17Est-ce que vous parleriez de prohibition ?
00:57:20Moi, je parle clairement d'un régime qui est un des plus répressifs d'Europe et qui est en échec.
00:57:26Alors, pourquoi plus répressif ?
00:57:28Là, on a la loi Riposte qui vient d'être publiée au mois d'août.
00:57:32On est sur des interdictions en cascade pour les usagers.
00:57:37Et là, dans un article que je vais publier bientôt, je parle de l'usager paria.
00:57:41On est sur une logique d'exclusion des usagers de la société.
00:57:45Et ça, moi, ça me choque.
00:57:46Et puis après, sur l'efficacité ou les résultats, moi, je m'intéresse pas aux statistiques sur les saisies, les
00:57:55interpellations.
00:57:56Ça ne veut rien dire.
00:57:57Ça traduit l'activité de la police, pas la réalité.
00:57:59Malgré tout, on a vu un très dévouement des policiers pour lutter contre les réseaux criminels.
00:58:05Mais on a trois critères, les trois P. Prévalence, le nombre de consommateurs, le prix et la pureté.
00:58:12D'accord.
00:58:13La pureté des produits, elle n'a jamais été aussi grande.
00:58:15Le prix, il n'a jamais été aussi bas.
00:58:17Et la prévalence, alors vous avez raison sur la baisse de la consommation de cannabis chez les mineurs,
00:58:23on la retrouve partout, on la retrouve aussi au Canada.
00:58:29Donc, pour moi, non, on est sur un système d'exclusion et qui n'est pas efficace.
00:58:33Marie-Jophré Rousside, pour vous, justement, est-ce que cette politique publique, elle est efficace ou non ?
00:58:40Alors, tout dépend de quelle politique publique on parle.
00:58:42C'est-à-dire que la prohibition est clairement inefficace.
00:58:46La répression.
00:58:48La répression est clairement inefficace et également contre-productive.
00:58:51Donc, si on regarde les chiffres, c'est très important de regarder les chiffres comme l'a fait Nicolas Priss
00:58:56tout à l'heure.
00:58:57Donc, chez les jeunes de 16 ans, on a en effet une baisse qu'on observe dans tous les pays
00:59:01d'Europe.
00:59:02Mais quand on regarde les 15-34 ans, ils sont aussi des jeunes.
00:59:05Les derniers chiffres de l'Observatoire européen des drogues montrent que la France est un des pays
00:59:11où on a encore le plus haut niveau de consommation de cannabis.
00:59:14Dans l'année, on a 19% des jeunes, enfin 19% des 15-34 ans qui ont consommé du
00:59:23cannabis.
00:59:23Et quand on regarde la moyenne européenne, elle est à 15%.
00:59:26Donc, on se situe toujours, on est très élevé.
00:59:29Et quand on regarde par exemple au Portugal, on a 4 fois moins de consommation chez les 15-34 ans
00:59:36dans la dernière année.
00:59:37Donc, on voit que le modèle français de prohibition n'a pas permis de faire baisser la consommation.
00:59:42En revanche, on a un modèle de prévention qui, lui, est intéressant et en particulier une politique publique française
00:59:50qui a mis beaucoup d'argent ces dernières années sur les programmes de développement des compétences psychosociales chez les jeunes
00:59:57et qui commence à montrer ses effets chez les jeunes âgés de 16 ans.
01:00:01Mais par contre, sur la répression, toutes les études scientifiques le montrent.
01:00:05Ça ne fait pas baisser la consommation.
01:00:07On le voit quand on compare avec le Portugal ou avec le Québec, on pourra y revenir.
01:00:11Et surtout, ça éloigne les usagers, les personnes qui consomment des soins
01:00:16parce que la répression fait que les gens ont honte de consommer.
01:00:19Ils ne vont pas vers les soins.
01:00:21Ils sont beaucoup moins bien informés.
01:00:23Donc, ça a aussi des effets contre-productifs.
01:00:25Il y a une question qui est importante.
01:00:27C'est celle des décisions, des politiques publiques menées par les différents exécutifs
01:00:33et quelles que soient leurs couleurs politiques.
01:00:35On a l'impression que c'est la même politique, pour le coup, qu'on soit de gauche, de droite,
01:00:39avec des gouvernements qui se succèdent.
01:00:42Est-ce qu'il est temps aujourd'hui de changer de modèle en France,
01:00:45de changer de modèle de politique publique en matière de cannabis ?
01:00:48Pour aller vers la légalisation ? C'est ça votre question ?
