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Avec Anthony Chauveau, Secrétaire Général de l'UNSA SDIS 37

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##LE_FAIT_DU_JOUR-2026-09-30##

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Transcription
00:00On est ravis de vous avoir, Anthony Chauveau, secrétaire général de l'INSA SDIS 37.
00:05Bonjour, ça fait quelques mois qu'on parle de vous et qu'on vous soutient,
00:10mais on se rend compte aussi que votre colère, elle, ne s'éteint pas.
00:16Bonjour, Anthony Chauveau, merci d'être avec nous en direct sur Sud Radio.
00:22Vous représentez une institution chère au cœur des Français
00:25et de tous les services publics de la République.
00:28Vous êtes vraiment ceux qui allaient, bien sûr qu'il y a les infirmiers, il y a les policiers,
00:32mais vous êtes toujours là, quoi qu'il arrive,
00:34et vous mettez souvent votre vie en jeu pour protéger les citoyennes et les citoyens
00:39et prendre des risques énormes pour préserver ce pays.
00:43Vous estimez à juste titre, comme les autres professions que j'ai citées,
00:47vous n'avez pas la considération et le respect que vous méritez.
00:49Et là, ce qui est assez rare, vous sortez dans la rue,
00:53non pas pour éteindre un incendie,
00:55mais justement pour, j'allais dire, faire en sorte que cette protestation interpelle le gouvernement.
01:01Où est-ce que vous en êtes aujourd'hui dans le contact avec les pouvoirs publics ?
01:07Écoutez, suite à la rencontre qui a eu lieu hier avec le ministre de l'Intérieur,
01:12ils ont fait un pas, il y en a encore 10 à faire.
01:16Ils nous proposent une augmentation de la taxe spéciale de convention des assurances
01:21avec une enveloppe de 200 millions d'euros.
01:23Mais cette enveloppe, on ne connaît pas encore les clés de répartition
01:27sur ce qui reviendrait directement aux services départementaux d'incendie et de secours
01:30et ce qui resterait pour le budget de la Direction Générale de la Sécurité Civile
01:36qui gère les moyens nationaux.
01:37Donc à ce stade, pour nous, ce n'est pas suffisant.
01:40Ce n'est pas suffisant parce que ce n'est pas en millions, malheureusement,
01:43qu'on compte pour pouvoir répondre à tous les besoins des services d'incendie et de secours,
01:48mais c'est en milliards.
01:48C'est un peu plus de 2 milliards d'euros qu'il faudrait mettre sur la table
01:52pour qu'on puisse répondre aux enjeux futurs des moyens humains
01:56et des moyens matériels.
01:58Et puis, il y a un truc dont on n'a pas parlé,
02:00mais mécaniquement, tous les ans, les services d'incendie et de secours
02:03se voient augmenter leur budget de fonctionnement,
02:06non pas parce qu'on a recruté des pompiers professionnels supplémentaires
02:10ou des agents tech-looks et administratifs,
02:12mais parce que des cotisations, notamment, ont été réévaluées
02:19de manière induite pour l'ensemble des employeurs des pompiers territoriaux,
02:24à savoir la surcotisation CNR-ACL.
02:27Et puis, l'ensemble des charges de dépenses courantes,
02:30le coût d'augmentation des énergies,
02:32ça a un impact direct sur les budgets de fonctionnement des SDIS.
02:34Donc, vous voyez, l'enjeu financier, il est très large
02:38et il est clair que tant que le gouvernement ne nous donnera pas des pistes de recettes pérennes,
02:44on ne pourra pas avancer.
02:45Et l'intersyndicale qui est maintenant mobilisée depuis le printemps,
02:48je le rappelle parce qu'on avait déjà tiré la sonnette d'alarme
02:51en en rendant rencontre avec le Premier ministre au printemps,
02:53avant même qu'on connaisse tout ce qu'on a connu cet été,
02:57les médias ne s'étaient pas trop intéressés à nous à cette époque, c'est dommage.
03:00Mais en tout cas, on vous remercie d'être là aujourd'hui
03:02et d'être à nos côtés pour porter le mouvement que l'on porte.
03:05Et on est déterminés pour la suite.
03:07D'ailleurs, l'intersyndicale va se réunir dans les prochains jours
03:10pour faire le bilan déjà des actions qui viennent d'être menées dimanche.
03:14Et puis, de savoir quelle suite on donne à tout ça.
03:17Mais on sait déjà qu'on ira au-delà du 20 octobre.
03:19Quel est le principal motif de votre colère ?
03:21J'allais dire le plus ancien, celui sur lequel vous êtes le plus braqué.
03:28Alors, il y en a plein en fait, sur lesquels on est le plus braqué.
03:31Et je vais commencer, vous me demandez le plus ancien.
03:33Et bien, je vais vous donner une date, 1989.
03:36En effet.
03:36En 1999, nos prédécesseurs parlaient déjà des reconnaissances des maladies professionnelles
03:42pour les sapeurs-pompiers.
03:44Nous sommes en 2026.