01:00:51Non, en fait, pour sortir justement de cet échec que nous sommes ici tous en train de constater.
01:00:58L'échec, c'est aussi des dizaines d'années d'une certaine forme de banalisation de ce produit-là.
01:01:04On faim aujourd'hui de découvrir que c'est dangereux pour la santé mentale,
01:01:07que c'est dangereux pour la motivation des personnes jeunes,
01:01:10que ça ne sert pas les résultats des personnes et des entreprises qui les emploient souvent.
01:01:15On a de plus en plus de données, comme ça, qui montrent d'une certaine manière
01:01:18que le cannabis n'est pas du tout ce que d'aucuns qualifient de drogue douce.
01:01:23Donc ça, c'est plus qu'un changement politique,
01:01:26c'est un changement de regard sociétal sur ce sujet.
01:01:28Il ne s'agit pas de dramatiser, mais il s'agit non plus de ne pas banaliser.
01:01:32Et comme le disait Marie-Geoffrey Roustine,
01:01:33de ne pas stigmatiser les consommateurs qui ont besoin de soins.
01:01:36– Mais je disais justement que vous vous occupez des drogues illégales, des drogues légales.
01:01:40Il y a eu le parallèle qu'on a vu dans le film entre le cannabis et l'alcool, par
01:01:45exemple.
01:01:46Qu'est-ce que vous pensez de ce parallèle-là ?
01:01:48Parce que tout ce que vous venez de dire à propos du cannabis,
01:01:50on pourrait reprendre mot pour mot ce que vous avez dit et l'appliquer à l'alcool.
01:01:54– Oui, et alors, si j'ose dire ?
01:01:56– L'alcool est en vente, l'encadré.
01:01:58– Oui, et on veut interdire l'alcool, on voudrait interdire l'alcool.
01:02:02C'est des produits qui ont des histoires différentes dans la société.
01:02:06Moi, je pense à un exemple.
01:02:07On nous dit, on va légaliser, on va rapporter de l'argent à l'État sur ce genre de choses.
01:02:12Profondément, ça me pose un problème d'éthique politique.
01:02:14C'est-à-dire, aujourd'hui, rapporter de l'argent en mettant sur le marché
01:02:17officiellement un nouveau produit dangereux,
01:02:19c'est quelque chose qui, au minimum, m'interroge.
01:02:22– Yann Biziot ?
01:02:24– Oui, on le fait sur le tabac, on le fait sur l'alcool.
01:02:27– Oui, mais encore une fois, histoire différente.
01:02:28– Et ce qu'on voit sur les pays qui ont légalisé,
01:02:31c'est qu'on a quand même un équilibre.
01:02:34C'est-à-dire que ce n'est pas rajouter un produit,
01:02:37ce que disait dans votre reportage le représentant de l'Académie de médecine,
01:02:41rajouter un produit, ce n'est pas rajouter de la consommation.
01:02:42– L'Académie de médecine, elle est fermée radicalement.
01:02:45– Historiquement.
01:02:46– Historiquement, mais elle continue de l'être.
01:02:49– On, elle travaille aussi.
01:02:49– Et elle travaille, oui, sur la base de ces enquêtes.
01:02:51– C'est une proposition idéologique.
01:02:52– Non, non, justement, ce n'est pas de la morale.
01:02:54C'est peut-être de la morale, justement, vous allez nous le dire.
01:02:56– C'est de la morale.
01:02:57– Oui, l'Académie de médecine, en fait,
01:03:01l'ensemble des médecins dans le champ de la dictologie,
01:03:04qui sont les médecins, en fait, qui prennent en charge
01:03:06les personnes qui ont des problèmes de consommation avec le cannabis
01:03:09ou avec d'autres substances,
01:03:11il y a une étude qui vient de sortir
01:03:13et qui montre que la majorité de ces médecins
01:03:15sont favorables à la légalisation.
01:03:17Mais moi, je trouve qu'il est plus intéressant
01:03:19de s'interroger sur ces questions-là en termes de régulation.
01:03:22Et c'est pour ça que l'exemple du tabac
01:03:24qui vient d'être évoqué par Yann Bissiou est intéressant.
01:03:26C'est qu'en fait, ce qui est important, c'est de réguler,
01:03:29c'est-à-dire de faire en sorte qu'on ait une politique publique
01:03:32qui protège les plus jeunes.
01:03:34Donc ça, c'est très important.
01:03:35Et c'est ce qui se fait dans les politiques de régulation du Canada.
01:03:38– Et comment est-ce qu'on régule ce qui relève du narcotrafic ?
01:03:40On l'a vu avec des situations parfois d'extrême violence,
01:03:43avec des policiers qui ont le plus grand mal
01:03:46à lutter contre des réseaux extrêmement bien structurés,
01:03:49qui font du marketing, qui utilisent des téléphones portables
01:03:52et les moyens les plus pointus pour séduire une clientèle
01:03:55et la livraient parfois même à domicile,
01:03:57ce qui était assez frappant dans le documentaire.
01:04:00– Pour réguler plusieurs choses.
01:04:01D'abord, ce qu'on voit, c'est qu'il y a différents modèles
01:04:03de légalisation, de régulation.
01:04:05Au Québec, par exemple, c'est un modèle qui est très étatique,
01:04:09tout l'argent revient à l'État
01:04:10et la part du marché noir et donc du trafic a considérablement baissé.
01:04:14Et sur la question des violences liées au trafic,
01:04:16il n'y a pas de recette miracle, c'est un sujet qui est très complexe.
01:04:19Je pense qu'on est tous d'accord autour de cette table pour le dire.
01:04:22Mais par contre, il faut aussi s'interroger aux environnements de vie
01:04:27dans lesquels le trafic prospère.
01:04:29On sait que dans les sociétés qui produisent des inégalités sociales,
01:04:32on a plus de trafic.
01:04:33Donc, si on met de l'argent dans les quartiers populaires,
01:04:37si on permet aux jeunes qui sont inclus dans les trafics
01:04:40d'accéder à l'école,
01:04:43Khadija Sarraoui vient d'écrire un ouvrage sur cette question
01:04:46des jeunes qui s'inscrivent dans le trafic.
01:04:48Elle montre qu'ils souhaiteraient, s'ils avaient le choix,
01:04:50être plutôt professeur d'école, avocat.
01:04:54Donc, c'est une dimension globale
01:04:57et il ne faut pas se focaliser sur la seule question
01:05:00de cette drogue en particulier.
01:05:02Vous, vous voyez la dimension répressive.
01:05:05Malgré tout, qu'est-ce qu'un État peut faire
01:05:07lorsqu'il est face à tout simplement de l'illégalité
01:05:11et à un produit dangereux ?
01:05:13On a à peu près 400 stupéfiants.
01:05:17La prohibition, ça fonctionne sur 390.
01:05:20Donc, la prohibition peut être un outil efficace.
01:05:22Simplement, sur 10 substances, en gros, là, ça ne marche pas.
01:05:26Et sur le cannabis, sur la cocaïne, on est sur une autre dimension.
01:05:30Pourquoi ça ne marche pas sur ces produits-là en particulier ?
01:05:32Alors, si vous regardez historiquement les prohibitions,
01:05:34il y en a qui ont marché.
01:05:35Je peux vous citer l'opium à Tahiti en 1916.
01:05:38Je peux vous citer le cannabis au Maroc dans les années aussi 1916.
01:05:43Mais revenons en France en 2026 ou 2027.
01:05:47Première règle, la capacité à l'appliquer, la prohibition.
01:05:50À Tahiti, en 1916, c'était facile.
01:05:52Il y avait un bateau tous les mois.
01:05:55Et la deuxième chose, un produit de substitution.
01:05:58On a très bien réussi la prohibition de l'absinthe.
01:06:01On a inventé le pastis.
01:06:03Et sur le cannabis, si vous voulez, ou sur les drogues en général,
01:06:07si vous voulez une prohibition efficace,
01:06:09d'abord, il ne faut pas que ce soit un problème global de société.
01:06:13Là, quand vous avez 900 000 consommateurs, c'est énorme.
01:06:16Nicolas Priss, qu'est-ce que vous pensez justement des cas étrangers,
01:06:19des exemples à l'étranger dont on dit qu'ils ont des vertus ?
01:06:24Comme par exemple au Canada, au Québec en particulier.
01:06:28Vous regardez ça comme si c'était une autre planète
01:06:31et pas adaptée à la culture ou aux politiques publiques en France ?
01:06:34Non, pas du tout.
01:06:36Dans le reportage, il est dit au début,
01:06:38tout le monde légalise dans le monde.
01:06:39Et nous, on ne le fait pas.
01:06:42Tout le monde ne légalise pas.
01:06:43Non, non, mais la tendance, elle n'est pas du tout celle-là.
01:06:45Enfin, c'est ce qui est dit dans le reportage.
01:06:47Pardonnez-moi, je mets l'accent là-dessus.