03:46On a aujourd'hui seulement 4 cancers de reconnus comme maladies professionnelles
03:50si un de nos agents les contracte.
03:52On fait 27 ans de revendications.
03:5427 ans de revendications.
03:55Pas encore entendus.
03:57Pas partiellement entendus.
03:59Oui.
03:59Parce que déjà, je vais vous dire pourquoi.
04:02On se serait parlé un an en arrière, il n'y avait que 2 cancers de reconnus.
04:06Et depuis le début 2026, on est passé à 4 cancers de reconnus.
04:09Chez nos homologues canadiens ou dans les pays nordiques,
04:12c'est plus d'une vingtaine de cancers qui sont reconnus.
04:14Et je ne crois pas que tout ce qui se dégage des fumées d'incendie,
04:19des toxiques, des particules, soit différent de chez eux, de chez nous.
04:24Évidemment.
04:24Évidemment.
04:25Donc, vous estimez qu'on ne vous entend pas.
04:28Et justement, Anthony Chauveau, Anissa Arfaoui, elle aussi,
04:32elle a son idée sur le fait qu'on ne vous entende pas.
04:35Effectivement.
04:35En fait, les pompiers, on pourrait dire, c'est grévistes qu'on n'entend pas.
04:39Alors, parce que quand un enseignant fait grève, la classe est fermée.
04:43Les élèves se retrouvent sans cours.
04:45Quand les éboueurs s'arrêtent, les poubelles s'accumulent.
04:47On le voit également.
04:48Quand les conducteurs de bus font grève, on attend le bus et puis il n'y en a pas.
04:51En revanche, quand les pompiers font grève, les camions continuent de partir.
04:54Et c'est peut-être bien ce qui rend leur colère si difficile à entendre.
04:58Et je vais maintenant me permettre une petite correction.
05:01C'est ce qui a rendu leur colère si difficile à entendre au passé.
05:05Parce qu'ils ont toujours assuré les secours au moment même où ils disaient manquer de moyens pour le faire.
05:10Un message paradoxal, mais un message qui a un prix, effectivement.
05:13Et ça, vous venez de le dire, celui de leur santé.
05:15Parce que pendant qu'ils sauvent la nôtre, en fait, ils perdent la leur.
05:18Et leurs demandes sont précises, vous venez de le dire, 21 000 postes de pompiers professionnels supplémentaires.
05:23Alors que la France en compte environ 44 300 à ce jour.
05:27Vous demandez un financement durable des secours, la protection de la santé de vos agents.
05:32Enfin, la base élémentaire.
05:34Et on se rend bien compte aussi que ce n'est pas seulement une affaire de prime.
05:37Parce que pour rappel, lorsque vous avez fait grève pendant des mois à partir de 2019.
05:42Et que vous avez manifesté de nouveau en 2024.
05:44Vous avez une petite hausse de l'indemnité de feu obtenue en 2020.
05:48Qui montre quand même que vous avez une fois au moins été entendu.
05:52Ces revendications de fond reviennent aujourd'hui avec ce grand virage aujourd'hui.
05:56Qui a été celui de la traversée des enfers que les Français ont vécu avec vous cet été.
06:02Les feux de cet été changent complètement la portée de votre colère.
06:05Les revendications existaient avant les incendies de 2026.
06:08Mais après ces feux de Somos et de Biscarros qui ont parcouru plus de 43 400 hectares.
06:14Et entraîné l'évacuation de plis de 250 000 personnes.
06:17La question des effectifs et des moyens devient concrète pour tout le pays et pour tous les Français.
06:22Plus seulement pour les pompiers.
06:24Anthony Chauveau, est-ce que vous estimez que suite à cette tragédie de cet été et à votre mobilisation,
06:30les pouvoirs publics, même si les caisses de l'État sont vides,
06:33vont pouvoir enfin être un peu plus attentifs à vos revendications ?
06:36Parce que vous avez bon espoir.
06:39Alors, je n'étais pas à Beauvau, moi, hier.
06:41Du retour que j'en ai eu, visiblement, le ministre commence un petit peu à prendre la mesure de la
06:48gravité de la situation.
06:50Maintenant, prendre la mesure de la gravité de la situation ne nous donne pas la trajectoire de la sortie de
06:58crise.
06:58Parce que, très clairement, l'intersyndical sapeurs-pompiers,
07:02qui est en plus suivi par bon nombre, en fait, de partenaires institutionnels,
07:07notamment la Fédération nationale des pompiers de France,
07:09même si on a quelques points de désaccord sur certains sujets précis,
07:13a quand même une position assez historique,
07:15enfin, qu'on peut noter d'historique aujourd'hui,
07:17parce que, sur les grandes lignes, ils nous suivent.
07:21On a également d'autres partenaires institutionnels,
07:26je pense à l'Association nationale des directeurs des services d'incendie et de secours,
07:30qui, en tout cas, ne sont pas en opposition au mouvement,
07:34ils sont même très facilitants pour que nous, on puisse faire le job.
07:36On est en train de faire le taf de tout le monde,
07:38parce qu'on est en train de faire le taf de nos employeurs, en fait, très clairement.