01:06:48Elle ne traduit pas la tendance.
01:06:50On a même des pays qui sont revenus en arrière.
01:06:52Peu, mais l'exemple de la Thaïlande.
01:06:54L'Allemagne n'a pas été au bout de sa réforme non plus.
01:06:57Donc, on n'est pas, sur notre île,
01:07:00entourés de pays qui ont tous changé de réglementation.
01:07:04Non, pas tous, mais beaucoup de démocratie et d'état de droit.
01:07:06Certaines.
01:07:08Néanmoins, en Europe, il y en a trois.
01:07:10Il y a Malte, le Luxembourg,
01:07:12essentiellement sur la légalisation et l'Allemagne en partie.
01:07:15Et la Suisse et les Pays-Bas.
01:07:16Oui, mais ce n'est pas l'Europe.
01:07:18Les Pays-Bas, ce n'est pas la légalisation.
01:07:20Il y a une expérimentation qui est en cours sur la légalisation.
01:07:23Je termine là-dessus.
01:07:25La question n'est pas de se dire,
01:07:26ces gens-là ont forcément tort, etc.
01:07:28Est-ce qu'on appliquerait ça correctement chez nous
01:07:30et qu'est-ce que ça changerait ?
01:07:32Encore une fois, en regardant le spectre de l'ensemble des leviers.
01:07:35Moi, je crains que ça ne marche pas chez nous
01:07:37sur les objectifs que je vous ai dit au début.
01:07:39Et puis, je voudrais vous rappeler quelque chose.
01:07:41Parce qu'on parlait tout à l'heure du tabac et de l'alcool.
01:07:43En France, on ne sait pas faire respecter l'interdiction
01:07:45de vendre des produits psychoactifs aux mineurs.
01:07:47Ni des jeux de hasard et d'argent.
01:07:49Quand vous allez dans beaucoup de bureaux de tabac
01:07:52ou beaucoup d'épiceries qui vendent de l'alcool,
01:07:55c'est compliqué d'exiger la preuve de la majorité.
01:07:57On a encore beaucoup de difficultés avec ça.
01:07:59Je ne vois pas pourquoi on ferait mieux avec ce produit-là, le cannabis.
01:08:02Donc, on prendrait le risque...
01:08:05Nous ne sommes pas capables de faire respecter les lois que nous votons.
01:08:08C'est un gros enjeu pour les produits psychoactifs
01:08:11et les drogues, qu'elles soient légales ou illégales,
01:08:13de faire respecter des interdits protecteurs
01:08:16tels que l'interdiction de vente aux mineurs.
01:08:18Marie-Geoffrey Roustide, il y a une exception française ?
01:08:20Alors, je ne pense pas qu'il y ait une exception française.
01:08:23D'ailleurs, il y a de plus en plus de politiques
01:08:24qui militent pour la fin de la prohibition, de droite comme de gauche.
01:08:30Depuis l'exemple québécois...
01:08:31Mais pas quand ils arrivent au gouvernement ?
01:08:33Alors, moins quand ils arrivent au gouvernement...
01:08:34Alors, quand on voit la succession des ministres de l'Intérieur,
01:08:37je pense depuis la création de la Vème République...
01:08:39Mais en fait, cette tendance, on l'observe depuis 2018-2019,
01:08:44depuis l'exemple québécois.
01:08:45Et je voudrais m'attarder très rapidement sur cet exemple.
01:08:48L'exemple québécois, il est extrêmement intéressant
01:08:50parce qu'en fait, c'est un modèle étatique.
01:08:52Il n'y a pas de profit qui est fait autour du cannabis.
01:08:57Tout l'argent est réinvesti dans la prévention.
01:08:59Oui, vous l'avez dit.
01:08:59Et en fait, ce qui se passe avec ce modèle-là,
01:09:01c'est qu'on a observé une baisse de la consommation chez les jeunes.
01:09:05C'est-à-dire qu'il faut quand même rappeler que le cannabis,
01:09:08les dangers, ils sont particulièrement importants chez les jeunes,
01:09:11chez les personnes plus âgées.
01:09:12Le cannabis est aujourd'hui utilisé comme un substitut à la morphine, par exemple,
01:09:18et cause beaucoup moins de dégâts que la morphine.
01:09:20Donc en fait, il y a aussi des intérêts thérapeutiques à utiliser le cannabis.
01:09:24Alors justement, merci d'avoir prononcé le mot, parce que la question...
01:09:27On doit comparer le cannabis thérapeutique et la morphine.
01:09:29Alors si, en fait, au Canada, aujourd'hui...
01:09:31Dans le cas de la lutte contre la douleur, on ne va pas ouvrir le débat de manière scientifique,
01:09:35le cannabis est utilisé à la place de la morphine.
01:09:37Parce qu'il y a une expérimentation, pour le coup, et qui est menée depuis 2023 en France,
01:09:41sur le cannabis thérapeutique.
01:09:42Celui qui aiderait, par exemple, des malades en très grande souffrance,
01:09:46qui pourrait les soulager.
01:09:48Cette expérimentation, on va la mener jusqu'à quand ?
01:09:51Est-ce qu'on peut en faire le bilan aujourd'hui ?
01:09:53Est-ce qu'on peut imaginer qu'en 2027, c'est-à-dire demain,
01:09:57on puisse avoir accès au cannabis thérapeutique,
01:10:00pas récréatif, thérapeutique ?
01:10:01Bien sûr !
01:10:02Et peut-être...
01:10:03Bien sûr !
01:10:03Et très sincèrement...
01:10:06Là, je reprends l'exemple de Marie-Joffrey Roustine.
01:10:08La morphine, elle est faite à partir du pavot.
01:10:10Il n'y a aucune difficulté.
01:10:11On a transformé un produit extrait de cette plante en véritable médicament,
01:10:16dont on a évalué pendant assez longtemps, là aussi,
01:10:19ce qu'on appelle le rapport bénéfice-risque.
01:10:20Donc là, on pourrait le faire avec le cannabis.
01:10:22Exactement !
01:10:22L'objectif, c'est sans doute ça de cette expérimentation.
01:10:26Ça, c'est un scoop que vous nous donnez ?
01:10:27Non, ce n'est pas un scoop, cette expérimentation...
01:10:28Mais les décrets d'application sont quasiment prêts au ministère de l'Intérieur et de la Santé ?
01:10:33D'application, je ne sais pas exactement où ils en sont,
01:10:36mais comprenons bien le processus.
01:10:38L'idée, c'est de dire, dans un rapport bénéfice-risque,
01:10:40ça fait plus de biens ou ça soulage des malades
01:10:42et ça ne présente pas de risques particuliers.
01:10:44Bien sûr !
01:10:44Ensuite, on compare ces nouveaux médicaments à des médicaments existants.
01:10:48Et on qualifie, en fonction de cette étude,
01:10:52le nouveau service médical qui est rendu.
01:10:54Et avec ça, on introduit quand même une notion pas neutre,
01:10:58une seconde, le prix.
01:11:00Et le niveau de remboursement qu'on souhaite,
01:11:03parce que c'est quand même une addition...
01:11:04C'est remboursé par la Sécurité Sociale ?
01:11:06Exactement ! Et c'est ça tout l'enjeu aussi.
01:11:07Alors, Yann Bisou, vous n'aviez pas du tout l'air d'accord ?
01:11:10Non, le but de l'expérimentation,
01:11:11il a été affiché dès le début,
01:11:13ce n'était pas de savoir si le cannabis était intéressant
01:11:15d'un point de vue thérapeutique.
01:11:17Ça, c'était affirmé dès le départ.
01:11:19L'expérimentation, le but, c'était de savoir si on était capable
01:11:22de mettre en place...
01:11:24Franchement, oui, on est capable.
01:11:25Enfin, on n'est pas moins doué que les autres, quoi.
01:11:28Et ça fait des années qu'on a dit,
01:11:29ah non, mais on n'est peut-être pas si capable que ça...
01:11:31Non, non. Il y a eu un blocage politique
01:11:33sur le cannabis thérapeutique,
01:11:35c'est évident.
01:11:37En tout cas, vous, vous nous dites que ça va évoluer.
01:11:40Ça doit évoluer.
01:11:41Au terme du processus,
01:11:43on aura des réponses.
01:11:44Mais il y a aujourd'hui, malgré tout,
01:11:47des amendes.
01:11:48C'est vrai qu'on l'a vu avec l'intervention
01:11:50des forces de l'ordre, on met des amendes
01:11:52aux consommateurs.
01:11:53Est-ce que ça, par exemple,
01:11:54c'est de nature à être efficace ou pas ?
01:11:56Non.
01:11:56Il y a une vision, non ?
01:11:57Non. Pourquoi non ?
01:11:58Non. Et alors, on avait même plus merveilleux.
01:12:01C'est-à-dire que dans la première version,
01:12:03le policier devait remettre
01:12:05un coupon
01:12:08santé publique
01:12:09à la personne qu'il verbalisait
01:12:11pour lui donner la liste des centres...