07:40Bien sûr.
07:41Donc, pour terminer, après, est-ce que le ministre de l'Intérieur actuel
07:46est le seul responsable de la situation ?
07:48Bien sûr que non, je vous ai dit, il y a des revendications qui ont 27 ans,
07:51donc, en fait, c'est 27 ans d'alternance politique
07:53où ils sont tous responsables de cette situation.
07:55C'est très clair.
07:57Ça, vous n'êtes pas le seul à être confronté à cette réalité,
07:59c'est pas une histoire seulement de majorité,
08:02c'est plusieurs majorités et plusieurs sensibilités politiques
08:05qui ont repoussé la poussière sous le tapis
08:07ou dit, après moi, le déluge.
08:10Jusqu'où pouvez-vous aller, Anthony Chauveau, la colère des pompiers ?
08:13Vous êtes des militaires pour certains, pas tous,
08:16mais vous êtes dans la dévotion et vraiment le service à la citoyenneté.
08:20Une grève, c'est une grève.
08:22Si vous n'êtes pas entendus, vous pourriez aller un petit peu plus loin
08:24dans la colère et dans l'action ?
08:27Alors, très clairement, le mot d'ordre, en tout cas, de l'intersyndical,
08:31c'est de ne pas aller à la confrontation avec nos collègues des forces de l'ordre.
08:34Parce que ça, souvent, tout le monde s'en sert.
08:38Et Dieu merci, d'ailleurs, les deux manifestations qui se sont déroulées hier et avant-hier
08:42se sont déroulées plutôt dans un bon état d'esprit.
08:47Mais les policiers vous respectent, je vous signale qu'ils le disent.
08:49Quand il est un vice-lord, il ne se comporte pas avec vous
08:52comme il se comporterait avec des voyous, des black blocs, évidemment.
08:54Par contre, quelle va être la suite précisément là, au moment où je vous parle ?
08:58Je ne sais pas, comme je vous dis, l'intersyndical doit se réunir dans les prochains jours
09:01pour réfléchir à la suite du mouvement.
09:03Bien sûr qu'il va y avoir d'autres actions.
09:05On a les périodes de Sainte-Barbe qui arrivent en fin d'année.
09:07Les Sainte-Barbe, c'est les moments où même nos parlementaires...
09:10Patronne des pompiers.
09:12Oui, et à la Sainte-Barbe, donc, qu'elle est cérémonie protocolaire.
09:15Et après, on a le droit à tous les discours, notamment, de nos parlementaires
09:18dans les départements qui viennent nous servir la soupe d'eux.
09:20On est des héros, on est les plus beaux, on est les meilleurs.
09:22Je rappelle aussi que les parlementaires ont largement leur part de responsabilité
09:26parce que c'est quand même le plus qu'il faut faire dans les deux chambres parlementaires.
09:29Donc, il pourrait y avoir des actions qui pourraient être engagées,
09:32enfin, en tout cas, des mots d'ordre qui pourraient être engagés pour les Sainte-Barbe.
09:36Ça reste quelque chose à confirmer pour l'instant.
09:39C'est une idée, elle n'est pas validée.
09:41D'autant que nous savons pertinemment que,
09:45si une maison brûle, vous ne direz pas, vous, les pompiers,
09:48ah ben non, on est en grève, on n'ira pas.
09:49Bien sûr que vous remplirez votre devoir et que vous remplirez votre mission.
09:52Et c'est pour ça qu'on peut compter sur vous.
09:53Et c'est pour ça que vous êtes quelque part pris en otage
09:55et que votre colère est totalement légitime.
09:58Pour autant, je crois que c'est la première fois que cette colère
10:00a acquis une telle intensité.
10:05Je vous le confirme.
10:07Et ce n'est pas nos chiffres, c'est les chiffres.
10:09Il y a un vrai ras-le-bol.
10:11Écoutez, je vous en donne une très simple.
10:13Hier, manifestation dans le cortège pompier,
10:1622 000 manifestants.
10:17C'est historique.
10:19Et ce n'est pas les chiffres des syndicats,
10:21c'est les chiffres de la préfecture de police de Paris.
10:2322 000 personnes en 2019, au plus fort,
10:262019-2020, il y a eu deux manifestations,
10:28on était montés au plus fort à 10 000 personnes.
10:30Et on est 44 000 séports pompiers professionnels
10:33et à peu près un peu moins de 10 000 agents
10:35des services d'incendie et de secours,
10:37les personnels administratifs et techniques.
10:38Donc 22 000, c'est très historique.
10:40On l'a bien vu, Anthony Chauveau.
10:42Bon courage.
10:42Vous savez que vous avez le soutien du pays,
10:44vous avez le soutien des Françaises et des Français.
10:46Et vous savez à quel point on tient à vous
10:48et combien nous souhaitons que vos revendications,
10:51vos justes revendications,
10:53à vous dîtes et que vous soyez entendus.
10:54A très bientôt, parce que je pense
10:55qu'on aura l'occasion de se reparler.
10:57Merci d'avoir été en direct sur ce temps.
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