01:12:13Ça n'a jamais été mis en place.
01:12:14Oui, mais ça passe de 200 à 500 euros.
01:12:16On peut se dire qu'il y a une efficacité
01:12:19de la peine ou de la punition.
01:12:19On n'arrivait déjà pas à obtenir le paiement à 200 euros.
01:12:22Alors, est-ce qu'on va obtenir plus de règlements ?
01:12:24Mais ça, je ne comprends pas.
01:12:25En fait, c'est comme si on baissait les bras,
01:12:26on vote des lois,
01:12:27on prend des décisions
01:12:28et on ne peut pas les faire appliquer.
01:12:29Alors, quel sens a la loi
01:12:32lorsqu'on ne peut pas l'appliquer ?
01:12:34Il y a toujours dans toutes les amendes
01:12:37un taux de recouvrement qui est...
01:12:38Surtout quand on sait qu'un tiers est payé, oui.
01:12:41Un tiers est payé,
01:12:41puis ça crée des inégalités
01:12:43parce qu'en fait, les amendes, elles sont liées au contrôle de police
01:12:45et donc des études sociologiques montrent
01:12:48qu'en fait, les jeunes qui sont contrôlés
01:12:50sont toujours les mêmes,
01:12:51des jeunes racisés issus des quartiers populaires.
01:12:54Donc, ça crée des inégalités
01:12:56puisque ce sont eux qui sont ciblés
01:12:58généralement par ces amendes.
01:12:59C'est la Sainte-Saint-Denis et c'est Marseille
01:13:01qui sont les deux villes où il y a le plus d'amendes
01:13:04qui sont mises et ça crée de l'endettement.
01:13:05Même si la consommation dépasse très largement
01:13:08les quartiers populaires.
01:13:09Toutes les classes sociales et d'ailleurs,
01:13:11il y a des études de l'OFDT
01:13:13très intéressantes qui ont montré il y a quelques années
01:13:15L'OFDT, rappelez-nous.
01:13:16L'Observatoire français des drogues et les tendances addictives
01:13:18qui ont mis en évidence que les jeunes
01:13:20issus des quartiers aisés à Paris
01:13:22consommaient plus de substances illicites
01:13:25que les jeunes issus des quartiers populaires
01:13:27mais eux sont moins touchés par les amendes
01:13:29des inégalités et des situations d'endettement
01:13:31et de perte de chance pour ces jeunes.
01:13:34Et encore une fois, je comprends qu'on parle
01:13:35à la fois des amendes, du système
01:13:37dit répressif.
01:13:40Mais regardons aussi les efforts
01:13:41qui sont faits en matière de prévention.
01:13:43Alors, justement, merci de faire la transition
01:13:44parce que j'allais exactement y venir.
01:13:46Parce que vous avez vu, par exemple,
01:13:48les différentes campagnes de prévention,
01:13:49elles ont évolué au fil du temps
01:13:51mais il y a une nouvelle tendance,
01:13:53celle menée par l'un des derniers ministres
01:13:55de l'Intérieur, qui était axée
01:13:57sur la culpabilisation du consommateur
01:13:58ou en tout cas lui faire sentir à ce consommateur
01:14:01qu'en bout de ligne,
01:14:03derrière le joint qu'il fumait,
01:14:05il y avait des morts,
01:14:07il y avait des personnes exploitées
01:14:09et du trafic.
01:14:11Ça ne marche pas ?
01:14:13Ça ne marche pas ces campagnes de prévention ?
01:14:16Pourquoi ?
01:14:16Je ne suis pas sûr que ce soit
01:14:17une campagne dite de prévention.
01:14:19C'est une campagne de responsabilisation,
01:14:21culpabilisation, appelons ça ce qu'on veut.
01:14:23Culpabilisation, vous reprenez le mot ?
01:14:25Non, moi j'ai dit responsabilisation.
01:14:27Et qui ne peut pas s'adresser d'ailleurs
01:14:29aux consommateurs dépendants.
01:14:31Les consommateurs dépendants ne peuvent pas,
01:14:33j'allais dire, être dans la responsabilisation.
01:14:35Or, le cannabis, ça peut rendre dépendant.
01:14:37À ce moment-là, il n'y a qu'une seule solution,
01:14:39c'est d'aller vers le soin.
01:14:41Mais, on a fait nous-mêmes, à la Mille des cas,
01:14:43des campagnes d'information et de prévention
01:14:46sur les risques liés à la consommation.
01:14:49Et vous en avez mesuré l'efficacité ?
01:14:50Absolument.
01:14:51Et, je peux vous dire que beaucoup de gens
01:14:53ont découvert des risques, en réalité.
01:14:56D'où la lutte contre la banalisation
01:14:58de ce produit aussi, qui est une importante.
01:14:59Marie-Geoffray Roussille,
01:15:00qu'est-ce que vous pensez de ces campagnes-là ?
01:15:02Alors moi, je reprends la dernière
01:15:03que tout le monde a en tête,
01:15:05cette campagne de culpabilisation
01:15:06ou de responsabilisation, selon les termes.
01:15:09Alors, la culpabilisation, ça ne fonctionne pas.
01:15:11Ça ne fonctionne pas.
01:15:12Le monde, ça éloigne des soins.
01:15:14Par contre, la responsabilisation,
01:15:16là, ça fonctionne.
01:15:17Et moi, je pense que ça fonctionne même
01:15:18chez les personnes qui sont dépendantes.
01:15:20Mais là, puisqu'on a un débat même des termes,
01:15:22qu'est-ce qui relève de la responsabilisation
01:15:24et de la culpabilisation ?
01:15:25Responsabiliser, ça veut dire être mieux informé.
01:15:27Et en fait, les consommateurs,
01:15:29même ceux qui sont dépendants,
01:15:30souhaiteraient, s'ils le pouvaient,
01:15:32acheter du cannabis de bonne qualité
01:15:34parce que, donc, dans un marché légal.
01:15:36Et donc, acheter du cannabis de bonne qualité
01:15:39dans un marché légal pour les adultes
01:15:42et pas pour les mineurs, bien sûr.
01:15:45Oui, bien sûr.
01:15:45Voilà.
01:15:45Et donc, au Québec, l'âge,
01:15:47c'est au-delà de 21 ans.
01:15:48Ça permet aussi de diminuer les risques
01:15:50parce qu'en fait, le cannabis actuel
01:15:52qui est consommé, qui est acheté
01:15:54sur un marché illégal,
01:15:55les personnes ne savent pas
01:15:56quelle est la teneur en THC,
01:15:58quels sont les produits qui sont ajoutés.
01:16:00Donc, en fait,
01:16:01responsabiliser le consommateur,
01:16:02c'est aussi lui permettre
01:16:04d'avoir accès à un marché légal.
01:16:05Yann Biziou, même question
01:16:07sur cette démarche de prévention,
01:16:10culpabilisation, responsabilisation.
01:16:11J'ai testé la campagne auprès de mes étudiants.
01:16:13Alors, aucune valeur scientifique.
01:16:15C'était très intéressant, la réaction.
01:16:17Il y a sûrement des consommateurs dedans.
01:16:20Ça leur passe au-dessus, cette campagne.
01:16:21Et il y a aussi des non-consommateurs.
01:16:24Et alors, eux, ils ne comprenaient pas.
01:16:24Et ils ne voyaient pas le sens du message.
01:16:27Donc, c'est...
01:16:27Ça, ça ne fonctionne pas.
01:16:29Ensuite, ce qu'on sait, c'est quoi ?
01:16:31C'est que quand vous avez un système d'interdits,
01:16:32que vous avez le fameux...
01:16:34Vous évoquiez dans votre reportage L630,
01:16:38euh...
01:16:38Et bien, expliquer, faire de la prévention,
01:16:41et notamment auprès des personnes
01:16:43qui sont déjà consommatrices,
01:16:44c'est compliqué.
01:16:46Marie-Joffray évoquait le Québec,
01:16:49on ne peut pas faire du phoning.
01:16:51Ils vont appeler les gens...
01:16:52Le phoning, c'est-à-dire...
01:16:53Ils vont appeler les gens et ils vont leur dire,
01:16:55vous avez acheté du cannabis,
01:16:56est-ce qu'on pourrait parler avec vous
01:16:58des dernières études sur les accidents ?
01:17:00On ne peut pas faire ça.
01:17:02Nicolas Priss, dernière question.
01:17:04Est-ce qu'on a tort de se focaliser sur le cannabis ?
01:17:07Est-ce qu'aujourd'hui, c'est le problème de santé publique majeur
01:17:11lorsqu'on parle de drogue et de drogue illicite ?
01:17:14Ah, quand on parle de drogue illicite...
01:17:15Vous avez un spectre extrêmement large,
01:17:18mais quel est le plus grand péril
01:17:20pour une société comme la société française aujourd'hui ?
01:17:22Est-ce que ça se déplace vers les drogues de synthèse ?
01:17:24Est-ce que ça se déplace vers la consommation
01:17:27de plus en plus généralisée de la cocaïne, par exemple ?
01:17:30Est-ce que ça reste l'alcool ?
01:17:31Quel est votre point de vue là-dessus ?
01:17:32Je vais essayer de faire vite.
01:17:35J'en reviens toujours à l'exemple du tabac.
01:17:36Le tueur en série historique en France, c'est le tabac.
01:17:3968 000 morts chaque année, même si on a perdu...
01:17:42Alors là, pas par mort, mais on a une diminution
01:17:45du nombre de consommateurs de tabac
01:17:47de 4 millions sur les 10 dernières années.
01:17:49Ça, c'est très important.
01:17:51La question, c'est que le cannabis, c'est souvent lié au tabac.
01:17:53C'est-à-dire que vous mélangez dans le joint
01:17:55du tabac et du cannabis.
01:17:57Et ça, ça fait l'objet, à mon sens,
01:17:59d'une politique qui doit être très assemblée
01:18:02autour de ce sujet-là,
01:18:04de façon à ce que toute réforme sur le cannabis
01:18:06n'influence pas négativement les succès
01:18:08qu'on est en train d'engranger sur le tabac.
01:18:10Et ensuite, je réponds juste sur les illicites.
01:18:12Oui, d'un mot.
01:18:13Aujourd'hui, l'enjeu, il est quand même
01:18:14autour des drogues stimulantes,
01:18:16et la cocaïne en particulier,
01:18:17avec son dérivé, le crack.
01:18:18Le cannabis, sujet majeur de santé publique
01:18:21ou est-ce qu'on est déjà en retard d'une guerre ou d'un sujet ?
01:18:25Sujet majeur, mais aussi sujet majeur
01:18:28d'un point de vue de sécurité.
01:18:29Parce que le narcotrafic, le cannabis,
01:18:31c'est quand même le fonds de commerce de base.
01:18:33C'est ce qui alimente le point de deal à la base.
01:18:36Après, on va rajouter pour le bénéfice
01:18:38la cocaïne et les autres produits.
01:18:39Oui.
01:18:40Donc, réglons ce problème du cannabis.
01:18:43Pour moi, pas une légalisation contrôlée.
01:18:46Bien sûr, et c'est l'intérêt de ce débat,
01:18:48c'est d'entendre différents points de vue.
01:18:49Et à ce moment-là, on réglera aussi,
01:18:51en partie, à mon avis, une partie du narcotrafic.
01:18:53Marie Geoffrey Rousside, vous aurez le mot de la fin.
01:18:56Moi, je pense que le cannabis,
01:18:57ce n'est pas uniquement un problème.
01:18:59C'est-à-dire qu'en fait, ça peut être un problème
01:19:00chez les plus jeunes,
01:19:01qu'il est nécessaire de protéger cette population.
01:19:05Mais par contre, ça peut être une solution
01:19:07chez des personnes âgées, par exemple,
01:19:09qui ont des douleurs,
01:19:10qui résistent à d'autres médicaments.
01:19:11Et donc, c'est pour ça que j'évoquais
01:19:12la question de la morphine.
01:19:13Parce qu'aux Etats-Unis,
01:19:14vous avez une épidémie d'overdoses opiacées.
01:19:17Et donc, le cannabis peut être utilisé également.
01:19:21Mais acheté sur prescription.
01:19:22Acheté sur prescription.
01:19:23Et dans ce cas-là, ça devient une solution
01:19:25et ça ne devient pas un risque.
01:19:26Donc, il faut voir la question du cannabis
01:19:28de manière plus complexe, on va dire.
01:19:30Ben, merci.
01:19:31C'est le mot sur lequel je voulais qu'on termine.
01:19:33Parce que ce débat, finalement,
01:19:34il n'est pas impossible.
01:19:35Il s'agit juste d'en aborder la complexité,
01:19:38la finesse,
01:19:39et de s'écouter,
01:19:41de pouvoir échanger
01:19:42pour espérer peut-être avancer.
01:19:44Qui sait ?
01:19:45Merci à tous les trois d'avoir été les invités
01:19:47de Débat Doc.
01:19:48Merci à vous de nous avoir suivis.
01:19:50Débat Doc, c'est terminé.
01:19:52Merci à tous.
01:19:53Merci à tous.
01:20:00Merci à tous.
01:20:08Merci à tous.
01:20:09Merci à tous.
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